Il y a 8o ans, on trouvait sur les cours à Moulins, un petit cercle qu’on nommait Caboulot. Ses membres étaient gais et jeunes ; leur tendant à augmenter, un groupe d’intéressés dont faisait partie mon beau-frère Clayeux décida d’en fonder un plus important, et pour ce faire, acheta sur le cours dans l’angle face à la préfecture un vaste terrain et y jeta les fondations d’un splendide hôtel ; au rez -de -chaussée surélevé, une importante terasse sur laquelle donnaient de plein pied les salons et la salle de lecture ; au premier, plusieurs chambres à coucher destinées à recevoir les membres de passage. Le moment le plus brillant du cercle était l’époque des courses auxquelles tous les châtelains des environs ne manquaient de venir en grand nombre. Le duc de Castries avait son écurie d’entraînement dans le voisinage, et pendant plusieurs années, il vint voir ses chevaux sur le champ de courses, accompagné de son beau-frère le Maréchal de Mac Mahon. Ces jours-là, le cercle avait table ouverte, et après les bons dîners où chacun payait écot, la terrasse se remplissait , et une foule de Moulinois l’entourait pour entendre la musique et les fanfares de trompes des gentlemen et des piqueux. Dans les salons, le Baccarat faisait rage, on dit même qu’une belle nuit, le Maeréchal qui logeait au cercle s’étant levé de bonne heure pour assister à la messe de 7 heures, en traversant le salon de jeu, il y avait vu son fils avec trois autres jeunes gens taquinant encore la dame de pique. Quant le Comte de Bourbon Busset était président du cercle, les membres de la commission décidèrent de donner un bal où ils invitèrent leurs parents et amis. Cette fête eut un plein succès. J’eus le plaisir d’y assister et de faire danser ma belle-sœur Aline, dont la toilette fut très remarquée.
Plus tard, quand le Comte de Durat devint Président, les chasseurs du pays et lui-même résolurent de donner un dîner en l’honneur du vieux disciple de St Hubert qu’était René Clayeux. A la date fixée, un bon nombre d’amis se trouva réunis dans la salle à manger du cercle, leur benjamin de l’époque, Armand de Montlivault prit la parole au dessert et dans un discours plein de finesse se fit l’interprète de tous les veneurs pour dire à leur doyen, tout le plaisir qu’ils avaient de le voir au milieu d’eux aussi gai, aussi jeune, et toujours aussi accueillant. Un officier du régiment de cavalerie en garnison à Moulins prit ensuite la parole pour remercier le maître d’ équipage de la façon très aimable dont il avait vu arriver aux rendez-vous ses nombreux camarades. Le colonel Rey quand il commandait le régiment, encourageait beaucoup ses officiers à se rendre aux laisser courres , trouvant que c’était pour eux un excellent exercice. Aussi, on les voyait nombreux ainsi que lui-même rallier souvent à la voix Blamord et de Fanfars. C’est avec émotion que MR Clayeux leva son verre pour remercier de tous les compliments qu’on venait de lui adresser.
Le cercle reverra-t-il les belles journées de jadis ? car pour le moment, 21 Avril 1946, il est entre les mains de la préfecture qui l’a réquisitionné pour y installer ses bureaux. .
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19.2.10
Cercle Bourbonnais
Libellés :
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Durat,
Mac Mahon,
Montlivaux,
Rey
Chasse
J’ai pu avoir à Tâches un assez bon territoire de chasse grâce à mon acquisition du domaine des Petites Granges, venant de la terre de Villars, qui m’a coûté moins cher que le prix d’une jument aujourd’hui et plus tard des 12 hectares du bois des Queudres acquis à ma très bonne et fidèle amie la Marquise de Chargères, ce qui m’a permis de faire de belles battues et de rendre des politesses aux amis qui m’invitaient chez eux. J’en cite quelques uns par ordre de mérite Gabriel Tiersonnier au Colombier, il a été mon professeur dans l’art de conduire une battue de perdreaux, André Grincour, à Fontailler, Madame Meynier à Neuftable, Lafond au Nozel, Henri de La Roche à la Barre, Edme de Certaines à Lamenay, Clayeux aux Gouttes et aux Fougis, Charles de Charrette à Villeneuve, Madame Rambourg à Châteauvert, René de Chavagnac à Chazeuil, Tiersonnier à Mortier, Antoine de Champs à Châteauvert, Antoine du Part à Chevenon, Léon Talabot au Chaumont, Roger de Soultrait à Dornes, Joseph Reignaud aux Guérauds, Joseph du Verne au Veuillin. Le comte de Barral m’a aussi invité une fois dans son parc de Jaligny et le Vicomte de Chabrol dans celui du Vernay. Tous les ans, j’allais faire l’ouverture chez mon bon ami Camille Dugas tant qu’il a vécu, le premier jour, nous chassions à Beauvoir où le vieux Padre de sa grand’mère nous disait la messe à 9 heures du matin, avant déjeuner, on découplait les chiens courants pour tirer un lièvre ou un chevreuil, dans l’après midi, c’était le chien d’arrêt. Madame Dugas a été enterrée le mois dernier à l’âge de 1o1 ans. Mr Boignes, son premier mari avat 25 ans de plus qu’elle et Dugas, 2o printemps de moins.
Le 14 Juillet, j’étais reçu aux Maremberts chez mon cousin de Balloy, pour y tirer des halbrants sur les étangs de Sologne. Vers le 1o Octobre c’est à Louau, également en Sologne chez mon vieux contemporain Raoul d’Anchald que j’allais passer deux ou trois bons jours. On l’a enterré le surlendemain de la fête de Noël 1945, il avait pu assisteer à la messe. Le Marquis Antonin du Bourg n’a jamais donné une battue dans son beau Parc de Prye sans m’inviter et c’est dans sa chasse du Chamont que j’ai tué mon premier perdreau devant des rabatteurs, mais il m’a fallu en tirer plusieurs pour arriver à ce résultat. Je n’oublie pas de citer les jolies chasses au chien d’arrêt à Fleury et à Charpeigne en Berry, chez Edouard de Fontenay où l’on retrouvait tous ses camarades des environs. En se mettant à table pour déjeuner, on savait combien on aurait de plats à manger en comptant le nombre d’assiettes empilées devant chaque chaise, car comme il n’y avait pas de maître d’hôtel pour les changer, quand un plat était mangé, on la passait sous les autres. On verra par ce que je viens d’écrire que j’ai eu une belle existence de chasseur, surtout si l’on apprend que je tirai environ 3 ooo cartouches par an pour tuer mille pièces à peu près. C’est aussi à mille pièces qu’il faut évaluer les tableaux des victimes tuées à Tâches par mes amis Avant les battues, quand il y avait peu de gibier, car celui-ci n’est arrivé en abondance que quand on a connu les piégeages, c’est-à-dire vers 1891, je pratiquai un sport très amusant et pas cher : chaque mois d’Octobre, nous avions sur le plateau des craies, des passages d’alouettes à en obscurcir le ciel. J’invitais des amateurs à les tirer, chacun devait apporter cent cartouches qu’on mettait dans la voiture à âne qui les montait sur le plateau pour les rapprocher de leurs maîtres qui faisaient un match entre eux . Une année , c’est Gaspard de Bizy qui a fait le plus beau tableau avec ses cent cartouches qui coûtaient 2o francs à cette époque. Je me demande pourquoi les passages de ces alouettes ont presque disparu , de même que ceux des cailles.
