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19.2.10

Millereau

Roger de La Brosse me donne les notes que je transcris ci-dessous.

Le premier Millereau dont ait connaissance s’appelle :
1. Vincent. Il a épousé Jeanne Ravet, il était contemporain d’ Emery Le Prestre. Il
vivait vers 155o0 Chalvron et à Lormes.
2. Vincent . Son fils, épouse Pierrette Marion.
3. Jacques son fils, fut notaire royal à Lormes de 1665 à 1674. Il épouse Madeleine Le
Prestre de Vauban, fille de Jacques Le Prestre. Elle était sœur d’Urbain et tante du
Maréchal.
4. Philibert épouse Gabrielle Ragon. Il est né vers 1624, fut régisseur des biens du Maréchal et
demeura au château de Bazoches.
5. Jacques 1681-1751, fut notaire à Chalvron, il est enterré à St Aubin des Chaumes. Il a
épousé Geneviève Flandin.
6.Charles-Christophe, 1718-1793 épouse Claude Compagnat d’Époisses. Notaire à Lormes, il mit
en valeur la terre de Vauban achetée par son père aux héritiers du Maréchal en
1748.
7.François-Charles, né en 1768 épouse à Chougny en 1789 Marie Jeanne Leroy de Cuy, dont la
Mère née Courvol nous apparente à presque toute la Nièvre. Elle compte des
alliances les Leduz d’Augny, Beaucaire de Chezy. Il fut le premier maire de
Bazoches. Tenant de ses grand’ parents les principes du Maréchal, il fit son pré
carré. C’est lui qui a fait de la propriété de Vauban par ses achats et échanges, ce
qu’elle est aujourd’hui
8. Alphonse 1797-188o, continue l’œuvre de son père. Il fut maire de Bazoches pendant 54 ans
et Conseiller Général de Lormes. Dans le pays, on l’appelait le maire éternel. Il
épousa à Paris Claire Le Franc, descendante des Leduc de La Jonchère. Sa sœur
devint Madame Fouret ? celle-ci eut un petit-fils Edmond, personnalité connue à
Paris et fort galant homme..

De l’an II jusqu’à nos jours, il n’y eut que 4 maires à Bazoches : François-Charles Millereau, le premier, Alphonse le second, Gaston de La Brosse son gendre, le troisième et enfin Roger son fils, encore au pouvoir en 1946. Souhaitons-lui d’y rester encore longtemps, bien qu’il ait 8o ans.
Alphonse est né en 1797, au moment où la révolution était encore bien terrible et où le culte catholique n’était plus exercé que par des prêtres réfractaires, aussi, ce n’est qu’en 1811 qu’un curé resté fidèle à sa foi étant revenu dans le pays, il put être baptisé et faire sa première communion. Son oncle de Cuy décida que ces cérémonies auraient lieu dans son château, et pour la circonstance, il invita beaucoup de parents et d’amis. Il y eut un grand déjeuner après la messe . Comme on restait longtemps à table, Alphons éprouva le besoin de prendre l’air, laissant les grandes personnes à table. Il traverse la cuisine, voit un fusil tout chargé au-dessus de la cheminée, s’en empare, sort et se dirige vers la forêt. Arrivé au bord du ruisseau, il entend une chasse dans le lointain, elle vient dans direction, et tout à coup, il voit un sanglier sz souiller devant lui dans le ruisseau. Tout tremblant, il vise, tire en fermant les yeux et quand il les rouvre, il voit la bête noire gisant à ses pieds. Il revient au château où son oncle est toujours à table et il lui dit : j’ai tué un sanglier. L’oncle ne veut pas le croire ; mais fallut bien se rendre à l’évidence. Ce qui n’empêche qu’à l’âge de 14 ans, Alphonse a été baptisé, fait sa première communion et a tué son premier sanglier le même jour.

