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19.2.10

Chasse

J’ai pu avoir à Tâches un assez bon territoire de chasse grâce à mon acquisition du domaine des Petites Granges, venant de la terre de Villars, qui m’a coûté moins cher que le prix d’une jument aujourd’hui et plus tard des 12 hectares du bois des Queudres acquis à ma très bonne et fidèle amie la Marquise de Chargères, ce qui m’a permis de faire de belles battues et de rendre des politesses aux amis qui m’invitaient chez eux. J’en cite quelques uns par ordre de mérite Gabriel Tiersonnier au Colombier, il a été mon professeur dans l’art de conduire une battue de perdreaux, André Grincour, à Fontailler, Madame Meynier à Neuftable, Lafond au Nozel, Henri de La Roche à la Barre, Edme de Certaines à Lamenay, Clayeux aux Gouttes et aux Fougis, Charles de Charrette à Villeneuve, Madame Rambourg à Châteauvert, René de Chavagnac à Chazeuil, Tiersonnier à Mortier, Antoine de Champs à Châteauvert, Antoine du Part à Chevenon, Léon Talabot au Chaumont, Roger de Soultrait à Dornes, Joseph Reignaud aux Guérauds, Joseph du Verne au Veuillin. Le comte de Barral m’a aussi invité une fois dans son parc de Jaligny et le Vicomte de Chabrol dans celui du Vernay. Tous les ans, j’allais faire l’ouverture chez mon bon ami Camille Dugas tant qu’il a vécu, le premier jour, nous chassions à Beauvoir où le vieux Padre de sa grand’mère nous disait la messe à 9 heures du matin, avant déjeuner, on découplait les chiens courants pour tirer un lièvre ou un chevreuil, dans l’après midi, c’était le chien d’arrêt. Madame Dugas a été enterrée le mois dernier à l’âge de 1o1 ans. Mr Boignes, son premier mari avat 25 ans de plus qu’elle et Dugas, 2o printemps de moins.

Le 14 Juillet, j’étais reçu aux Maremberts chez mon cousin de Balloy, pour y tirer des halbrants sur les étangs de Sologne. Vers le 1o Octobre c’est à Louau, également en Sologne chez mon vieux contemporain Raoul d’Anchald que j’allais passer deux ou trois bons jours. On l’a enterré le surlendemain de la fête de Noël 1945, il avait pu assisteer à la messe. Le Marquis Antonin du Bourg n’a jamais donné une battue dans son beau Parc de Prye sans m’inviter et c’est dans sa chasse du Chamont que j’ai tué mon premier perdreau devant des rabatteurs, mais il m’a fallu en tirer plusieurs pour arriver à ce résultat. Je n’oublie pas de citer les jolies chasses au chien d’arrêt à Fleury et à Charpeigne en Berry, chez Edouard de Fontenay où l’on retrouvait tous ses camarades des environs. En se mettant à table pour déjeuner, on savait combien on aurait de plats à manger en comptant le nombre d’assiettes empilées devant chaque chaise, car comme il n’y avait pas de maître d’hôtel pour les changer, quand un plat était mangé, on la passait sous les autres. On verra par ce que je viens d’écrire que j’ai eu une belle existence de chasseur, surtout si l’on apprend que je tirai environ 3 ooo cartouches par an pour tuer mille pièces à peu près. C’est aussi à mille pièces qu’il faut évaluer les tableaux des victimes tuées à Tâches par mes amis Avant les battues, quand il y avait peu de gibier, car celui-ci n’est arrivé en abondance que quand on a connu les piégeages, c’est-à-dire vers 1891, je pratiquai un sport très amusant et pas cher : chaque mois d’Octobre, nous avions sur le plateau des craies, des passages d’alouettes à en obscurcir le ciel. J’invitais des amateurs à les tirer, chacun devait apporter cent cartouches qu’on mettait dans la voiture à âne qui les montait sur le plateau pour les rapprocher de leurs maîtres qui faisaient un match entre eux . Une année , c’est Gaspard de Bizy qui a fait le plus beau tableau avec ses cent cartouches qui coûtaient 2o francs à cette époque. Je me demande pourquoi les passages de ces alouettes ont presque disparu , de même que ceux des cailles.


Par le récit que je viens d’en faire, on verra que j’ai eu une belle existence de chasseur surtout si l’on y ajoute toutes les belles journées passées à galoper derrière de nombreux équipages à courre depuis l’âge de 6 ans à commencer par celui de Monsieur Grincour qui venait découpler dans les bois de St Parize avec le piqueur Minot. J’ai fait un tableau avec dessin à la plume, sur lequel on voit de des têtes ou des pieds de cerfs, de sangliers, de chevreuil et de lièvres, et sous chaque bête, le nom de chaque équipage où l’on m’a fait les honneurs. Pour le cerf, Marquis de Lestrade, de Balorre, pour le sanglier de La Roche, d’Anchal de Bastard pour le chevreuil de Certaines, de Montsaulnin, de Bréon, de Rolland, pour le lièvre de Bizy, Albert Clayeux.

