Est-ce que je vivrai assez longtemps pour le pousser à bout. Comme je le commence, j’entends rugir les sirènes de Nevers et d’Imphy et les bombardements dans la direction d’Avord.
11 Hervé nous arrive par le train de 7 h du matin et repart à 7 h du soir. Marcelle l’amènera à Moiry,où M. le curé porte le Bon Dieu aux vieillards, pour préparer les domiciles de ceux-ci. Il plante du tabac et charge Yvonne de le soigner. Il emporte des œufs, des pommes de terre et un paquet de cigarettes. Il a la joie de voir arriver Melle de Maubecq qui a été en pension avec ses sœurs. Elle monte à califourchon une petite barbaise, qui est en fort mauvais état, étant très mal nourri, ce qui ne l’empêche pas de vouloir la faire reproduire. Elle l’a amenée du Périgord avec une ponette dont elle veut aussi faire une poulinière. Elle est installée avec une tante à Chez Caillet dans une petite ferme de 4 hectares ½ sans le moindre mobilier, car les Allemands lui ont pris tout ce qu’elle avait dans son appartement de Nevers sauf une armoire Louis XIV inutilisable, parce que sa maison qui se compose de deux pièces est trop basse de plafond. Marcelle lui a donné un fauteuil, car elles n’ont rien pour s’assoir. Elle nous apprend qu’Emmanuel Col a laissé toute sa grosse fortune aux enfants Dubois. Une grande partie de la France a été bombardée sévèrement hier, dont Bourges et Lille.
12 Guy de Thoury meurt à 36 ans à Paris enterré à Saint Saulge. Le baromètre baisse, vent du midi, mais pas de pluie.
13 Enterrement de Charles Marion. Par le Cel de Contenson, Yvonne apprend que Jean allait bien le 14 février. Château apporte des haricots aux Valence.
14 Le château de Sermoise est occupé par 200 boches et celui de Maucouvent par des diphtériques de même nationalité.
15 Marcelle déjeune à Buy et revient par Fontallier pour une visite de condoléances. J’écris à Suzanne Tiersonnier pour la remercier d’inviter mes petites filles à loger chez elle à Salins si elle vont au mariage de Jacques.
16 Dimanche. 14 hommes en tout à la grande messe. C’est peu après la belle manifestation des Pâques. Marie Thérèse exploite le domaine de Buy par domestique sous la surveillance de M. Boucaumont qui lui a acheté il y a peu de temps une jument pour 65 000 f, or elle vient de crever.
17 Pluie. Lettre de Roger remplie de lamentations comme d’habitude. Je comprends qu’avec ses 78 ans la mairie soit un rude fardeau à porter. Lettre de Josefa. Jacques leur conseille de ne pas venir à son mariage à cause de la difficulté du voyage. Hubert est en Italie. Marcelle déjeune à Chevenon. Marie Louise est allée marier les du Verne Thoisy . Très belle réunion. 170 personnes assises au lunch, y compris les fermiers. Montrichard a la complaisance de venir m’aider à faire ma déclaration d’impôts sur le revenu, mais nous ne pouvons y arriver, c’est un casse tête chinois. Aussi, j’écris au contrôleur pour lui dire qu’à mon âge, il m’est impossible de faire une déclaration convenable.
18 Pluie. Yvonne va coucher à Nevers pour faire désinfecter les matelas de la maison qui sont dévorés par les mites et moi j’y vais ramené par Montrichard. Je passe au Crédit Agricole, je fais une visite surprise aux Sansal. C’est le Colonel qui m’ouvre la porte à défaut de domestiques. Visite aux Mollins, à Marie Antoinette. Les terroristes font leur apparition en ville. Ils ont dépouillé Bernadat le brocanteur à 9 h du soir ! Madame Ducrot va mieux, mais on a relâché le boucher et son fermier qui avait armé le coupable qui a été envoyé à la Charité. Yvette Beaufils 19 ans, entre aujourd’hui à notre service.
19 Les Hervé passent la journée avec nous de 7 h à 7 h. Avec la remorque, ils descendent une malle de pommes de terre, légume introuvable à Moulins. Nous leur faisons manger notre premier dindon et nos premières asperges. Ils y font honneur. Je fais herser le guéret du pré de l’étang qui s’arrange bien. Je me traîne jusqu’à l’étang Américain, que Marcelle veut pécher. La chaussée est ouverte, mais il ne se vide pas complètement. La bonde de celui des chaumes vieilles ne perd plus. Aliette qui est née à Clermont Ferrand a aujourd’hui deux ans. On lui fait une crème au chocolat.
20 Pluie. Tout pousse à vue d’œil. Quand la végétation s’y met, le temps perdu est vite rattrapé. Lettre de Louis de la Brosse, il suppose qu’Hubert est en Italie et Odette il ne sait où.
