J’ai pu avoir à Tâches un assez bon territoire de chasse grâce à mon acquisition du domaine des Petites Granges, venant de la terre de Villars, qui m’a coûté moins cher que le prix d’une jument aujourd’hui et plus tard des 12 hectares du bois des Queudres acquis à ma très bonne et fidèle amie la Marquise de Chargères, ce qui m’a permis de faire de belles battues et de rendre des politesses aux amis qui m’invitaient chez eux. J’en cite quelques uns par ordre de mérite Gabriel Tiersonnier au Colombier, il a été mon professeur dans l’art de conduire une battue de perdreaux, André Grincour, à Fontailler, Madame Meynier à Neuftable, Lafond au Nozel, Henri de La Roche à la Barre, Edme de Certaines à Lamenay, Clayeux aux Gouttes et aux Fougis, Charles de Charrette à Villeneuve, Madame Rambourg à Châteauvert, René de Chavagnac à Chazeuil, Tiersonnier à Mortier, Antoine de Champs à Châteauvert, Antoine du Part à Chevenon, Léon Talabot au Chaumont, Roger de Soultrait à Dornes, Joseph Reignaud aux Guérauds, Joseph du Verne au Veuillin. Le comte de Barral m’a aussi invité une fois dans son parc de Jaligny et le Vicomte de Chabrol dans celui du Vernay. Tous les ans, j’allais faire l’ouverture chez mon bon ami Camille Dugas tant qu’il a vécu, le premier jour, nous chassions à Beauvoir où le vieux Padre de sa grand’mère nous disait la messe à 9 heures du matin, avant déjeuner, on découplait les chiens courants pour tirer un lièvre ou un chevreuil, dans l’après midi, c’était le chien d’arrêt. Madame Dugas a été enterrée le mois dernier à l’âge de 1o1 ans. Mr Boignes, son premier mari avat 25 ans de plus qu’elle et Dugas, 2o printemps de moins.
Le 14 Juillet, j’étais reçu aux Maremberts chez mon cousin de Balloy, pour y tirer des halbrants sur les étangs de Sologne. Vers le 1o Octobre c’est à Louau, également en Sologne chez mon vieux contemporain Raoul d’Anchald que j’allais passer deux ou trois bons jours. On l’a enterré le surlendemain de la fête de Noël 1945, il avait pu assisteer à la messe. Le Marquis Antonin du Bourg n’a jamais donné une battue dans son beau Parc de Prye sans m’inviter et c’est dans sa chasse du Chamont que j’ai tué mon premier perdreau devant des rabatteurs, mais il m’a fallu en tirer plusieurs pour arriver à ce résultat. Je n’oublie pas de citer les jolies chasses au chien d’arrêt à Fleury et à Charpeigne en Berry, chez Edouard de Fontenay où l’on retrouvait tous ses camarades des environs. En se mettant à table pour déjeuner, on savait combien on aurait de plats à manger en comptant le nombre d’assiettes empilées devant chaque chaise, car comme il n’y avait pas de maître d’hôtel pour les changer, quand un plat était mangé, on la passait sous les autres. On verra par ce que je viens d’écrire que j’ai eu une belle existence de chasseur, surtout si l’on apprend que je tirai environ 3 ooo cartouches par an pour tuer mille pièces à peu près. C’est aussi à mille pièces qu’il faut évaluer les tableaux des victimes tuées à Tâches par mes amis Avant les battues, quand il y avait peu de gibier, car celui-ci n’est arrivé en abondance que quand on a connu les piégeages, c’est-à-dire vers 1891, je pratiquai un sport très amusant et pas cher : chaque mois d’Octobre, nous avions sur le plateau des craies, des passages d’alouettes à en obscurcir le ciel. J’invitais des amateurs à les tirer, chacun devait apporter cent cartouches qu’on mettait dans la voiture à âne qui les montait sur le plateau pour les rapprocher de leurs maîtres qui faisaient un match entre eux . Une année , c’est Gaspard de Bizy qui a fait le plus beau tableau avec ses cent cartouches qui coûtaient 2o francs à cette époque. Je me demande pourquoi les passages de ces alouettes ont presque disparu , de même que ceux des cailles.
Par le récit que je viens d’en faire, on verra que j’ai eu une belle existence de chasseur surtout si l’on y ajoute toutes les belles journées passées à galoper derrière de nombreux équipages à courre depuis l’âge de 6 ans à commencer par celui de Monsieur Grincour qui venait découpler dans les bois de St Parize avec le piqueur Minot. J’ai fait un tableau avec dessin à la plume, sur lequel on voit de des têtes ou des pieds de cerfs, de sangliers, de chevreuil et de lièvres, et sous chaque bête, le nom de chaque équipage où l’on m’a fait les honneurs. Pour le cerf, Marquis de Lestrade, de Balorre, pour le sanglier de La Roche, d’Anchal de Bastard pour le chevreuil de Certaines, de Montsaulnin, de Bréon, de Rolland, pour le lièvre de Bizy, Albert Clayeux.
J’ai suivi aussi de modestes équipages où l’on tâchait de dépasser, le fusil à la botte, pour essayer de tirer le sanglier qu’il poursuivait. Je citerai tout particulièrement celui de mon voisin et très bon ami Samuel de Thé. En 19o2, il avait la permission de chasser dans les bois d’Apremont et les 3 premiers Lundis d’Avril, j’ai tué un sanglier devant ses chiens qu’il conduisait lui-même avec sa voix de stentor, aussi, Gabriel Jourdan du Mazot disait : on croyait voir sortir du bois un homme de 6 pieds et il en avait à peine 5. J’ai beaucoup pratiqué ce sport avec André Grincour dans les bois de Grossouvre, avec les Jourdan à Montmien. Un jour, Athanase en tirant un cochon, a placé sa balle dans le genou de son cheval, qu’on a été obligé d’abattre. Dernièrement, Michel Beauchamp en a fait autant.