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J’ai toujours entretenu avec mon cousin Roger de La Brosse une correspondance très suivie, ce qui n’a rien d’étonnant car en tant qu’hommes du monde, de veneurs et d’agriculteurs, nous avons absolument les mêmes goûts. Il m’écrit le 4 Juillet 1946 :


Mon pauvre vieux ! Je ferais bien mieux de ne pas t’écrire pour t’attrister encore plus que tu peux l’être, mais le temps passe si vite qu’il faut en profiter pendant que nous sommes encore là ! J’ai bien reçu tes lettres et je suis en retard avec toi. Excuses moi, car je suis plus occupé, plus distrait, plus pris de droite , de gauche, avec premières communions, mairie, fauchaisons et brochant sur le tout, persécuté par mon notaire, mon receveur de l’enregistrement pour ce satané impôt de solidarité !. Plus d’auto. Ma petite-fille Anne-Marie, qui a 18 ans, 1m7o de taille pèse 34 kilos, elle est retournée à l’hôpital de Nevers suivre un traitement à la Péniciline, mais c’est sans espoir de guérison. C’est affreux pour elle et pour nous de la voir souffrir sans espoir. Pour moi, mon pauvre vieux, ça me tue et me désole ! Je ne fais qu’y penser. C’était ma préférée de beaucoup ! Mon pauvre fils est écrasé, il est découragé de tout.
Pour ne pas être plus gais, parlons prix et fortunes. Je me demande vraiment ce qui va arriver de nous ! Il n’y a pas d’erreur, personne de nous ne pourra y tenir !!! Je reçois mes feuilles d’impôts. Je payais en 19oo pour toute la terre de Vauban, 6oo ha environ, 4 8oo frs. Aujourd’hui, avec assurances sociales, impôt sur le revenu 6o ooo. Mon notaire me dit que je vais avoir près de 297 ooo frs à payer pour l’impôt de solidarité. Ajouter à ces chiffres la diminution de mon portefeuille qui avait 3oo actions des mines de V…. qui valaient 3 2oo en 1945 et qui aujourd’hui, nationalisées valent 63o frs. Mes St Gobain autant. Et pendant ce temps-là, les gages des domestiques augmentent en flèche tous les trimestres !! un ménage 6o ooo !!! Alors s s . Pour comble d’empoisonnement, je n’ai pleau ni potable, ni pas potable ! Plus d’eau du tout !! Nous allons être obligés de quitter Vauban !!! Pour aller où ? avec ma belle-fille qui va accoucher ! ! ! Ici l’eau n’a pas fait regonder les sources depuis 3 ans ! tous les puits sont bas ! Depuis 1856, jamais on n’avait manqué d’eau à Vauban. Grand’père Millereau avait capté une source et réuni des drainages de la butte de Montois qui amenait l’eau sous pression dans la cave dans un grand réservoir. S’il faut réviser tous ces travaux et les refaire, c’est à se suicider !!! Juges-tu de mon embêtement à près de 8o ans de se voir obligé de quitter son chez soi !!!

Toutes ces idioties de bombes à Bikini et autres vont finir par déchaîner des catastrophes mondiales et rendre les hommes fous. Figures-toi qu’un des mes meilleurs chasseurs de sangliers s’est bien suicidé par crainte de la bombe de bikini, il s’est empoisonné avec de la strychnine !!!

Les nouvelles lois sur les fermages et les métayages vont être notre ruine. Notre ministre de l’agriculture est un être malfaisant qui cherche à brouiller des gens qui s’entendaient bien. Quand je pense que pendant 1o4 ans pour mes fermes dee Vassy et d’Armance avec les familles Picard et Guyard, il y avait des baux qui continuaient par tacite reconduction sans que rien n’accroche, mais c’était de 1815 à 1895. Je t’embrasse de tout cœur.

ROGER

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Il y avait à Vauban le buste d’une grand’mère Le Duc de La Jonchère, exécuté par Houdon. Edmond Fouret l’a fait reproduire en plusieurs exemplaires et il a eu l’amabilité de m’en donner un et un autre à Edmond Clayeux

Thomas Maslin




D’argent à trois abeilles de sable.

Maslin ou mieux Thomas Maslin, seigneurs de la Motte de Bourgneuf.
Châtellenie de Nevers.

Alliances : de La Forest, Mayeux de Villardet, de Saulieu, de Prisye.