21 Marcelle ayant demain une voiture pour la conduire aux Gouttes, prend à Mars le train de 7 h du soir et va coucher à Moulins chez les Hervé. . Elle emmène qui ne se sent pas de joie.
22 J’aide Alexandre à planter des pommes de terre venant de Cussy dans l’angle NE du guéret du pré de l’étang. Yvonne me remplace, car au bout d’un court moment, mes vieilles jambes n’en peuvent plus. Mes jardiniers sont à leur aise. Ils viennent de placer trois mille francs à la Séquanaise. La vente des lapins rapporte.
23 Dimanche. Temps admirable, mais seulement 12 hommes à la grand messe. J’y mène Kiki avec mon âne. Hier mariage La Brosse d’Avout dans le Jura.
24 Je plante 250 pommes de terre pour Hervé. Marcelle et Monique reviennent enchantées de leur voyage. Ma pauvre vieille belle sœur n’est pas brillante, on craint pour elle de l’urémie. Madame de Vauzelle, née Moulins qui habite Rouen avec ses 7 enfants en a eu quatre tués par le dernier bombardement Anglo Américain.
25 St Marc, fête de Marcelle. Dédette nous arrive pour remplacer Yvonne près de ses filles pendant qu’elle ira à Rennes voir sa mère., mais Cécile lui a téléphoné hier de ne pas venir pour le moment car la situation est trop grave. On craint un débarquement et la suppression des trains. A la procession de saint Marc, il y avait 9 femmes. . Autant il faisait bon hier, autant il fait désagréable aujourd’hui, l’herbe poussée rentre en terre, chassé par un vent glacial du Nord.
26 Vent encore plus glacial et plus violent. Marcelle avec l’aide du jardinier et de Pierdet réussit à prendre quelques carpes dans l’étang américain que l’on n’a pas pu tarir. Complètement. Elle fait des heureux dans les domaines et à ses obligés de Saint Parize qui aiment beaucoup le poisson. Visite de Suzanne Le Sueur qui me montre sa déclaration d’impôts sur le revenu. Sauchon le receveur de l’enregistrement à Saint Pierre l’aide à faire ce casse tête chinois.
27 Visite des Jacques de La Brosse, ils déjeunent à Saint Pierre avec les Bouchacourt et dînent avec nous. Ma nièce nous fait bonne impression à tous, elle cause agréablement, belle femme, pleine de santé. Jacques le dépouillé, le beau ténébreux pour prendre le sourire. Il a donné à sa femme un diamant qui est une splendeur montée par Milleris pour 20 000.
28 Hier à la foire de Saint Pierre, une truie suitée de dix petits de 8 jours s’est vendue vingt quatre mille 200 francs. Les Jacques nous quittent pour aller à Planchevienne passer deux ou trois jours. Les Riberolles vendent pour mille francs à la commune de Challuy quelques mètres de terrain pour agrandir le cimetière. Ils en donnent 500 au curé pour faire poser l’électricité dans l’église. Yvonne et Dédette vont déjeuner à Sermoise où 200 boches occupent le château. Marthe les dit assez convenables. Le camp d’Avor est bombardé à midi.
29 Les Mabire Delamalle déjeunent avec nous et avec de gros appétits qu’elles ne peuvent pas satisfaire en ville, le fromage à la crème en particulier a du succés. J’écris à Guiguite de Villeneuve qui se plaît à Angers. Mes trois dames vont dîner chez les Jacques à Planchevienne. Où Marie Josesé leur fait manger une bonne cuisine. Chez elle , elle a appris à la faire car il n’y a pas de cordon et le plus souvent c’est une sœur de Madame D’avout qui en fait l’office.
30 Dimanche. A 10 h nous voyons passer juste au dessus de nos têtes une rame de 260 avions direction Nord.Midi. A 11 h ½ ils reviennent après avoir bombardé des camps d’aviation, Bron, Aulnat etc. Marcelle et Dédette vont faire une visite à Melle de Maubec. Les Jacques viennent dîner et coucher. A minuit ½ les Anglo Américains bombardent encore, mes fenêtres vibrent. Cécile téléphone de Vitré.