Par le récit que je viens d’en faire, on verra que j’ai eu une belle existence de chasseur surtout si l’on y ajoute toutes les belles journées passées à galoper derrière de nombreux équipages à courre depuis l’âge de 6 ans à commencer par celui de Monsieur Grincour qui venait découpler dans les bois de St Parize avec le piqueur Minot. J’ai fait un tableau avec dessin à la plume, sur lequel on voit de des têtes ou des pieds de cerfs, de sangliers, de chevreuil et de lièvres, et sous chaque bête, le nom de chaque équipage où l’on m’a fait les honneurs. Pour le cerf, Marquis de Lestrade, de Balorre, pour le sanglier de La Roche, d’Anchal de Bastard pour le chevreuil de Certaines, de Montsaulnin, de Bréon, de Rolland, pour le lièvre de Bizy, Albert Clayeux.
J’ai suivi aussi de modestes équipages où l’on tâchait de dépasser, le fusil à la botte, pour essayer de tirer le sanglier qu’il poursuivait. Je citerai tout particulièrement celui de mon voisin et très bon ami Samuel de Thé. En 19o2, il avait la permission de chasser dans les bois d’Apremont et les 3 premiers Lundis d’Avril, j’ai tué un sanglier devant ses chiens qu’il conduisait lui-même avec sa voix de stentor, aussi, Gabriel Jourdan du Mazot disait : on croyait voir sortir du bois un homme de 6 pieds et il en avait à peine 5. J’ai beaucoup pratiqué ce sport avec André Grincour dans les bois de Grossouvre, avec les Jourdan à Montmien. Un jour, Athanase en tirant un cochon, a placé sa balle dans le genou de son cheval, qu’on a été obligé d’abattre. Dernièrement, Michel Beauchamp en a fait autant.
Le 14 Juillet, j’étais reçu aux Maremberts chez mon cousin de Balloy, pour y tirer des halbrants sur les étangs de Sologne. Vers le 1o Octobre c’est à Louau, également en Sologne chez mon vieux contemporain Raoul d’Anchald que j’allais passer deux ou trois bons jours. On l’a enterré le surlendemain de la fête de Noël 1945, il avait pu assisteer à la messe. Le Marquis Antonin du Bourg n’a jamais donné une battue dans son beau Parc de Prye sans m’inviter et c’est dans sa chasse du Chamont que j’ai tué mon premier perdreau devant des rabatteurs, mais il m’a fallu en tirer plusieurs pour arriver à ce résultat. Je n’oublie pas de citer les jolies chasses au chien d’arrêt à Fleury et à Charpeigne en Berry, chez Edouard de Fontenay où l’on retrouvait tous ses camarades des environs. En se mettant à table pour déjeuner, on savait combien on aurait de plats à manger en comptant le nombre d’assiettes empilées devant chaque chaise, car comme il n’y avait pas de maître d’hôtel pour les changer, quand un plat était mangé, on la passait sous les autres. On verra par ce que je viens d’écrire que j’ai eu une belle existence de chasseur, surtout si l’on apprend que je tirai environ 3 ooo cartouches par an pour tuer mille pièces à peu près. C’est aussi à mille pièces qu’il faut évaluer les tableaux des victimes tuées à Tâches par mes amis Avant les battues, quand il y avait peu de gibier, car celui-ci n’est arrivé en abondance que quand on a connu les piégeages, c’est-à-dire vers 1891, je pratiquai un sport très amusant et pas cher : chaque mois d’Octobre, nous avions sur le plateau des craies, des passages d’alouettes à en obscurcir le ciel. J’invitais des amateurs à les tirer, chacun devait apporter cent cartouches qu’on mettait dans la voiture à âne qui les montait sur le plateau pour les rapprocher de leurs maîtres qui faisaient un match entre eux . Une année , c’est Gaspard de Bizy qui a fait le plus beau tableau avec ses cent cartouches qui coûtaient 2o francs à cette époque. Je me demande pourquoi les passages de ces alouettes ont presque disparu , de même que ceux des cailles.
Par le récit que je viens d’en faire, on verra que j’ai eu une belle existence de chasseur surtout si l’on y ajoute toutes les belles journées passées à galoper derrière de nombreux équipages à courre depuis l’âge de 6 ans à commencer par celui de Monsieur Grincour qui venait découpler dans les bois de St Parize avec le piqueur Minot. J’ai fait un tableau avec dessin à la plume, sur lequel on voit de des têtes ou des pieds de cerfs, de sangliers, de chevreuil et de lièvres, et sous chaque bête, le nom de chaque équipage où l’on m’a fait les honneurs. Pour le cerf, Marquis de Lestrade, de Balorre, pour le sanglier de La Roche, d’Anchal de Bastard pour le chevreuil de Certaines, de Montsaulnin, de Bréon, de Rolland, pour le lièvre de Bizy, Albert Clayeux.
J’ai suivi aussi de modestes équipages où l’on tâchait de dépasser, le fusil à la botte, pour essayer de tirer le sanglier qu’il poursuivait. Je citerai tout particulièrement celui de mon voisin et très bon ami Samuel de Thé. En 19o2, il avait la permission de chasser dans les bois d’Apremont et les 3 premiers Lundis d’Avril, j’ai tué un sanglier devant ses chiens qu’il conduisait lui-même avec sa voix de stentor, aussi, Gabriel Jourdan du Mazot disait : on croyait voir sortir du bois un homme de 6 pieds et il en avait à peine 5. J’ai beaucoup pratiqué ce sport avec André Grincour dans les bois de Grossouvre, avec les Jourdan à Montmien. Un jour, Athanase en tirant un cochon, a placé sa balle dans le genou de son cheval, qu’on a été obligé d’abattre. Dernièrement, Michel Beauchamp en a fait autant.
Mouron
Je garde un autre agréable souvenir de Mouron ; une année où étant officier de réserve au 26 ème dragon à Dijon, je faisais de grandes manœuvres et que le régiment passait par la Charité, le Baron Philippe de Bourgoing était venu nous attendre sur la route et avait demandé au colonel la permission d’emmener le Commandant Abonneau et moi-même déjeuner avec lui, ce qui fut accordé. Quel n’a pas été mon étonnement en arrivant au château, d’y trouver le Maréchal Canrobert qui tous les ans faisait une saison à Pougues et ne manquait pas de rendre visite au Baron qu’il avait connu aux Tuileries quand il était écuyer de l’empereur Napoléon III. Pierre était le bon camarade du Prince impérial qu’il a profondément pleuré. Je me suis souvent demandé quel aurait été le sort de la France s’il ne s’était pas fait tuer bravement.
En 187o, Bourgoing avait été nommé député de la Nièvre, et invalidé grâce à une canaillerie inventée par Isaïe Levaillant, un sale Juif qui était préfet à Nevers à cette époque. Si on se rappelle que la République à une voix de majorité, on peut en conclure que Isaïe a été fêté par ses semblables. On sait qu’en 187o, chaque département Français avait formé un régiment de Mobiles. La Nièvre avait en plus un régiment à cheval, dont Bourgoing était le colonel. Il avait sous ses ordres Jules d’Anchald, Michel de Rasilly, René de Savigny, et autres. Le Marquis de Veguy commandait l’autre régiment : il sortait de St Cyr et avait démissionné au bout de peu de temps de service ; beaucoup d’officiers qui étaient sous ses ordres étaient pour la plupart des châtelains du pays ayant servi plus ou moins longtemps, comme mes oncles Paul et Ludovic Tiersonnier, R de Pracomtal, G de La Brosse, Amédée de Noury, Frédéric et Henri d’Assigny. Ce régiments de moblots s’est bravement battu et a souffert atrocement du froid terrible qu’on a eu à supporter cet hiver-là. J’ai oui dire que le sous-lieutenant Samuel de Thé avait une paire de sabots reliés par une ficelle, qu’il mettait à cheval sur son cou et qu’il était bien content le soir, en arrivant au cantonnement pour remplacer ses souliers mouillés.
