1 Temps magnifique, je n’allume pas de feu depuis trois jours. C’est rare.
2 J’envoie 10 000 F au percepteur de St Pierre. +17°à 4 h du soir sur le perron du Nord. Je vends le veau de la Normande à Thibier pour 2 000 F et 100 épingles pour mon jardinier. Pendant que je vois encore un peu clair, j’écris sur un autre cahier mes souvenirs sur Grossouvre, Apremont, Le Veuillin et les courses de la Guerche, Cérey, Nevers, Tannay, Chamery.
3 Les Charles de Fontenay nous font part des fiançailles de leur fils Edouard avec Melle de Montalivet. Marcelle va à la Chasseigne voir la comtesse qui est assez fatiguée.
4 Pluie légère. On enterre à Marseille les Aubigny, le Comte Paul Servois, mort subitement à 79 ans. Je garde de lui le meilleur souvenir. Chez lui les bridges étaient fréquents et les gouters délicieux. Jules Goby meurt aussi le même jour et au même âge, enterrement à Magny-Cours. Cécile nous envoie 100 kilos de pommes de terre pour manger.
5 M. Durand, marchand de bois à Nevers achète à Marcelle sept noyers sur le Pied Prot, celui qui est tout en bas et creux comme une lanterne et qui tous les ans abrite des nids de corbeaux est vendu le plus cher, 6 000 F, les 6 autres 9 000 F, cela aidera un peu à payer les folies de nos gouvernants. Mon jardinier vient de planter dans le champ de l’étang, 27 rayons de pommes de terre à raison de 150 pieds par rayon, soit 4 000 en tout. Je viens de voir passer en auto une dame payée par le parti communiste, pour faire de la propagande en vue des prochaines élections, dans mes domaines, soit disant pour du ravitaillement. Lettre de Cécile qui s’annonce pour les vacances de Pâques avec ses 3 petites filles.
6 Pluie. Marie Antoinette et sa bonne nous arrivent par le car pour 48 heures.
7 Dimanche. Beau temps.
8 Anne de Champeaux me fait part des fiançailles de sa fille Elisabeth avec Henri de Brevand. Thibier m’achète mon veau Normand de 8 jours 2 000 F. Marie Antoinette du Verne nous quitte à 4 h 45 par le train à Mars.
9 Madame Barrière déjeune avec nous et ensuite Marcelle l’emmène en auto faire une visite à Lorgue à Melle de Thuret qui veut bien se charger de la direction des ligueuses d’Azy. Aux Genetais, le baron de Lagny bat sa femme qui s’est sauvée.
10 Sablé vient me faire signer son contrat pour la carrière où il a une douzaine de casseurs de pierres. Il doit me donner 8 francs par mètre cube. Marcelle conduit à Nevers les femmes Baudry et Gonin avec chacune un enfant pour les faire opérer de végétations dans la gorge à l’hôpital par le chirurgien Alilaire. Celui-ci en opère 7 dans la matinée et prend deux mille francs par tête. Cela ne doit pas coûter plus cher dans la plus grande clinique de Paris.
11 Le Comte Servois, dit le Requin dans l’armée est fiancée à Melle d’Hérouville. Ma chère petite Monique fait aujourd’hui sa première communion privée dans sa pension à Versailles. Elle y a été préparée par la sœur Maxence de Dumas. Comme tous les ans Marcelle envoie du buis aux petites sœurs de l’Assomption, pour que leurs vieux aient des Rameaux.
12 Marcelle fait le chemin de croix à Moiry à la sortie de l’école. Les 2 fils de la maîtresse de la dite école, qui est divorcée et dont les enfants ne sont pas baptisés assistent très ponctuellement aux leçons de catéchisme faites dans ce village par ma fille tous les jeudis.
FIN DU 24° CAHIER
21.3.10
18.3.10
MARS 1946
1 Neige. Le père Michel meurt subitement chez son fils Pierre et on l’enterre à 3 heures à St Parize, 82 ans. Marcelle fait mettre un fil métallique du vestibule à sa chambre pour pouvoir y transporter le téléphone à volonté.
2 Marcelle emmène Geneviève à Nevers en auto pour assister à une vente de charité au Clos, qui a un plein succès, les plus petits gâteaux coûtent dix francs et les objets peints par Geneviève s’enlèvent. Au retour panne de l’auto. Dreure a vendu à Marcelle des accus qui sont à bout de souffle.
3 Neige. Dimanche. Notre curé selon sa fâcheuse habitude parle beaucoup trop longtemps, me dit-on dans une église glaciale. Cécile envoie 100 litres, bons essence. Dr Hubert.
4 -2°. Avec Geneviève qui a 71 ans, nous parlons avec plaisir de l’ancien temps.
5 -2°. Mercredi des cendres. Nous conduisons, Marcelle et moi, Geneviève à Villars d’où Madame Le Sueur la mène prendre le train à St Pierre. Au retour, je m’arrête aux Petites Granges où la septicémie règne sur les veaux à leur naissance. Roger de Bouillé en a perdu 9 la même semaine. Le seul remède connu pour arrêter cette maladie est de mettre les vaches au pré pour mettre bas, même en plein hiver. Mollins m’écrit qu’il n’y a pas grand-chose à faire pour empêcher M. Théroil de ne pas avoir la maison de Nevers, parce que sinistré. Je reviens à bout de force de ma promenade au Manoir et aux Petites Granges, ce qui prouve qu’il faut garder le coin du feu.
6 Pluie. Silky. Montrichard prend Marcelle et la mène à St Pierre à une réunion de la Croix Rouge. Au retour, il déjeune avec nous et la conduit ensuite à la Seigneurie, où elle commande à Gay une pompe et une barrière, ces deux objets étant hors de service.
8 Marcelle va à Nevers en auto avec ses deux bonnes. Elle passe chez Dubost pour lui parler de tous nos ennuis, pendant que Madeleine achète un tailleur à sa fille et qu’elle-même ne peut pas trouver une paire de souliers lui allant.
9 Samedi. Richard fait une piqûre à ma Normande pour éviter une mammite avant la mise bas.
10 Dimanche. La femme Duceau ayant perdu son frère, Marcelle la conduit à Marseille les Aubigny, elle en profite pour aller déjeuner à la Charnaye. J’écris à Cécile. Yvonne et ses filles s’installent à Versailles chez leur tante de Valence Daru.
11 Pluie. Elles ne peuvent pas partir à cause du froid et de la neige. Madame Hubert remercie des pintades comme si on lui avait donné des perles. Le fils de Charles de Fontenay est fiancé à une Montalivet d’Herry, Cher. Servois dit le Requin dans l’armée est aussi fiancé. Marie de Glatigny qui vit avec François comme chien et chat, l’a griffé dernièrement à la figure jusqu’au sang.
12 Je prends du lait au compte-goutte dans mes domaines, mes vaches sont taries temporairement et mes métayères n’aiment pas abandonner ce précieux liquide, que du reste je leur paye et avec lequel elles font du beurre qu’elles vendent 150 F la livre. L’avoine vaut 15 F le kilo à Bengy, Cher, et elle n’est pas bonne.
13 Pluie. Sur quatre mois, le garde chasse Duceau a pris 38 ….En 1840 la terre de Villars avait 14 domaines. Elle venait de Melle de Forestier, femme du vicomte Amour de Bouillé. Elle n’en a plus que 3 aujourd’hui, celui de Chevannes, de l’Egaré et du château. Le comte de Bouillé fait valoir ces deux derniers où il entretient une vacherie Charollaise des plus renommée. Il a hérité en tant qu’agriculteur de la science de son grand père Charles qui a été un des hommes les plus marquants de la Nièvre, député et sénateur. Il avait deux frères, le général Henri et Roger, 3 sœurs, la comtesse Zoé de Maumigny, la comtesse Charles de Marcy et la marquise d’Aux. Avant 1840, le vicomte Amour ayant voulu rendre la Camargue fertile s’y est à peu près ruiné. Son fils Charles grâce à sa science agricole, à son énergie et à ses trois chevaux de selle qui lui permettaient de se rendre journellement de l’un à l’autre de ses quatorze domaines, a pu rétablir la fortune compromise par son père, mais les 6 enfants ont ensuite vendu chacun leur part. Deux des domaines ont été achetés, le Lieu Normand par mon père, les Petites Granges par moi. J’ai eu aussi la chance d’agrandir la terre de Tâches en achetant le vieux château de ce nom des héritiers de ma cousine avec 32 ha et le bois des Antes. Une autre chance a été de me rendre acquéreur des 12 ha du bois des Queudres pour y tirer perdreaux et lapins et y faire de belles battues me permettant d’amuser mes nombreux amis et de leur rendre leurs politesses. J’en cite quelques uns par ordre de mérite : Gabriel Tiersonnier au Colombier, c’est lui qui a été mon professeur dans l’art de conduire une battue de perdreaux, André Grincour à Fontallier, Madame Maynier a Neuftable, Lafond au Nozet, La Roche à la Barre, Certaines à Lamenay, Robert à Buy, Marquis de Rasilly à Beaumont, de Bricourt à Montreuil, Clayeux aux Gouttes et aux Fougis, Charles de Charrette à Villeneuve, René de Chavagnac à Chazeuil, Tiersonnier à Mortin, du Part à Chevenon, Talabot à Chamont, de Soultrait à Dornes, de Marne à Chevannes, Rambourt Chateauvert, Antonin de Champs Chateauvert, Joseph Reigneaud Les Guérauds, J. du Verne Le Veuillin. Tous les ans, j’allais pour l’ouverture tant qu’il a vécu chez mon bon ami Dugas à Beauvais et j’y passais 3 jours. Le 14 juillet, j’allais tirer des halbrans sur les étangs des Maremberts à mon cousin de Balloy. Vers le 10 octobre à Loon où je restais aussi 2 ou 3 jours dans ce pays de Sologne chez mon bon contemporain Raoul d’Anchald. Le Marquis du Bourg n’a jamais donné une battue dans son beau parc de Prye sans m’inviter. Je n’oublie pas de citer les jolies chasses de Fleury, celles-ci au chien d’arrêt chez Edouard de Fontenay où on rencontrait tous ses camarades des environs. En se mettant à table on savait combien il y aurait de plats au déjeuner en comptant les assiettes qui étaient empilées les unes sur les autres, car comme il n’y avait pas de maître d’hôtel, quand la première était sale on la passait sous les autres. Je garde pour la bonne bouche, mon ami Walter Crawshay qui nous donnait dans son parc du Chasnay des battues de lapin où le plus beau tableau a été de quatre mille trente deux. Gaston de Magnitot en a tué 300 ce jour là et moi plus de cent. Chaque année je tirais environ 3 000 cartouches pour tuer mille pièces à peu près. Crawshay qui descendait le cours de la Loire de Decize à Nevers pendant les grandes gelées, a tué d’un coup de canardière 53 canards sauvages. Le Times a raconté le fait comme extraordinaire. Crawshay était aussi un marcheur infatigable et il allait à pied pêcher dans les étangs de Grossouvre à 4 lieues de chez lui. Il est mort en Angleterre assez jeune.
14 Pluie et pas la moindre lettre. Courcy creuse des trous à La Seigneurie pour y planter 40 peupliers venant remplacer les ormes qui crèvent partout.
15 A Calot on me donne deux doubles de pommes de terre qui sont aussi rares que le beurre qui vaut plus de 200 F la livre.
16 Vers 11 h du matin, je me trouve fatigué, mes mots ni ma mémoire ne viennent plus, il en est de même une partie de la journée. Bonnichon vient me voir, mon cœur est bon, ma tension 17, malgré cela il m’ordonne 25 remèdes et doit partager avec le pharmacien.
17 Dimanche. Je déjeune bien et je lis le journal Agricole et du Nivernais du 17 mars (Fermage et métayage). Le terme en nature payable au 11 mai sera diminué de 15% pour tout sauf pour le blé, l’avoine et l’orge. Pierre de Barrau me téléphone pour me demander si je ne pourrai pas lui vendre des légumes, il a 18 personnes à nourrir et rien à leur donner. Je regrette de ne pouvoir le satisfaire mais suis heureux d’entendre sa voix.
18 Je ne pense qu’à des choses tristes.
19 St Joseph. Je regrette vivement de ne pas m’approcher de la sainte table comme je le faisais quand j’étais plus vaillant. M. le curé m’envoie le budget de la fabrique pour que je le signe. Je vois qu’il a nommé Roger de Bouillé fabricien pour boucher une vacance. J’afferme à Sablé, entrepreneur à Nevers, la carrière de Moiry à raison de 8 francs le mètre 3 pour mettre de la pierre sur les routes et 12 francs le moellon, ceci à l’année et pouvant continuer par tacite reconduction. Il devra me donner un bon de 10 l d’essence chaque mois. Marcelle va à 4 h ½ à Mars chercher Augustin. Il est venu jusqu’à Moulins avec ses filles qui sont parties pour Paray où elles vont marier leur amie Eliane Villedey de Faule avec le Cdt aviateur Dufour de Lattre.
20 Laydet est mort et Odette sa femme est dans un magasin à Paris. Lettre de Cécile, Yvonne est à Versailles avec ses filles depuis le 18 chez sa tante de Valence Daru. Cécile par l’intermédiaire de son amie Le Gonidec a pu trouver une situation dans les eaux et forêts à Quimper pour Pierre de Valence 7 500 F. St Emilion aux Sandal a été dévalisé. Marcelle qui a toutes les prévenances pour sa jardinière, lui fait couvrir le palier de son escalier. Le garde Duceau achète une maison et un hectare de terre dans le haut de Moiry. Dufour envoie chercher un des gros ormes morts du pré de la Joie qui pèse 5 tonnes et a 13 m de long. Il faut 6 bœufs Auvergnats pour le traîner. S’il y a des arbres qui meurent, je plante 40 peupliers à la Seigneurie qui coûtent 40 F l’un et 1700 F de façon et qui reviennent à 83 F pièce. Marcelle va à st Augustin chercher de l’empoissonnement. Il n’y en a pas, ça n’a pas réussi. Par grâce, on lui donne cinq carpes dont deux dames et trois messieurs pour onze cent francs. Nous les mettons dans l’étang Américain des Chaumes Vieilles. Dans ce genre de bêtes, pour que la reproduction aboutisse, il faut que le sexe fort l’emporte. Arnaud de Roland qui était un espèce d’original, habitait St Augustin, fort belle propriété en partie boisée ce qui lui permettait d’avoir un équipage de chevreuil de très bonne tenue avec piqueux et valet de chiens, uniforme bleu de roc, parements velours blanc, galon de vènerie, il avait épousé une tsigane qui chantait dans un café concert de Nevers. Il a eu une première fille et ensuite deux jumelles. L’aînée a épousé Guy Olivier. Ils ont eu deux enfants et se sont séparés. Il a été remplacé par un M. Alanier qui s’occupe des forêts et des domaines. Quand Roland faisait son service militaire à la caserne Pitïé, tous les matins son cocher venait le chercher avec un phaéton attelé de deux chevaux et le plus souvent, il emmenait André Robert déjeuner avec lui. Au bout de quelque temps, le colonel a interdit ce luxe en voyant les officiers à pied et les simples soldats en voiture.