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19.2.10
Avril 1944 (début du 24ème cahier)
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Aliette,
Bonde,
Boucaumont,
Buy,
Château,
Contenson,
Emmanuel Col,
Fontallier,
Maucouvent,
Mollins,
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Vauzelle
Dupressoir
La ville de Moulins a eu de tout temps dans sa garnison un régiment de cavalerie qui détachait avant 1870 un de ses escadrons à Nevers. Il y vint un jour parmi eux le Capitaine Dupressoir, un colosse de deux mètres de taille qui se lia d’une étroite amitié avec mon père et tous les miens, si bien qu’étant célibataire et n'ayant que peu ou point de famille, il avait adopté la mienne comme si elle était la sienne, aussi quand il avait une permission, il venait la passer soit à Tâches, à Buy, à Coulon ou aux Gouttes. Il était tellement de la maison qu’étant encore bambins, nous nous permettions de le tutoyer, ce dont les étrangers ne revenaient pas. Grâce à sa grande taille, il fut un jour nommé colonel des Cuirassiers de la garde, et pour qu’il ait un cheval digne de lui, Napoléon III lui paya sur sa cassette particulière, un magnifique cheval noir en Angleterre. Un jour, ma mère, ayant manifesté le désir de voir les grandes eaux à Versailles, il lui avait donné deux beaux cuirassiers comme coupe-file pour lui aider à traverser la foule. Il servait de correspondant à mon cousin Henri, quand à 8 ans, il était au collège à Paris. On le mettait au chemin de fer à St Pierre avec une étiquette sur le bras, et l’ordonnance du Colonel allait le chercher à la gare de Lyon.
Dupressoir a fait partie des troupes françaises qui unies aux troupes pontificales sont allées défendre les biens de Pie IX. Je pense que c’est à cause de sa grande taille qu’on l’avait envoyé pour faire peur à Garibaldi et le barre à Mentana en 1867. Il nous a fait bien des cadeaux quand nou étions jeunes, à moi tout particulièrement mon premier fusil de chasse, une selle anglaise, une culotte blanche de la garde que j’ai étrennée avec mon premier habit rouge à une chasse de louvarts à la Foret chez le regretté Comte Ignace de Sampigny. Dupressoir avait pris sa retraite à Anger, la dernière fois qu’il est venu à Tâches, c’est en 1875 pour le mariage de ma sœur avec le capitaine de la Brosse, il y a retrouvé son Verre.
Dupressoir a fait partie des troupes françaises qui unies aux troupes pontificales sont allées défendre les biens de Pie IX. Je pense que c’est à cause de sa grande taille qu’on l’avait envoyé pour faire peur à Garibaldi et le barre à Mentana en 1867. Il nous a fait bien des cadeaux quand nou étions jeunes, à moi tout particulièrement mon premier fusil de chasse, une selle anglaise, une culotte blanche de la garde que j’ai étrennée avec mon premier habit rouge à une chasse de louvarts à la Foret chez le regretté Comte Ignace de Sampigny. Dupressoir avait pris sa retraite à Anger, la dernière fois qu’il est venu à Tâches, c’est en 1875 pour le mariage de ma sœur avec le capitaine de la Brosse, il y a retrouvé son Verre.
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Tâches
Thomas Maslin

D’argent à trois abeilles de sable.
Maslin ou mieux Thomas Maslin, seigneurs de la Motte de Bourgneuf.
Châtellenie de Nevers.
Alliances : de La Forest, Mayeux de Villardet, de Saulieu, de Prisye.
Mon arrière grand’père Maslin était propriétaire d’une partie de la terre de Tâches pendant la Révolution, et il habitait dans le centre de la ville de St Pierre. Sa maison qui en plus d’une cour intérieure ornée d’un balcon en bois sculpté, sur toute une façade possédait un pigeonnier, ce qui est rare. Dans la plus grande pièce, il y avait de belles et grandes tapisseries avec personnages qui sont maintenant dans la salle d’armes du château des Gouttes. On verra plus loin pourquoi. Monsieur Maslin, lors de la création des Mairies en France a été nommé maire de St Parize en l’an II, et il est mort maire de cette même commune en 1823. Mon oncle Antonin Robert l’est devenu plus tard et l’est resté jusqu’en 1869, époque où il est allé s’installer à Buy qu’il venait de faire bâtir. Il a alors été nommé maire de St Pierre, où il se rendait chaque matin pour se mettre à la disposition de ses concitoyens. Il avait un cheval attelé son dogcart, tout spécialement affecté à ce service. En 1866, quand il était maire de St Parize, la choléra est arrivé une belle nuit dans la commune et a fait je crois, 4 victimes. Il y en a eu ensuite beaucoup d’autres, de 48 à 5o. La terreur régnait dans le pays, et seuls, l’abbé Jacob, curé de la paroisse et mon oncle osaient approcher des morts pour les ensevelir. Il a ,lui aussi, été atteint par cette terrible maladie et c’est grâce aux bons soins que lui a prodigués le Dr Goujon, interne des hôpitaux de Paris qu’il avait fait venir pour soigner les