Le département de l’Allier a eu plus de chance que le nôtre, car son régiment de mobiles ayant à sa tête Monsieur de Chavigny a passé le temps de la guerre en Algérie et mon beau-frère Clayeux, qui était S .Lt , m’a souvent dit que dans sa garnison de Tlemcen, il avait été heureux comme un roi avec des chefs charmants, un cheval de selle arabe, un bon chien d’arrêt, du gibier devant lui et de l’argent dans sa poche.
Une année après la guerre, la pauvre France vaincue, après avoir cru qu’elle ne pourrait pas payer les cinq milliards d’indemnité qu’elle devait à l’Allemagne, s’était acquittée très facilement. Que peut-on en penser aujourd’hui où la dette de notre malheureux pays monte à plus de 3oo milliards. Il y avait une portée de loups aux Bois Boulots. René en profita pour faire une politesse à ses camarades de la mobile en les invitant à cette fête qui est une réjouissance pour tous les veneurs du pays qui sont convoqués pour venir les chasser. Au jour désigné, il semble me rappeler qu’il y avait 112 chiens hardés, sous le chêne Marotte, ils appartenaient aux équipages des Gouttes et de Coulon, de René de Chavagnac, des Comtes Auguste et Hector de Barral. Fernand de La Boutresse couplait avec ce dernier. Plusieurs officiers de la Mobile étaient au rendez-vous, dont le commandant de Chavigny, Gaston de Froment, Ernest Olivier et autres.. La chasse fut très brillante, trois louvarts furent pris successivement et le retour aux Gouttes un tromphe. Pour le dîner, la salle à manger était trop petite, le couvert avait été mis au premier étage dans la grande salle. Au dessert, pendant qu’on sablait le champagne et que sur la pelouze les piqueux sonnaient joyeusement les honneurs et les fanfares des équipages Baquelot offraient aux Messieurs les plus dignes, les pieds des louvarts posés sur un plat d’argent. La soirée se termina assez tard dans la nuit. J’y ai vu danser par le colonel Dupressoir et le Vicomte de Vautier un Kan Kan aussi brillant que celui de Mabille où en 1876 St Cristophe a gagné le grand prix de Paris, et où la jeunesse élégante se donnait rendez-vous dans ce lieu de plaisir ce jour-là. On se réunissait aussi à Bullier, mais le milieu y était moins chic. Ce sont pour moi des souvenirs qui remontent à 7o ans, et je pense que ces deux établissements sont maintenant remplacés par ce qu’on appelle des dancings.
En 187o, Bourgoing avait été nommé député de la Nièvre, et invalidé grâce à une canaillerie inventée par Isaïe Levaillant, un sale Juif qui était préfet à Nevers à cette époque. Si on se rappelle que la République à une voix de majorité, on peut en conclure que Isaïe a été fêté par ses semblables. On sait qu’en 187o, chaque département Français avait formé un régiment de Mobiles. La Nièvre avait en plus un régiment à cheval, dont Bourgoing était le colonel. Il avait sous ses ordres Jules d’Anchald, Michel de Rasilly, René de Savigny, et autres. Le Marquis de Veguy commandait l’autre régiment : il sortait de St Cyr et avait démissionné au bout de peu de temps de service ; beaucoup d’officiers qui étaient sous ses ordres étaient pour la plupart des châtelains du pays ayant servi plus ou moins longtemps, comme mes oncles Paul et Ludovic Tiersonnier, R de Pracomtal, G de La Brosse, Amédée de Noury, Frédéric et Henri d’Assigny. Ce régiments de moblots s’est bravement battu et a souffert atrocement du froid terrible qu’on a eu à supporter cet hiver-là. J’ai oui dire que le sous-lieutenant Samuel de Thé avait une paire de sabots reliés par une ficelle, qu’il mettait à cheval sur son cou et qu’il était bien content le soir, en arrivant au cantonnement pour remplacer ses souliers mouillés.
Le département de l’Allier a eu plus de chance que le nôtre, car son régiment de mobiles ayant à sa tête Monsieur de Chavigny a passé le temps de la guerre en Algérie et mon beau-frère Clayeux, qui était S .Lt , m’a souvent dit que dans sa garnison de Tlemcen, il avait été heureux comme un roi avec des chefs charmants, un cheval de selle arabe, un bon chien d’arrêt, du gibier devant lui et de l’argent dans sa poche.
Une année après la guerre, la pauvre France vaincue, après avoir cru qu’elle ne pourrait pas payer les cinq milliards d’indemnité qu’elle devait à l’Allemagne, s’était acquittée très facilement. Que peut-on en penser aujourd’hui où la dette de notre malheureux pays monte à plus de 3oo milliards. Il y avait une portée de loups aux Bois Boulots. René en profita pour faire une politesse à ses camarades de la mobile en les invitant à cette fête qui est une réjouissance pour tous les veneurs du pays qui sont convoqués pour venir les chasser. Au jour désigné, il semble me rappeler qu’il y avait 112 chiens hardés, sous le chêne Marotte, ils appartenaient aux équipages des Gouttes et de Coulon, de René de Chavagnac, des Comtes Auguste et Hector de Barral. Fernand de La Boutresse couplait avec ce dernier. Plusieurs officiers de la Mobile étaient au rendez-vous, dont le commandant de Chavigny, Gaston de Froment, Ernest Olivier et autres.. La chasse fut très brillante, trois louvarts furent pris successivement et le retour aux Gouttes un tromphe. Pour le dîner, la salle à manger était trop petite, le couvert avait été mis au premier étage dans la grande salle. Au dessert, pendant qu’on sablait le champagne et que sur la pelouze les piqueux sonnaient joyeusement les honneurs et les fanfares des équipages Baquelot offraient aux Messieurs les plus dignes, les pieds des louvarts posés sur un plat d’argent. La soirée se termina assez tard dans la nuit. J’y ai vu danser par le colonel Dupressoir et le Vicomte de Vautier un Kan Kan aussi brillant que celui de Mabille où en 1876 St Cristophe a gagné le grand prix de Paris, et où la jeunesse élégante se donnait rendez-vous dans ce lieu de plaisir ce jour-là. On se réunissait aussi à Bullier, mais le milieu y était moins chic. Ce sont pour moi des souvenirs qui remontent à 7o ans, et je pense que ces deux établissements sont maintenant remplacés par ce qu’on appelle des dancings.
Genève
Si mon neveu Edmond me fait l’honneur de lire ces notes, il y verra que j’ai conservé un bon souvenir d’un agréable voyage qu’il m’a fait faire en compagnie de son père le 17 Août 19o4 au guidon de son auto. Passons par Dompierre, Cluny, déjeunons à Bourg. Visitons l’église de Brou, côtoyons le lac de Nantua et arrivons à 7 h du soir à Genève où nous descendons à l’hôtel Beau Rivage.