21 Augustin va à Nevers par le train de7 heures du matin et revient par celui de 7 heures du soir. Il manque la visite de Mme de Lépinière, de Suzanne, de Roger et de Guillaume. Ce dernier engraisse trop.
22 Lettre d’Yvonne de Versailles où elle est arrivée le 18 à bon port. Les petites sont enchantées. Henri de Faverges, sa femme, Guy et sa fille nous font une visite en allant chez Mme de Létang.
23 Samedi. J’envoie au contrôleur ma déclaration d’impôts sur le revenu et celle de Marcelle. Moreau conduit Augustin à Nevers. Il s’occupe avec Dubost de l’affaire Thiroille Duval et avec Savignat notaire de ma déclaration d’impôt de solidarité.
24 Dimanche. Pluie. J’écris à Dubost au sujet de Thiroille et de Michel, en le priant de s’occuper de l’un et de l’autre. Le Cdt Blandin qui est en garnison à Nevers et le dimanche à Maucouvent, sa très agréable femme, fille du général Maurin, ministre de la Guerre et leur fils aîné Lnt aviateur, viennent nous faire une visite. Ils ont 7 enfants, le plus jeune a 6 mois. Le Cdt me raconte que sa mère est en train de dilapider sa grosse fortune et qu’il n’y a rien à lui dire.
25 On enterre le pauvre vieux Michel Lavergné. C’était l’homme le plus vieux de la commune, il avait 5 mois de plus que moi et sa droiture était très grande. Il laisse une nombreuse et honorable famille. Le soleil se couche à 6 h juste, il y a 12 degrés et l’herbe pousse. Les Paul Bénuet me font part des fiançailles de leur fils Pierre avec Melle de Galembert.
26 Il y a une épidémie de septicémie. R. de Bouillé a perdu 5 veaux à la naissance la même semaine et à Gy 9 bien que les 4 derniers aient été mis bas au pré. On prétend cependant que c’est la seule façon d’arrêter cette fâcheuse maladie. J’écris à Edmond. Augustin va à Nevers par le car. J’ai la tête lourde toute la journée, Marcelle me fait une piqûre.
27 Marcelle emmène Augustin déjeuner à Buy et de là, prendre le train à St Pierre pour rentrer à Bulhon. Il doit trouver ses filles à Moulins retour de Blagny. Cette visite de mon gendre m’a fait le plus grand plaisir. On voit l’herbe pousser.
28 Marcelle déjeune à la Baratte. J’ai la visite des du Passage. Madame est bien vieille, M. bien sourd.
29 Nous avons la visite du jeune Barrière qui emploie bien son temps à Limoux. C’est un agréable causeur et il sait beaucoup de choses. Je vais à la carrière. Sablé a plusieurs casseurs de pierres. J’augmente mes polices d’assurance incendie de 40 %. C’est insuffisant, mais pour être dans le vrai il faudrait les augmenter de 500%.
30 Nous avons à déjeuner Suzanne Le Sueur et les Antoine Robert. Le barème d’assurance pour la valeur du m² donne 15 700 F pour les châteaux et 21 500 pour les maisons de ville comme moyenne. A ce tarif cela coûterait onze millions pour bâtir Tâches. Dérangement 7 fois.
31 Ma Normande fait veau. Dimanche. Dérangement.
2 Marcelle emmène Geneviève à Nevers en auto pour assister à une vente de charité au Clos, qui a un plein succès, les plus petits gâteaux coûtent dix francs et les objets peints par Geneviève s’enlèvent. Au retour panne de l’auto. Dreure a vendu à Marcelle des accus qui sont à bout de souffle.
3 Neige. Dimanche. Notre curé selon sa fâcheuse habitude parle beaucoup trop longtemps, me dit-on dans une église glaciale. Cécile envoie 100 litres, bons essence. Dr Hubert.
4 -2°. Avec Geneviève qui a 71 ans, nous parlons avec plaisir de l’ancien temps.
5 -2°. Mercredi des cendres. Nous conduisons, Marcelle et moi, Geneviève à Villars d’où Madame Le Sueur la mène prendre le train à St Pierre. Au retour, je m’arrête aux Petites Granges où la septicémie règne sur les veaux à leur naissance. Roger de Bouillé en a perdu 9 la même semaine. Le seul remède connu pour arrêter cette maladie est de mettre les vaches au pré pour mettre bas, même en plein hiver. Mollins m’écrit qu’il n’y a pas grand-chose à faire pour empêcher M. Théroil de ne pas avoir la maison de Nevers, parce que sinistré. Je reviens à bout de force de ma promenade au Manoir et aux Petites Granges, ce qui prouve qu’il faut garder le coin du feu.
6 Pluie. Silky. Montrichard prend Marcelle et la mène à St Pierre à une réunion de la Croix Rouge. Au retour, il déjeune avec nous et la conduit ensuite à la Seigneurie, où elle commande à Gay une pompe et une barrière, ces deux objets étant hors de service.
8 Marcelle va à Nevers en auto avec ses deux bonnes. Elle passe chez Dubost pour lui parler de tous nos ennuis, pendant que Madeleine achète un tailleur à sa fille et qu’elle-même ne peut pas trouver une paire de souliers lui allant.
9 Samedi. Richard fait une piqûre à ma Normande pour éviter une mammite avant la mise bas.
10 Dimanche. La femme Duceau ayant perdu son frère, Marcelle la conduit à Marseille les Aubigny, elle en profite pour aller déjeuner à la Charnaye. J’écris à Cécile. Yvonne et ses filles s’installent à Versailles chez leur tante de Valence Daru.
11 Pluie. Elles ne peuvent pas partir à cause du froid et de la neige. Madame Hubert remercie des pintades comme si on lui avait donné des perles. Le fils de Charles de Fontenay est fiancé à une Montalivet d’Herry, Cher. Servois dit le Requin dans l’armée est aussi fiancé. Marie de Glatigny qui vit avec François comme chien et chat, l’a griffé dernièrement à la figure jusqu’au sang.
12 Je prends du lait au compte-goutte dans mes domaines, mes vaches sont taries temporairement et mes métayères n’aiment pas abandonner ce précieux liquide, que du reste je leur paye et avec lequel elles font du beurre qu’elles vendent 150 F la livre. L’avoine vaut 15 F le kilo à Bengy, Cher, et elle n’est pas bonne.
13 Pluie. Sur quatre mois, le garde chasse Duceau a pris 38 ….En 1840 la terre de Villars avait 14 domaines. Elle venait de Melle de Forestier, femme du vicomte Amour de Bouillé. Elle n’en a plus que 3 aujourd’hui, celui de Chevannes, de l’Egaré et du château. Le comte de Bouillé fait valoir ces deux derniers où il entretient une vacherie Charollaise des plus renommée. Il a hérité en tant qu’agriculteur de la science de son grand père Charles qui a été un des hommes les plus marquants de la Nièvre, député et sénateur. Il avait deux frères, le général Henri et Roger, 3 sœurs, la comtesse Zoé de Maumigny, la comtesse Charles de Marcy et la marquise d’Aux. Avant 1840, le vicomte Amour ayant voulu rendre la Camargue fertile s’y est à peu près ruiné. Son fils Charles grâce à sa science agricole, à son énergie et à ses trois chevaux de selle qui lui permettaient de se rendre journellement de l’un à l’autre de ses quatorze domaines, a pu rétablir la fortune compromise par son père, mais les 6 enfants ont ensuite vendu chacun leur part. Deux des domaines ont été achetés, le Lieu Normand par mon père, les Petites Granges par moi. J’ai eu aussi la chance d’agrandir la terre de Tâches en achetant le vieux château de ce nom des héritiers de ma cousine avec 32 ha et le bois des Antes. Une autre chance a été de me rendre acquéreur des 12 ha du bois des Queudres pour y tirer perdreaux et lapins et y faire de belles battues me permettant d’amuser mes nombreux amis et de leur rendre leurs politesses. J’en cite quelques uns par ordre de mérite : Gabriel Tiersonnier au Colombier, c’est lui qui a été mon professeur dans l’art de conduire une battue de perdreaux, André Grincour à Fontallier, Madame Maynier a Neuftable, Lafond au Nozet, La Roche à la Barre, Certaines à Lamenay, Robert à Buy, Marquis de Rasilly à Beaumont, de Bricourt à Montreuil, Clayeux aux Gouttes et aux Fougis, Charles de Charrette à Villeneuve, René de Chavagnac à Chazeuil, Tiersonnier à Mortin, du Part à Chevenon, Talabot à Chamont, de Soultrait à Dornes, de Marne à Chevannes, Rambourt Chateauvert, Antonin de Champs Chateauvert, Joseph Reigneaud Les Guérauds, J. du Verne Le Veuillin. Tous les ans, j’allais pour l’ouverture tant qu’il a vécu chez mon bon ami Dugas à Beauvais et j’y passais 3 jours. Le 14 juillet, j’allais tirer des halbrans sur les étangs des Maremberts à mon cousin de Balloy. Vers le 10 octobre à Loon où je restais aussi 2 ou 3 jours dans ce pays de Sologne chez mon bon contemporain Raoul d’Anchald. Le Marquis du Bourg n’a jamais donné une battue dans son beau parc de Prye sans m’inviter. Je n’oublie pas de citer les jolies chasses de Fleury, celles-ci au chien d’arrêt chez Edouard de Fontenay où on rencontrait tous ses camarades des environs. En se mettant à table on savait combien il y aurait de plats au déjeuner en comptant les assiettes qui étaient empilées les unes sur les autres, car comme il n’y avait pas de maître d’hôtel, quand la première était sale on la passait sous les autres. Je garde pour la bonne bouche, mon ami Walter Crawshay qui nous donnait dans son parc du Chasnay des battues de lapin où le plus beau tableau a été de quatre mille trente deux. Gaston de Magnitot en a tué 300 ce jour là et moi plus de cent. Chaque année je tirais environ 3 000 cartouches pour tuer mille pièces à peu près. Crawshay qui descendait le cours de la Loire de Decize à Nevers pendant les grandes gelées, a tué d’un coup de canardière 53 canards sauvages. Le Times a raconté le fait comme extraordinaire. Crawshay était aussi un marcheur infatigable et il allait à pied pêcher dans les étangs de Grossouvre à 4 lieues de chez lui. Il est mort en Angleterre assez jeune.
14 Pluie et pas la moindre lettre. Courcy creuse des trous à La Seigneurie pour y planter 40 peupliers venant remplacer les ormes qui crèvent partout.
15 A Calot on me donne deux doubles de pommes de terre qui sont aussi rares que le beurre qui vaut plus de 200 F la livre.
16 Vers 11 h du matin, je me trouve fatigué, mes mots ni ma mémoire ne viennent plus, il en est de même une partie de la journée. Bonnichon vient me voir, mon cœur est bon, ma tension 17, malgré cela il m’ordonne 25 remèdes et doit partager avec le pharmacien.
17 Dimanche. Je déjeune bien et je lis le journal Agricole et du Nivernais du 17 mars (Fermage et métayage). Le terme en nature payable au 11 mai sera diminué de 15% pour tout sauf pour le blé, l’avoine et l’orge. Pierre de Barrau me téléphone pour me demander si je ne pourrai pas lui vendre des légumes, il a 18 personnes à nourrir et rien à leur donner. Je regrette de ne pouvoir le satisfaire mais suis heureux d’entendre sa voix.
18 Je ne pense qu’à des choses tristes.
19 St Joseph. Je regrette vivement de ne pas m’approcher de la sainte table comme je le faisais quand j’étais plus vaillant. M. le curé m’envoie le budget de la fabrique pour que je le signe. Je vois qu’il a nommé Roger de Bouillé fabricien pour boucher une vacance. J’afferme à Sablé, entrepreneur à Nevers, la carrière de Moiry à raison de 8 francs le mètre 3 pour mettre de la pierre sur les routes et 12 francs le moellon, ceci à l’année et pouvant continuer par tacite reconduction. Il devra me donner un bon de 10 l d’essence chaque mois. Marcelle va à 4 h ½ à Mars chercher Augustin. Il est venu jusqu’à Moulins avec ses filles qui sont parties pour Paray où elles vont marier leur amie Eliane Villedey de Faule avec le Cdt aviateur Dufour de Lattre.
20 Laydet est mort et Odette sa femme est dans un magasin à Paris. Lettre de Cécile, Yvonne est à Versailles avec ses filles depuis le 18 chez sa tante de Valence Daru. Cécile par l’intermédiaire de son amie Le Gonidec a pu trouver une situation dans les eaux et forêts à Quimper pour Pierre de Valence 7 500 F. St Emilion aux Sandal a été dévalisé. Marcelle qui a toutes les prévenances pour sa jardinière, lui fait couvrir le palier de son escalier. Le garde Duceau achète une maison et un hectare de terre dans le haut de Moiry. Dufour envoie chercher un des gros ormes morts du pré de la Joie qui pèse 5 tonnes et a 13 m de long. Il faut 6 bœufs Auvergnats pour le traîner. S’il y a des arbres qui meurent, je plante 40 peupliers à la Seigneurie qui coûtent 40 F l’un et 1700 F de façon et qui reviennent à 83 F pièce. Marcelle va à st Augustin chercher de l’empoissonnement. Il n’y en a pas, ça n’a pas réussi. Par grâce, on lui donne cinq carpes dont deux dames et trois messieurs pour onze cent francs. Nous les mettons dans l’étang Américain des Chaumes Vieilles. Dans ce genre de bêtes, pour que la reproduction aboutisse, il faut que le sexe fort l’emporte. Arnaud de Roland qui était un espèce d’original, habitait St Augustin, fort belle propriété en partie boisée ce qui lui permettait d’avoir un équipage de chevreuil de très bonne tenue avec piqueux et valet de chiens, uniforme bleu de roc, parements velours blanc, galon de vènerie, il avait épousé une tsigane qui chantait dans un café concert de Nevers. Il a eu une première fille et ensuite deux jumelles. L’aînée a épousé Guy Olivier. Ils ont eu deux enfants et se sont séparés. Il a été remplacé par un M. Alanier qui s’occupe des forêts et des domaines. Quand Roland faisait son service militaire à la caserne Pitïé, tous les matins son cocher venait le chercher avec un phaéton attelé de deux chevaux et le plus souvent, il emmenait André Robert déjeuner avec lui. Au bout de quelque temps, le colonel a interdit ce luxe en voyant les officiers à pied et les simples soldats en voiture.