malades qu’il a été sauvé. Comme une calamité n’arrive jamais seule, une des plus grandes crues de la Loire ravageait ses rives. En 1889, j’ai été moi aussi maire de St Parize nommé à peu près à l’unanimité des suffrages . Je n’ai conservé que pendant 4ans l’affection de mes électeurs, je restais trop conservateur et eux devenaient trop républicains. Mon passage au pouvoir restera cependant marqué par qq chose de durable, j’ai fait construire un lavoir couvert près de la magnifique et abondante source qui sort des fondations du presbytère, et mon nom est gravé sur une des pierres de taille de la façade. J’en reviens à Monsieur Maslin, c’est lui qui en 1811 a fait construire Tâches, d’une façon bien modeste, et il est venu s’y installer pendant la belle saison tout au moins avec sa femme et ses deux filles. Il avait épousé Mlle Grossot de Vercy qui habitait Vézelay et qui est morte aux Gouttes chez sa fille , Madame Clayeux. Elle est enterrée dans le cimetière de Thionne. C’est elle qui la première, a étrennée la sépulture des Clayeux ; sa fille aînée est devenue châtelaine des Gouttes. Sa seconde fille ayant épousé mon Grand’père était à la même époque châtelaine de Tâches. 8o ans plus tard, les deux sœurs Aline et Claire Robert étaient de nouveau châtelaines de ces deux mêmes demeures, et la plus grande affection a toujours continué à régner entre les deux maisons. Je peus même dire qu’elle dure toujours car j’entretiens avec mes neveux Geneviève et Edmond une correspondance très suivie et très intéressante. Nous n’avions rien de caché les uns pour les autres. En 1869, mes parents trouvant que leur famille s’augmentait, ont fait élever un premier étage sur la partie de Tâches qui n’en avait pas et installer des W.C. àà l’intérieur ce qui manquait de confort et qu’il fallait sortir dehors pour satisfaire certains besoins. Mais cela été de même dans tous les châteaux, tant que l’on a pas eu inventé les cabinets avec chasse d’eau. Dans le palais de Versailles, le roi Louis XIV n’avait qu’une chaise percée pour son usage . Plus tard à Tâches, ma très chère femme, en souvenir de ce qu’elle avait admiré dans le salon de Vauban, a fait faire dans le nôtre les trois pans coupés et la glace sans tain dont nous jouissons bien maintenant.
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NOTES & SOUVENIRS
Mon père et mon beau-père se ressemblaient, ce n’est pas étonnant , ils étaient cousins germains et portaient toute leur barbe et un monocle. Ce dernier étant à l’hôtel du Louvre, descendant un escalier au bas duquel il y avait une glace dans laquelle il se voyait, se dit à lui-même, : je ne te savais pas à Paris, Prosper !
Le dit beau-père qui était dit-on assez taquin, avait été un des premiers à faire de la daguerréothérapie , et il avait photographié son cousin Eloi Tiersonnier, un rasoir à la main, celui-ci n’avait pas compris pourquoi !
Il avait à Sully un gros faire-valoir avec un personnel énorme, qui serait une ruine aujourd’hui. Il préparait une fois un bœuf pour un concours d’animaux gras, et l’animal était superbe. Il le montre à Gaston Tassain, et lui dit « j’ai bien peur qu’il ne soit pas primé si les membres du jury s’aperçoivent qu’il n’a pas de dents à la mâchoire supérieure, ce qui était vrai, mais les autres non plus, de même que les chèvres et les chevreuils. Les magistrats ne savent pas cela.
Quand Sully a été bâti, le grand Charles du Verne vint un jour voir son cousin qu’il aimait beaucoup, et il lui dit : “ Alfred ! bien des gens essayent de faire qq chose de réussi, ils n’y parviennent pas, toi tu as voulu faire qq chose de laid, tu n’as pas manqué ton coup. ” En effet, la maison, qui intérieurement est très bien comprise est affreuse à l’extérieur. Après le déjeuner, Alfred mettait dans ses poches tout le sucre qui restait dans le sucrier, et quand il allait dans les prés, les nombreux poulains qu’il élevait le savaient bien et ils le suivaient pour en avoir un morceau. Les dames ramassaient les morceaux de pain laissés sur la table et les jetaient sur la pièce d’eau où les carpes s’empressaient de les ramasser comme à Versailles, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était la quantité d’écrevisses aux pattes rouges qui pullulaient dans tous les ruisseaux et qui avait été apportées de Vauban. Elles étaient superbes, un jour nous en avons pris une qui avait 27 cm de longueur du bout des antennes au bout de la queue. Un samedi, ma grand’mère Tiersonnier, revenant de Nevers fait une visite à Sully, où on l’invite à dîner. Elle refuse. Madame, il y a des écrevisses ; alors je reste !
Cela me rappelle qu’à Tâches, du vivant de ma grand’mère Amable, tous les Vendredis, on mangeait des grenouilles qui étaient prises soit par elle, soit apportées par Charles Signol, qui la ligne à la main, suivait tous les abreuvoirs du pays.