Le lendemain matin, visite de la ville, après déjeuner, tour du lac Léman, dînons et couchons à Lausanne que nous visitons le lendemain dans la matinée et que nous quittons pour gagner Lons-le-Saunier en passant par le col de St Cergue. Nous dînons à la banque de France chez Louis d’Assigny, qui est directeur et qui a ses parents pour quelques jours. Le lendemain, déjeuner à Chalons/Saône, passons devant la statue de Nicéphore Nièpce, l’inventeur de la photographie, coucher à Autun après une charmante promenade dans le parc de Montjou, dîner chez Auguste Vernin qui est conservateur des eaux et forêts et qui habite un ravissant hôtel où il est locataire de l’évêché. Le 21 est un dimanche, et nous assistons à la messe de la cathédrale et nous rentrons à Tâches par Fours et Decize, où il y a ce jour là une exposition canine, tous les trois ravis de ce court, mais intéressant voyage.
Le lendemain matin, visite de la ville, après déjeuner, tour du lac Léman, dînons et couchons à Lausanne que nous visitons le lendemain dans la matinée et que nous quittons pour gagner Lons-le-Saunier en passant par le col de St Cergue. Nous dînons à la banque de France chez Louis d’Assigny, qui est directeur et qui a ses parents pour quelques jours. Le lendemain, déjeuner à Chalons/Saône, passons devant la statue de Nicéphore Nièpce, l’inventeur de la photographie, coucher à Autun après une charmante promenade dans le parc de Montjou, dîner chez Auguste Vernin qui est conservateur des eaux et forêts et qui habite un ravissant hôtel où il est locataire de l’évêché. Le 21 est un dimanche, et nous assistons à la messe de la cathédrale et nous rentrons à Tâches par Fours et Decize, où il y a ce jour là une exposition canine, tous les trois ravis de ce court, mais intéressant voyage.
Libellés :
Auguste Vernin,
Clayeux,
d'Assigny,
Decize,
Edmond Clayeux,
Genève,
Tâches
Les Gouttes
Ce nom évoque pour moi un lointain souvenir puisqu’il remonte à 1819, année où sont nés mon oncle Edmond Clayeux, et mon père, fils des deux sœurs nées Maslin. Chacune nourrissait son rejeton et on raconte que pour s’amuser, ces dames changeaient quelque fois de poupons, d’où était né une très grande amitié entre Edmond et Prosper qui toute leur vie se sont plus considérés comme deux frères que comme deux cousins . Quant à moi, j’estime que j’ai bien passé cinq ans de ma vie aux Gouttes. Lorsque j’étais enfant, j’y faisais ma visite annuelle avec mes parents, quand j’ai été jeune homme, je ne manquais pas d’y aller sonner la St Hubert, et une fois marié, cela a été le comble, car il se présentait une chose assez rare, c’est que dans nos ménages Messieurs et Dames avaient les mêmes goûts et que l’oncle Edmond était, je crois, content de nous recevoir et quand nous devions le quitter, il me disait, qu’est-ce qui vous presse de partir, lorsque tu ne seras plus là, je ne pourrai plus faire ma partie de piquet tous les soirs, car il aimait beaucoup taquiner la dame de pique, et moi aussi, du reste. Une année où les lapins faisaient du mal aux récoltes par leur grand nombre, l’oncle me dit : après que tu en auras tué cent, je te paie 2o frs tous les autres.. Je n’ai pas mis longtemps à remplir ma tâche, mais je n’ai pas fait payer l’excédent. Quand nous quittions les Gouttes, la maison devait paraître grande, car en dehors de mon ménage, il y avait mes trois filles qui appelaient ma belle-sœur marraine, ou tante Bonbon, ce qui prouve la façon dont elle les gâtait, leur institutrice, une femme de chambre, un cocher, souvent deux chevaux. Je me rappelle les courses prodigieuses que j’ai faites en voiture, avec le moteur à crottins. Une année où nous avions nos chevaux de selle à Moulins pour aller chasser à Bagnolet, nous partions presque avant jour, déjeunions à l’hôtel de Paris en passant, prenions notre chevreuil et rentrions toujours la nuit. Julien qui partait de Coulon pour se rendre à la même destination, restait encore plus longtemps que nous en voiture. Une fois, en me conduisant déjeuner aux Places, dans sa charrette anglaise, mon estimable beau-frère m’a versé en traversant l’étant Petit. Je n’avais pas de mal, mais j’étais furieux parce qu’il s’était mis à rire. Quelque temps après, je lui ai rendu la monnaie de sa pièce comme je le ramenais d’une chasse à Beaumont chez Jules d’Anchald de regrettée mémoire, en arrivant à 8 h du soir à Coulanges, un cheval emballé, attaché à un camion, a pris notre voiture en écharpe en la croisant, l’a mise dans l’état d’une boite d’allumettes et est tombé raide mort sur la route dans une mare de sang. Après nous avoir déposé près de lui, sans beaucoup de mal, j’ai pris mon cheval par la bride et je l’ai ramené à la maison en traversant Nevers avec mon chapeau à haute forme sur la tête, et j’ai envoyé un fiacre chercher mon beau-frère et nos bagages. Le propriétaire du camion n’a fait aucune difficulté pour payer la réparation de la voiture. Je ne retournai plus aux Gouttes où j’ai laissé de si bons souvenirs mais j’entretiens avec mes neveux, Geneviève et Edmond une correspondance très suivie, et c’est à la demande de ma nièce, à sa dernière visite à Tâches, que je me suis mis à écrire ces notes. Avril 1946.
Libellés :
Clayeux,
d'Anchald,
Edmond Clayeux,
Geneviève Clayeux,
Les Gouttes,
Prosper Robert,
Tâches,
Tante Bonbon
Thomas Maslin

D’argent à trois abeilles de sable.
Maslin ou mieux Thomas Maslin, seigneurs de la Motte de Bourgneuf.
Châtellenie de Nevers.
Alliances : de La Forest, Mayeux de Villardet, de Saulieu, de Prisye.