Mon arrière grand’père Maslin était propriétaire d’une partie de la terre de Tâches pendant la Révolution, et il habitait dans le centre de la ville de St Pierre. Sa maison qui en plus d’une cour intérieure ornée d’un balcon en bois sculpté, sur toute une façade possédait un pigeonnier, ce qui est rare. Dans la plus grande pièce, il y avait de belles et grandes tapisseries avec personnages qui sont maintenant dans la salle d’armes du château des Gouttes. On verra plus loin pourquoi. Monsieur Maslin, lors de la création des Mairies en France a été nommé maire de St Parize en l’an II, et il est mort maire de cette même commune en 1823. Mon oncle Antonin Robert l’est devenu plus tard et l’est resté jusqu’en 1869, époque où il est allé s’installer à Buy qu’il venait de faire bâtir. Il a alors été nommé maire de St Pierre, où il se rendait chaque matin pour se mettre à la disposition de ses concitoyens. Il avait un cheval attelé son dogcart, tout spécialement affecté à ce service. En 1866, quand il était maire de St Parize, la choléra est arrivé une belle nuit dans la commune et a fait je crois, 4 victimes. Il y en a eu ensuite beaucoup d’autres, de 48 à 5o. La terreur régnait dans le pays, et seuls, l’abbé Jacob, curé de la paroisse et mon oncle osaient approcher des morts pour les ensevelir. Il a ,lui aussi, été atteint par cette terrible maladie et c’est grâce aux bons soins que lui a prodigués le Dr Goujon, interne des hôpitaux de Paris qu’il avait fait venir pour soigner les malades qu’il a été sauvé. Comme une calamité n’arrive jamais seule, une des plus grandes crues de la Loire ravageait ses rives. En 1889, j’ai été moi aussi maire de St Parize nommé à peu près à l’unanimité des suffrages . Je n’ai conservé que pendant 4ans l’affection de mes électeurs, je restais trop conservateur et eux devenaient trop républicains. Mon passage au pouvoir restera cependant marqué par qq chose de durable, j’ai fait construire un lavoir couvert près de la magnifique et abondante source qui sort des fondations du presbytère, et mon nom est gravé sur une des pierres de taille de la façade. J’en reviens à Monsieur Maslin, c’est lui qui en 1811 a fait construire Tâches, d’une façon bien modeste, et il est venu s’y installer pendant la belle saison tout au moins avec sa femme et ses deux filles. Il avait épousé Mlle Grossot de Vercy qui habitait Vézelay et qui est morte aux Gouttes chez sa fille , Madame Clayeux. Elle est enterrée dans le cimetière de Thionne. C’est elle qui la première, a étrennée la sépulture des Clayeux ; sa fille aînée est devenue châtelaine des Gouttes. Sa seconde fille ayant épousé mon Grand’père était à la même époque châtelaine de Tâches. 8o ans plus tard, les deux sœurs Aline et Claire Robert étaient de nouveau châtelaines de ces deux mêmes demeures, et la plus grande affection a toujours continué à régner entre les deux maisons. Je peus même dire qu’elle dure toujours car j’entretiens avec mes neveux Geneviève et Edmond une correspondance très suivie et très intéressante. Nous n’avions rien de caché les uns pour les autres. En 1869, mes parents trouvant que leur famille s’augmentait, ont fait élever un premier étage sur la partie de Tâches qui n’en avait pas et installer des W.C. àà l’intérieur ce qui manquait de confort et qu’il fallait sortir dehors pour satisfaire certains besoins. Mais cela été de même dans tous les châteaux, tant que l’on a pas eu inventé les cabinets avec chasse d’eau. Dans le palais de Versailles, le roi Louis XIV n’avait qu’une chaise percée pour son usage . Plus tard à Tâches, ma très chère femme, en souvenir de ce qu’elle avait admiré dans le salon de Vauban, a fait faire dans le nôtre les trois pans coupés et la glace sans tain dont nous jouissons bien maintenant.

NOTES & SOUVENIRS

Mon père et mon beau-père se ressemblaient, ce n’est pas étonnant , ils étaient cousins germains et portaient toute leur barbe et un monocle. Ce dernier étant à l’hôtel du Louvre, descendant un escalier au bas duquel il y avait une glace dans laquelle il se voyait, se dit à lui-même, : je ne te savais pas à Paris, Prosper !

Le dit beau-père qui était dit-on assez taquin, avait été un des premiers à faire de la daguerréothérapie , et il avait photographié son cousin Eloi Tiersonnier, un rasoir à la main, celui-ci n’avait pas compris pourquoi !

