J’ai pu avoir à Tâches un assez bon territoire de chasse grâce à mon acquisition du domaine des Petites Granges, venant de la terre de Villars, qui m’a coûté moins cher que le prix d’une jument aujourd’hui et plus tard des 12 hectares du bois des Queudres acquis à ma très bonne et fidèle amie la Marquise de Chargères, ce qui m’a permis de faire de belles battues et de rendre des politesses aux amis qui m’invitaient chez eux. J’en cite quelques uns par ordre de mérite Gabriel Tiersonnier au Colombier, il a été mon professeur dans l’art de conduire une battue de perdreaux, André Grincour, à Fontailler, Madame Meynier à Neuftable, Lafond au Nozel, Henri de La Roche à la Barre, Edme de Certaines à Lamenay, Clayeux aux Gouttes et aux Fougis, Charles de Charrette à Villeneuve, Madame Rambourg à Châteauvert, René de Chavagnac à Chazeuil, Tiersonnier à Mortier, Antoine de Champs à Châteauvert, Antoine du Part à Chevenon, Léon Talabot au Chaumont, Roger de Soultrait à Dornes, Joseph Reignaud aux Guérauds, Joseph du Verne au Veuillin. Le comte de Barral m’a aussi invité une fois dans son parc de Jaligny et le Vicomte de Chabrol dans celui du Vernay. Tous les ans, j’allais faire l’ouverture chez mon bon ami Camille Dugas tant qu’il a vécu, le premier jour, nous chassions à Beauvoir où le vieux Padre de sa grand’mère nous disait la messe à 9 heures du matin, avant déjeuner, on découplait les chiens courants pour tirer un lièvre ou un chevreuil, dans l’après midi, c’était le chien d’arrêt. Madame Dugas a été enterrée le mois dernier à l’âge de 1o1 ans. Mr Boignes, son premier mari avat 25 ans de plus qu’elle et Dugas, 2o printemps de moins.
Le 14 Juillet, j’étais reçu aux Maremberts chez mon cousin de Balloy, pour y tirer des halbrants sur les étangs de Sologne. Vers le 1o Octobre c’est à Louau, également en Sologne chez mon vieux contemporain Raoul d’Anchald que j’allais passer deux ou trois bons jours. On l’a enterré le surlendemain de la fête de Noël 1945, il avait pu assisteer à la messe. Le Marquis Antonin du Bourg n’a jamais donné une battue dans son beau Parc de Prye sans m’inviter et c’est dans sa chasse du Chamont que j’ai tué mon premier perdreau devant des rabatteurs, mais il m’a fallu en tirer plusieurs pour arriver à ce résultat. Je n’oublie pas de citer les jolies chasses au chien d’arrêt à Fleury et à Charpeigne en Berry, chez Edouard de Fontenay où l’on retrouvait tous ses camarades des environs. En se mettant à table pour déjeuner, on savait combien on aurait de plats à manger en comptant le nombre d’assiettes empilées devant chaque chaise, car comme il n’y avait pas de maître d’hôtel pour les changer, quand un plat était mangé, on la passait sous les autres. On verra par ce que je viens d’écrire que j’ai eu une belle existence de chasseur, surtout si l’on apprend que je tirai environ 3 ooo cartouches par an pour tuer mille pièces à peu près. C’est aussi à mille pièces qu’il faut évaluer les tableaux des victimes tuées à Tâches par mes amis Avant les battues, quand il y avait peu de gibier, car celui-ci n’est arrivé en abondance que quand on a connu les piégeages, c’est-à-dire vers 1891, je pratiquai un sport très amusant et pas cher : chaque mois d’Octobre, nous avions sur le plateau des craies, des passages d’alouettes à en obscurcir le ciel. J’invitais des amateurs à les tirer, chacun devait apporter cent cartouches qu’on mettait dans la voiture à âne qui les montait sur le plateau pour les rapprocher de leurs maîtres qui faisaient un match entre eux . Une année , c’est Gaspard de Bizy qui a fait le plus beau tableau avec ses cent cartouches qui coûtaient 2o francs à cette époque. Je me demande pourquoi les passages de ces alouettes ont presque disparu , de même que ceux des cailles.