21 Augustin va à Nevers par le train de7 heures du matin et revient par celui de 7 heures du soir. Il manque la visite de Mme de Lépinière, de Suzanne, de Roger et de Guillaume. Ce dernier engraisse trop.
22 Lettre d’Yvonne de Versailles où elle est arrivée le 18 à bon port. Les petites sont enchantées. Henri de Faverges, sa femme, Guy et sa fille nous font une visite en allant chez Mme de Létang.
23 Samedi. J’envoie au contrôleur ma déclaration d’impôts sur le revenu et celle de Marcelle. Moreau conduit Augustin à Nevers. Il s’occupe avec Dubost de l’affaire Thiroille Duval et avec Savignat notaire de ma déclaration d’impôt de solidarité.
24 Dimanche. Pluie. J’écris à Dubost au sujet de Thiroille et de Michel, en le priant de s’occuper de l’un et de l’autre. Le Cdt Blandin qui est en garnison à Nevers et le dimanche à Maucouvent, sa très agréable femme, fille du général Maurin, ministre de la Guerre et leur fils aîné Lnt aviateur, viennent nous faire une visite. Ils ont 7 enfants, le plus jeune a 6 mois. Le Cdt me raconte que sa mère est en train de dilapider sa grosse fortune et qu’il n’y a rien à lui dire.
25 On enterre le pauvre vieux Michel Lavergné. C’était l’homme le plus vieux de la commune, il avait 5 mois de plus que moi et sa droiture était très grande. Il laisse une nombreuse et honorable famille. Le soleil se couche à 6 h juste, il y a 12 degrés et l’herbe pousse. Les Paul Bénuet me font part des fiançailles de leur fils Pierre avec Melle de Galembert.
26 Il y a une épidémie de septicémie. R. de Bouillé a perdu 5 veaux à la naissance la même semaine et à Gy 9 bien que les 4 derniers aient été mis bas au pré. On prétend cependant que c’est la seule façon d’arrêter cette fâcheuse maladie. J’écris à Edmond. Augustin va à Nevers par le car. J’ai la tête lourde toute la journée, Marcelle me fait une piqûre.
27 Marcelle emmène Augustin déjeuner à Buy et de là, prendre le train à St Pierre pour rentrer à Bulhon. Il doit trouver ses filles à Moulins retour de Blagny. Cette visite de mon gendre m’a fait le plus grand plaisir. On voit l’herbe pousser.
28 Marcelle déjeune à la Baratte. J’ai la visite des du Passage. Madame est bien vieille, M. bien sourd.
29 Nous avons la visite du jeune Barrière qui emploie bien son temps à Limoux. C’est un agréable causeur et il sait beaucoup de choses. Je vais à la carrière. Sablé a plusieurs casseurs de pierres. J’augmente mes polices d’assurance incendie de 40 %. C’est insuffisant, mais pour être dans le vrai il faudrait les augmenter de 500%.
30 Nous avons à déjeuner Suzanne Le Sueur et les Antoine Robert. Le barème d’assurance pour la valeur du m² donne 15 700 F pour les châteaux et 21 500 pour les maisons de ville comme moyenne. A ce tarif cela coûterait onze millions pour bâtir Tâches. Dérangement 7 fois.
31 Ma Normande fait veau. Dimanche. Dérangement.
17.3.10
FEVRIER 1946
1 Michel vient me parler de son état des lieux. Je lui dis de m’apporter la copie qu’il n’a pas encore reçue pour que nous en causions. Lettre de l’architecte Sonnet au sujet de mon portail qui menace ruine.
2 Chandeleur. Pluie. Emmenée par les Le Sueur, Marcelle va à Nevers pour assister aux enchères d’une vente de meubles de Pierre Tassain. Tout se vend hors de prix : deux tapisseries en très mauvais état dépassent cent mille francs, deux chaises Louis XV qui n’ont que 7 pieds pour elles deux sont adjugées 5 500 F. Mon portail est bardé de planches afin qu’il ne s’écroule pas avant d’avoir été refait, les murs après les gelées.
3 Dimanche. Le Marquis d’Avrincourt qui devait épouser Melle Odile de Nadaillac au mois de mars, meurt à Paris, âgé de 27 ans. Vent fou.
4 +5°. Roy donne un coup de herse sur la pelouse qui est envahie par la mousse. J’ai un lumbago depuis 3 jours. Madame de Prunelé, née Bouillé, est morte écrasée par une armoire dans sa lingerie.
5 Pluie. Montrichard vient très aimablement nous apprendre à rédiger la déclaration de solidarité.
6 Pluie. Antoine, sa mère, Simone Jourdier et 3 enfants, retour du Chamont, s’arrêtent pour déjeuner avec nous et manger notre dernier dindon. Loiseau m’envoie un boisseau de pommes de terre qui sont les bienvenues, on n’en trouve nulle part et c’est ma principale nourriture.
7 Madame Gabriel Mathieu et M.A. du Verne déjeunent avec nous. Cette dernière va mieux.
8 Marcelle va à St Pierre et avant à Fontallier. Madame Pinton vend la propriété de Dérhé en entier, très bon marché à un marchand du Nord, amené par Bouillé.
9 Tempête qui fait tomber bien des ardoises. J’écris à Cécile qui nous a appris qu’Yvonne attend son N° 4 et qu’elle dort une partie de la journée.
10 Pluie. Dimanche. Mes deux métayers roulent en auto. Ils sont plus malins que nous pour se procurer de l’essence. Hervé rencontre à Paris, Augustin et Valence, ils dînent ensembles au ministère. On lui confirme qu’il est réintégré dans l’armée.
11 Journée sans histoire.
12 Anniversaire de la mort de ma chère femme en 1924.
13 Je règle Moreau en lui donnant 8 500 F, c'est-à-dire 5% sur les 170 000 F qu’il a fait pour mon compte en me vendant du bois et des animaux. Il m’a fait aussi l’estimation des cheptels de mes 3 domaines que je lui règle en lui donnant gracieusement la chasse de la Seigneurie. Il la gardera encore en 1946. Cheveux.
14 -3°. Madame de Sansal vient déjeuner. Lettre d’Augustin. Miette est à Paris pour quelques jours pour assister son amie de La Brosse qui n’a qu’un bras et qui vient d’avoir un enfant. Les Hervé attendent leur N° 3 au mois d’août.
15 Vendredi. A Paris, mariage Nadaillac avec Melle Faulquier. Ils ne feront pas maigre. Roger de Soultrait est fiancé avec Melle Baudelot, petite fille Corbina (Félix Potin) et Paule de Villaines est fiancée avec le Comte Pierre des Mazis qui habite le château de Chapette près de Bourbon Allier. C’est le petit fils de Pierre de Rosemont mon bon ami. Marguerite Marie de Raincourt avec le comte Louis de Bodinat.
16 Mon Rosaire. Messe de bout de l’an pour Madame Le Sueur.
17 Anne de Rouville qui est en séjour au manoir, passe l’après midi avec nous. Visite de Maurice, Marie Thérèse et Lisbeth. Moreau m’amène l’état des lieux des Petites Granges.
18 Je fais la barbe aux timbres que Marie Antoinette du Verne m’a envoyés. C’est pour une bonne œuvre. Il y en a plusieurs milliers. Mes métayers m’amènent plusieurs mètres cubes de fumier de la Seigneurie pour le jardin.
19 Melles Roux et de Maubec déjeunent avec nous et ensuite Marcelle les conduit à Nevers en auto. Grosse foire à Decize, cours élevé sur les bovins. 482 au Crédit Agricole.
20 Lettre de Mollins au sujet de la location de ma maison.
21 Les Château m’achètent 4 vaches de Calot 45 F le kilo, poids vif. Visite des Antoine Robert et de Janot. André Vuillemin, tertiaire de St François, un peu simple d’esprit, meurt à Nevers chez sa sœur Madame de Sansal. Enterrement à St Germain en Laye.
22 Mes petites filles nous arrivent par Mars à 4h1/2. Dédette de Bulhon et Miette de Clamart où elle est allée au secours de son amie …..de La Brosse qui n’ayant qu’un bras, a mis au monde une petite fille à 7 mois. Mère et enfant vont bien.
23 Pluie. Simone Jourdier et ses enfants s’embarquent pour le Maroc. Bal de la Croix Rouge à l’hôtel de France à Nevers, c’est pour cela que mes petites filles sont venues. Miette ayant mal à la gorge, ne peut y aller, Dédette y est emmenée par les Le Sueur qui la ramènent à 5 h ½ du matin. Il y avait peu d’entrain, 400 entrées à 200 F, buffet au bénéfice de la Croix Rouge, quelques jolies toilettes de dames. Celles des M.M. allant du veston à la cravate blanche. Orchestre de 5 musiciens payés 5 000 F par tête. Dédette avait une robe en soie nuance abricot venant de sa chère maman.
24 Pluie. Dimanche. Miette va mieux. Odette de La Brosse partant de Paris en auto devait aller à Macon chercher des affaires qu’elle y avait laissées avant la guerre et revenir par Tâches pour se ravitailler et rapporter divers objets, tombe en panne à Sens. Nous ne l’avons pas vue aussi nous mangeons l’oie et le lapin qu’elle devait emporter. Je fais couper les arbres qui sont dans la vieille carrière du Pied Prot et tout en y laissant une jolie futaie, on trouve 15 stères de bois de chauffage que je partage avec les bucherons. Le ménage Chleq et le ménage Duval, viennent s’entretenir avec nous pour la location de notre maison. Je leur dis d’attendre la venue d’Augustin pour traiter cette question.
25 Pluie. Lettre de Roger. Sa petite va mieux et lui entre dans son octogénat. Duceau et mon jardinier refont la chaussée de l’étang américain, côté Chaumes Vieilles avec de la terre glaise rouge du cimetière.
26 Marcelle ne peut pas mettre l’auto en marche, elle fait venir Dreure avec d’autres accus. Ceux qu’il lui a vendus doivent être de vieux rossignols. La voiture part et elle conduit Miette et Dédette prendre le train à St Pierre pour retourner à Bulhon et elle nous ramène Geneviève Clayeux pour quelques jours.
27 Pluie. Geneviève fait de jolis dessins en or pour la vente de charité de Nevers. Berthet m’apporte 200 kilos de pommes de terre de semence Esterbingen ;
28 Foire de St Pierre. Quelques bêtes à cornes sont vendues. A côté de cela les Château à eux tout seul en ont embarqué 52 pièces avant-hier à la gare de Mars.
2 Chandeleur. Pluie. Emmenée par les Le Sueur, Marcelle va à Nevers pour assister aux enchères d’une vente de meubles de Pierre Tassain. Tout se vend hors de prix : deux tapisseries en très mauvais état dépassent cent mille francs, deux chaises Louis XV qui n’ont que 7 pieds pour elles deux sont adjugées 5 500 F. Mon portail est bardé de planches afin qu’il ne s’écroule pas avant d’avoir été refait, les murs après les gelées.
3 Dimanche. Le Marquis d’Avrincourt qui devait épouser Melle Odile de Nadaillac au mois de mars, meurt à Paris, âgé de 27 ans. Vent fou.
4 +5°. Roy donne un coup de herse sur la pelouse qui est envahie par la mousse. J’ai un lumbago depuis 3 jours. Madame de Prunelé, née Bouillé, est morte écrasée par une armoire dans sa lingerie.
5 Pluie. Montrichard vient très aimablement nous apprendre à rédiger la déclaration de solidarité.
6 Pluie. Antoine, sa mère, Simone Jourdier et 3 enfants, retour du Chamont, s’arrêtent pour déjeuner avec nous et manger notre dernier dindon. Loiseau m’envoie un boisseau de pommes de terre qui sont les bienvenues, on n’en trouve nulle part et c’est ma principale nourriture.
7 Madame Gabriel Mathieu et M.A. du Verne déjeunent avec nous. Cette dernière va mieux.
8 Marcelle va à St Pierre et avant à Fontallier. Madame Pinton vend la propriété de Dérhé en entier, très bon marché à un marchand du Nord, amené par Bouillé.
9 Tempête qui fait tomber bien des ardoises. J’écris à Cécile qui nous a appris qu’Yvonne attend son N° 4 et qu’elle dort une partie de la journée.
10 Pluie. Dimanche. Mes deux métayers roulent en auto. Ils sont plus malins que nous pour se procurer de l’essence. Hervé rencontre à Paris, Augustin et Valence, ils dînent ensembles au ministère. On lui confirme qu’il est réintégré dans l’armée.
11 Journée sans histoire.
12 Anniversaire de la mort de ma chère femme en 1924.
13 Je règle Moreau en lui donnant 8 500 F, c'est-à-dire 5% sur les 170 000 F qu’il a fait pour mon compte en me vendant du bois et des animaux. Il m’a fait aussi l’estimation des cheptels de mes 3 domaines que je lui règle en lui donnant gracieusement la chasse de la Seigneurie. Il la gardera encore en 1946. Cheveux.
14 -3°. Madame de Sansal vient déjeuner. Lettre d’Augustin. Miette est à Paris pour quelques jours pour assister son amie de La Brosse qui n’a qu’un bras et qui vient d’avoir un enfant. Les Hervé attendent leur N° 3 au mois d’août.