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19.2.10
Mouron
Je garde un autre agréable souvenir de Mouron ; une année où étant officier de réserve au 26 ème dragon à Dijon, je faisais de grandes manœuvres et que le régiment passait par la Charité, le Baron Philippe de Bourgoing était venu nous attendre sur la route et avait demandé au colonel la permission d’emmener le Commandant Abonneau et moi-même déjeuner avec lui, ce qui fut accordé. Quel n’a pas été mon étonnement en arrivant au château, d’y trouver le Maréchal Canrobert qui tous les ans faisait une saison à Pougues et ne manquait pas de rendre visite au Baron qu’il avait connu aux Tuileries quand il était écuyer de l’empereur Napoléon III. Pierre était le bon camarade du Prince impérial qu’il a profondément pleuré. Je me suis souvent demandé quel aurait été le sort de la France s’il ne s’était pas fait tuer bravement.
En 187o, Bourgoing avait été nommé député de la Nièvre, et invalidé grâce à une canaillerie inventée par Isaïe Levaillant, un sale Juif qui était préfet à Nevers à cette époque. Si on se rappelle que la République à une voix de majorité, on peut en conclure que Isaïe a été fêté par ses semblables. On sait qu’en 187o, chaque département Français avait formé un régiment de Mobiles. La Nièvre avait en plus un régiment à cheval, dont Bourgoing était le colonel. Il avait sous ses ordres Jules d’Anchald, Michel de Rasilly, René de Savigny, et autres. Le Marquis de Veguy commandait l’autre régiment : il sortait de St Cyr et avait démissionné au bout de peu de temps de service ; beaucoup d’officiers qui étaient sous ses ordres étaient pour la plupart des châtelains du pays ayant servi plus ou moins longtemps, comme mes oncles Paul et Ludovic Tiersonnier, R de Pracomtal, G de La Brosse, Amédée de Noury, Frédéric et Henri d’Assigny. Ce régiments de moblots s’est bravement battu et a souffert atrocement du froid terrible qu’on a eu à supporter cet hiver-là. J’ai oui dire que le sous-lieutenant Samuel de Thé avait une paire de sabots reliés par une ficelle, qu’il mettait à cheval sur son cou et qu’il était bien content le soir, en arrivant au cantonnement pour remplacer ses souliers mouillés.
Le département de l’Allier a eu plus de chance que le nôtre, car son régiment de mobiles ayant à sa tête Monsieur de Chavigny a passé le temps de la guerre en Algérie et mon beau-frère Clayeux, qui était S .Lt , m’a souvent dit que dans sa garnison de Tlemcen, il avait été heureux comme un roi avec des chefs charmants, un cheval de selle arabe, un bon chien d’arrêt, du gibier devant lui et de l’argent dans sa poche.
Une année après la guerre, la pauvre France vaincue, après avoir cru qu’elle ne pourrait pas payer les cinq milliards d’indemnité qu’elle devait à l’Allemagne, s’était acquittée très facilement. Que peut-on en penser aujourd’hui où la dette de notre malheureux pays monte à plus de 3oo milliards. Il y avait une portée de loups aux Bois Boulots. René en profita pour faire une politesse à ses camarades de la mobile en les invitant à cette fête qui est une réjouissance pour tous les veneurs du pays qui sont convoqués pour venir les chasser. Au jour désigné, il semble me rappeler qu’il y avait 112 chiens hardés, sous le chêne Marotte, ils appartenaient aux équipages des Gouttes et de Coulon, de René de Chavagnac, des Comtes Auguste et Hector de Barral. Fernand de La Boutresse couplait avec ce dernier. Plusieurs officiers de la Mobile étaient au rendez-vous, dont le commandant de Chavigny, Gaston de Froment, Ernest Olivier et autres.. La chasse fut très brillante, trois louvarts furent pris successivement et le retour aux Gouttes un tromphe. Pour le dîner, la salle à manger était trop petite, le couvert avait été mis au premier étage dans la grande salle. Au dessert, pendant qu’on sablait le champagne et que sur la pelouze les piqueux sonnaient joyeusement les honneurs et les fanfares des équipages Baquelot offraient aux Messieurs les plus dignes, les pieds des louvarts posés sur un plat d’argent. La soirée se termina assez tard dans la nuit. J’y ai vu danser par le colonel Dupressoir et le Vicomte de Vautier un Kan Kan aussi brillant que celui de Mabille où en 1876 St Cristophe a gagné le grand prix de Paris, et où la jeunesse élégante se donnait rendez-vous dans ce lieu de plaisir ce jour-là. On se réunissait aussi à Bullier, mais le milieu y était moins chic. Ce sont pour moi des souvenirs qui remontent à 7o ans, et je pense que ces deux établissements sont maintenant remplacés par ce qu’on appelle des dancings.
En 187o, Bourgoing avait été nommé député de la Nièvre, et invalidé grâce à une canaillerie inventée par Isaïe Levaillant, un sale Juif qui était préfet à Nevers à cette époque. Si on se rappelle que la République à une voix de majorité, on peut en conclure que Isaïe a été fêté par ses semblables. On sait qu’en 187o, chaque département Français avait formé un régiment de Mobiles. La Nièvre avait en plus un régiment à cheval, dont Bourgoing était le colonel. Il avait sous ses ordres Jules d’Anchald, Michel de Rasilly, René de Savigny, et autres. Le Marquis de Veguy commandait l’autre régiment : il sortait de St Cyr et avait démissionné au bout de peu de temps de service ; beaucoup d’officiers qui étaient sous ses ordres étaient pour la plupart des châtelains du pays ayant servi plus ou moins longtemps, comme mes oncles Paul et Ludovic Tiersonnier, R de Pracomtal, G de La Brosse, Amédée de Noury, Frédéric et Henri d’Assigny. Ce régiments de moblots s’est bravement battu et a souffert atrocement du froid terrible qu’on a eu à supporter cet hiver-là. J’ai oui dire que le sous-lieutenant Samuel de Thé avait une paire de sabots reliés par une ficelle, qu’il mettait à cheval sur son cou et qu’il était bien content le soir, en arrivant au cantonnement pour remplacer ses souliers mouillés.