===== Mon arrière Grand’père, qui était venu à St Pierre-le-Moûtiers comme avocat en parlement au présidial, où le roi faisait rendre la justice, y est devenu célèbre, maire de la ville et député à la constituante. Quand le conventionnel Fouché, de triste mémoire, ce qui ne l’a pas empêché de devenir sous l’empire duc d’Otrante, faisait ses tournées dans les campagnes pour ramasser les ci-devants qu’on lui signalait, vint un jour à St Pierre visant le comte Armand de Montrichard qui n’avait pas émigré. Mon aïeul qu’on appelait bouche d’or, qui savait le but de sa visite, l’entretint si spirituellement, que la nuit arriva sans qu’il en aperçut, ce qui sauva la vie au grand’père de mon voisin et ami Gaston, qui savait la chose et me l’a racontée.
Mon aïeul prit pied dans le canton en épousant Mlle Cabaille de Vasselange et en achetant une jolie maison à St Pierre et les 3 domaines de Buy. Se contentant de s’appeler Robert tout court, pendant que d’autres branches prenaient les noms de Chevanes, de Neuville, de Gesnay. Un Robert de Chevane eut une certaine réputation ; étant garde du corps du roi Louis XVI, il était de service quand la foule en folie envahit le palais dans les journées des 5 & 6 Octobre 1789, et se mettant en travers de la porte du roi, il fit tous ses efforts pour le protéger, en disant : à moi appartient l’honneur de mourir le premier pour la défense du roi.
J’ai été en rapport avec un Robert de Chevanne de ses descendants, qui était capitaine de dragons vers 1878 et qui avait comme ordonnance mon vieux domestique Antoine Charronnier.
Je suis heureux de rendre au passage un témoignage de reconnaissance à ce vieux serviteur né sur la terre de Tâches où ses parents habitaient le Pied Prot, où ils sont restés 45 ans en travaillant à la journée pour mon père. Assez délicat dans sa jeunesse, ma grand’mère prenait soin de lui, et mettait de coté de coté les fonds de bouteilles qui restaient sur la table pour les lui faire boire. Son temps de service accompli, il est entré à la maison comme homme à tout faire, plus spécialement valet de chambre. Il était pour moi d’une aide précieuse, me disant quand il fallait du vin, du charbon, du bois de chauffage En 1879, où il avait eu l’hiver le plus rigoureux du siècle, et où des quantités d’arbres avaient gelé, et qu’avec mon père , nous déjeunions avec nos peaux de chèvre sur le dos, les branches basses du Wellingtonia qui est sur la pelouse ayant été coupées, ma mère les avaient remplacées par une volière dans laquelle pendant plusieurs années, Antoine a élevé des perdreaux. Pour eux, il allait chercher au loin des œufs de fourmis, ce qui lui plaisait plus que de donner un coup de balai. Aussi, un jour où Marcelle lui montrait une toile d’araignée dans un couloir, il a répondu : il y a longtemps que la connais. Le pauvre diable a eu une triste fin, la gangrène s’étant mise dans sa jambe gauche, on a été obligé de la lui couper, ce qui a nécessité son installation chez sa fille à St Pierre le Moûtiers. Deux ans après, la jambe droite a eu le même sort et puis il est mort très chrétiennement, après avoir demandé à être enterré dans le cimetière de St Parize où il est venu rejoindre ses parents. Il y avait à la Grâce, un bassecourier du nom de Pieuchot qui avait trois filles. L’aînée, Marie vint à Tâches comme fille de peine à 17 ans. Anne, deux ans après y entra comme femme de chambre de ma mère, et un peu plus tard, la troisième devint femme de chambre de ma grand’mère Tiersonnier. Elle est morte l’année dernière après avoir épousé un employé de chemin de fer. Antoine s’était épris de Marie, il la demanda en mariage et sa main lui fut accordée pour leur plus grand bonheur à tous les deux et aussi pour le nôtre. Il y avait à ce moment-là à Tâches le vieux Ménage Perron qui était là depuis une quarantaine d’année. Marie comme cordon bleu, et Fauché, ce qui veut dire François comme factotum. Les fourneaux n’étaient pas connus, la cuisine se faisait devant un grand feu de bois où brûlaient des bûches d’un mètre de long. Il y avait une rôtissoire actionnée par un tournebroche que Perron remontait quand il en avait besoin, il avait soin aussi d’arroser le rôti qui tournait au-dessus de la lèche-frite, avec une cuiller d’une forme spéciale qui avait le manche très long. Les poulets et les perdreaux qui venaient de là étaient, dit-on, plus succulents que ceux cuits au four. Le reste de la cuisine se faisait sur le potager qui existe encore, avec du charbon de bois, car les plats à confectionner étaient toujours nombreux. Le matin, au déjeuner qui se servait à 9 h ½, il y avait toujours un plat de viande chaud, un plat de viande froid, souvent du jambon préparé soit à la mode des Gouttes, soit à celle de Lys, où habitait un cousin de ma grand’mère qui était né Parent, j’en dirai un mot. A dîner, servi à 6 h, trois plats de viande, un légume et un entremet, tous plus variés les uns que les autres. Le matin on buvait de vin blanc, généralement du Pouilly, le soir du Rouge. Chaque matin, Marie venait dans la chambre de ma grand’mère, où elle faisait sa nombreuse correspondance encor couchée, et à elles deux composaient les menus en feuilletant les livres de cuisine qui étaient bleu pour les entrées, jaunes pour les rôtis, verts pour les entremets. Ils ont été perdus, je le regrette vivement, ils seraient amusants à consulter.