Mon arrière grand’père Maslin était propriétaire d’une partie de la terre de Tâches pendant la Révolution, et il habitait dans le centre de la ville de St Pierre. Sa maison qui en plus d’une cour intérieure ornée d’un balcon en bois sculpté, sur toute une façade possédait un pigeonnier, ce qui est rare. Dans la plus grande pièce, il y avait de belles et grandes tapisseries avec personnages qui sont maintenant dans la salle d’armes du château des Gouttes. On verra plus loin pourquoi. Monsieur Maslin, lors de la création des Mairies en France a été nommé maire de St Parize en l’an II, et il est mort maire de cette même commune en 1823. Mon oncle Antonin Robert l’est devenu plus tard et l’est resté jusqu’en 1869, époque où il est allé s’installer à Buy qu’il venait de faire bâtir. Il a alors été nommé maire de St Pierre, où il se rendait chaque matin pour se mettre à la disposition de ses concitoyens. Il avait un cheval attelé son dogcart, tout spécialement affecté à ce service. En 1866, quand il était maire de St Parize, la choléra est arrivé une belle nuit dans la commune et a fait je crois, 4 victimes. Il y en a eu ensuite beaucoup d’autres, de 48 à 5o. La terreur régnait dans le pays, et seuls, l’abbé Jacob, curé de la paroisse et mon oncle osaient approcher des morts pour les ensevelir. Il a ,lui aussi, été atteint par cette terrible maladie et c’est grâce aux bons soins que lui a prodigués le Dr Goujon, interne des hôpitaux de Paris qu’il avait fait venir pour soigner les malades qu’il a été sauvé. Comme une calamité n’arrive jamais seule, une des plus grandes crues de la Loire ravageait ses rives. En 1889, j’ai été moi aussi maire de St Parize nommé à peu près à l’unanimité des suffrages . Je n’ai conservé que pendant 4ans l’affection de mes électeurs, je restais trop conservateur et eux devenaient trop républicains. Mon passage au pouvoir restera cependant marqué par qq chose de durable, j’ai fait construire un lavoir couvert près de la magnifique et abondante source qui sort des fondations du presbytère, et mon nom est gravé sur une des pierres de taille de la façade. J’en reviens à Monsieur Maslin, c’est lui qui en 1811 a fait construire Tâches, d’une façon bien modeste, et il est venu s’y installer pendant la belle saison tout au moins avec sa femme et ses deux filles. Il avait épousé Mlle Grossot de Vercy qui habitait Vézelay et qui est morte aux Gouttes chez sa fille , Madame Clayeux. Elle est enterrée dans le cimetière de Thionne. C’est elle qui la première, a étrennée la sépulture des Clayeux ; sa fille aînée est devenue châtelaine des Gouttes. Sa seconde fille ayant épousé mon Grand’père était à la même époque châtelaine de Tâches. 8o ans plus tard, les deux sœurs Aline et Claire Robert étaient de nouveau châtelaines de ces deux mêmes demeures, et la plus grande affection a toujours continué à régner entre les deux maisons. Je peus même dire qu’elle dure toujours car j’entretiens avec mes neveux Geneviève et Edmond une correspondance très suivie et très intéressante. Nous n’avions rien de caché les uns pour les autres. En 1869, mes parents trouvant que leur famille s’augmentait, ont fait élever un premier étage sur la partie de Tâches qui n’en avait pas et installer des W.C. àà l’intérieur ce qui manquait de confort et qu’il fallait sortir dehors pour satisfaire certains besoins. Mais cela été de même dans tous les châteaux, tant que l’on a pas eu inventé les cabinets avec chasse d’eau. Dans le palais de Versailles, le roi Louis XIV n’avait qu’une chaise percée pour son usage . Plus tard à Tâches, ma très chère femme, en souvenir de ce qu’elle avait admiré dans le salon de Vauban, a fait faire dans le nôtre les trois pans coupés et la glace sans tain dont nous jouissons bien maintenant.
Libellés :
Aline Robert,
Antonin Robert,
Buy,
Claire Robert,
Clayeux,
Edmond Clayeux,
Geneviève Clayeux,
Goujon,
Grossot de Vercy,
Les Gouttes,
Tâches,
Thomas Maslin,
Vauban
NOTES & SOUVENIRS
Mon père et mon beau-père se ressemblaient, ce n’est pas étonnant , ils étaient cousins germains et portaient toute leur barbe et un monocle. Ce dernier étant à l’hôtel du Louvre, descendant un escalier au bas duquel il y avait une glace dans laquelle il se voyait, se dit à lui-même, : je ne te savais pas à Paris, Prosper !
Le dit beau-père qui était dit-on assez taquin, avait été un des premiers à faire de la daguerréothérapie , et il avait photographié son cousin Eloi Tiersonnier, un rasoir à la main, celui-ci n’avait pas compris pourquoi !
Il avait à Sully un gros faire-valoir avec un personnel énorme, qui serait une ruine aujourd’hui. Il préparait une fois un bœuf pour un concours d’animaux gras, et l’animal était superbe. Il le montre à Gaston Tassain, et lui dit « j’ai bien peur qu’il ne soit pas primé si les membres du jury s’aperçoivent qu’il n’a pas de dents à la mâchoire supérieure, ce qui était vrai, mais les autres non plus, de même que les chèvres et les chevreuils. Les magistrats ne savent pas cela.
Quand Sully a été bâti, le grand Charles du Verne vint un jour voir son cousin qu’il aimait beaucoup, et il lui dit : “ Alfred ! bien des gens essayent de faire qq chose de réussi, ils n’y parviennent pas, toi tu as voulu faire qq chose de laid, tu n’as pas manqué ton coup. ” En effet, la maison, qui intérieurement est très bien comprise est affreuse à l’extérieur. Après le déjeuner, Alfred mettait dans ses poches tout le sucre qui restait dans le sucrier, et quand il allait dans les prés, les nombreux poulains qu’il élevait le savaient bien et ils le suivaient pour en avoir un morceau. Les dames ramassaient les morceaux de pain laissés sur la table et les jetaient sur la pièce d’eau où les carpes s’empressaient de les ramasser comme à Versailles, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était la quantité d’écrevisses aux pattes rouges qui pullulaient dans tous les ruisseaux et qui avait été apportées de Vauban. Elles étaient superbes, un jour nous en avons pris une qui avait 27 cm de longueur du bout des antennes au bout de la queue. Un samedi, ma grand’mère Tiersonnier, revenant de Nevers fait une visite à Sully, où on l’invite à dîner. Elle refuse. Madame, il y a des écrevisses ; alors je reste !
Cela me rappelle qu’à Tâches, du vivant de ma grand’mère Amable, tous les Vendredis, on mangeait des grenouilles qui étaient prises soit par elle, soit apportées par Charles Signol, qui la ligne à la main, suivait tous les abreuvoirs du pays.
===== Mon arrière Grand’père, qui était venu à St Pierre-le-Moûtiers comme avocat en parlement au présidial, où le roi faisait rendre la justice, y est devenu célèbre, maire de la ville et député à la constituante. Quand le conventionnel Fouché, de triste mémoire, ce qui ne l’a pas empêché de devenir sous l’empire duc d’Otrante, faisait ses tournées dans les campagnes pour ramasser les ci-devants qu’on lui signalait, vint un jour à St Pierre visant le comte Armand de Montrichard qui n’avait pas émigré. Mon aïeul qu’on appelait bouche d’or, qui savait le but de sa visite, l’entretint si spirituellement, que la nuit arriva sans qu’il en aperçut, ce qui sauva la vie au grand’père de mon voisin et ami Gaston, qui savait la chose et me l’a racontée.
Mon aïeul prit pied dans le canton en épousant Mlle Cabaille de Vasselange et en achetant une jolie maison à St Pierre et les 3 domaines de Buy. Se contentant de s’appeler Robert tout court, pendant que d’autres branches prenaient les noms de Chevanes, de Neuville, de Gesnay. Un Robert de Chevane eut une certaine réputation ; étant garde du corps du roi Louis XVI, il était de service quand la foule en folie envahit le palais dans les journées des 5 & 6 Octobre 1789, et se mettant en travers de la porte du roi, il fit tous ses efforts pour le protéger, en disant : à moi appartient l’honneur de mourir le premier pour la défense du roi.
J’ai été en rapport avec un Robert de Chevanne de ses descendants, qui était capitaine de dragons vers 1878 et qui avait comme ordonnance mon vieux domestique Antoine Charronnier.