Le département de l’Allier a eu plus de chance que le nôtre, car son régiment de mobiles ayant à sa tête Monsieur de Chavigny a passé le temps de la guerre en Algérie et mon beau-frère Clayeux, qui était S .Lt , m’a souvent dit que dans sa garnison de Tlemcen, il avait été heureux comme un roi avec des chefs charmants, un cheval de selle arabe, un bon chien d’arrêt, du gibier devant lui et de l’argent dans sa poche.
Une année après la guerre, la pauvre France vaincue, après avoir cru qu’elle ne pourrait pas payer les cinq milliards d’indemnité qu’elle devait à l’Allemagne, s’était acquittée très facilement. Que peut-on en penser aujourd’hui où la dette de notre malheureux pays monte à plus de 3oo milliards. Il y avait une portée de loups aux Bois Boulots. René en profita pour faire une politesse à ses camarades de la mobile en les invitant à cette fête qui est une réjouissance pour tous les veneurs du pays qui sont convoqués pour venir les chasser. Au jour désigné, il semble me rappeler qu’il y avait 112 chiens hardés, sous le chêne Marotte, ils appartenaient aux équipages des Gouttes et de Coulon, de René de Chavagnac, des Comtes Auguste et Hector de Barral. Fernand de La Boutresse couplait avec ce dernier. Plusieurs officiers de la Mobile étaient au rendez-vous, dont le commandant de Chavigny, Gaston de Froment, Ernest Olivier et autres.. La chasse fut très brillante, trois louvarts furent pris successivement et le retour aux Gouttes un tromphe. Pour le dîner, la salle à manger était trop petite, le couvert avait été mis au premier étage dans la grande salle. Au dessert, pendant qu’on sablait le champagne et que sur la pelouze les piqueux sonnaient joyeusement les honneurs et les fanfares des équipages Baquelot offraient aux Messieurs les plus dignes, les pieds des louvarts posés sur un plat d’argent. La soirée se termina assez tard dans la nuit. J’y ai vu danser par le colonel Dupressoir et le Vicomte de Vautier un Kan Kan aussi brillant que celui de Mabille où en 1876 St Cristophe a gagné le grand prix de Paris, et où la jeunesse élégante se donnait rendez-vous dans ce lieu de plaisir ce jour-là. On se réunissait aussi à Bullier, mais le milieu y était moins chic. Ce sont pour moi des souvenirs qui remontent à 7o ans, et je pense que ces deux établissements sont maintenant remplacés par ce qu’on appelle des dancings.
Decray
Au moment de la Révolution, Monsieur Decray qui était le plus important citoyen de la petite ville de Decize avait épousé la sœur de mon arrière grand’père, il avait un fils et trois filles. Un conventionnel, St Just, né dans le pays d’une bonne famille et mort sur l’échafaud en 1794, demanda l’aînée en mariage. Elle est fiancée, répondit son père, alors la seconde, elle l’est aussi, et la troisième, de même. Or aucune ne l’était. Il fallait se dépêcher pour trouver des gendres afin de conserver sa tête. Ce fut fait. L’aînée épousa Mr Blandat des Pierres et donna naissance à Madame Sautereau du Part, pour en arriver à nos jours à Chantal du Part, devenue Comtesse de Martimprey. La seconde épouse Monsieur Cabaille de l’Isle, et devient la mère de Madame Tiersonnier, du Colombier, mère d’Alphonse, d’où Madame de Balloy, elle-même mère de la Comtesse de Martimprey, dont le fils aîné Guy, se marie avec sa cousine Chantal. La troisième fille Decray trouve elle aussi, et en temps voulu, un preneur, en la personne de Monsieur Trochereau, dont le dernier Henri, est mort célibataire. Je l’ai bien connu, c’était un fort beau vieillard, qui habitait le plus bel hôtel de Nevers, qu’il a laissé à ses héritiers et qui appartient maintenant à Madame de Balloy
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St Just,
Tiersonnier,
Trochereau
NOTES & SOUVENIRS
Mon père et mon beau-père se ressemblaient, ce n’est pas étonnant , ils étaient cousins germains et portaient toute leur barbe et un monocle. Ce dernier étant à l’hôtel du Louvre, descendant un escalier au bas duquel il y avait une glace dans laquelle il se voyait, se dit à lui-même, : je ne te savais pas à Paris, Prosper !
Le dit beau-père qui était dit-on assez taquin, avait été un des premiers à faire de la daguerréothérapie , et il avait photographié son cousin Eloi Tiersonnier, un rasoir à la main, celui-ci n’avait pas compris pourquoi !
Il avait à Sully un gros faire-valoir avec un personnel énorme, qui serait une ruine aujourd’hui. Il préparait une fois un bœuf pour un concours d’animaux gras, et l’animal était superbe. Il le montre à Gaston Tassain, et lui dit « j’ai bien peur qu’il ne soit pas primé si les membres du jury s’aperçoivent qu’il n’a pas de dents à la mâchoire supérieure, ce qui était vrai, mais les autres non plus, de même que les chèvres et les chevreuils. Les magistrats ne savent pas cela.