Par le récit que je viens d’en faire, on verra que j’ai eu une belle existence de chasseur surtout si l’on y ajoute toutes les belles journées passées à galoper derrière de nombreux équipages à courre depuis l’âge de 6 ans à commencer par celui de Monsieur Grincour qui venait découpler dans les bois de St Parize avec le piqueur Minot. J’ai fait un tableau avec dessin à la plume, sur lequel on voit de des têtes ou des pieds de cerfs, de sangliers, de chevreuil et de lièvres, et sous chaque bête, le nom de chaque équipage où l’on m’a fait les honneurs. Pour le cerf, Marquis de Lestrade, de Balorre, pour le sanglier de La Roche, d’Anchal de Bastard pour le chevreuil de Certaines, de Montsaulnin, de Bréon, de Rolland, pour le lièvre de Bizy, Albert Clayeux.
J’ai suivi aussi de modestes équipages où l’on tâchait de dépasser, le fusil à la botte, pour essayer de tirer le sanglier qu’il poursuivait. Je citerai tout particulièrement celui de mon voisin et très bon ami Samuel de Thé. En 19o2, il avait la permission de chasser dans les bois d’Apremont et les 3 premiers Lundis d’Avril, j’ai tué un sanglier devant ses chiens qu’il conduisait lui-même avec sa voix de stentor, aussi, Gabriel Jourdan du Mazot disait : on croyait voir sortir du bois un homme de 6 pieds et il en avait à peine 5. J’ai beaucoup pratiqué ce sport avec André Grincour dans les bois de Grossouvre, avec les Jourdan à Montmien. Un jour, Athanase en tirant un cochon, a placé sa balle dans le genou de son cheval, qu’on a été obligé d’abattre. Dernièrement, Michel Beauchamp en a fait autant.
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19.2.10
Le comte d'Osmont
Était vers 186o un Mécène Nivernais, auquel on doit beaucoup de créations agréables et sportives, notamment celle des courses de Nevers. C’est lui qui de sa bourse a créé l’hippodrome et les tribunes du Clos Ry dans les prés toujours verdoyant de Monsieur Signoret, face à la cathédrale qui leur fait un fond de tableau des plus réussis. Les propriétaires des grandes écuries s’ y donnaient rendez-vous et j’ai vu sur la piste les casaques du Prince d’Aremberg, de Mr Aumont, du Duc de Castries, du Baron Finot, cette dernière portée par mon contemporain Gaspard de Chavagnac, du Comte de Béague , qui mettait en passant ses chevaux au Colombier, ce dont mon cousin Alphonse Tiersonnier n’était pas peu fier. Colb-Bernard qui était directeur de la sucrerie de Plagny qui était tout proche, il y a 6o ans, a gagné une course au trot. Vers 188o, aux épreuves classiques, on a joint les Cross et les Rallyes, les jeunes gens du pays venaient courir en tenue de chasse, habit rouge et culotte blanche ; des officiers de la garnison de Moulins venaient quelques fois y prendre part. En 1883, j’ai eu l’honneur de gagner un cross devant Raoul de Fontanges, Albert de Marcy, Raoul de Bouillé et 4 ou 5 officiers. Je montais ma parfaite jument Dame de Pique provenant de l’élevage du Berry. Les prix n’étaient pas payés en argent, on vous donnait un objet d’art. J’ai touché une très jolie paire de boutons de manchette finement ciselés d’or et de platine et comme second, Fontanges a eu une épingle de cravate. Le soir, Charles du Verne, René de Lignac et deux ou trois autres amis, nous avons offert à dîner aux officiers au buffet de la gare, où le chef était réputé et la cave connue. Naturellement, le premier Président a été d’Osmont, à tout seigneur tout honneur. Il lui manquait la main gauche, elle était remplacée par un poignet en argent muni d’un crochet, ce qui ne l’empêchait d’arriver sur l’hippodrome en conduisant son coache attelé de quatre beaux chevaux. Après lui, c’est le compte Charles de Bouillé qui a été nommé président ; je suis heureux de l’occasion de faire l’éloge de ce grand homme qui a été un des plus marquants que la Nièvre ait connu, comme Député puis Sénateur. Il a marqué son passage dans ces deux assemblées, mais où il a laissé la trace dont on se souvient le mieux de son passage, c’est comme président de la Société d’agriculture. Aussi, après sa mort, les membres de la société ont chargé un sculpteur de faire un buste qui a été moulé en bronze. Il est d’une extrême ressemblance et il orne maintenant la salle d’honneur de l’hôtel d’agriculture.