Je suis heureux de rendre au passage un témoignage de reconnaissance à ce vieux serviteur né sur la terre de Tâches où ses parents habitaient le Pied Prot, où ils sont restés 45 ans en travaillant à la journée pour mon père. Assez délicat dans sa jeunesse, ma grand’mère prenait soin de lui, et mettait de coté de coté les fonds de bouteilles qui restaient sur la table pour les lui faire boire. Son temps de service accompli, il est entré à la maison comme homme à tout faire, plus spécialement valet de chambre. Il était pour moi d’une aide précieuse, me disant quand il fallait du vin, du charbon, du bois de chauffage En 1879, où il avait eu l’hiver le plus rigoureux du siècle, et où des quantités d’arbres avaient gelé, et qu’avec mon père , nous déjeunions avec nos peaux de chèvre sur le dos, les branches basses du Wellingtonia qui est sur la pelouse ayant été coupées, ma mère les avaient remplacées par une volière dans laquelle pendant plusieurs années, Antoine a élevé des perdreaux. Pour eux, il allait chercher au loin des œufs de fourmis, ce qui lui plaisait plus que de donner un coup de balai. Aussi, un jour où Marcelle lui montrait une toile d’araignée dans un couloir, il a répondu : il y a longtemps que la connais. Le pauvre diable a eu une triste fin, la gangrène s’étant mise dans sa jambe gauche, on a été obligé de la lui couper, ce qui a nécessité son installation chez sa fille à St Pierre le Moûtiers. Deux ans après, la jambe droite a eu le même sort et puis il est mort très chrétiennement, après avoir demandé à être enterré dans le cimetière de St Parize où il est venu rejoindre ses parents. Il y avait à la Grâce, un bassecourier du nom de Pieuchot qui avait trois filles. L’aînée, Marie vint à Tâches comme fille de peine à 17 ans. Anne, deux ans après y entra comme femme de chambre de ma mère, et un peu plus tard, la troisième devint femme de chambre de ma grand’mère Tiersonnier. Elle est morte l’année dernière après avoir épousé un employé de chemin de fer. Antoine s’était épris de Marie, il la demanda en mariage et sa main lui fut accordée pour leur plus grand bonheur à tous les deux et aussi pour le nôtre. Il y avait à ce moment-là à Tâches le vieux Ménage Perron qui était là depuis une quarantaine d’année. Marie comme cordon bleu, et Fauché, ce qui veut dire François comme factotum. Les fourneaux n’étaient pas connus, la cuisine se faisait devant un grand feu de bois où brûlaient des bûches d’un mètre de long. Il y avait une rôtissoire actionnée par un tournebroche que Perron remontait quand il en avait besoin, il avait soin aussi d’arroser le rôti qui tournait au-dessus de la lèche-frite, avec une cuiller d’une forme spéciale qui avait le manche très long. Les poulets et les perdreaux qui venaient de là étaient, dit-on, plus succulents que ceux cuits au four. Le reste de la cuisine se faisait sur le potager qui existe encore, avec du charbon de bois, car les plats à confectionner étaient toujours nombreux. Le matin, au déjeuner qui se servait à 9 h ½, il y avait toujours un plat de viande chaud, un plat de viande froid, souvent du jambon préparé soit à la mode des Gouttes, soit à celle de Lys, où habitait un cousin de ma grand’mère qui était né Parent, j’en dirai un mot. A dîner, servi à 6 h, trois plats de viande, un légume et un entremet, tous plus variés les uns que les autres. Le matin on buvait de vin blanc, généralement du Pouilly, le soir du Rouge. Chaque matin, Marie venait dans la chambre de ma grand’mère, où elle faisait sa nombreuse correspondance encor couchée, et à elles deux composaient les menus en feuilletant les livres de cuisine qui étaient bleu pour les entrées, jaunes pour les rôtis, verts pour les entremets. Ils ont été perdus, je le regrette vivement, ils seraient amusants à consulter.
Les Perron, devenus vieux, se retirèrent dans une maison qu’ils avaient fait bâtir à St Parize avec les faibles gages de cette époque. En 1871, quand mon père a voulu lui donner ce qu’il lui devait, Fauché lui a dit : que Monsieur en garde donc la moitié, l’année a été dure !!! Et cette moitié, c’était 4oo frs pour le ménage. Marie Charronnier devint alors cuisinière en pied, et bonne cuisinière, car elle avait été à bonne école. Avec elle arriva le fourneau ; on en profita pour faire dans le four la pain quotidien qui avait différentes formes selon que lon aimait plus ou moins la croûte ou la mie. Quand l’heure de la retraite a sonné, Marie est allée rejoindre à St Pierre le malheureux Antoine et elle est morte peu de temps après lui chez leur fille marié à Louis Galoppier que j’avais eu comme cocher. Ce pauvre diable a subi, à Paris, sous un bistouri d’un des plus grands chirurgiens, une opération terrible : comme il avait un abcès dans la tête, il lui a scié le crâne pour le lui ôter et il a réussi puisqu’il vit encore !
Ma grand’mère que dans le pays on appelait Madame Amable est morte à Tâches pendant la Commune, en 1871. Elle était née en 18oo à St Pierre. Monsieur Louis Rambourg venu au monde en même temps se faisait un plaisir de le lui rappeler. Elle était très aimée dans le pays où elle rendait bien des services , c’est elle qui vaccinait tous les enfants, elle soignait aussi certains maux aux jambes de même que sa sœur Madame Clayeux aux Gouttes. Mon grand’père qui se nommait Amable avait été officier de cavalerie et accompagné l’empereur à Moscou ; en traversant la Bérézina, il avait eu sept doigts gelés tant aux pieds qu’aux mains. Rentré dans ses foyers, pour rendre service à ses voisins, il leur donnait des consultations gratuites dans un cabinet qu’il avait à St Pierre et qu’il ouvrait le Jeudi. Ses clients venaient lui raconter leurs embarras, lui laissaient leurs papiers et comme il n’avait pas fait son droit et que le plus souvent il était bien gêné pour leur répondre, il leur donnait rendez-vous pour le jeudi suivant, tout en se proposant d’aller le Samedi à Nevers trouver son frère Charles qui était président du tribunal civil pour lui demander une solution au problème qu’il n’avait pas pu résoudre . Le Président ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à cela, car il avait d’autre chose à faire, la réponse était attendue plusieurs jeudis de suite.
Un jour où il présidait une audience et où il somnolait légèrement, il se réveilla au moment où l’avocat qui plaidait dit : c’est un pré de 14 hectares. Je voudrais bien l’avoir s’écrie le Président, ce qui a fait la joie de tout le tribunal. Il avait à la Baratte, près de Nevers une petite ferme avec une maison qui n’était pas très grande mais dans laquelle la salle à manger avait une dimension assez vaste pour lui permettre d’offrir à dîner aux juges et autres membres du tribunal pendant les vacances. La belle et très digne Madame Robert , née Desnoyer, était toujours de la fête. Un très joli portrait d’elle fait le plus bel ornement du salon des Gouttes.
Le dit beau-père qui était dit-on assez taquin, avait été un des premiers à faire de la daguerréothérapie , et il avait photographié son cousin Eloi Tiersonnier, un rasoir à la main, celui-ci n’avait pas compris pourquoi !
Il avait à Sully un gros faire-valoir avec un personnel énorme, qui serait une ruine aujourd’hui. Il préparait une fois un bœuf pour un concours d’animaux gras, et l’animal était superbe. Il le montre à Gaston Tassain, et lui dit « j’ai bien peur qu’il ne soit pas primé si les membres du jury s’aperçoivent qu’il n’a pas de dents à la mâchoire supérieure, ce qui était vrai, mais les autres non plus, de même que les chèvres et les chevreuils. Les magistrats ne savent pas cela.