Quand Sully a été bâti, le grand Charles du Verne vint un jour voir son cousin qu’il aimait beaucoup, et il lui dit : “ Alfred ! bien des gens essayent de faire qq chose de réussi, ils n’y parviennent pas, toi tu as voulu faire qq chose de laid, tu n’as pas manqué ton coup. ” En effet, la maison, qui intérieurement est très bien comprise est affreuse à l’extérieur. Après le déjeuner, Alfred mettait dans ses poches tout le sucre qui restait dans le sucrier, et quand il allait dans les prés, les nombreux poulains qu’il élevait le savaient bien et ils le suivaient pour en avoir un morceau. Les dames ramassaient les morceaux de pain laissés sur la table et les jetaient sur la pièce d’eau où les carpes s’empressaient de les ramasser comme à Versailles, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était la quantité d’écrevisses aux pattes rouges qui pullulaient dans tous les ruisseaux et qui avait été apportées de Vauban. Elles étaient superbes, un jour nous en avons pris une qui avait 27 cm de longueur du bout des antennes au bout de la queue. Un samedi, ma grand’mère Tiersonnier, revenant de Nevers fait une visite à Sully, où on l’invite à dîner. Elle refuse. Madame, il y a des écrevisses ; alors je reste !
Cela me rappelle qu’à Tâches, du vivant de ma grand’mère Amable, tous les Vendredis, on mangeait des grenouilles qui étaient prises soit par elle, soit apportées par Charles Signol, qui la ligne à la main, suivait tous les abreuvoirs du pays.
===== Mon arrière Grand’père, qui était venu à St Pierre-le-Moûtiers comme avocat en parlement au présidial, où le roi faisait rendre la justice, y est devenu célèbre, maire de la ville et député à la constituante. Quand le conventionnel Fouché, de triste mémoire, ce qui ne l’a pas empêché de devenir sous l’empire duc d’Otrante, faisait ses tournées dans les campagnes pour ramasser les ci-devants qu’on lui signalait, vint un jour à St Pierre visant le comte Armand de Montrichard qui n’avait pas émigré. Mon aïeul qu’on appelait bouche d’or, qui savait le but de sa visite, l’entretint si spirituellement, que la nuit arriva sans qu’il en aperçut, ce qui sauva la vie au grand’père de mon voisin et ami Gaston, qui savait la chose et me l’a racontée.
Mon aïeul prit pied dans le canton en épousant Mlle Cabaille de Vasselange et en achetant une jolie maison à St Pierre et les 3 domaines de Buy. Se contentant de s’appeler Robert tout court, pendant que d’autres branches prenaient les noms de Chevanes, de Neuville, de Gesnay. Un Robert de Chevane eut une certaine réputation ; étant garde du corps du roi Louis XVI, il était de service quand la foule en folie envahit le palais dans les journées des 5 & 6 Octobre 1789, et se mettant en travers de la porte du roi, il fit tous ses efforts pour le protéger, en disant : à moi appartient l’honneur de mourir le premier pour la défense du roi.
J’ai été en rapport avec un Robert de Chevanne de ses descendants, qui était capitaine de dragons vers 1878 et qui avait comme ordonnance mon vieux domestique Antoine Charronnier.
Je suis heureux de rendre au passage un témoignage de reconnaissance à ce vieux serviteur né sur la terre de Tâches où ses parents habitaient le Pied Prot, où ils sont restés 45 ans en travaillant à la journée pour mon père. Assez délicat dans sa jeunesse, ma grand’mère prenait soin de lui, et mettait de coté de coté les fonds de bouteilles qui restaient sur la table pour les lui faire boire. Son temps de service accompli, il est entré à la maison comme homme à tout faire, plus spécialement valet de chambre. Il était pour moi d’une aide précieuse, me disant quand il fallait du vin, du charbon, du bois de chauffage En 1879, où il avait eu l’hiver le plus rigoureux du siècle, et où des quantités d’arbres avaient gelé, et qu’avec mon père , nous déjeunions avec nos peaux de chèvre sur le dos, les branches basses du Wellingtonia qui est sur la pelouse ayant été coupées, ma mère les avaient remplacées par une volière dans laquelle pendant plusieurs années, Antoine a élevé des perdreaux. Pour eux, il allait chercher au loin des œufs de fourmis, ce qui lui plaisait plus que de donner un coup de balai. Aussi, un jour où Marcelle lui montrait une toile d’araignée dans un couloir, il a répondu : il y a longtemps que la connais. Le pauvre diable a eu une triste fin, la gangrène s’étant mise dans sa jambe gauche, on a été obligé de la lui couper, ce qui a nécessité son installation chez sa fille à St Pierre le Moûtiers. Deux ans après, la jambe droite a eu le même sort et puis il est mort très chrétiennement, après avoir demandé à être enterré dans le cimetière de St Parize où il est venu rejoindre ses parents. Il y avait à la Grâce, un bassecourier du nom de Pieuchot qui avait trois filles. L’aînée, Marie vint à Tâches comme fille de peine à 17 ans. Anne, deux ans après y entra comme femme de chambre de ma mère, et un peu plus tard, la troisième devint femme de chambre de ma grand’mère Tiersonnier. Elle est morte l’année dernière après avoir épousé un employé de chemin de fer. Antoine s’était épris de Marie, il la demanda en mariage et sa main lui fut accordée pour leur plus grand bonheur à tous les deux et aussi pour le nôtre. Il y avait à ce moment-là à Tâches le vieux Ménage Perron qui était là depuis une quarantaine d’année. Marie comme cordon bleu, et Fauché, ce qui veut dire François comme factotum. Les fourneaux n’étaient pas connus, la cuisine se faisait devant un grand feu de bois où brûlaient des bûches d’un mètre de long. Il y avait une rôtissoire actionnée par un tournebroche que Perron remontait quand il en avait besoin, il avait soin aussi d’arroser le rôti qui tournait au-dessus de la lèche-frite, avec une cuiller d’une forme spéciale qui avait le manche très long. Les poulets et les perdreaux qui venaient de là étaient, dit-on, plus succulents que ceux cuits au four. Le reste de la cuisine se faisait sur le potager qui existe encore, avec du charbon de bois, car les plats à confectionner étaient toujours nombreux. Le matin, au déjeuner qui se servait à 9 h ½, il y avait toujours un plat de viande chaud, un plat de viande froid, souvent du jambon préparé soit à la mode des Gouttes, soit à celle de Lys, où habitait un cousin de ma grand’mère qui était né Parent, j’en dirai un mot. A dîner, servi à 6 h, trois plats de viande, un légume et un entremet, tous plus variés les uns que les autres. Le matin on buvait de vin blanc, généralement du Pouilly, le soir du Rouge. Chaque matin, Marie venait dans la chambre de ma grand’mère, où elle faisait sa nombreuse correspondance encor couchée, et à elles deux composaient les menus en feuilletant les livres de cuisine qui étaient bleu pour les entrées, jaunes pour les rôtis, verts pour les entremets. Ils ont été perdus, je le regrette vivement, ils seraient amusants à consulter.