Le Marquis A. de Bourg de Bozas l’a remplacé ; on ne pouvait pas trouver un homme de cheval plus accompli pour accepter la présidence, aussi l’empereur Napoléon III l’avait choisi comme écuyer en même temps qu’un autre Nivernais, le Baron Philippe de Bourgoing. Avec ses relations du jockey club et de toutes ses connaissances parisiennes, du Bourg a pu obtenir de grosses subventions pour Nevers, ce qui a bien contribué à amener de bons chevaux au clos Ry. Les jours de courses, la très aimable et jolie Marquise invitait ses intimes à goûter au buffet, j’avais la chance d’être de ce nombre. Mon beau-père qui n’était pas mondain, mais qui aimait bien voir des chevaux et qui en élevait beaucoup venait de Sully à pied jusqu’à la route nationale pour voir la sortie des nombreux équipages. La musique du 13ème de ligne venait jouer devant les tribunes et lorsque le préfet faisait son entrée, elle entonnait la Marseillaise , et au lieu de se découvrir comme on le fait maintenant, les gens de mon espèce enfonçaient leurs chapeaux jusque sur leurs oreilles, qui étaient choquées par cet hymne révolutionnaire.
Généralement, il y avait concours au Clos Ry le lendemain, y prenaient part les éleveurs des environs comme moi, il y avait des épreuves attelées et montées ; une année, je présentais un joli cob de 4 ans que j’avais acheté poulain à Magny cours pour 5oo frs, c’est mon ami G. de Cadignan qui l’a fait défiler devant le jury et qui lui a fait remporter un deuxième prix. Peu de temps après, j’ai vendu le dit cheval pour 1 8oo frs à un marchand de Paris ce qui était un gros prix pour cette époque, mais j’aimais à changer de monture et ensuite, cela garnissait un peu ma bourse de jeune homme qui trop souvent était bien plate. L’année suivante, j’ai eu un 3ème prix dans une épreuve attelée avec un beau cheval gris appelé le Tsar que j’avais acheté à mon cousin Léon de Barreau, je l’avais appareillé avec un bai brun né chez mon voisin Dory à Langeron, ce qui formait un attelage dont il n’y avait pas à rougir et dont mon si cher Duran était très fier.
Le Marquis A. de Bourg de Bozas l’a remplacé ; on ne pouvait pas trouver un homme de cheval plus accompli pour accepter la présidence, aussi l’empereur Napoléon III l’avait choisi comme écuyer en même temps qu’un autre Nivernais, le Baron Philippe de Bourgoing. Avec ses relations du jockey club et de toutes ses connaissances parisiennes, du Bourg a pu obtenir de grosses subventions pour Nevers, ce qui a bien contribué à amener de bons chevaux au clos Ry. Les jours de courses, la très aimable et jolie Marquise invitait ses intimes à goûter au buffet, j’avais la chance d’être de ce nombre. Mon beau-père qui n’était pas mondain, mais qui aimait bien voir des chevaux et qui en élevait beaucoup venait de Sully à pied jusqu’à la route nationale pour voir la sortie des nombreux équipages. La musique du 13ème de ligne venait jouer devant les tribunes et lorsque le préfet faisait son entrée, elle entonnait la Marseillaise , et au lieu de se découvrir comme on le fait maintenant, les gens de mon espèce enfonçaient leurs chapeaux jusque sur leurs oreilles, qui étaient choquées par cet hymne révolutionnaire.
Généralement, il y avait concours au Clos Ry le lendemain, y prenaient part les éleveurs des environs comme moi, il y avait des épreuves attelées et montées ; une année, je présentais un joli cob de 4 ans que j’avais acheté poulain à Magny cours pour 5oo frs, c’est mon ami G. de Cadignan qui l’a fait défiler devant le jury et qui lui a fait remporter un deuxième prix. Peu de temps après, j’ai vendu le dit cheval pour 1 8oo frs à un marchand de Paris ce qui était un gros prix pour cette époque, mais j’aimais à changer de monture et ensuite, cela garnissait un peu ma bourse de jeune homme qui trop souvent était bien plate. L’année suivante, j’ai eu un 3ème prix dans une épreuve attelée avec un beau cheval gris appelé le Tsar que j’avais acheté à mon cousin Léon de Barreau, je l’avais appareillé avec un bai brun né chez mon voisin Dory à Langeron, ce qui formait un attelage dont il n’y avait pas à rougir et dont mon si cher Duran était très fier.
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