J’ai suivi aussi de modestes équipages où l’on tâchait de dépasser, le fusil à la botte, pour essayer de tirer le sanglier qu’il poursuivait. Je citerai tout particulièrement celui de mon voisin et très bon ami Samuel de Thé. En 19o2, il avait la permission de chasser dans les bois d’Apremont et les 3 premiers Lundis d’Avril, j’ai tué un sanglier devant ses chiens qu’il conduisait lui-même avec sa voix de stentor, aussi, Gabriel Jourdan du Mazot disait : on croyait voir sortir du bois un homme de 6 pieds et il en avait à peine 5. J’ai beaucoup pratiqué ce sport avec André Grincour dans les bois de Grossouvre, avec les Jourdan à Montmien. Un jour, Athanase en tirant un cochon, a placé sa balle dans le genou de son cheval, qu’on a été obligé d’abattre. Dernièrement, Michel Beauchamp en a fait autant.

de Lafond

Les Lafond habitaient leur terre de Fontallier près de St Pierre. Madame était née Robert, sœur du docteur St Cyr et par conséquent un peu nos cousins. Ils n’avaient qu’un fils Emile. Celui-ci s’étant engagé dans la cavalerie est devenu en peu de temps Mal des Logis, et pendant une permission de 8 jours qu’il était venu passer à Fontallier, tout près du vieux château féodal de Langeron, il s’est épris de la fille du Comte de ce nom et au lieu de rentrer aux Dragons à la fin de sa permission, il a fait une petite fugue avec la Demoiselle. Aussi, rentrant en retard, il a été cassé de son grade, ce qui ne l’a pas empêché, après la guerre de 187o d’en revenir capitaine et en 1873 de commander au 12 ème dragons, un escadron où je me suis engagé et où il m’a fait suivre le cours des volontaires d’un an dont j’ai gardé un très agréable souvenir.. Cette même année, il a épousé Mlle Berthe Labour, de Senlis et peu de temps après est née une fille qui vit encore et qui est la Ctesse de Falleney. Après Thérèse est venue au monde Pierre qui est sorti de St Cyr et est mort l’année dernière à la retraite comme colonel de cuirassiers. Il avait épousé Mlle de Preux, dont il a eu un fils marié lui aussi, mais sans enfants, de sorte que le nom de Lafond va s’éteindre. Cyr, sorti lui aussi de St Cyr élève des plus brillants a fini ses jours au moment où il venait d’être nommé général ; le plus bel avenir lui était réservé. Il avait épousé à Nantes Mlle La Courgrandmaison dont il a eu une fille qui doit avoir 2o ans. Son père est mort à la retraite à Senlis après avoir été général d’une division de cavalerie qu’il commandait à Angers . Dans l’armée, il était connu sous le nom de Vornito-Négro, parce qu’il avait le teint très bronzé. En 1876, étant professeur à l’école de Saumur, il m’invite à venir le voir. Je ne me fais pas prier et je passe dans sa maison un agréable séjour. Il m’emmena suivre une chasse avec l’équipage de chevreuil du Comte Hardouin de Maillé, c’est là que je vois le premier habit rouge et sauter les premiers obstacles. Chez nous, on suit le débûcher par les routes, là-bas, on galope à la queue des chiens à travers les plaines en passant les obstacles qu’on trouve devant soi, ce qui follement amusé d’autant plus que je montais une excellent jument alezane que m’avait prêtée mon compatriote Adolphe Lavaivre qui a fini colonel de Spahis. Les autres jours, j’ai passé mon temps à visiter l’école, tout y est pour le cheval, les sauteurs ont fait mon étonnement, les reprises des écuyers tout de noir habillés mon admiration.. A l’extérieur, le steaple couru par les lieutenants de Canisy, des Chênes, de Vaulagé, et autres ……… j’ai cependant moi-même passé sur le dos du fameux jupin, celui de Verry. J’ai quitté Saumur plein de reconnaissance pour le capitaine et Madame de Lafond, me promettant bien d’y revenir un jour. Cest ce que j’ai fait un peu plus tard, en allant voir le très renommé carrousel qui est unique au monde. Je me souviens aussi du pantagruélique dîner que j’ai fait à l’hôtel Budau avec mes amis, et des nombreuses bouteilles qui ont été bues, y compris celles de château yquem, car à ce moment-là, Lur-Salus était écuyer et régalait ses camarades.