Les Perron, devenus vieux, se retirèrent dans une maison qu’ils avaient fait bâtir à St Parize avec les faibles gages de cette époque. En 1871, quand mon père a voulu lui donner ce qu’il lui devait, Fauché lui a dit : que Monsieur en garde donc la moitié, l’année a été dure !!! Et cette moitié, c’était 4oo frs pour le ménage. Marie Charronnier devint alors cuisinière en pied, et bonne cuisinière, car elle avait été à bonne école. Avec elle arriva le fourneau ; on en profita pour faire dans le four la pain quotidien qui avait différentes formes selon que lon aimait plus ou moins la croûte ou la mie. Quand l’heure de la retraite a sonné, Marie est allée rejoindre à St Pierre le malheureux Antoine et elle est morte peu de temps après lui chez leur fille marié à Louis Galoppier que j’avais eu comme cocher. Ce pauvre diable a subi, à Paris, sous un bistouri d’un des plus grands chirurgiens, une opération terrible : comme il avait un abcès dans la tête, il lui a scié le crâne pour le lui ôter et il a réussi puisqu’il vit encore !
Ma grand’mère que dans le pays on appelait Madame Amable est morte à Tâches pendant la Commune, en 1871. Elle était née en 18oo à St Pierre. Monsieur Louis Rambourg venu au monde en même temps se faisait un plaisir de le lui rappeler. Elle était très aimée dans le pays où elle rendait bien des services , c’est elle qui vaccinait tous les enfants, elle soignait aussi certains maux aux jambes de même que sa sœur Madame Clayeux aux Gouttes. Mon grand’père qui se nommait Amable avait été officier de cavalerie et accompagné l’empereur à Moscou ; en traversant la Bérézina, il avait eu sept doigts gelés tant aux pieds qu’aux mains. Rentré dans ses foyers, pour rendre service à ses voisins, il leur donnait des consultations gratuites dans un cabinet qu’il avait à St Pierre et qu’il ouvrait le Jeudi. Ses clients venaient lui raconter leurs embarras, lui laissaient leurs papiers et comme il n’avait pas fait son droit et que le plus souvent il était bien gêné pour leur répondre, il leur donnait rendez-vous pour le jeudi suivant, tout en se proposant d’aller le Samedi à Nevers trouver son frère Charles qui était président du tribunal civil pour lui demander une solution au problème qu’il n’avait pas pu résoudre . Le Président ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à cela, car il avait d’autre chose à faire, la réponse était attendue plusieurs jeudis de suite.
Un jour où il présidait une audience et où il somnolait légèrement, il se réveilla au moment où l’avocat qui plaidait dit : c’est un pré de 14 hectares. Je voudrais bien l’avoir s’écrie le Président, ce qui a fait la joie de tout le tribunal. Il avait à la Baratte, près de Nevers une petite ferme avec une maison qui n’était pas très grande mais dans laquelle la salle à manger avait une dimension assez vaste pour lui permettre d’offrir à dîner aux juges et autres membres du tribunal pendant les vacances. La belle et très digne Madame Robert , née Desnoyer, était toujours de la fête. Un très joli portrait d’elle fait le plus bel ornement du salon des Gouttes.
Le dit beau-père qui était dit-on assez taquin, avait été un des premiers à faire de la daguerréothérapie , et il avait photographié son cousin Eloi Tiersonnier, un rasoir à la main, celui-ci n’avait pas compris pourquoi !
Il avait à Sully un gros faire-valoir avec un personnel énorme, qui serait une ruine aujourd’hui. Il préparait une fois un bœuf pour un concours d’animaux gras, et l’animal était superbe. Il le montre à Gaston Tassain, et lui dit « j’ai bien peur qu’il ne soit pas primé si les membres du jury s’aperçoivent qu’il n’a pas de dents à la mâchoire supérieure, ce qui était vrai, mais les autres non plus, de même que les chèvres et les chevreuils. Les magistrats ne savent pas cela.