Il avait à Sully un gros faire-valoir avec un personnel énorme, qui serait une ruine aujourd’hui. Il préparait une fois un bœuf pour un concours d’animaux gras, et l’animal était superbe. Il le montre à Gaston Tassain, et lui dit « j’ai bien peur qu’il ne soit pas primé si les membres du jury s’aperçoivent qu’il n’a pas de dents à la mâchoire supérieure, ce qui était vrai, mais les autres non plus, de même que les chèvres et les chevreuils. Les magistrats ne savent pas cela.
Quand Sully a été bâti, le grand Charles du Verne vint un jour voir son cousin qu’il aimait beaucoup, et il lui dit : “ Alfred ! bien des gens essayent de faire qq chose de réussi, ils n’y parviennent pas, toi tu as voulu faire qq chose de laid, tu n’as pas manqué ton coup. ” En effet, la maison, qui intérieurement est très bien comprise est affreuse à l’extérieur. Après le déjeuner, Alfred mettait dans ses poches tout le sucre qui restait dans le sucrier, et quand il allait dans les prés, les nombreux poulains qu’il élevait le savaient bien et ils le suivaient pour en avoir un morceau. Les dames ramassaient les morceaux de pain laissés sur la table et les jetaient sur la pièce d’eau où les carpes s’empressaient de les ramasser comme à Versailles, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était la quantité d’écrevisses aux pattes rouges qui pullulaient dans tous les ruisseaux et qui avait été apportées de Vauban. Elles étaient superbes, un jour nous en avons pris une qui avait 27 cm de longueur du bout des antennes au bout de la queue. Un samedi, ma grand’mère Tiersonnier, revenant de Nevers fait une visite à Sully, où on l’invite à dîner. Elle refuse. Madame, il y a des écrevisses ; alors je reste !
Cela me rappelle qu’à Tâches, du vivant de ma grand’mère Amable, tous les Vendredis, on mangeait des grenouilles qui étaient prises soit par elle, soit apportées par Charles Signol, qui la ligne à la main, suivait tous les abreuvoirs du pays.

===== Mon arrière Grand’père, qui était venu à St Pierre-le-Moûtiers comme avocat en parlement au présidial, où le roi faisait rendre la justice, y est devenu célèbre, maire de la ville et député à la constituante. Quand le conventionnel Fouché, de triste mémoire, ce qui ne l’a pas empêché de devenir sous l’empire duc d’Otrante, faisait ses tournées dans les campagnes pour ramasser les ci-devants qu’on lui signalait, vint un jour à St Pierre visant le comte Armand de Montrichard qui n’avait pas émigré. Mon aïeul qu’on appelait bouche d’or, qui savait le but de sa visite, l’entretint si spirituellement, que la nuit arriva sans qu’il en aperçut, ce qui sauva la vie au grand’père de mon voisin et ami Gaston, qui savait la chose et me l’a racontée.

Mon aïeul prit pied dans le canton en épousant Mlle Cabaille de Vasselange et en achetant une jolie maison à St Pierre et les 3 domaines de Buy. Se contentant de s’appeler Robert tout court, pendant que d’autres branches prenaient les noms de Chevanes, de Neuville, de Gesnay. Un Robert de Chevane eut une certaine réputation ; étant garde du corps du roi Louis XVI, il était de service quand la foule en folie envahit le palais dans les journées des 5 & 6 Octobre 1789, et se mettant en travers de la porte du roi, il fit tous ses efforts pour le protéger, en disant : à moi appartient l’honneur de mourir le premier pour la défense du roi.
J’ai été en rapport avec un Robert de Chevanne de ses descendants, qui était capitaine de dragons vers 1878 et qui avait comme ordonnance mon vieux domestique Antoine Charronnier.