Les Perron, devenus vieux, se retirèrent dans une maison qu’ils avaient fait bâtir à St Parize avec les faibles gages de cette époque. En 1871, quand mon père a voulu lui donner ce qu’il lui devait, Fauché lui a dit : que Monsieur en garde donc la moitié, l’année a été dure !!! Et cette moitié, c’était 4oo frs pour le ménage. Marie Charronnier devint alors cuisinière en pied, et bonne cuisinière, car elle avait été à bonne école. Avec elle arriva le fourneau ; on en profita pour faire dans le four la pain quotidien qui avait différentes formes selon que lon aimait plus ou moins la croûte ou la mie. Quand l’heure de la retraite a sonné, Marie est allée rejoindre à St Pierre le malheureux Antoine et elle est morte peu de temps après lui chez leur fille marié à Louis Galoppier que j’avais eu comme cocher. Ce pauvre diable a subi, à Paris, sous un bistouri d’un des plus grands chirurgiens, une opération terrible : comme il avait un abcès dans la tête, il lui a scié le crâne pour le lui ôter et il a réussi puisqu’il vit encore !
Ma grand’mère que dans le pays on appelait Madame Amable est morte à Tâches pendant la Commune, en 1871. Elle était née en 18oo à St Pierre. Monsieur Louis Rambourg venu au monde en même temps se faisait un plaisir de le lui rappeler. Elle était très aimée dans le pays où elle rendait bien des services , c’est elle qui vaccinait tous les enfants, elle soignait aussi certains maux aux jambes de même que sa sœur Madame Clayeux aux Gouttes. Mon grand’père qui se nommait Amable avait été officier de cavalerie et accompagné l’empereur à Moscou ; en traversant la Bérézina, il avait eu sept doigts gelés tant aux pieds qu’aux mains. Rentré dans ses foyers, pour rendre service à ses voisins, il leur donnait des consultations gratuites dans un cabinet qu’il avait à St Pierre et qu’il ouvrait le Jeudi. Ses clients venaient lui raconter leurs embarras, lui laissaient leurs papiers et comme il n’avait pas fait son droit et que le plus souvent il était bien gêné pour leur répondre, il leur donnait rendez-vous pour le jeudi suivant, tout en se proposant d’aller le Samedi à Nevers trouver son frère Charles qui était président du tribunal civil pour lui demander une solution au problème qu’il n’avait pas pu résoudre . Le Président ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à cela, car il avait d’autre chose à faire, la réponse était attendue plusieurs jeudis de suite.
Un jour où il présidait une audience et où il somnolait légèrement, il se réveilla au moment où l’avocat qui plaidait dit : c’est un pré de 14 hectares. Je voudrais bien l’avoir s’écrie le Président, ce qui a fait la joie de tout le tribunal. Il avait à la Baratte, près de Nevers une petite ferme avec une maison qui n’était pas très grande mais dans laquelle la salle à manger avait une dimension assez vaste pour lui permettre d’offrir à dîner aux juges et autres membres du tribunal pendant les vacances. La belle et très digne Madame Robert , née Desnoyer, était toujours de la fête. Un très joli portrait d’elle fait le plus bel ornement du salon des Gouttes.
Le dit beau-père qui était dit-on assez taquin, avait été un des premiers à faire de la daguerréothérapie , et il avait photographié son cousin Eloi Tiersonnier, un rasoir à la main, celui-ci n’avait pas compris pourquoi !
Il avait à Sully un gros faire-valoir avec un personnel énorme, qui serait une ruine aujourd’hui. Il préparait une fois un bœuf pour un concours d’animaux gras, et l’animal était superbe. Il le montre à Gaston Tassain, et lui dit « j’ai bien peur qu’il ne soit pas primé si les membres du jury s’aperçoivent qu’il n’a pas de dents à la mâchoire supérieure, ce qui était vrai, mais les autres non plus, de même que les chèvres et les chevreuils. Les magistrats ne savent pas cela.