15 Vendredi. A Paris, mariage Nadaillac avec Melle Faulquier. Ils ne feront pas maigre. Roger de Soultrait est fiancé avec Melle Baudelot, petite fille Corbina (Félix Potin) et Paule de Villaines est fiancée avec le Comte Pierre des Mazis qui habite le château de Chapette près de Bourbon Allier. C’est le petit fils de Pierre de Rosemont mon bon ami. Marguerite Marie de Raincourt avec le comte Louis de Bodinat.
16 Mon Rosaire. Messe de bout de l’an pour Madame Le Sueur.
17 Anne de Rouville qui est en séjour au manoir, passe l’après midi avec nous. Visite de Maurice, Marie Thérèse et Lisbeth. Moreau m’amène l’état des lieux des Petites Granges.
18 Je fais la barbe aux timbres que Marie Antoinette du Verne m’a envoyés. C’est pour une bonne œuvre. Il y en a plusieurs milliers. Mes métayers m’amènent plusieurs mètres cubes de fumier de la Seigneurie pour le jardin.
19 Melles Roux et de Maubec déjeunent avec nous et ensuite Marcelle les conduit à Nevers en auto. Grosse foire à Decize, cours élevé sur les bovins. 482 au Crédit Agricole.
20 Lettre de Mollins au sujet de la location de ma maison.
21 Les Château m’achètent 4 vaches de Calot 45 F le kilo, poids vif. Visite des Antoine Robert et de Janot. André Vuillemin, tertiaire de St François, un peu simple d’esprit, meurt à Nevers chez sa sœur Madame de Sansal. Enterrement à St Germain en Laye.
22 Mes petites filles nous arrivent par Mars à 4h1/2. Dédette de Bulhon et Miette de Clamart où elle est allée au secours de son amie …..de La Brosse qui n’ayant qu’un bras, a mis au monde une petite fille à 7 mois. Mère et enfant vont bien.
23 Pluie. Simone Jourdier et ses enfants s’embarquent pour le Maroc. Bal de la Croix Rouge à l’hôtel de France à Nevers, c’est pour cela que mes petites filles sont venues. Miette ayant mal à la gorge, ne peut y aller, Dédette y est emmenée par les Le Sueur qui la ramènent à 5 h ½ du matin. Il y avait peu d’entrain, 400 entrées à 200 F, buffet au bénéfice de la Croix Rouge, quelques jolies toilettes de dames. Celles des M.M. allant du veston à la cravate blanche. Orchestre de 5 musiciens payés 5 000 F par tête. Dédette avait une robe en soie nuance abricot venant de sa chère maman.
24 Pluie. Dimanche. Miette va mieux. Odette de La Brosse partant de Paris en auto devait aller à Macon chercher des affaires qu’elle y avait laissées avant la guerre et revenir par Tâches pour se ravitailler et rapporter divers objets, tombe en panne à Sens. Nous ne l’avons pas vue aussi nous mangeons l’oie et le lapin qu’elle devait emporter. Je fais couper les arbres qui sont dans la vieille carrière du Pied Prot et tout en y laissant une jolie futaie, on trouve 15 stères de bois de chauffage que je partage avec les bucherons. Le ménage Chleq et le ménage Duval, viennent s’entretenir avec nous pour la location de notre maison. Je leur dis d’attendre la venue d’Augustin pour traiter cette question.
25 Pluie. Lettre de Roger. Sa petite va mieux et lui entre dans son octogénat. Duceau et mon jardinier refont la chaussée de l’étang américain, côté Chaumes Vieilles avec de la terre glaise rouge du cimetière.
26 Marcelle ne peut pas mettre l’auto en marche, elle fait venir Dreure avec d’autres accus. Ceux qu’il lui a vendus doivent être de vieux rossignols. La voiture part et elle conduit Miette et Dédette prendre le train à St Pierre pour retourner à Bulhon et elle nous ramène Geneviève Clayeux pour quelques jours.
27 Pluie. Geneviève fait de jolis dessins en or pour la vente de charité de Nevers. Berthet m’apporte 200 kilos de pommes de terre de semence Esterbingen ;
28 Foire de St Pierre. Quelques bêtes à cornes sont vendues. A côté de cela les Château à eux tout seul en ont embarqué 52 pièces avant-hier à la gare de Mars.
16.3.10
JANVIER 1946
1 Que le Bon Dieu protège les miens dans cette nouvelle année, qu’il fasse que je ne sois pas à charge à mes filles et qu’il ramène en France la sagesse qui lui manque totalement. Mon vieil ami Raoul d’Anchald, meurt à 93 ans. J’ai passé avec lui de nombreuses journées de chasse tant dans la Nièvre qu’en Sologne. Les Chargères envoient des lettres de part pour la mort de Brigitte., sur lesquelles les Bouillé de Villars ne figurent pas. Melles Roux et de Maubec viennent goûter et m’apportent 3 fromages de chèvre.
2 -2°. J’envoie un tombereau de bois à la mère Richard. J’envoie une lettre au Dr Lemoine propriétaire du domaine Chez Caillet au sujet des avantages qu’il faits à son métayer Giraud. Marcelle goûte à Villars avec les Thonier et les Mangerel. A St Léger, ils n’ont aucun domestique , de même chez les Cailliés, c’est la femme d’Alexis qui leur fait la cuisine et elle attend un enfant dans deux mois.
3 -6°. J’envoie à Suzanne de Rouville dix paquets de cigarettes à 20 F touchés ce mois. Jacquemard me souhaite la bonne année ainsi que Jacques.
4 -8°. Visite de Soisson qui a tué 10 lapins et acheté une oie et une dinde pour 1 250 F. Je suis très inquiet pour abreuver mon bétail, le peu d’eau qui reste va geler.
5 -6°. Je ramasse des feuilles sur la pelouse, on en fait de la litière à nos vaches. Très brillant concours à Nevers. Roger de Bouillé y remportent de nombreux prix.
6 -6°. Dimanche. Il y a du givre. La campagne est magnifique, même féérique. Les arbres ne sont que pierres taillées en diamants qui brillent au soleil.
7 -10°. Moreau m’amène Dufour à qui je vends deux lots de bois payés comptant. Moreau vend ses onze veaux reproducteurs 44 000 F pièce au concours de Nevers qui a été particulièrement brillant. Roger de Bouillé reçoit des compliments. Je constate que le val d’Allier est bien supérieur au val de Loire pour amener des bons veaux. 15 grandes écuries dans le 1er contre 4 dans le second. Les étalons Nivernais sont eux aussi très en progrès, on les voit tous les ans plus gros. Le Dr Gaulier a un dépôt à la Croix d’or d’une vingtaine de chevaux énormes, Belges pour la plupart.
8 -8°. A St Parize, les communistes au pouvoir creusent deux puits. Un sur le champ de foire et l’autre devant l’épicerie Blot. Estager de Clermont me souhaite la bonne année.
9 -2°. Je ramasse des feuilles sur les pelouses pour faire la litière à mes vaches à lait et à mon âne.
10 +8°, pluie. Les Guillaume viennent nous surprendre au moment où nous nous mettions à table. Après déjeuner, ils amènent Marcelle à Nevers pour qu’elle signe la caution d’Aïn Kala aux contributions indirectes. Guillaume qui n’a plus de lait, achète une Normande pour 32 000 F, et elle n’a pas encore fait veau. Picard m’écrit que le portail de ma cour menace de tomber.
11 Temps maussade, téléphone détraqué ;
12 Pluie. Picard m’écrit que mon portail menace ruine et que l’architecte Sonnet estime qu’il faudrait bien 25 000 F pour le réparer. C’est charmant.
13 +3°C. Dimanche. Montrichard cherche un chef de culture pour le Puits de Meaux afin d’avoir du beurre et des œufs. Il a 40 demandes dont celle de Louis Roy de Calot. Sa femme voudrait être la maîtresse. Marie Antoinette téléphone que Sonnet fera étayer le portail demain.
14 Je ne mets pas le nez dehors, ce n’est pas que je sois fatigué, je ne vais pas mal ces temps ci , mais il fait un vent glacial qui vous déshabille.
15 -3°, et qui continue ce jour.
16 -3°. Mon rosaire. Je paye le dentiste de Miette 4 500 F. Pour 4 000 F Marcelle se procure des accus pour remettre son auto en marche. Elle en profite pour aller chercher Cécile à Saincaize à 14 heures à la Micheline qui l’amène d’Angers où elle a couché chez les Villeneuve. Je suis bien content de voir mon aînée et de bavarder avec elle. Je lui conte tous mes ennuis, elle me parle beaucoup de ses petites filles et de Jean qui vient souvent les voir. CA 286, Caisse 176 = 462.
17 -8°. Temps désagréable. Cécile va à Moiry donner de l’ouvrage à Louise Vaillot. Un employé de la Société Générale vient proposer à Marcelle des placements avec ses disponibilités. Il est rien moins que rassurant. Il prévoit la banqueroute de la France et l’anéantissement des billets de banque.
18 -3°. Il tombe des flocons de neige. Mes filles vont à St Parize. Cécile fait la connaissance de notre curé.
19 -6° et +2° dans ma chambre. Madame Revenaz, née de Lestapis meurt à 96 ans au Gravier (Cher). Je m’étais habillé pour aller à Nevers, mais faute d’essence, l’auto n’a pas voulu partir, alors mes filles ont pris le car. Elles ont constaté la fente du portail entre celui-ci et le mur de l’écurie et vu les trois cheminées.
20 -3°. Dimanche. Les Cordez me font part des fiançailles de leur fils Léon Charles avec Melle Henriette de Dreuille.
21 -2°. Le Colonel de La Boulaye me fait part des fiançailles de sa fille M. Claude Jarr son cousin, fortune modeste, situation plus modeste encore, il est boiteux et tout le monde a l’air très content. Miette et Dédette nous arrivent par Mars.
22 -0°. Jeanne de Mollins déjeune avec nous. Le Général de Gaulle se retire sans tambours ni trompettes. Visite de Suzanne Le Sueur toujours charmante.
23 -0°. Lettre de Roger, sa petite de 17 ans est mourante. Hervé m’envoie son ordonnance pour lui rapporter son fusil. Il espère tuer des oiseaux sur la Moselle et cerfs dans la forêt. J’écris au notaire Savignat pour établir ma déclaration et celle de Marcelle pour l’impôt de solidarité.
24 Nouveau dérangement. C’est avec une grande émotion que je vois ma chère Cécile nous quitter. Marcelle la conduit à Saincaize avec son auto et revient par le Colombier.
25 En quittant mon fauteuil pour aller m’asseoir sur une chaise car nous prenons nos repas dans le petit salon afin de ménager le bois, je me suis flanqué par terre sans rien me casser heureusement, mais en faisant très peur à Marcelle. J’ai une lettre de Louis de La Brosse, qui quitte la clinique. Avec regret, il va retrouver Josefa qu’il n’a pas vu depuis sa chute, car elle aussi garde le lit ayant eu la grippe et la jaunisse. Odette va être mutée à Paris.
26 -1°. Moreau devait emmener mes petites filles à Nevers d’où elles allaient faire un petit séjour à La Belouze, son auto étant en panne, Marcelle a été obligée de les y conduire malgré son peu d’essence. Chevrier envoie chercher 365 bouteilles vides dans ma cave au prix de 4 francs + 29 à Baudry.
27 -0°. Dimanche. Tissier des Petites Granges, fait venir de la paille de l’Aisne qui lui coûte 7 F le kilo.
28 -1°. Goin, avocat socialiste et franc-maçon est nommé Président de la IV république. Tanguy-Prigent reste ministre de l’agriculture pour le malheur des propriétaires fonciers. Marcelle va voir Mme Charriot pour lui demander d’être la présidente de la LFAC. Elle est très bien reçue. Luthenay y gagnera. Au retour, elle fait un bon goûter chez Mme Barrière. Pendant ce temps, je visite mes domaines. A Tâches, les animaux ne sont pas brillants, ils ont souffert du manque d’herbe. A Calot, ils sont plus frais, les pâturages dans les bois les a maintenus. Plusieurs vaches pas pleines et une seule jument a des espérances sur 8 saillies.
29 +4°. Jean Le Sueur étant en panne dans la gare de Nevers à 2 h du matin, téléphone à Roger de Bouillé de venir à son secours, celui-ci a la charité de venir le chercher.
30 Pluie. +7° et 5 dans ma chambre. Zizi Delamalle me fait part des fiançailles de Jacques avec Melle de Cotton. Elle me charge de le dire à mes enfants. A Fourchambault, le stère de moulé se vend 510 F rendu à domicile. Les Massias le vendent 600 F. Ils viennent goûter avec Jeanne de Mollins et emmènent d’ici trois reproducteurs pour leur basse cour : 1 jars des Petites Granges, 1 lapin du jardinier, et un coq de Marcelle.
31 Mon voisin Laudet de la Pétasse est enterré ce matin. Il était un des plus raisonnables de nos conseillers municipaux. Marcelle déjeune à Buy et va à Saint Pierre essayer une robe et donner les étrennes des vieux Voisins. Moreau m’apporte les comptes enfin arrêtés des Petites Granges.
2 -2°. J’envoie un tombereau de bois à la mère Richard. J’envoie une lettre au Dr Lemoine propriétaire du domaine Chez Caillet au sujet des avantages qu’il faits à son métayer Giraud. Marcelle goûte à Villars avec les Thonier et les Mangerel. A St Léger, ils n’ont aucun domestique , de même chez les Cailliés, c’est la femme d’Alexis qui leur fait la cuisine et elle attend un enfant dans deux mois.
3 -6°. J’envoie à Suzanne de Rouville dix paquets de cigarettes à 20 F touchés ce mois. Jacquemard me souhaite la bonne année ainsi que Jacques.
4 -8°. Visite de Soisson qui a tué 10 lapins et acheté une oie et une dinde pour 1 250 F. Je suis très inquiet pour abreuver mon bétail, le peu d’eau qui reste va geler.
5 -6°. Je ramasse des feuilles sur la pelouse, on en fait de la litière à nos vaches. Très brillant concours à Nevers. Roger de Bouillé y remportent de nombreux prix.
6 -6°. Dimanche. Il y a du givre. La campagne est magnifique, même féérique. Les arbres ne sont que pierres taillées en diamants qui brillent au soleil.