Je suis heureux de rendre au passage un témoignage de reconnaissance à ce vieux serviteur né sur la terre de Tâches où ses parents habitaient le Pied Prot, où ils sont restés 45 ans en travaillant à la journée pour mon père. Assez délicat dans sa jeunesse, ma grand’mère prenait soin de lui, et mettait de coté de coté les fonds de bouteilles qui restaient sur la table pour les lui faire boire. Son temps de service accompli, il est entré à la maison comme homme à tout faire, plus spécialement valet de chambre. Il était pour moi d’une aide précieuse, me disant quand il fallait du vin, du charbon, du bois de chauffage En 1879, où il avait eu l’hiver le plus rigoureux du siècle, et où des quantités d’arbres avaient gelé, et qu’avec mon père , nous déjeunions avec nos peaux de chèvre sur le dos, les branches basses du Wellingtonia qui est sur la pelouse ayant été coupées, ma mère les avaient remplacées par une volière dans laquelle pendant plusieurs années, Antoine a élevé des perdreaux. Pour eux, il allait chercher au loin des œufs de fourmis, ce qui lui plaisait plus que de donner un coup de balai. Aussi, un jour où Marcelle lui montrait une toile d’araignée dans un couloir, il a répondu : il y a longtemps que la connais. Le pauvre diable a eu une triste fin, la gangrène s’étant mise dans sa jambe gauche, on a été obligé de la lui couper, ce qui a nécessité son installation chez sa fille à St Pierre le Moûtiers. Deux ans après, la jambe droite a eu le même sort et puis il est mort très chrétiennement, après avoir demandé à être enterré dans le cimetière de St Parize où il est venu rejoindre ses parents. Il y avait à la Grâce, un bassecourier du nom de Pieuchot qui avait trois filles. L’aînée, Marie vint à Tâches comme fille de peine à 17 ans. Anne, deux ans après y entra comme femme de chambre de ma mère, et un peu plus tard, la troisième devint femme de chambre de ma grand’mère Tiersonnier. Elle est morte l’année dernière après avoir épousé un employé de chemin de fer. Antoine s’était épris de Marie, il la demanda en mariage et sa main lui fut accordée pour leur plus grand bonheur à tous les deux et aussi pour le nôtre. Il y avait à ce moment-là à Tâches le vieux Ménage Perron qui était là depuis une quarantaine d’année. Marie comme cordon bleu, et Fauché, ce qui veut dire François comme factotum. Les fourneaux n’étaient pas connus, la cuisine se faisait devant un grand feu de bois où brûlaient des bûches d’un mètre de long. Il y avait une rôtissoire actionnée par un tournebroche que Perron remontait quand il en avait besoin, il avait soin aussi d’arroser le rôti qui tournait au-dessus de la lèche-frite, avec une cuiller d’une forme spéciale qui avait le manche très long. Les poulets et les perdreaux qui venaient de là étaient, dit-on, plus succulents que ceux cuits au four. Le reste de la cuisine se faisait sur le potager qui existe encore, avec du charbon de bois, car les plats à confectionner étaient toujours nombreux. Le matin, au déjeuner qui se servait à 9 h ½, il y avait toujours un plat de viande chaud, un plat de viande froid, souvent du jambon préparé soit à la mode des Gouttes, soit à celle de Lys, où habitait un cousin de ma grand’mère qui était né Parent, j’en dirai un mot. A dîner, servi à 6 h, trois plats de viande, un légume et un entremet, tous plus variés les uns que les autres. Le matin on buvait de vin blanc, généralement du Pouilly, le soir du Rouge. Chaque matin, Marie venait dans la chambre de ma grand’mère, où elle faisait sa nombreuse correspondance encor couchée, et à elles deux composaient les menus en feuilletant les livres de cuisine qui étaient bleu pour les entrées, jaunes pour les rôtis, verts pour les entremets. Ils ont été perdus, je le regrette vivement, ils seraient amusants à consulter.
Les Perron, devenus vieux, se retirèrent dans une maison qu’ils avaient fait bâtir à St Parize avec les faibles gages de cette époque. En 1871, quand mon père a voulu lui donner ce qu’il lui devait, Fauché lui a dit : que Monsieur en garde donc la moitié, l’année a été dure !!! Et cette moitié, c’était 4oo frs pour le ménage. Marie Charronnier devint alors cuisinière en pied, et bonne cuisinière, car elle avait été à bonne école. Avec elle arriva le fourneau ; on en profita pour faire dans le four la pain quotidien qui avait différentes formes selon que lon aimait plus ou moins la croûte ou la mie. Quand l’heure de la retraite a sonné, Marie est allée rejoindre à St Pierre le malheureux Antoine et elle est morte peu de temps après lui chez leur fille marié à Louis Galoppier que j’avais eu comme cocher. Ce pauvre diable a subi, à Paris, sous un bistouri d’un des plus grands chirurgiens, une opération terrible : comme il avait un abcès dans la tête, il lui a scié le crâne pour le lui ôter et il a réussi puisqu’il vit encore !