Quand Sully a été bâti, le grand Charles du Verne vint un jour voir son cousin qu’il aimait beaucoup, et il lui dit : “ Alfred ! bien des gens essayent de faire qq chose de réussi, ils n’y parviennent pas, toi tu as voulu faire qq chose de laid, tu n’as pas manqué ton coup. ” En effet, la maison, qui intérieurement est très bien comprise est affreuse à l’extérieur. Après le déjeuner, Alfred mettait dans ses poches tout le sucre qui restait dans le sucrier, et quand il allait dans les prés, les nombreux poulains qu’il élevait le savaient bien et ils le suivaient pour en avoir un morceau. Les dames ramassaient les morceaux de pain laissés sur la table et les jetaient sur la pièce d’eau où les carpes s’empressaient de les ramasser comme à Versailles, mais ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était la quantité d’écrevisses aux pattes rouges qui pullulaient dans tous les ruisseaux et qui avait été apportées de Vauban. Elles étaient superbes, un jour nous en avons pris une qui avait 27 cm de longueur du bout des antennes au bout de la queue. Un samedi, ma grand’mère Tiersonnier, revenant de Nevers fait une visite à Sully, où on l’invite à dîner. Elle refuse. Madame, il y a des écrevisses ; alors je reste !
Cela me rappelle qu’à Tâches, du vivant de ma grand’mère Amable, tous les Vendredis, on mangeait des grenouilles qui étaient prises soit par elle, soit apportées par Charles Signol, qui la ligne à la main, suivait tous les abreuvoirs du pays.
===== Mon arrière Grand’père, qui était venu à St Pierre-le-Moûtiers comme avocat en parlement au présidial, où le roi faisait rendre la justice, y est devenu célèbre, maire de la ville et député à la constituante. Quand le conventionnel Fouché, de triste mémoire, ce qui ne l’a pas empêché de devenir sous l’empire duc d’Otrante, faisait ses tournées dans les campagnes pour ramasser les ci-devants qu’on lui signalait, vint un jour à St Pierre visant le comte Armand de Montrichard qui n’avait pas émigré. Mon aïeul qu’on appelait bouche d’or, qui savait le but de sa visite, l’entretint si spirituellement, que la nuit arriva sans qu’il en aperçut, ce qui sauva la vie au grand’père de mon voisin et ami Gaston, qui savait la chose et me l’a racontée.
Mon aïeul prit pied dans le canton en épousant Mlle Cabaille de Vasselange et en achetant une jolie maison à St Pierre et les 3 domaines de Buy. Se contentant de s’appeler Robert tout court, pendant que d’autres branches prenaient les noms de Chevanes, de Neuville, de Gesnay. Un Robert de Chevane eut une certaine réputation ; étant garde du corps du roi Louis XVI, il était de service quand la foule en folie envahit le palais dans les journées des 5 & 6 Octobre 1789, et se mettant en travers de la porte du roi, il fit tous ses efforts pour le protéger, en disant : à moi appartient l’honneur de mourir le premier pour la défense du roi.
J’ai été en rapport avec un Robert de Chevanne de ses descendants, qui était capitaine de dragons vers 1878 et qui avait comme ordonnance mon vieux domestique Antoine Charronnier.
Je suis heureux de rendre au passage un témoignage de reconnaissance à ce vieux serviteur né sur la terre de Tâches où ses parents habitaient le Pied Prot, où ils sont restés 45 ans en travaillant à la journée pour mon père. Assez délicat dans sa jeunesse, ma grand’mère prenait soin de lui, et mettait de coté de coté les fonds de bouteilles qui restaient sur la table pour les lui faire boire. Son temps de service accompli, il est entré à la maison comme homme à tout faire, plus spécialement valet de chambre. Il était pour moi d’une aide précieuse, me disant quand il fallait du vin, du charbon, du bois de chauffage En 1879, où il avait eu l’hiver le plus rigoureux du siècle, et où des quantités d’arbres avaient gelé, et qu’avec mon père , nous déjeunions avec nos peaux de chèvre sur le dos, les branches basses du Wellingtonia qui est sur la pelouse ayant été coupées, ma mère les avaient remplacées par une volière dans laquelle pendant plusieurs années, Antoine a élevé des perdreaux. Pour eux, il allait chercher au loin des œufs de fourmis, ce qui lui plaisait plus que de donner un coup de balai. Aussi, un jour où Marcelle lui montrait une toile d’araignée dans un couloir, il a répondu : il y a longtemps que la connais. Le pauvre diable a eu une triste fin, la gangrène s’étant mise dans sa jambe gauche, on a été obligé de la lui couper, ce qui a nécessité son installation chez sa fille à St Pierre le Moûtiers. Deux ans après, la jambe droite a eu le même sort et puis il est mort très chrétiennement, après avoir demandé à être enterré dans le cimetière de St Parize où il est venu rejoindre ses parents. Il y avait à la Grâce, un bassecourier du nom de Pieuchot qui avait trois filles. L’aînée, Marie vint à Tâches comme fille de peine à 17 ans. Anne, deux ans après y entra comme femme de chambre de ma mère, et un peu plus tard, la troisième devint femme de chambre de ma grand’mère Tiersonnier. Elle est