7 -10°. Moreau m’amène Dufour à qui je vends deux lots de bois payés comptant. Moreau vend ses onze veaux reproducteurs 44 000 F pièce au concours de Nevers qui a été particulièrement brillant. Roger de Bouillé reçoit des compliments. Je constate que le val d’Allier est bien supérieur au val de Loire pour amener des bons veaux. 15 grandes écuries dans le 1er contre 4 dans le second. Les étalons Nivernais sont eux aussi très en progrès, on les voit tous les ans plus gros. Le Dr Gaulier a un dépôt à la Croix d’or d’une vingtaine de chevaux énormes, Belges pour la plupart.
8 -8°. A St Parize, les communistes au pouvoir creusent deux puits. Un sur le champ de foire et l’autre devant l’épicerie Blot. Estager de Clermont me souhaite la bonne année.
9 -2°. Je ramasse des feuilles sur les pelouses pour faire la litière à mes vaches à lait et à mon âne.
10 +8°, pluie. Les Guillaume viennent nous surprendre au moment où nous nous mettions à table. Après déjeuner, ils amènent Marcelle à Nevers pour qu’elle signe la caution d’Aïn Kala aux contributions indirectes. Guillaume qui n’a plus de lait, achète une Normande pour 32 000 F, et elle n’a pas encore fait veau. Picard m’écrit que le portail de ma cour menace de tomber.
11 Temps maussade, téléphone détraqué ;
12 Pluie. Picard m’écrit que mon portail menace ruine et que l’architecte Sonnet estime qu’il faudrait bien 25 000 F pour le réparer. C’est charmant.
13 +3°C. Dimanche. Montrichard cherche un chef de culture pour le Puits de Meaux afin d’avoir du beurre et des œufs. Il a 40 demandes dont celle de Louis Roy de Calot. Sa femme voudrait être la maîtresse. Marie Antoinette téléphone que Sonnet fera étayer le portail demain.
14 Je ne mets pas le nez dehors, ce n’est pas que je sois fatigué, je ne vais pas mal ces temps ci , mais il fait un vent glacial qui vous déshabille.
15 -3°, et qui continue ce jour.
16 -3°. Mon rosaire. Je paye le dentiste de Miette 4 500 F. Pour 4 000 F Marcelle se procure des accus pour remettre son auto en marche. Elle en profite pour aller chercher Cécile à Saincaize à 14 heures à la Micheline qui l’amène d’Angers où elle a couché chez les Villeneuve. Je suis bien content de voir mon aînée et de bavarder avec elle. Je lui conte tous mes ennuis, elle me parle beaucoup de ses petites filles et de Jean qui vient souvent les voir. CA 286, Caisse 176 = 462.
17 -8°. Temps désagréable. Cécile va à Moiry donner de l’ouvrage à Louise Vaillot. Un employé de la Société Générale vient proposer à Marcelle des placements avec ses disponibilités. Il est rien moins que rassurant. Il prévoit la banqueroute de la France et l’anéantissement des billets de banque.
18 -3°. Il tombe des flocons de neige. Mes filles vont à St Parize. Cécile fait la connaissance de notre curé.
19 -6° et +2° dans ma chambre. Madame Revenaz, née de Lestapis meurt à 96 ans au Gravier (Cher). Je m’étais habillé pour aller à Nevers, mais faute d’essence, l’auto n’a pas voulu partir, alors mes filles ont pris le car. Elles ont constaté la fente du portail entre celui-ci et le mur de l’écurie et vu les trois cheminées.
20 -3°. Dimanche. Les Cordez me font part des fiançailles de leur fils Léon Charles avec Melle Henriette de Dreuille.
21 -2°. Le Colonel de La Boulaye me fait part des fiançailles de sa fille M. Claude Jarr son cousin, fortune modeste, situation plus modeste encore, il est boiteux et tout le monde a l’air très content. Miette et Dédette nous arrivent par Mars.
22 -0°. Jeanne de Mollins déjeune avec nous. Le Général de Gaulle se retire sans tambours ni trompettes. Visite de Suzanne Le Sueur toujours charmante.
23 -0°. Lettre de Roger, sa petite de 17 ans est mourante. Hervé m’envoie son ordonnance pour lui rapporter son fusil. Il espère tuer des oiseaux sur la Moselle et cerfs dans la forêt. J’écris au notaire Savignat pour établir ma déclaration et celle de Marcelle pour l’impôt de solidarité.
24 Nouveau dérangement. C’est avec une grande émotion que je vois ma chère Cécile nous quitter. Marcelle la conduit à Saincaize avec son auto et revient par le Colombier.
25 En quittant mon fauteuil pour aller m’asseoir sur une chaise car nous prenons nos repas dans le petit salon afin de ménager le bois, je me suis flanqué par terre sans rien me casser heureusement, mais en faisant très peur à Marcelle. J’ai une lettre de Louis de La Brosse, qui quitte la clinique. Avec regret, il va retrouver Josefa qu’il n’a pas vu depuis sa chute, car elle aussi garde le lit ayant eu la grippe et la jaunisse. Odette va être mutée à Paris.
26 -1°. Moreau devait emmener mes petites filles à Nevers d’où elles allaient faire un petit séjour à La Belouze, son auto étant en panne, Marcelle a été obligée de les y conduire malgré son peu d’essence. Chevrier envoie chercher 365 bouteilles vides dans ma cave au prix de 4 francs + 29 à Baudry.
27 -0°. Dimanche. Tissier des Petites Granges, fait venir de la paille de l’Aisne qui lui coûte 7 F le kilo.
28 -1°. Goin, avocat socialiste et franc-maçon est nommé Président de la IV république. Tanguy-Prigent reste ministre de l’agriculture pour le malheur des propriétaires fonciers. Marcelle va voir Mme Charriot pour lui demander d’être la présidente de la LFAC. Elle est très bien reçue. Luthenay y gagnera. Au retour, elle fait un bon goûter chez Mme Barrière. Pendant ce temps, je visite mes domaines. A Tâches, les animaux ne sont pas brillants, ils ont souffert du manque d’herbe. A Calot, ils sont plus frais, les pâturages dans les bois les a maintenus. Plusieurs vaches pas pleines et une seule jument a des espérances sur 8 saillies.
29 +4°. Jean Le Sueur étant en panne dans la gare de Nevers à 2 h du matin, téléphone à Roger de Bouillé de venir à son secours, celui-ci a la charité de venir le chercher.
30 Pluie. +7° et 5 dans ma chambre. Zizi Delamalle me fait part des fiançailles de Jacques avec Melle de Cotton. Elle me charge de le dire à mes enfants. A Fourchambault, le stère de moulé se vend 510 F rendu à domicile. Les Massias le vendent 600 F. Ils viennent goûter avec Jeanne de Mollins et emmènent d’ici trois reproducteurs pour leur basse cour : 1 jars des Petites Granges, 1 lapin du jardinier, et un coq de Marcelle.
31 Mon voisin Laudet de la Pétasse est enterré ce matin. Il était un des plus raisonnables de nos conseillers municipaux. Marcelle déjeune à Buy et va à Saint Pierre essayer une robe et donner les étrennes des vieux Voisins. Moreau m’apporte les comptes enfin arrêtés des Petites Granges.
15.3.10
DECEMBRE 1945
1 -2°. Le garde Duceau revient d’Aubigny où Soisson l’avait emmené pour détruire les lapins. Ils en tuent 108.
2 +6°. Date mémorable en 1851. Il nous faudrait bien un semblable coup d’état. J’ai la visite de M. Duval venu me demander à louer ma maison. Je lui ai dit que pour le moment, il n’y avait rien à faire, les Chleq pensent partir vers le 1er avril. Visite des Antoine Robert. Leur petit garçon va beaucoup mieux. Renaud mon boucher a débité un cochon gras de 130 kilos à raison de 100 F la livre. Cela fait plus de 20 000 F et il n’y en a pas eu pour les curieux.
3 Mes métayers finissent de curer l’étang. Lettre navrée de Roger, sa seconde petite fille est mourante. Nouveau dérangement. Marcelle va à St Pierre assister à l’enterrement de mon pauvre fermier Bringault mort d’un cancer à 60 ans.
4 Elisabeth de Champeaux qui est à Nevers pour soigner sa tante qui ne va guère mieux, passe sa journée avec nous. Elle a 25 ans et n’a pas encore eu de demande en mariage, c’est dommage car elle est charmante. Elle m’avoue sans honte qu’elle a là corps et âmes, je n’en reviens pas.
5 Les Villeday nous font part des fiançailles d’Eliane avec le Commandant Dufour de Lattre, aviateur, et les Jean Tiersonnier de celles de Michel avec Alyette de Branges petite fille de mon ami du Verne. Il deviendra peut-être un jour propriétaire du château de Bateau, à moins que d’ici là les communistes n’y mettent bon ordre. Richard de Parizy pour Tissier et Berthet pour Michel, font l’état des Petites Granges.
6 -3°. Nouveau dérangement. Marcelle réunit les ligueuses de St Parize, fait le catéchisme à Moiry et envoie deux oies et du lait aux petites sœurs de l’Assomption pour leur vente de charité. Les Lucien Turc nous font part des fiançailles de leur fille Anne Marie avec M. Labourdette. Ma jardinière achète un manteau 1 600 F pour son Jeannot qui a neuf ans.
7 -5°. Jacques Faulquier nous fait part du mariage de sa fille Geneviève avec le Comte Philippe de Nadaillac. Au Blénay, commune de Magny-Cours, le veau Colbert s’est vendu 165 000 F, champion de la vacherie Soulier. Marcelle à Nevers a une vente de charité au profit des petites sœurs de l’Assomption.
9 -10°. Ce que je craignais est arrivé, les grandes gelées avant la pluie. Comment va-t-on abreuver le bétail.
10 -8°. Pinton de Dhéré est mort. Les Cordez me font part du mariage de leur fils avec Melle Moulin. Je suis terrifié en recevant une facture de Vivien me réclamant 56 000 F pour réparation des cheminées mitoyennes avec Le Droumaguet. J’écris à Dubost mon avoué de faire une enquête près d’un architecte pour étudier cette dépense de 112 000 F d’autant plus que les ouvriers employés par Vivien étaient des étrangers et que les Boches que j’ai eus ici ne me coûtaient que dix francs par jour et nourris.
11 -6°. Madame Dugas meurt à Brain à 102 ans et elle va rejoindre mon vieil ami Camille dans le cimetière de St Germain Chassenay. Jean écrit à Marcelle de l’Ecole Militaire Paris VII. Melle de Maubec vient tuer un cochon de 80 kilos à Calot. Elle le partage avec M. Le Vulois qui vient de Paris chercher son morceau.
12 -2°. Dimanche. Hier comme j’avais perdu la parole sinon la raison pendant ½ heure, Marcelle se remet à me faire des piqûres. Le comte Barreau étant mort dans les Landes, Pierre s’empare de son titre. Moreau fait venir de l’Aisne deux wagons de betteraves 35 000 kilos qui lui coûtent 89 500 F et 30 000 kilos de paille pour
90 000 F
13 -1°. Ste Luce, le jour grandit du saut d’une puce. Marcelle fait le catéchisme aux enfants de Moiry. Les Courard y viennent de l’école publique.
14 +3°. Le téléphone marche mal à cause du manque d’électricité causé par la fameuse sécheresse.
15 +1°. Marcelle va aux deux domaines Chanut au Bois de Bord pour enrôler les femmes à la LPAFF. Visite de Montrichard.
16 Dimanche. Je lis les messe et vêpres au coin du feu. Montrichard amène Marcelle à St Pierre pour une vente de charité au profit des écoles libres, plein succès. Les Constituants doivent dire qu’ils ont bien fait de supprimer les subventions aux écoles libres, les catholiques les entretiendront bien. Les Château ont 12 poulains mâles et 13 femelles dont une rouanne achetée 50 000 à Cornu. Pas loin de un million.
17 Pluie, grâce à Dieu. Madame Joseph de Champeaux, qui a 35 ans fait une fausse couche à la Comaille. Edmond a vendu une paire de bœufs pesant 2030 kilos 90 000 F (44 F le kilo). M. de Monspey à Beaulon voit 17 de ses métayers réclamer de nouvelles conditions, de même Chabanne à Avrilly. Envoi d’une dinde à Cécile et d’une autre à Jacques de la Brosse pour les du Cray Buzonnière.
19 Messe anniversaire pour Gabriel Mathieu. Mon métayer Roy vient régler avec moi et m’expose ses revendications pour l’avenir. Elles sont grosses, je vais faire une enquête près des autres propriétaires.
20 Pluie. M. Mathieu se rendant à Paris pour amener Miette, elle va goûter au manoir avec Marcelle. J’écris à Dubost et à Picard pour la maison et les 86 000 F que Vivien me réclame pour les réparations, je m’en désole. Dédette est dans la capitale pour une entrevue.
21 Pluie. Louis de La Brosse, s’est fracturé le fémur en tombant sur le boulevard, il est dans une clinique. Chicon règle avec moi et me fait les mêmes revendications que celui de Calot. Crédit Agricole : 418 dont 132 à Marcelle et 286 à moi.
22 Miette va à Nevers par le car, il y a de l’eau dans la Loire et beaucoup de monde dans les rues.
23 Dimanche. Le nouveau curé a fait comme le chanoine Farinote, il dit la messe en avant du chœur. Je la lis au coin du feu. Nous envoyons un poulet à Berthe pour son Noël. Mathieu déjeune avec nous accompagné de Dédette et de Loulou Faure qu’ils ramènent de Paris. L’entrevue ménagée pour ma petite fille ne donne rien. Seul le jeune homme marche. Dédette a été voir Louis rue de Lachaise à la clinique. Elle l’a trouvé en mauvais train, il a des complications du côté de la vessie. Joséfa est au lit avec la jaunisse.
24 Je fais une tournée dans les domaines, les animaux sont moins maigris que ne le craignais, très peu d’eau dans les abreuvoirs, pas de betteraves. Beaucoup de monde à la messe de minuit.
25 Noël. J’écris à Pierre Pellorce qui habite en Suisse et qui vient d’hériter des domaines que Tassain possédait à Moiry où il avait donné à Marcelle une modeste chambre pour faire le catéchisme aux enfants de ce village. Je lui demande de la lui laisser pour cette bonne œuvre.
26 Les Antoine Robert, avec leurs deux neveux Maringe qui sont de très beaux gars, nous font une visite en revenant d’une chasse où on a tué cinq renards dans le bois de Bord avec l’équipage Couturier.