Quand Sully a été bâti, le grand Charles du Verne vint un jour voir son cousin qu’il aimait beaucoup, et il lui dit : “ Alfred ! bien des gens essayent de faire qq chose de réussi, ils n’y parviennent pas, toi tu as voulu faire qq chose de laid, tu n’as pas manqué ton coup. ” En effet, la maison, qui intérieurement est très bien comprise est affreuse à l’extérieur. Après le déjeuner, Alfred mettait dans ses poches tout le sucre qui restait dans le sucrier, et quand il allait dans les prés, les nombreux poulains qu’il élevait le savaient bien et ils le suivaient pour en avoir un morceau. Les dames ramassaient les morceaux de pain laissés sur la table et les jetaient sur la pièce d’eau où les carpes s’empressaient de les ramasser comme à Versailles, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était la quantité d’écrevisses aux pattes rouges qui pullulaient dans tous les ruisseaux et qui avait été apportées de Vauban. Elles étaient superbes, un jour nous en avons pris une qui avait 27 cm de longueur du bout des antennes au bout de la queue. Un samedi, ma grand’mère Tiersonnier, revenant de Nevers fait une visite à Sully, où on l’invite à dîner. Elle refuse. Madame, il y a des écrevisses ; alors je reste !
Cela me rappelle qu’à Tâches, du vivant de ma grand’mère Amable, tous les Vendredis, on mangeait des grenouilles qui étaient prises soit par elle, soit apportées par Charles Signol, qui la ligne à la main, suivait tous les abreuvoirs du pays.
===== Mon arrière Grand’père, qui était venu à St Pierre-le-Moûtiers comme avocat en parlement au présidial, où le roi faisait rendre la justice, y est devenu célèbre, maire de la ville et député à la constituante. Quand le conventionnel Fouché, de triste mémoire, ce qui ne l’a pas empêché de devenir sous l’empire duc d’Otrante, faisait ses tournées dans les campagnes pour ramasser les ci-devants qu’on lui signalait, vint un jour à St Pierre visant le comte Armand de Montrichard qui n’avait pas émigré. Mon aïeul qu’on appelait bouche d’or, qui savait le but de sa visite, l’entretint si spirituellement, que la nuit arriva sans qu’il en aperçut, ce qui sauva la vie au grand’père de mon voisin et ami Gaston, qui savait la chose et me l’a racontée.
Mon aïeul prit pied dans le canton en épousant Mlle Cabaille de Vasselange et en achetant une jolie maison à St Pierre et les 3 domaines de Buy. Se contentant de s’appeler Robert tout court, pendant que d’autres branches prenaient les noms de Chevanes, de Neuville, de Gesnay. Un Robert de Chevane eut une certaine réputation ; étant garde du corps du roi Louis XVI, il était de service quand la foule en folie envahit le palais dans les journées des 5 & 6 Octobre 1789, et se mettant en travers de la porte du roi, il fit tous ses efforts pour le protéger, en disant : à moi appartient l’honneur de mourir le premier pour la défense du roi.
J’ai été en rapport avec un Robert de Chevanne de ses descendants, qui était capitaine de dragons vers 1878 et qui avait comme ordonnance mon vieux domestique Antoine Charronnier.
Je suis heureux de rendre au passage un témoignage de reconnaissance à ce vieux serviteur né sur la terre de Tâches où ses parents habitaient le Pied Prot, où ils sont restés 45 ans en travaillant à la journée pour mon père. Assez délicat dans sa jeunesse, ma grand’mère prenait soin de lui, et mettait de coté de coté les fonds de bouteilles qui restaient sur la table pour les lui faire boire. Son temps de service accompli, il est entré à la maison comme homme à tout faire, plus spécialement valet de chambre. Il était pour moi d’une aide précieuse, me disant quand il fallait du vin, du charbon, du bois de chauffage En 1879, où il avait eu l’hiver le plus rigoureux du siècle, et où des quantités d’arbres avaient gelé, et qu’avec mon père , nous déjeunions avec nos peaux de chèvre sur le dos, les branches basses du Wellingtonia qui est sur la pelouse ayant été coupées, ma mère les avaient remplacées par une volière dans laquelle pendant plusieurs années, Antoine a élevé des perdreaux. Pour eux, il allait chercher au loin des œufs de fourmis, ce qui lui plaisait plus que de donner un coup de balai. Aussi, un jour où Marcelle lui montrait une toile d’araignée dans un couloir, il a répondu : il y a longtemps que la connais. Le pauvre diable a eu une triste fin, la gangrène s’étant mise dans sa jambe gauche, on a été obligé de la lui couper, ce qui a nécessité son installation chez sa fille à St Pierre le Moûtiers. Deux ans après, la jambe droite a eu le même sort et puis il est mort très chrétiennement, après avoir demandé à être enterré dans le cimetière de St Parize où il est venu rejoindre ses parents. Il y avait à la Grâce, un bassecourier du nom de Pieuchot qui avait trois filles. L’aînée, Marie vint à Tâches comme fille de peine à 17 ans. Anne, deux ans après y entra comme femme de chambre de ma mère, et un peu plus tard, la troisième devint femme de chambre de ma grand’mère Tiersonnier. Elle est morte l’année dernière après avoir épousé un employé de chemin de fer. Antoine s’était épris de Marie, il la demanda en mariage et sa main lui fut accordée pour leur plus grand bonheur à tous les deux et aussi pour le nôtre. Il y avait à ce moment-là à Tâches le vieux Ménage Perron qui était là depuis une quarantaine d’année. Marie comme cordon bleu, et Fauché, ce qui veut dire François comme factotum. Les fourneaux n’étaient pas connus, la cuisine se faisait devant un grand feu de bois où brûlaient des bûches d’un mètre de long. Il y avait une rôtissoire actionnée par un tournebroche que Perron remontait quand il en avait besoin, il avait soin aussi d’arroser le rôti qui tournait au-dessus de la lèche-frite, avec une cuiller d’une forme spéciale qui avait le manche très long. Les poulets et les perdreaux qui venaient de là étaient, dit-on, plus succulents que ceux cuits au four. Le reste de la cuisine se faisait sur le potager qui existe encore, avec du charbon de bois, car les plats à confectionner étaient toujours nombreux. Le matin, au déjeuner qui se servait à 9 h ½, il y avait toujours un plat de viande chaud, un plat de viande froid, souvent du jambon préparé soit à la mode des Gouttes, soit à celle de Lys, où habitait un cousin de ma grand’mère qui était né Parent, j’en dirai un mot. A dîner, servi à 6 h, trois plats de viande, un légume et un entremet, tous plus variés les uns que les autres. Le matin on buvait de vin blanc, généralement du Pouilly, le soir du Rouge. Chaque matin, Marie venait dans la chambre de ma grand’mère, où elle faisait sa nombreuse correspondance encor couchée, et à elles deux composaient les menus en feuilletant les livres de cuisine qui étaient bleu pour les entrées, jaunes pour les rôtis, verts pour les entremets. Ils ont été perdus, je le regrette vivement, ils seraient amusants à consulter.