morte l’année dernière après avoir épousé un employé de chemin de fer. Antoine s’était épris de Marie, il la demanda en mariage et sa main lui fut accordée pour leur plus grand bonheur à tous les deux et aussi pour le nôtre. Il y avait à ce moment-là à Tâches le vieux Ménage Perron qui était là depuis une quarantaine d’année. Marie comme cordon bleu, et Fauché, ce qui veut dire François comme factotum. Les fourneaux n’étaient pas connus, la cuisine se faisait devant un grand feu de bois où brûlaient des bûches d’un mètre de long. Il y avait une rôtissoire actionnée par un tournebroche que Perron remontait quand il en avait besoin, il avait soin aussi d’arroser le rôti qui tournait au-dessus de la lèche-frite, avec une cuiller d’une forme spéciale qui avait le manche très long. Les poulets et les perdreaux qui venaient de là étaient, dit-on, plus succulents que ceux cuits au four. Le reste de la cuisine se faisait sur le potager qui existe encore, avec du charbon de bois, car les plats à confectionner étaient toujours nombreux. Le matin, au déjeuner qui se servait à 9 h ½, il y avait toujours un plat de viande chaud, un plat de viande froid, souvent du jambon préparé soit à la mode des Gouttes, soit à celle de Lys, où habitait un cousin de ma grand’mère qui était né Parent, j’en dirai un mot. A dîner, servi à 6 h, trois plats de viande, un légume et un entremet, tous plus variés les uns que les autres. Le matin on buvait de vin blanc, généralement du Pouilly, le soir du Rouge. Chaque matin, Marie venait dans la chambre de ma grand’mère, où elle faisait sa nombreuse correspondance encor couchée, et à elles deux composaient les menus en feuilletant les livres de cuisine qui étaient bleu pour les entrées, jaunes pour les rôtis, verts pour les entremets. Ils ont été perdus, je le regrette vivement, ils seraient amusants à consulter.
Les Perron, devenus vieux, se retirèrent dans une maison qu’ils avaient fait bâtir à St Parize avec les faibles gages de cette époque. En 1871, quand mon père a voulu lui donner ce qu’il lui devait, Fauché lui a dit : que Monsieur en garde donc la moitié, l’année a été dure !!! Et cette moitié, c’était 4oo frs pour le ménage. Marie Charronnier devint alors cuisinière en pied, et bonne cuisinière, car elle avait été à bonne école. Avec elle arriva le fourneau ; on en profita pour faire dans le four la pain quotidien qui avait différentes formes selon que lon aimait plus ou moins la croûte ou la mie. Quand l’heure de la retraite a sonné, Marie est allée rejoindre à St Pierre le malheureux Antoine et elle est morte peu de temps après lui chez leur fille marié à Louis Galoppier que j’avais eu comme cocher. Ce pauvre diable a subi, à Paris, sous un bistouri d’un des plus grands chirurgiens, une opération terrible : comme il avait un abcès dans la tête, il lui a scié le crâne pour le lui ôter et il a réussi puisqu’il vit encore !
Ma grand’mère que dans le pays on appelait Madame Amable est morte à Tâches pendant la Commune, en 1871. Elle était née en 18oo à St Pierre. Monsieur Louis Rambourg venu au monde en même temps se faisait un plaisir de le lui rappeler. Elle était très aimée dans le pays où elle rendait bien des services , c’est elle qui vaccinait tous les enfants, elle soignait aussi certains maux aux jambes de même que sa sœur Madame Clayeux aux Gouttes. Mon grand’père qui se nommait Amable avait été officier de cavalerie et accompagné l’empereur à Moscou ; en traversant la Bérézina, il avait eu sept doigts gelés tant aux pieds qu’aux mains. Rentré dans ses foyers, pour rendre service à ses voisins, il leur donnait des consultations gratuites dans un cabinet qu’il avait à St Pierre et qu’il ouvrait le Jeudi. Ses clients venaient lui raconter leurs embarras, lui laissaient leurs papiers et comme il n’avait pas fait son droit et que le plus souvent il était bien gêné pour leur répondre, il leur donnait rendez-vous pour le jeudi suivant, tout en se proposant d’aller le Samedi à Nevers trouver son frère Charles qui était président du tribunal civil pour lui demander une solution au problème qu’il n’avait pas pu résoudre . Le Président ne se prêtait pas toujours de bonne grâce à cela, car il avait d’autre chose à faire, la réponse était attendue plusieurs jeudis de suite.
Un jour où il présidait une audience et où il somnolait légèrement, il se réveilla au moment où l’avocat qui plaidait dit : c’est un pré de 14 hectares. Je voudrais bien l’avoir s’écrie le Président, ce qui a fait la joie de tout le tribunal. Il avait à la Baratte, près de Nevers une petite ferme avec une maison qui n’était pas très grande mais dans laquelle la salle à manger avait une dimension assez vaste pour lui permettre d’offrir à dîner aux juges et autres membres du tribunal pendant les vacances. La belle et très digne Madame Robert , née Desnoyer, était toujours de la fête. Un très joli portrait d’elle fait le plus bel ornement du salon des Gouttes.
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