27 Pluie. Le Bon Dieu me fait le grand honneur de me rendre visite. Notre bon curé m’apporte la Sainte Communion. Nous envoyons des dindes à Monseigneur, au curé de la Cathédrale et aux petites sœurs de l’Assomption.
28 Pluie. Philippe Tiersonnier meurt subitement pendant une messe dans la Cathédrale de Moulins. Madame de Charnacé, née Villeneuve-Allix, meurt à Paris âgée de 55 ans.
29 Pluie. J’envoie une dinde pour les étrennes du Grand Séminaire. Suzanne de Rouville me souhaite la bonne année et moi je la souhaite à la Marquise de Chargères.
30 J’entre aujourd’hui dans ma 92éme année. J’ai de la peine à le croire. A la Belouze on a dansé de 5 heures du soir à 5 heures du matin. Les Le Sueur y étaient. Marcelle va voir M. de Montrichard. A 9 h du soir de Rennes, on nous souhaite la bonne année, je reconnais la voix de Jean et de ses filles.
31 Cette année qui finit aura été une des plus mauvaises de mon existence. La fâcheuse sécheresse en aura été la cause principale et nous ne sommes pas au bout. J’ai encore bien des soucis en perspective. Et la pauvre France, où va-t-elle ? A la ruine la plus sombre. Dans sa lettre de bonne année, Gabrielle de Rouville dit : comme toutes les choses précieuses, l’amitié augmente de valeur en avançant dans la vie, c’est vous dire combien j’estime la votre. Suzanne Le Sueur déjeune avec nous. Madame Robert de Goy nous fait part des fiançailles de sa fille avec le vicomte Robert de Saint Vincent. J’en conclus que c’est un parent du Colonel Robert de Saint Vincent, notre ancien voisin.
2 +6°. Date mémorable en 1851. Il nous faudrait bien un semblable coup d’état. J’ai la visite de M. Duval venu me demander à louer ma maison. Je lui ai dit que pour le moment, il n’y avait rien à faire, les Chleq pensent partir vers le 1er avril. Visite des Antoine Robert. Leur petit garçon va beaucoup mieux. Renaud mon boucher a débité un cochon gras de 130 kilos à raison de 100 F la livre. Cela fait plus de 20 000 F et il n’y en a pas eu pour les curieux.
3 Mes métayers finissent de curer l’étang. Lettre navrée de Roger, sa seconde petite fille est mourante. Nouveau dérangement. Marcelle va à St Pierre assister à l’enterrement de mon pauvre fermier Bringault mort d’un cancer à 60 ans.
4 Elisabeth de Champeaux qui est à Nevers pour soigner sa tante qui ne va guère mieux, passe sa journée avec nous. Elle a 25 ans et n’a pas encore eu de demande en mariage, c’est dommage car elle est charmante. Elle m’avoue sans honte qu’elle a là corps et âmes, je n’en reviens pas.
5 Les Villeday nous font part des fiançailles d’Eliane avec le Commandant Dufour de Lattre, aviateur, et les Jean Tiersonnier de celles de Michel avec Alyette de Branges petite fille de mon ami du Verne. Il deviendra peut-être un jour propriétaire du château de Bateau, à moins que d’ici là les communistes n’y mettent bon ordre. Richard de Parizy pour Tissier et Berthet pour Michel, font l’état des Petites Granges.
6 -3°. Nouveau dérangement. Marcelle réunit les ligueuses de St Parize, fait le catéchisme à Moiry et envoie deux oies et du lait aux petites sœurs de l’Assomption pour leur vente de charité. Les Lucien Turc nous font part des fiançailles de leur fille Anne Marie avec M. Labourdette. Ma jardinière achète un manteau 1 600 F pour son Jeannot qui a neuf ans.
7 -5°. Jacques Faulquier nous fait part du mariage de sa fille Geneviève avec le Comte Philippe de Nadaillac. Au Blénay, commune de Magny-Cours, le veau Colbert s’est vendu 165 000 F, champion de la vacherie Soulier. Marcelle à Nevers a une vente de charité au profit des petites sœurs de l’Assomption.
9 -10°. Ce que je craignais est arrivé, les grandes gelées avant la pluie. Comment va-t-on abreuver le bétail.
10 -8°. Pinton de Dhéré est mort. Les Cordez me font part du mariage de leur fils avec Melle Moulin. Je suis terrifié en recevant une facture de Vivien me réclamant 56 000 F pour réparation des cheminées mitoyennes avec Le Droumaguet. J’écris à Dubost mon avoué de faire une enquête près d’un architecte pour étudier cette dépense de 112 000 F d’autant plus que les ouvriers employés par Vivien étaient des étrangers et que les Boches que j’ai eus ici ne me coûtaient que dix francs par jour et nourris.
11 -6°. Madame Dugas meurt à Brain à 102 ans et elle va rejoindre mon vieil ami Camille dans le cimetière de St Germain Chassenay. Jean écrit à Marcelle de l’Ecole Militaire Paris VII. Melle de Maubec vient tuer un cochon de 80 kilos à Calot. Elle le partage avec M. Le Vulois qui vient de Paris chercher son morceau.
12 -2°. Dimanche. Hier comme j’avais perdu la parole sinon la raison pendant ½ heure, Marcelle se remet à me faire des piqûres. Le comte Barreau étant mort dans les Landes, Pierre s’empare de son titre. Moreau fait venir de l’Aisne deux wagons de betteraves 35 000 kilos qui lui coûtent 89 500 F et 30 000 kilos de paille pour
90 000 F
13 -1°. Ste Luce, le jour grandit du saut d’une puce. Marcelle fait le catéchisme aux enfants de Moiry. Les Courard y viennent de l’école publique.
14 +3°. Le téléphone marche mal à cause du manque d’électricité causé par la fameuse sécheresse.
15 +1°. Marcelle va aux deux domaines Chanut au Bois de Bord pour enrôler les femmes à la LPAFF. Visite de Montrichard.
16 Dimanche. Je lis les messe et vêpres au coin du feu. Montrichard amène Marcelle à St Pierre pour une vente de charité au profit des écoles libres, plein succès. Les Constituants doivent dire qu’ils ont bien fait de supprimer les subventions aux écoles libres, les catholiques les entretiendront bien. Les Château ont 12 poulains mâles et 13 femelles dont une rouanne achetée 50 000 à Cornu. Pas loin de un million.
17 Pluie, grâce à Dieu. Madame Joseph de Champeaux, qui a 35 ans fait une fausse couche à la Comaille. Edmond a vendu une paire de bœufs pesant 2030 kilos 90 000 F (44 F le kilo). M. de Monspey à Beaulon voit 17 de ses métayers réclamer de nouvelles conditions, de même Chabanne à Avrilly. Envoi d’une dinde à Cécile et d’une autre à Jacques de la Brosse pour les du Cray Buzonnière.
19 Messe anniversaire pour Gabriel Mathieu. Mon métayer Roy vient régler avec moi et m’expose ses revendications pour l’avenir. Elles sont grosses, je vais faire une enquête près des autres propriétaires.
20 Pluie. M. Mathieu se rendant à Paris pour amener Miette, elle va goûter au manoir avec Marcelle. J’écris à Dubost et à Picard pour la maison et les 86 000 F que Vivien me réclame pour les réparations, je m’en désole. Dédette est dans la capitale pour une entrevue.
21 Pluie. Louis de La Brosse, s’est fracturé le fémur en tombant sur le boulevard, il est dans une clinique. Chicon règle avec moi et me fait les mêmes revendications que celui de Calot. Crédit Agricole : 418 dont 132 à Marcelle et 286 à moi.
22 Miette va à Nevers par le car, il y a de l’eau dans la Loire et beaucoup de monde dans les rues.
23 Dimanche. Le nouveau curé a fait comme le chanoine Farinote, il dit la messe en avant du chœur. Je la lis au coin du feu. Nous envoyons un poulet à Berthe pour son Noël. Mathieu déjeune avec nous accompagné de Dédette et de Loulou Faure qu’ils ramènent de Paris. L’entrevue ménagée pour ma petite fille ne donne rien. Seul le jeune homme marche. Dédette a été voir Louis rue de Lachaise à la clinique. Elle l’a trouvé en mauvais train, il a des complications du côté de la vessie. Joséfa est au lit avec la jaunisse.
24 Je fais une tournée dans les domaines, les animaux sont moins maigris que ne le craignais, très peu d’eau dans les abreuvoirs, pas de betteraves. Beaucoup de monde à la messe de minuit.
25 Noël. J’écris à Pierre Pellorce qui habite en Suisse et qui vient d’hériter des domaines que Tassain possédait à Moiry où il avait donné à Marcelle une modeste chambre pour faire le catéchisme aux enfants de ce village. Je lui demande de la lui laisser pour cette bonne œuvre.
26 Les Antoine Robert, avec leurs deux neveux Maringe qui sont de très beaux gars, nous font une visite en revenant d’une chasse où on a tué cinq renards dans le bois de Bord avec l’équipage Couturier.
27 Pluie. Le Bon Dieu me fait le grand honneur de me rendre visite. Notre bon curé m’apporte la Sainte Communion. Nous envoyons des dindes à Monseigneur, au curé de la Cathédrale et aux petites sœurs de l’Assomption.
28 Pluie. Philippe Tiersonnier meurt subitement pendant une messe dans la Cathédrale de Moulins. Madame de Charnacé, née Villeneuve-Allix, meurt à Paris âgée de 55 ans.
29 Pluie. J’envoie une dinde pour les étrennes du Grand Séminaire. Suzanne de Rouville me souhaite la bonne année et moi je la souhaite à la Marquise de Chargères.
30 J’entre aujourd’hui dans ma 92éme année. J’ai de la peine à le croire. A la Belouze on a dansé de 5 heures du soir à 5 heures du matin. Les Le Sueur y étaient. Marcelle va voir M. de Montrichard. A 9 h du soir de Rennes, on nous souhaite la bonne année, je reconnais la voix de Jean et de ses filles.
31 Cette année qui finit aura été une des plus mauvaises de mon existence. La fâcheuse sécheresse en aura été la cause principale et nous ne sommes pas au bout. J’ai encore bien des soucis en perspective. Et la pauvre France, où va-t-elle ? A la ruine la plus sombre. Dans sa lettre de bonne année, Gabrielle de Rouville dit : comme toutes les choses précieuses, l’amitié augmente de valeur en avançant dans la vie, c’est vous dire combien j’estime la votre. Suzanne Le Sueur déjeune avec nous. Madame Robert de Goy nous fait part des fiançailles de sa fille avec le vicomte Robert de Saint Vincent. J’en conclus que c’est un parent du Colonel Robert de Saint Vincent, notre ancien voisin.
14.3.10
NOVEMBRE 1945
1 La Toussaint. Beaucoup de monde aux deux messes me dit-on. Notre nouveau curé fait bonne impression. Je vais aux Petites Granges, la source coule à peine. On se sent triste en pensant à tout ce qui peut arriver si la pluie tarde à venir. Suzanne de Rouville m’envoie du sucre en échange de mes cigarettes, 330 F.
2 Jour des morts. Notre curé demande que l’on garde le silence en se rendant au cimetière, il est obéi.
3 St Hubert. Simone Jourdier ses deux filles et Bernard venant de Paris descendent à St Pierre où je les fais prendre par une camionnette qui me les amène pour 250 F. Les Massias avec leur jeune ménage Chalvron nous font une visite. Enfin à 6 h ½ Antoinette Jourdier débarque du car pour voir ses enfants.
4 Dimanche. Les Antoine Clayeux, allant mener leurs deux filles aînées en pension à Paris déjeunent avec nous en passant. Pierre de Sampigny vient de mourir en pleine connaissance après 4 heures de maladie.
5 Je reçois une lettre d’Augustin qui vient d’acheter une vache à lait Montbéliarde 27 000 F, c’est de la pure folie. Mon boucher me rend le service de conduire Simone et ses enfants prendre le train à la gare de St Pierre.
6 Lettre de Riquette d’Aux qui écrit que l’armée n’est plus qu’une pagaïe, à propos de son fils. Antoinette nous quitte par le car de 13 h. J’ai bien bavardé avec elle et Simone.
7 J’envoie à Suzanne de Rouville 9 paquets de cigarettes. Lettre de Cécile, Jean est en permission jusqu’au 27. Grosse foire de poulains à St Benin d’Azy. Les bons mâles se vendent 35 000, les femelles 40 000. Les Château en achètent 5. Ils ont déjà 12 mâles à La Seigneurie et pas d’eau dans plusieurs prés. L’avoine se vend 750 F le quintal, plus cher que le blé.
8 Les Antoine Clayeux retour de Paris, nous amènent en visite le jeune ménage Raymond Clayeux qui a trois très petits enfants. Raymond est Lieutenant de Vaisseau. Il a deux frères. Le second a fait un bête de mariage. Leur mère a épousé en secondes noces un Monsieur Mannel. Nous mangeons des champignons.
9 Madame de Lescure nous fait part du mariage de son fils Philippe avec Melle Jugeborg Egly et des fiançailles de sa fille Josette avec Yves Réguery.
10 5°. Tissier arrive aux Petites Granges et Michel les quitte à ma grande satisfaction, je n’ai jamais eu que des rapports désagréables avec lui. Quelques flocons de neige.
11 Pluie. St Martin. Dimanche. Messe des combattants de 14 18 à laquelle je n’assiste pas. En chaire, M. le Curé fait des compliments au maire Gilbert qui est médaillé militaire et présent. Montrichard est à Paris, où il fait soigner sa surdité par des sœurs rue Villersexel.
12 Pluie. St René priez pour nous. Melle de Chavigné se marie dans la sacristie d’Azy le Vif avec un médecin protestant et Melle de Guigné petite fille du comte de Lascaze épouse aussi un toubib protestant dans celle de Coulandon près de Moulins. Suzanne Guite et Jean Le Sueur goûtent avec Marcelle.
13 Duceau s’installe dans la garderie. Marcelle va à Nevers par le car. Chantal de Martimprey met au monde une fille Sabine. Les du Part ne nous en font pas part, la brouille continue mais nous ne nous reprochons rien. Le Général de Gaulle est nommé Président de la République à l’unanimité des 555 votants, c’est de bon augure.