Quand Sully a été bâti, le grand Charles du Verne vint un jour voir son cousin qu’il aimait beaucoup, et il lui dit : “ Alfred ! bien des gens essayent de faire qq chose de réussi, ils n’y parviennent pas, toi tu as voulu faire qq chose de laid, tu n’as pas manqué ton coup. ” En effet, la maison, qui intérieurement est très bien comprise est affreuse à l’extérieur. Après le déjeuner, Alfred mettait dans ses poches tout le sucre qui restait dans le sucrier, et quand il allait dans les prés, les nombreux poulains qu’il élevait le savaient bien et ils le suivaient pour en avoir un morceau. Les dames ramassaient les morceaux de pain laissés sur la table et les jetaient sur la pièce d’eau où les carpes s’empressaient de les ramasser comme à Versailles, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était la quantité d’écrevisses aux pattes rouges qui pullulaient dans tous les ruisseaux et qui avait été apportées de Vauban. Elles étaient superbes, un jour nous en avons pris une qui avait 27 cm de longueur du bout des antennes au bout de la queue. Un samedi, ma grand’mère Tiersonnier, revenant de Nevers fait une visite à Sully, où on l’invite à dîner. Elle refuse. Madame, il y a des écrevisses ; alors je reste !
Cela me rappelle qu’à Tâches, du vivant de ma grand’mère Amable, tous les Vendredis, on mangeait des grenouilles qui étaient prises soit par elle, soit apportées par Charles Signol, qui la ligne à la main, suivait tous les abreuvoirs du pays.
===== Mon arrière Grand’père, qui était venu à St Pierre-le-Moûtiers comme avocat en parlement au présidial, où le roi faisait rendre la justice, y est devenu célèbre, maire de la ville et député à la constituante. Quand le conventionnel Fouché, de triste mémoire, ce qui ne l’a pas empêché de devenir sous l’empire duc d’Otrante, faisait ses tournées dans les campagnes pour ramasser les ci-devants qu’on lui signalait, vint un jour à St Pierre visant le comte Armand de Montrichard qui n’avait pas émigré. Mon aïeul qu’on appelait bouche d’or, qui savait le but de sa visite, l’entretint si spirituellement, que la nuit arriva sans qu’il en aperçut, ce qui sauva la vie au grand’père de mon voisin et ami Gaston, qui savait la chose et me l’a racontée.
Mon aïeul prit pied dans le canton en épousant Mlle Cabaille de Vasselange et en achetant une jolie maison à St Pierre et les 3 domaines de Buy. Se contentant de s’appeler Robert tout court, pendant que d’autres branches prenaient les noms de Chevanes, de Neuville, de Gesnay. Un Robert de Chevane eut une certaine réputation ; étant garde du corps du roi Louis XVI, il était de service quand la foule en folie envahit le palais dans les journées des 5 & 6 Octobre 1789, et se mettant en travers de la porte du roi, il fit tous ses efforts pour le protéger, en disant : à moi appartient l’honneur de mourir le premier pour la défense du roi.
J’ai été en rapport avec un Robert de Chevanne de ses descendants, qui était capitaine de dragons vers 1878 et qui avait comme ordonnance mon vieux domestique Antoine Charronnier.
Je suis heureux de rendre au passage un témoignage de reconnaissance à ce vieux serviteur né sur la terre de Tâches où ses parents habitaient le Pied Prot, où ils sont restés 45 ans en travaillant à la journée pour mon père. Assez délicat dans sa jeunesse, ma grand’mère prenait soin de lui, et mettait de coté de coté les fonds de bouteilles qui restaient sur la table pour les lui faire boire. Son temps de service accompli, il est entré à la maison comme homme à tout faire, plus spécialement valet de chambre. Il était pour moi d’une aide précieuse, me disant quand il fallait du vin, du charbon, du bois de chauffage En 1879, où il avait eu l’hiver le plus rigoureux du siècle, et où des quantités d’arbres avaient gelé, et qu’avec mon père , nous déjeunions avec nos peaux de chèvre sur le dos, les branches basses du Wellingtonia qui est sur la pelouse ayant été coupées, ma mère les avaient remplacées par une volière dans laquelle pendant plusieurs années, Antoine a élevé des perdreaux. Pour eux, il allait chercher au loin des œufs de fourmis, ce qui lui plaisait plus que de donner un coup de balai. Aussi, un jour où Marcelle lui montrait une toile d’araignée dans un couloir, il a répondu : il y a longtemps que la connais. Le pauvre diable a eu une triste fin, la gangrène s’étant mise dans sa jambe gauche, on a été obligé de la lui couper, ce qui a nécessité son installation chez sa fille à St Pierre le Moûtiers. Deux ans après, la jambe droite a eu le même sort et puis il est mort très chrétiennement, après avoir demandé à être enterré dans le cimetière de St Parize où il est venu rejoindre ses parents. Il y avait à la Grâce, un bassecourier du nom de Pieuchot qui avait trois filles. L’aînée, Marie vint à Tâches comme fille de peine à 17 ans. Anne, deux ans après y entra comme femme de chambre de ma mère, et un peu plus tard, la troisième devint femme de chambre de ma grand’mère Tiersonnier. Elle est morte l’année dernière après avoir épousé un employé de chemin de fer. Antoine s’était épris de Marie, il la demanda en mariage et sa main lui fut accordée pour leur plus grand bonheur à tous les deux et aussi pour le nôtre. Il y avait à ce moment-là à Tâches le vieux Ménage Perron qui était là depuis une quarantaine d’année. Marie comme cordon bleu, et Fauché, ce qui veut dire François comme factotum. Les fourneaux n’étaient pas connus, la cuisine se faisait devant un grand feu de bois où brûlaient des bûches d’un mètre de long. Il y avait une rôtissoire actionnée par un tournebroche que Perron remontait quand il en avait besoin, il avait soin aussi d’arroser le rôti qui tournait au-dessus de la lèche-frite, avec une cuiller d’une forme spéciale qui avait le manche très long. Les poulets et les perdreaux qui venaient de là étaient, dit-on, plus succulents que ceux cuits au four. Le reste de la cuisine se faisait sur le potager qui existe encore, avec du charbon de bois, car les plats à confectionner étaient toujours nombreux. Le matin, au déjeuner qui se servait à 9 h ½, il y avait toujours un plat de viande chaud, un plat de viande froid, souvent du jambon préparé soit à la mode des Gouttes, soit à celle de Lys, où habitait un cousin de ma grand’mère qui était né Parent, j’en dirai un mot. A dîner, servi à 6 h, trois plats de viande, un légume et un entremet, tous plus variés les uns que les autres. Le matin on buvait de vin blanc, généralement du Pouilly, le soir du Rouge. Chaque matin, Marie venait dans la chambre de ma grand’mère, où elle faisait sa nombreuse correspondance encor couchée, et à elles deux composaient les menus en feuilletant les livres de cuisine qui étaient bleu pour les entrées, jaunes pour les rôtis, verts pour les entremets. Ils ont été perdus, je le regrette vivement, ils seraient amusants à consulter.