Les Perron, devenus vieux, se retirèrent dans une maison qu’ils avaient fait bâtir à St Parize avec les faibles gages de cette époque. En 1871, quand mon père a voulu lui donner ce qu’il lui devait, Fauché lui a dit : que Monsieur en garde donc la moitié, l’année a été dure !!! Et cette moitié, c’était 4oo frs pour le ménage. Marie Charronnier devint alors cuisinière en pied, et bonne cuisinière, car elle avait été à bonne école. Avec elle arriva le fourneau ; on en profita pour faire dans le four la pain quotidien qui avait différentes formes selon que lon aimait plus ou moins la croûte ou la mie. Quand l’heure de la retraite a sonné, Marie est allée rejoindre à St Pierre le malheureux Antoine et elle est morte peu de temps après lui chez leur fille marié à Louis Galoppier que j’avais eu comme cocher. Ce pauvre diable a subi, à Paris, sous un bistouri d’un des plus grands chirurgiens, une opération terrible : comme il avait un abcès dans la tête, il lui a scié le crâne pour le lui ôter et il a réussi puisqu’il vit encore !
Ma grand’mère que dans le pays on appelait Madame Amable est morte à Tâches pendant la Commune, en 1871. Elle était née en 18oo à St Pierre. Monsieur Louis Rambourg venu au monde en même temps se faisait un plaisir de le lui rappeler. Elle était très aimée dans le pays où elle rendait bien des services , c’est elle qui vaccinait tous les enfants, elle soignait aussi certains maux aux jambes de même que sa sœur Madame Clayeux aux Gouttes. Mon grand’père qui se nommait Amable avait été officier de cavalerie et accompagné l’empereur à Moscou ; en traversant la Bérézina, il avait eu sept doigts gelés tant aux pieds qu’aux mains. Rentré dans ses foyers, pour rendre service à ses voisins, il leur donnait des consultations gratuites dans un cabinet qu’il avait à St Pierre et qu’il ouvrait le Jeudi. Ses clients venaient lui raconter leurs embarras, lui laissaient leurs papiers et comme il n’avait pas fait son droit et que le plus souvent il était bien gêné pour leur répondre, il leur donnait rendez-vous pour le jeudi suivant, tout en se proposant d’aller le Samedi à Nevers trouver son frère Charles qui était président du tribunal civil pour lui demander une solution au problème qu’il n’avait pas pu résoudre . Le Président ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à cela, car il avait d’autre chose à faire, la réponse était attendue plusieurs jeudis de suite.
Un jour où il présidait une audience et où il somnolait légèrement, il se réveilla au moment où l’avocat qui plaidait dit : c’est un pré de 14 hectares. Je voudrais bien l’avoir s’écrie le Président, ce qui a fait la joie de tout le tribunal. Il avait à la Baratte, près de Nevers une petite ferme avec une maison qui n’était pas très grande mais dans laquelle la salle à manger avait une dimension assez vaste pour lui permettre d’offrir à dîner aux juges et autres membres du tribunal pendant les vacances. La belle et très digne Madame Robert , née Desnoyer, était toujours de la fête. Un très joli portrait d’elle fait le plus bel ornement du salon des Gouttes.
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Le comte d'Osmont
Était vers 186o un Mécène Nivernais, auquel on doit beaucoup de créations agréables et sportives, notamment celle des courses de Nevers. C’est lui qui de sa bourse a créé l’hippodrome et les tribunes du Clos Ry dans les prés toujours verdoyant de Monsieur Signoret, face à la cathédrale qui leur fait un fond de tableau des plus réussis. Les propriétaires des grandes écuries s’ y donnaient rendez-vous et j’ai vu sur la piste les casaques du Prince d’Aremberg, de Mr Aumont, du Duc de Castries, du Baron Finot, cette dernière portée par mon contemporain Gaspard de Chavagnac, du Comte de Béague , qui mettait en passant ses chevaux au Colombier, ce dont mon cousin Alphonse Tiersonnier n’était pas peu fier. Colb-Bernard qui était directeur de la sucrerie de Plagny qui était tout proche, il y a 6o ans, a gagné une course au trot. Vers 188o, aux épreuves classiques, on a joint les Cross et les Rallyes, les jeunes gens du pays venaient courir en tenue de chasse, habit rouge et culotte blanche ; des officiers de la garnison de Moulins venaient quelques fois y prendre part. En 1883, j’ai eu l’honneur de gagner un cross devant Raoul de Fontanges, Albert de Marcy, Raoul de Bouillé et 4 ou 5 officiers. Je montais ma parfaite jument Dame de Pique provenant de l’élevage du Berry. Les prix n’étaient pas payés en argent, on vous donnait un objet d’art. J’ai touché une très jolie paire de boutons de manchette finement ciselés d’or et de platine et comme second, Fontanges a eu une épingle de cravate. Le soir, Charles du Verne, René de Lignac et deux ou trois autres amis, nous avons offert à dîner aux officiers au buffet de la gare, où le chef était réputé et la cave connue. Naturellement, le premier Président a été d’Osmont, à tout seigneur tout honneur. Il lui manquait la main gauche, elle était remplacée par un poignet en argent muni d’un crochet, ce qui ne l’empêchait d’arriver sur l’hippodrome en conduisant son coache attelé de quatre beaux chevaux. Après lui, c’est le compte Charles de Bouillé qui a été nommé président ; je suis heureux de l’occasion de faire l’éloge de ce grand homme qui a été un des plus marquants que la Nièvre ait connu, comme Député puis Sénateur. Il a marqué son passage dans ces deux assemblées, mais où il a laissé la trace dont on se souvient le mieux de son passage, c’est comme président de la Société d’agriculture. Aussi, après sa mort, les membres de la société ont chargé un sculpteur de faire un buste qui a été moulé en bronze. Il est d’une extrême ressemblance et il orne maintenant la salle d’honneur de l’hôtel d’agriculture.