14 Nous tuons notre cochon pesant 130 kilos à 120 F soit 15 000 F. André en prend 31 kilos débités à 4 000. Tué par Chaillou à Magny. Marcelle va marier la petite Raveau à Azy et déjeune en revenant chez les Delles Roux de Maubec à Pierre Brune.
15 André et Amable viennent déjeuner pour emporter le cochon dont le boudin est très bon.
16 – 2 °. Mon rosaire. Je fais une première visite à la famille Tissier aux Petites Granges. Le garçon, mon fermier est célibataire. Les parents sont bien vieux, surtout le père. La mère cause beaucoup. Somme toute, ce n’est pas suffisant, il faudrait là une jeune femme. En revanche, le cheptel est trop important. 38 bêtes à corne, 18 brebis, et 5 juments, il y en aurait assez de trois. La maison et les écuries sont dans un état lamentable. J’en reviens consterné. Quelle somme à dépenser pour remettre en état ! Au prix actuel, c'est-à-dire le blé à 460 F le quintal, X 37 quintaux = 17 000 F, et le bœuf à 42 F le kilo X par 650 = 27 000 F, représenterait un fermage de 44 000.
17 Je vais avec Marcelle au bois de la Sablière et je constate que Gonin m’a fait des cordes à charbon, grosses comme des allumettes, mes taillis sont trop jeunes. Une constatation beaucoup plus grave, c’est que l’abreuvoir des Chaumes vieilles sur lequel je comptais en cas de disette d’eau, est à peu près à sec. C’est un désastre qui se prépare. La Vicomtesse Delamalle meurt à Neuilly chez son fils.
18 Dimanche. Marcelle qui devient une grande conférencière va porter la bonne parole aux ligueuses de Langeron. Melle Valois, leur présidente, s’excuse de voir que dix seulement ont répondu à son appel. A 8 h ½, une troupe venue de Luthenay joue « Les Dames au chapeaux verts » dans l’école libre de St Parize en faveur des œuvres diocésaines. Les acteurs sont parfaits. Marcelle en revient dans l’admiration. Thomas, fermier à Limoux, joue comme un acteur de la Comédie Française. La salle est comble, bien que les places soient à 30 F et les petits gâteaux à 10. La fête se termine à 1h ½ du matin.
19 Notre nouveau curé l’abbé Kapps, déjeune avec nous. Il me fait très bonne impression. Je profite de sa présence pour me confesser. Marché de Dornes, dindes, oies, canards 45 f la livre, lièvres 400 F, lapins 70, perdrix 80, lapins clapier 30 la livre.
20 Par un soleil radieux, les Delamalle passent la journée avec nous et se régalent avec notre tête de cochon grillé. Elles m’apportent des pommes de la part de cette bonne Madame de Lépinière. Sa fille M. Thérèse est toujours à La Charité.
21 -3 °. Je calcule que l’avoir de Tissier représenterait pas loin d’un million. 5 juments très belles 400 000, 38 bêtes à cornes, 20 brebis, une auto. Melles Roux et de Maubec déjeunent avec nous. Le jeune Garnet vient payer son terme : 36 500.
22 Foire à St Pierre. Marcelle goûte au manoir avec Marie Grincour. Je finis de payer mes impôts 91 500.
23 Renaud vient me payer son terme. 17 340 F. Il paraît que Bringault va mal. Hier vente des reproducteurs de l’écurie Goby, les 3 premiers se sont vendus
125 000, 110, 105. Cinq dérangements la nuit.
24 Les Nadaillac nous font part des fiançailles de leur fille Odile avec le Mis. d’Havrincourt. Marcelle va à Nevers en bicyclette et revient par le car.
25 Dimanche. Un expert du Louvre appelé par Mesdames de Laveyssiere et Le Sueur pour estimer leurs tableaux en vue d’un partage, regarde en passant mon Delacroix jouant du clavecin, il l’estime pour le moins trente mille francs. Quant à mon Watteau, il ne le croit pas authentique. J’ai la visite du Docteur Voinot qui ayant appris que Chleq devait quitter Nevers, venait dire de lui vendre ou de lui louer notre maison. Je l’envoie trouver Picard. Celui-ci m’écrit que M Grillot, épicier en gros offre un loyer de 16 000 F. J’enquête.
26 Madame Thiery vient me couper les cheveux, ce qui ne m’était pas arrivé depuis le 9 septembre. Maurice était hier à Briare à une battue organisée par Georges. Au tableau 147 pièces dont cinquante lièvres. Somptueux repas : langoustes, foie gras, grands vins. Si les lièvres sont vendus 400 F l’un, il y avait de quoi payer les cartouches et le Château Yquem.
27 Mon jardinier tue son cochon. Marcelle déjeune à Buy.
28 – 3°. Marcelle assiste au manoir à un dîner de 15 couverts avec les d’Almont, du Cray. Dinde truffée, grands vins.
29 – 5°. Il fait très froid, le peu d’eau qui reste dans les abreuvoirs est gelée. Je suis dans une inquiétude terrible. Le jeune Bringault vient me payer. Son père est très malade. Je téléphone à Le Droumaguet pour avoir des éclaircissements sur les réparations faites sur nos cheminées mitoyennes par Vivien, entrepreneur, et qui doivent monter à un prix fabuleux. Quand les réparations étaient déjà commencées, Madame Le Droumaguet a téléphoné à Marcelle pour lui demander si nous voulions participer aux réparations. Elle lui a dit oui, mais que d’avance, il faudrait prévenir Picard et Sonnet mon architecte ce qui n’a pas été fait, alors je n’ai pas eu de devis. Le Dr prétend que nous avons 3 cheminées mitoyennes, moi je n’en connais que deux : celle qui est du côté de la Place Ducale où nous n’allumions pas de feu et les Chleq non plus et celle qui donne sur notre cour dans laquelle sort celle de la lingerie et ce qu’il y a d’invraisemblable celle du salon. J’en suis sûr parce qu’un jour le feu a pris dedans et j’ai vu d’où sortaient les flammes. Madame Duval des Crast , demande à louer notre maison au départ des Chleq. A voir. J’envoie deux boisseaux d’avoine aux poules de mon curé et un peu de bois à Madame Baste.
30 -5°. Les tombereaux de Tâches, Callot et du Pied Prot sortent la vase de l’étang et la roulent dans le champ jardin. Cécile m’envoie « Corps et Ames » de Maxence Van Der Mersch, un Hollandais qui fait une critique sévère de la médecine et de la chirurgie en France. Aussi les médecins en ont arrêté l’impression. Je n’avais jamais rien lu d’aussi cru et réaliste. Les docteurs en prennent pour leur grade.
2 Jour des morts. Notre curé demande que l’on garde le silence en se rendant au cimetière, il est obéi.
3 St Hubert. Simone Jourdier ses deux filles et Bernard venant de Paris descendent à St Pierre où je les fais prendre par une camionnette qui me les amène pour 250 F. Les Massias avec leur jeune ménage Chalvron nous font une visite. Enfin à 6 h ½ Antoinette Jourdier débarque du car pour voir ses enfants.
4 Dimanche. Les Antoine Clayeux, allant mener leurs deux filles aînées en pension à Paris déjeunent avec nous en passant. Pierre de Sampigny vient de mourir en pleine connaissance après 4 heures de maladie.
5 Je reçois une lettre d’Augustin qui vient d’acheter une vache à lait Montbéliarde 27 000 F, c’est de la pure folie. Mon boucher me rend le service de conduire Simone et ses enfants prendre le train à la gare de St Pierre.
6 Lettre de Riquette d’Aux qui écrit que l’armée n’est plus qu’une pagaïe, à propos de son fils. Antoinette nous quitte par le car de 13 h. J’ai bien bavardé avec elle et Simone.
7 J’envoie à Suzanne de Rouville 9 paquets de cigarettes. Lettre de Cécile, Jean est en permission jusqu’au 27. Grosse foire de poulains à St Benin d’Azy. Les bons mâles se vendent 35 000, les femelles 40 000. Les Château en achètent 5. Ils ont déjà 12 mâles à La Seigneurie et pas d’eau dans plusieurs prés. L’avoine se vend 750 F le quintal, plus cher que le blé.
8 Les Antoine Clayeux retour de Paris, nous amènent en visite le jeune ménage Raymond Clayeux qui a trois très petits enfants. Raymond est Lieutenant de Vaisseau. Il a deux frères. Le second a fait un bête de mariage. Leur mère a épousé en secondes noces un Monsieur Mannel. Nous mangeons des champignons.
9 Madame de Lescure nous fait part du mariage de son fils Philippe avec Melle Jugeborg Egly et des fiançailles de sa fille Josette avec Yves Réguery.
10 5°. Tissier arrive aux Petites Granges et Michel les quitte à ma grande satisfaction, je n’ai jamais eu que des rapports désagréables avec lui. Quelques flocons de neige.
11 Pluie. St Martin. Dimanche. Messe des combattants de 14 18 à laquelle je n’assiste pas. En chaire, M. le Curé fait des compliments au maire Gilbert qui est médaillé militaire et présent. Montrichard est à Paris, où il fait soigner sa surdité par des sœurs rue Villersexel.
12 Pluie. St René priez pour nous. Melle de Chavigné se marie dans la sacristie d’Azy le Vif avec un médecin protestant et Melle de Guigné petite fille du comte de Lascaze épouse aussi un toubib protestant dans celle de Coulandon près de Moulins. Suzanne Guite et Jean Le Sueur goûtent avec Marcelle.
13 Duceau s’installe dans la garderie. Marcelle va à Nevers par le car. Chantal de Martimprey met au monde une fille Sabine. Les du Part ne nous en font pas part, la brouille continue mais nous ne nous reprochons rien. Le Général de Gaulle est nommé Président de la République à l’unanimité des 555 votants, c’est de bon augure.
14 Nous tuons notre cochon pesant 130 kilos à 120 F soit 15 000 F. André en prend 31 kilos débités à 4 000. Tué par Chaillou à Magny. Marcelle va marier la petite Raveau à Azy et déjeune en revenant chez les Delles Roux de Maubec à Pierre Brune.
15 André et Amable viennent déjeuner pour emporter le cochon dont le boudin est très bon.
16 – 2 °. Mon rosaire. Je fais une première visite à la famille Tissier aux Petites Granges. Le garçon, mon fermier est célibataire. Les parents sont bien vieux, surtout le père. La mère cause beaucoup. Somme toute, ce n’est pas suffisant, il faudrait là une jeune femme. En revanche, le cheptel est trop important. 38 bêtes à corne, 18 brebis, et 5 juments, il y en aurait assez de trois. La maison et les écuries sont dans un état lamentable. J’en reviens consterné. Quelle somme à dépenser pour remettre en état ! Au prix actuel, c'est-à-dire le blé à 460 F le quintal, X 37 quintaux = 17 000 F, et le bœuf à 42 F le kilo X par 650 = 27 000 F, représenterait un fermage de 44 000.
17 Je vais avec Marcelle au bois de la Sablière et je constate que Gonin m’a fait des cordes à charbon, grosses comme des allumettes, mes taillis sont trop jeunes. Une constatation beaucoup plus grave, c’est que l’abreuvoir des Chaumes vieilles sur lequel je comptais en cas de disette d’eau, est à peu près à sec. C’est un désastre qui se prépare. La Vicomtesse Delamalle meurt à Neuilly chez son fils.
18 Dimanche. Marcelle qui devient une grande conférencière va porter la bonne parole aux ligueuses de Langeron. Melle Valois, leur présidente, s’excuse de voir que dix seulement ont répondu à son appel. A 8 h ½, une troupe venue de Luthenay joue « Les Dames au chapeaux verts » dans l’école libre de St Parize en faveur des œuvres diocésaines. Les acteurs sont parfaits. Marcelle en revient dans l’admiration. Thomas, fermier à Limoux, joue comme un acteur de la Comédie Française. La salle est comble, bien que les places soient à 30 F et les petits gâteaux à 10. La fête se termine à 1h ½ du matin.
19 Notre nouveau curé l’abbé Kapps, déjeune avec nous. Il me fait très bonne impression. Je profite de sa présence pour me confesser. Marché de Dornes, dindes, oies, canards 45 f la livre, lièvres 400 F, lapins 70, perdrix 80, lapins clapier 30 la livre.
20 Par un soleil radieux, les Delamalle passent la journée avec nous et se régalent avec notre tête de cochon grillé. Elles m’apportent des pommes de la part de cette bonne Madame de Lépinière. Sa fille M. Thérèse est toujours à La Charité.
21 -3 °. Je calcule que l’avoir de Tissier représenterait pas loin d’un million. 5 juments très belles 400 000, 38 bêtes à cornes, 20 brebis, une auto. Melles Roux et de Maubec déjeunent avec nous. Le jeune Garnet vient payer son terme : 36 500.
22 Foire à St Pierre. Marcelle goûte au manoir avec Marie Grincour. Je finis de payer mes impôts 91 500.
23 Renaud vient me payer son terme. 17 340 F. Il paraît que Bringault va mal. Hier vente des reproducteurs de l’écurie Goby, les 3 premiers se sont vendus
125 000, 110, 105. Cinq dérangements la nuit.
24 Les Nadaillac nous font part des fiançailles de leur fille Odile avec le Mis. d’Havrincourt. Marcelle va à Nevers en bicyclette et revient par le car.
25 Dimanche. Un expert du Louvre appelé par Mesdames de Laveyssiere et Le Sueur pour estimer leurs tableaux en vue d’un partage, regarde en passant mon Delacroix jouant du clavecin, il l’estime pour le moins trente mille francs. Quant à mon Watteau, il ne le croit pas authentique. J’ai la visite du Docteur Voinot qui ayant appris que Chleq devait quitter Nevers, venait dire de lui vendre ou de lui louer notre maison. Je l’envoie trouver Picard. Celui-ci m’écrit que M Grillot, épicier en gros offre un loyer de 16 000 F. J’enquête.
26 Madame Thiery vient me couper les cheveux, ce qui ne m’était pas arrivé depuis le 9 septembre. Maurice était hier à Briare à une battue organisée par Georges. Au tableau 147 pièces dont cinquante lièvres. Somptueux repas : langoustes, foie gras, grands vins. Si les lièvres sont vendus 400 F l’un, il y avait de quoi payer les cartouches et le Château Yquem.