Les Perron, devenus vieux, se retirèrent dans une maison qu’ils avaient fait bâtir à St Parize avec les faibles gages de cette époque. En 1871, quand mon père a voulu lui donner ce qu’il lui devait, Fauché lui a dit : que Monsieur en garde donc la moitié, l’année a été dure !!! Et cette moitié, c’était 4oo frs pour le ménage. Marie Charronnier devint alors cuisinière en pied, et bonne cuisinière, car elle avait été à bonne école. Avec elle arriva le fourneau ; on en profita pour faire dans le four la pain quotidien qui avait différentes formes selon que lon aimait plus ou moins la croûte ou la mie. Quand l’heure de la retraite a sonné, Marie est allée rejoindre à St Pierre le malheureux Antoine et elle est morte peu de temps après lui chez leur fille marié à Louis Galoppier que j’avais eu comme cocher. Ce pauvre diable a subi, à Paris, sous un bistouri d’un des plus grands chirurgiens, une opération terrible : comme il avait un abcès dans la tête, il lui a scié le crâne pour le lui ôter et il a réussi puisqu’il vit encore !
Ma grand’mère que dans le pays on appelait Madame Amable est morte à Tâches pendant la Commune, en 1871. Elle était née en 18oo à St Pierre. Monsieur Louis Rambourg venu au monde en même temps se faisait un plaisir de le lui rappeler. Elle était très aimée dans le pays où elle rendait bien des services , c’est elle qui vaccinait tous les enfants, elle soignait aussi certains maux aux jambes de même que sa sœur Madame Clayeux aux Gouttes. Mon grand’père qui se nommait Amable avait été officier de cavalerie et accompagné l’empereur à Moscou ; en traversant la Bérézina, il avait eu sept doigts gelés tant aux pieds qu’aux mains. Rentré dans ses foyers, pour rendre service à ses voisins, il leur donnait des consultations gratuites dans un cabinet qu’il avait à St Pierre et qu’il ouvrait le Jeudi. Ses clients venaient lui raconter leurs embarras, lui laissaient leurs papiers et comme il n’avait pas fait son droit et que le plus souvent il était bien gêné pour leur répondre, il leur donnait rendez-vous pour le jeudi suivant, tout en se proposant d’aller le Samedi à Nevers trouver son frère Charles qui était président du tribunal civil pour lui demander une solution au problème qu’il n’avait pas pu résoudre . Le Président ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à cela, car il avait d’autre chose à faire, la réponse était attendue plusieurs jeudis de suite.
Un jour où il présidait une audience et où il somnolait légèrement, il se réveilla au moment où l’avocat qui plaidait dit : c’est un pré de 14 hectares. Je voudrais bien l’avoir s’écrie le Président, ce qui a fait la joie de tout le tribunal. Il avait à la Baratte, près de Nevers une petite ferme avec une maison qui n’était pas très grande mais dans laquelle la salle à manger avait une dimension assez vaste pour lui permettre d’offrir à dîner aux juges et autres membres du tribunal pendant les vacances. La belle et très digne Madame Robert , née Desnoyer, était toujours de la fête. Un très joli portrait d’elle fait le plus bel ornement du salon des Gouttes.
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Notes
Il est bien épais, ce 16 Mars 1946, et mes facultés bien diminuées. Je n’aurai probablement pas le temps de griffonner toutes les pages car ma vue s’en va vite, à la grâce de Dieu ! Que Sa volonté soit fait faite.
Reculons de 86 ans, car c’est en 186o que Tom Pouce fit son entrée à Tâches, c’était un ravissant petit poney Corse noir comme de l’ébène, il arrivait des Gouttes où il avait fait l’éducation de mon cousin René Clayeux qui me le donnait quand ses jambes de cavalier devenues trop longues pour cette première monture, son père lui en offrit une plus grande et mon père à moi commença mon éducation de cavalier à laquelle je m’appliquais plus qu’à celle de la grammaire. Mon père montait à cheval e moi à coté de lui. Pour que Pomponne ne m’emballe pas, mon père le tenait à sa gauche par un cordeau et me donnait les premiers principes de l’équitation. Quand j’eus assez pris d’assurance, on me permit de partir tout seul, mais à ma honte, je dois dire que c’était le poney et non pas moi qui choisissais le but de promenade. Après mon éducation, il fit celle de mon cousin Henri plus jeune que moi de 4 ans. Que de courses folles nous avons faites ensembles avec mes camarades Raoul et Albert de Bouillé autour de la pelouse de Villars ou de celle de Tâches. Au dîner que j’ai donné à mes amis pour fêter mes 8o ans, Albert de Marcy le rappelait dans le discours qu’il m’a fait l’honneur de prononcer pour célébrer mon octogénat. Tom Pouce a finit ses jours dans un grand château, celui de Grossouvre au Baron de Bastard, un père de 8 enfants auquel mon père l’a donné pour mettre à cheval sa nombreuse postérité sous un éducateur de premier ordre, le père Misen un anglais qui était le chef de son importante écurie. Le Baron avait appareillé Tom Pouce avec un poney de la même taille et aussi noir que lui et pour le mariage de ma sœur c’est-à-dire le 26 Octobre 1875, il est venu à Tâches avec cet attelage qui a eu beaucoup de succès. Tom Pouce est mort à 27 ans. Mlles de Bastard lui ont levé le pied gauche de devant et me l’ont envoyé, orné d’une jolie tapisserie, on peut encore le voir sur mon bureau. Chaque fois que je le regarde, c’est avec émotion.
Reculons de 86 ans, car c’est en 186o que Tom Pouce fit son entrée à Tâches, c’était un ravissant petit poney Corse noir comme de l’ébène, il arrivait des Gouttes où il avait fait l’éducation de mon cousin René Clayeux qui me le donnait quand ses jambes de cavalier devenues trop longues pour cette première monture, son père lui en offrit une plus grande et mon père à moi commença mon éducation de cavalier à laquelle je m’appliquais plus qu’à celle de la grammaire. Mon père montait à cheval e moi à coté de lui. Pour que Pomponne ne m’emballe pas, mon père le tenait à sa gauche par un cordeau et me donnait les premiers principes de l’équitation. Quand j’eus assez pris d’assurance, on me permit de partir tout seul, mais à ma honte, je dois dire que c’était le poney et non pas moi qui choisissais le but de promenade. Après mon éducation, il fit celle de mon cousin Henri plus jeune que moi de 4 ans. Que de courses folles nous avons faites ensembles avec mes camarades Raoul et Albert de Bouillé autour de la pelouse de Villars ou de celle de Tâches. Au dîner que j’ai donné à mes amis pour fêter mes 8o ans, Albert de Marcy le rappelait dans le discours qu’il m’a fait l’honneur de prononcer pour célébrer mon octogénat. Tom Pouce a finit ses jours dans un grand château, celui de Grossouvre au Baron de Bastard, un père de 8 enfants auquel mon père l’a donné pour mettre à cheval sa nombreuse postérité sous un éducateur de premier ordre, le père Misen un anglais qui était le chef de son importante écurie. Le Baron avait appareillé Tom Pouce avec un poney de la même taille et aussi noir que lui et pour le mariage de ma sœur c’est-à-dire le 26 Octobre 1875, il est venu à Tâches avec cet attelage qui a eu beaucoup de succès. Tom Pouce est mort à 27 ans. Mlles de Bastard lui ont levé le pied gauche de devant et me l’ont envoyé, orné d’une jolie tapisserie, on peut encore le voir sur mon bureau. Chaque fois que je le regarde, c’est avec émotion.
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