Le Marquis A. de Bourg de Bozas l’a remplacé ; on ne pouvait pas trouver un homme de cheval plus accompli pour accepter la présidence, aussi l’empereur Napoléon III l’avait choisi comme écuyer en même temps qu’un autre Nivernais, le Baron Philippe de Bourgoing. Avec ses relations du jockey club et de toutes ses connaissances parisiennes, du Bourg a pu obtenir de grosses subventions pour Nevers, ce qui a bien contribué à amener de bons chevaux au clos Ry. Les jours de courses, la très aimable et jolie Marquise invitait ses intimes à goûter au buffet, j’avais la chance d’être de ce nombre. Mon beau-père qui n’était pas mondain, mais qui aimait bien voir des chevaux et qui en élevait beaucoup venait de Sully à pied jusqu’à la route nationale pour voir la sortie des nombreux équipages. La musique du 13ème de ligne venait jouer devant les tribunes et lorsque le préfet faisait son entrée, elle entonnait la Marseillaise , et au lieu de se découvrir comme on le fait maintenant, les gens de mon espèce enfonçaient leurs chapeaux jusque sur leurs oreilles, qui étaient choquées par cet hymne révolutionnaire.
Généralement, il y avait concours au Clos Ry le lendemain, y prenaient part les éleveurs des environs comme moi, il y avait des épreuves attelées et montées ; une année, je présentais un joli cob de 4 ans que j’avais acheté poulain à Magny cours pour 5oo frs, c’est mon ami G. de Cadignan qui l’a fait défiler devant le jury et qui lui a fait remporter un deuxième prix. Peu de temps après, j’ai vendu le dit cheval pour 1 8oo frs à un marchand de Paris ce qui était un gros prix pour cette époque, mais j’aimais à changer de monture et ensuite, cela garnissait un peu ma bourse de jeune homme qui trop souvent était bien plate. L’année suivante, j’ai eu un 3ème prix dans une épreuve attelée avec un beau cheval gris appelé le Tsar que j’avais acheté à mon cousin Léon de Barreau, je l’avais appareillé avec un bai brun né chez mon voisin Dory à Langeron, ce qui formait un attelage dont il n’y avait pas à rougir et dont mon si cher Duran était très fier.
Le Marquis A. de Bourg de Bozas l’a remplacé ; on ne pouvait pas trouver un homme de cheval plus accompli pour accepter la présidence, aussi l’empereur Napoléon III l’avait choisi comme écuyer en même temps qu’un autre Nivernais, le Baron Philippe de Bourgoing. Avec ses relations du jockey club et de toutes ses connaissances parisiennes, du Bourg a pu obtenir de grosses subventions pour Nevers, ce qui a bien contribué à amener de bons chevaux au clos Ry. Les jours de courses, la très aimable et jolie Marquise invitait ses intimes à goûter au buffet, j’avais la chance d’être de ce nombre. Mon beau-père qui n’était pas mondain, mais qui aimait bien voir des chevaux et qui en élevait beaucoup venait de Sully à pied jusqu’à la route nationale pour voir la sortie des nombreux équipages. La musique du 13ème de ligne venait jouer devant les tribunes et lorsque le préfet faisait son entrée, elle entonnait la Marseillaise , et au lieu de se découvrir comme on le fait maintenant, les gens de mon espèce enfonçaient leurs chapeaux jusque sur leurs oreilles, qui étaient choquées par cet hymne révolutionnaire.
Généralement, il y avait concours au Clos Ry le lendemain, y prenaient part les éleveurs des environs comme moi, il y avait des épreuves attelées et montées ; une année, je présentais un joli cob de 4 ans que j’avais acheté poulain à Magny cours pour 5oo frs, c’est mon ami G. de Cadignan qui l’a fait défiler devant le jury et qui lui a fait remporter un deuxième prix. Peu de temps après, j’ai vendu le dit cheval pour 1 8oo frs à un marchand de Paris ce qui était un gros prix pour cette époque, mais j’aimais à changer de monture et ensuite, cela garnissait un peu ma bourse de jeune homme qui trop souvent était bien plate. L’année suivante, j’ai eu un 3ème prix dans une épreuve attelée avec un beau cheval gris appelé le Tsar que j’avais acheté à mon cousin Léon de Barreau, je l’avais appareillé avec un bai brun né chez mon voisin Dory à Langeron, ce qui formait un attelage dont il n’y avait pas à rougir et dont mon si cher Duran était très fier.
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