Ma grand’mère que dans le pays on appelait Madame Amable est morte à Tâches pendant la Commune, en 1871. Elle était née en 18oo à St Pierre. Monsieur Louis Rambourg venu au monde en même temps se faisait un plaisir de le lui rappeler. Elle était très aimée dans le pays où elle rendait bien des services , c’est elle qui vaccinait tous les enfants, elle soignait aussi certains maux aux jambes de même que sa sœur Madame Clayeux aux Gouttes. Mon grand’père qui se nommait Amable avait été officier de cavalerie et accompagné l’empereur à Moscou ; en traversant la Bérézina, il avait eu sept doigts gelés tant aux pieds qu’aux mains. Rentré dans ses foyers, pour rendre service à ses voisins, il leur donnait des consultations gratuites dans un cabinet qu’il avait à St Pierre et qu’il ouvrait le Jeudi. Ses clients venaient lui raconter leurs embarras, lui laissaient leurs papiers et comme il n’avait pas fait son droit et que le plus souvent il était bien gêné pour leur répondre, il leur donnait rendez-vous pour le jeudi suivant, tout en se proposant d’aller le Samedi à Nevers trouver son frère Charles qui était président du tribunal civil pour lui demander une solution au problème qu’il n’avait pas pu résoudre . Le Président ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à cela, car il avait d’autre chose à faire, la réponse était attendue plusieurs jeudis de suite.
Un jour où il présidait une audience et où il somnolait légèrement, il se réveilla au moment où l’avocat qui plaidait dit : c’est un pré de 14 hectares. Je voudrais bien l’avoir s’écrie le Président, ce qui a fait la joie de tout le tribunal. Il avait à la Baratte, près de Nevers une petite ferme avec une maison qui n’était pas très grande mais dans laquelle la salle à manger avait une dimension assez vaste pour lui permettre d’offrir à dîner aux juges et autres membres du tribunal pendant les vacances. La belle et très digne Madame Robert , née Desnoyer, était toujours de la fête. Un très joli portrait d’elle fait le plus bel ornement du salon des Gouttes.

La Guerche

Il y a à la Guerche des réunions de courses très réputées, où l’on venait de tout le pays. J’ai connu comme présidents le Cte Charles de Montsauluin, ensuite le Marquis d’Aramon, mort depuis peu, comme vice-président, le Baron de Neuflize, un des hommes les plus chics de Paris. C’est sur cet hippodrome que mon neveu Bernard la Brosse a fait ses premières armes. Comme je lui demandais de me montrer la jument qu’il faisait courir, il hésitait à la reconnaitre : j’ai su plus tard qu’il cherchait les quelques poils blancs qui étaient poussés à la place d’une cicatrice. Il a fait bien des progrès depuis et il a su acheter de bons chevaux, tout particulièrement, Renard Argenté, qui lui a gagné trois handicaps de suite, ce qui est très rare. Une année, mon ami Camille Dugas est venu coucher à Tâches la veille des courses avec son grand break et ses beaux chevaux et le lendemain, il nous a menés à la réunion en compagnie de la Ctese Charles de Bouillé, qui nous a gardé à dîner le soir.
Des courses qui étaient également très suivies étaint celles de Cercy-La-Tour, on y venait de 1o lieues à la ronde avec ses chevaux et beaucoup de gens y arrivaient à l’heure d’un déjeûner qui était servi sous une tente par maître Gastorf qui avec la tête de veau légendaire vous présentait toujours le buisson d’écrevisses. Sur la piste, les chevaux n’étaient pas tous de grandes classe et les casaques pas toujours en soie. Pour les invités, j’ai vu des fermiers rentrer leurs blouses dans leurs pantalons. Le Cte de Rochetaillé venait tous les ans prendre part à une course ou deux et les disputer au Mis de St Vallier. Le pari mutuel n’existait pas, on formait des poules entre soi. Les fidèles qui n’auraient pas manqué ces réunions pour rien au monde étaient les Pracomtal, les Veyny, les du Bourg, les Soultrait de Lurcy, les Massin, de la Brèche, Dugas, Boignes, Pinet des Ecots, de Gaillon, de Noury, de Damas, Benoit d’ Azy, de Brézé, d’Espeuilles, d’Assigny, de la Planche, de la Brosse, de Vauban, d’Armaillé, Petit de Tonteuil, qui venait de bâtir le château de Tintury. Madame Decray qui habitait à Maumigny, tout près du champ de courses avait toujours sa table pleine de monde ces jours-là. La veille ou le Lendemain, il y avait généralement un concours hippique pour chevaux du pays. Une année, on m’a demandé d’être membre du jury. Je suis resté coucher chez mes amis Massin à la Brèche qui était la maison la plus accueillante du pays .