27 Mon jardinier tue son cochon. Marcelle déjeune à Buy.
28 – 3°. Marcelle assiste au manoir à un dîner de 15 couverts avec les d’Almont, du Cray. Dinde truffée, grands vins.
29 – 5°. Il fait très froid, le peu d’eau qui reste dans les abreuvoirs est gelée. Je suis dans une inquiétude terrible. Le jeune Bringault vient me payer. Son père est très malade. Je téléphone à Le Droumaguet pour avoir des éclaircissements sur les réparations faites sur nos cheminées mitoyennes par Vivien, entrepreneur, et qui doivent monter à un prix fabuleux. Quand les réparations étaient déjà commencées, Madame Le Droumaguet a téléphoné à Marcelle pour lui demander si nous voulions participer aux réparations. Elle lui a dit oui, mais que d’avance, il faudrait prévenir Picard et Sonnet mon architecte ce qui n’a pas été fait, alors je n’ai pas eu de devis. Le Dr prétend que nous avons 3 cheminées mitoyennes, moi je n’en connais que deux : celle qui est du côté de la Place Ducale où nous n’allumions pas de feu et les Chleq non plus et celle qui donne sur notre cour dans laquelle sort celle de la lingerie et ce qu’il y a d’invraisemblable celle du salon. J’en suis sûr parce qu’un jour le feu a pris dedans et j’ai vu d’où sortaient les flammes. Madame Duval des Crast , demande à louer notre maison au départ des Chleq. A voir. J’envoie deux boisseaux d’avoine aux poules de mon curé et un peu de bois à Madame Baste.
30 -5°. Les tombereaux de Tâches, Callot et du Pied Prot sortent la vase de l’étang et la roulent dans le champ jardin. Cécile m’envoie « Corps et Ames » de Maxence Van Der Mersch, un Hollandais qui fait une critique sévère de la médecine et de la chirurgie en France. Aussi les médecins en ont arrêté l’impression. Je n’avais jamais rien lu d’aussi cru et réaliste. Les docteurs en prennent pour leur grade.
13.3.10
OCTOBRE1941
1er On ramasse les noix à Callot, il y en a pas mal sur les jeunes noyers. Sur les vieux du Pied Prot,à peu près rien. Un seul en a qq unes, 4 Boches en passant le dépouillent.
2 . Guite de Sansal téléphone pour nous dire qu’elle peut nous procurer du miel à 5o frs le kilo et qu’une carte de Simone arrivée ce matin dit qu’elle va bien. Marcelle part pour Nevers à 1o h, elle espérait obtenir un laissez-passer pour Édith, la commandantur le lui refuse. Quand pourrai-je revoir ma chère fille.
3 . Premier Vendredi du mois, je communie. Notre curé dans qq mots bien sentis comme il sait les dire nous annonce que le Ministre de l’instruction recommande aux instituteurs de vivre en bonne intelligence avec les curés de leurs paroisses. Il y a donc qq chose de changé et les Francs Maçons ne sont plus au pouvoir. À St Pierre, Marcelle se voit refuser l’autorisation d’aller téléphoner au Veurdre.
4 . Marguerite Pinet et Thérèse de Toytot viennent déjeuner avec nous par le car, c’est amusant de voir ces gens de ville manger avec délice des œufs et de la crème. Marguerite me donne de bonnes nouvelles des gens de Bulhon qu’elle a vu tout dernièrement à Chantgarant chez ses neveux Toutée. Il parait que Miette a beaucoup engraissé, ça prouve qu’elle va bien. Depuis trois jours, les Boches chassent sur les Craies, ils ont découvert là un terrain giboyeux et ils en abusent. À coté de cela, Hervé nous écrit qu’aux environs de Tlemcen il y a beaucoup de gibier, mais qu’il ne peut pas trouver de cartouches pour le tuer. Jeanne Clayeux a dû arriver ce soir à Nevers pour y faire un séjour chez le Colonel d’Assigny.
5 . Guite de Sansal déjeune avec nous. On nous dit que Paul Jourdier, nommé Commandant, tient garnison à Damas
6 . Je fais arracher mes pommes de terre dans la Varenne, des Rondes jaunes, il y en a beaucoup. Lettre d’Édith qui nous dit que ses deux filles ont eu des visites de prétendants, l’un présenté à Miette par les Roquefeuil dont il est le cousin, un jeune Degeorge qui habite les environs de St Pourçain, ancien camarade de collège d’Hervé qu’il aime beaucoup ; on s’est vu deux fois et on doit se revoir. L’autre candidat est pour Dédette, c’est Robert du Part, le marin venu de Toulon pour tâter le terrain, mais il n’a pas eu la chance de plaire. Marcelle a l’autorisation de passer au Veurdre, d’où elle téléphone à Édith qui lui dit qu’Hervé a une congestion pulmonaire, sans gravité, espère-t-on.
7 . Édith nous dit qu’ils ont eu la visite des Gaspard de Soultrait venus de Ferrières–sur-Sichon où ils sont installés. Lettre de Louis Monnier faisant part des fiançailles de Jacqueline avec Mr de Léonard.
8 . Un téléphone d’Edmond, de Moulins, nous dit qu’il vient d’avoir par dépêche des nouvelles d’Hervé qui est hors de danger. Par un temps radieux, mes métayers sèment à force, mais avec peu de fumiers et pas d’engrais, car il est introuvable. Si l’on n’a pas de nitrate à mettre en couverture au mois de Février, la récolte aura de la peine à être bonne. Nous avons la visite des du Part et de Mlle Valois.
9 . La coopérative de Nevers envoie chercher mon blé, j’en ai 99 sacs de 8o Kg pour mes trois domaines. Gabrielle de Rouville et M.A du Verne déjeunent avec nous.
1o . Je passe un contrat avec Mr Sablé, entrepreneur qui prendra dans ma carrière 312o m3 de pierres à raison de 1,5o fr le m3, paiement le 31 Octobre. Carte d’Yvonne qui nous annonce qu’au mois de Mars, elle viendra attendre à Bulhon son 3ème enfant. Marcelle lui envoie du beurre pour sa petite Monique qui va beaucoup mieux. Les 312o m3 de pierre serviront à détourner les camions du village de Magny et qui feront une route passant entre ce village et Planchevienne au grand désespoir des Rouville.
11 . pluie Je finis de ramasser mes pommes de terre, j’en ai bien une centaine de doubles, j’en fais laisser une certaine quantité en silo dans la Varenne. Je m’occupe à faire la barbe à une certaines quantité de timbres oblitérés qu’un abbé vend à des collectionneurs, entretient des bonnes œuvres avec l’argent qu’il en retire. Paul Château me change un poulain de 18 mois des Petites Granges contre une pouliche. À le Seigneurie où ils avaient 2o poulains, chacun d’eux a gagné 1o ooo frs au minimum cette année. De ces 2oo ooo frs, je ne verrai pas un sol. Je ne parle que pour mémoire de ce que les 15o bêtes à cornes qui sont passées dans leurs prés ont pu rapporter. C’est M.A. du Verne qui m’a apporté tous les timbres dont je parle plus haut, et ce sont les ligueuses qui chaque jour les détachent des lettres qu’elles reçoivent ; j’en fais autant depuis deux ou trois ans. Carte d’Hervé qui va bien, il cherche un chien d’arrêt. Le vieux ménage Chérut fête aujourd’hui ses noces d’or, mais ils ne sont brillants ni l’un ni l’autre.
12 . Dimanche Peu de monde à la messe. La guerre a peu ou pas ranimé la foi, sauf parmi une douzaine de jocistes qui sont exemplaires. Marcelle va goûter à la Chasseigne avec une poire sans thé.
13 . -2°,glace Je vends par soumission cachetée 4 coupes de bois à moi et une à Tassain, il est venu 3 marchands, Mr Dufour de St Pierre se rend acquéreur de 4 coupes et Mr Charpentier de Nevers d’une. 23 76o la Mouillère, 9 415 les Antes, 13 o69 les Champs Blonds, 17 415 la Ravie, en tout 56 528. Les taillis de ces 4 coupes ont été vendus et exploités l’année dernière. Je vends en même temps pour Tassain, une coupe de 6 ha pour 169oo frs. Retour de captivité, Guite Roulet attends le quatrième.
14 . Marcelle va au Veurdre pour téléphoner à Édith qui se désole de ne pas obtenir son laissez-passer pour venir nous voir. Visite des Massias qu’on nous avait dit assez malades, ils ont maigris, mais le teint est bon, ils nous amènent Mollins. Je fais recouvrir avec des feuilles de topinambour le toit de la maison des enfants, cela lui donne un petit air champêtre assez agréable.
15 . Il y a un beau sanglier qui vient manger des betteraves à deux pas de la garderie, et dans le grenier de celle-ci, les écureuils s’y rendent pour prendre les noix que l’on y fait sécher.
16 . Jeanne Mabire et Louise Delamalle viennent déjeuner avec nous, nous leur faisons manger des choses rares pour des citadins, œufs, pomme de terre, crème. Visite des Antoine Robert allant de Sermoise au Plai.
17 . Avec Jaurès, je descends à la gare chercher Geneviève Clayeux qui très aimablement vient passer qq jours avec nous. Je fais partir une caisse de 17 kg de légumes pour Louis Monnier.
18 . Nous allons tous les trois à Nevers par le car, il faut bien être forcé de sortir de chez soi pour emprunter ce mode de locomotion. Mais j’avais à faire la vente des bois de mes filles à St Ouen, il est venu 4 acquéreurs et Mr Coudan de Cercy s’est rendu adjudicataire, dépassant de 1/3 mes prévisions. Charles Tiersonnier est très malade. Antoinette est venue le soigner. On raconte que Paul Jourdier est nommé Lt-Colonel par le Général de Gaulle, plusieurs de ses camarades le blâment. Louis de Champeaux a quitté son régiment de Cavalerie et est envoyé dans un camp de jeunesse près de Tlemcen où il a pension chez les Hervé.
19 . Comme il y a beaucoup d’herbe à la Seigneurie et peu à Calot, j’envoie 1o bêtes attendre la neige dans le Corbier. M.M. Château ont gagné assez d’argent cette année pour m’offrir cette gracieuseté.
2o . Antoine Clayeux passe la journée au Chamont pour mesurer et vendre des ormes et il vient coucher et dîner à la Maison. Je ne l’avais pas vu depuis longtemps
21 . Antoine conduit sa mère à Cuy où ils déjeunent chez le fermier Bluzat et il part à 5 h pour Paris voir le directeur de la maison de charbon de bois dont il s’occupe activement.
22 . Gabriel Mathieu qui est la bonté même nous emmène à Nevers avec son gazo. J’en profite pour faire mettre mes carnets à jour dans les banques, travail qui a le don de déplaire à Marcelle, d’augmenter considérablement mes polices d’assurance incendie, de me procurer du carbure à la coopérative agricole rue Gambetta, où je prends une action de cent francs pour faire partie de la maison et me mettre dans les bonnes grâces de Friand, un des puissants du jour. Je ne trouve pas de chemise à acheter. Charles Tiersonnier va un peu moins mal, Antoinette arrive ce soir pour le soigner.
23 . Gabrielle de Rouville, Antoinette Jourdier et Zizi Delamalle mangent avec nous une poule au pot.
24 . Geneviève Clayeux nous quitte, elle prend le train de 1h45 à St Pierre où le garagiste Clostre la mène avec son gazogène. Je vends 7 veaux reproducteurs de Tâches à des Vendéens. Antoine Clayeux, retour de Paris passe ici deux heures après le départ de sa mère. Lilise Clayeux, femme Manuel s’arrête aux Fougis en revenant de Casablanca où elle est allée marier son fils aîné Raymond, officier de Marine avec Mlle Bouvier, fille d’un riche industriel.
25 . Il fait un froid glacial, j’achète un reproducteur
26 . Dimanche,+2° chez Boilart, pour 7ooofrs et 3 petits cochons qui pèsent à peine 5o livres, mille francs pour les engraisser.
27 . Madame Le Sueur vient goûter avec Marcelle qui a toujours plaisir à la recevoir et moi aussi.
28 . pluie Les charpentiers arrivent enfin poser les râteliers aux Petites Granges. La réquisition prend foin et paille dans tous nos domaines, elle va mettre nos animaux à la famine l’hiver prochain.
29 . Je fais des margotines avec mon jardinier pendant que la pluie tombe.
3o . neige La terre reste toute blanche jusqu’à 1o h, les bêtes font le gros dos dans les prés où il ne reste guère d’herbe, il faut pourtant qu’elles patientent encore.
31 . Visite de Suzanne Le Sueur. Mes pompes marchent mal et Blois ne vient pas les voir. À 9 h du matin, carte d’Augustin, à 9 h du soir, téléphone de Cécile, tous vont bien. Jean doit venir en Janvier suivre un cours d’équitation à Tarbes.
2 . Guite de Sansal téléphone pour nous dire qu’elle peut nous procurer du miel à 5o frs le kilo et qu’une carte de Simone arrivée ce matin dit qu’elle va bien. Marcelle part pour Nevers à 1o h, elle espérait obtenir un laissez-passer pour Édith, la commandantur le lui refuse. Quand pourrai-je revoir ma chère fille.
3 . Premier Vendredi du mois, je communie. Notre curé dans qq mots bien sentis comme il sait les dire nous annonce que le Ministre de l’instruction recommande aux instituteurs de vivre en bonne intelligence avec les curés de leurs paroisses. Il y a donc qq chose de changé et les Francs Maçons ne sont plus au pouvoir. À St Pierre, Marcelle se voit refuser l’autorisation d’aller téléphoner au Veurdre.
4 . Marguerite Pinet et Thérèse de Toytot viennent déjeuner avec nous par le car, c’est amusant de voir ces gens de ville manger avec délice des œufs et de la crème. Marguerite me donne de bonnes nouvelles des gens de Bulhon qu’elle a vu tout dernièrement à Chantgarant chez ses neveux Toutée. Il parait que Miette a beaucoup engraissé, ça prouve qu’elle va bien. Depuis trois jours, les Boches chassent sur les Craies, ils ont découvert là un terrain giboyeux et ils en abusent. À coté de cela, Hervé nous écrit qu’aux environs de Tlemcen il y a beaucoup de gibier, mais qu’il ne peut pas trouver de cartouches pour le tuer. Jeanne Clayeux a dû arriver ce soir à Nevers pour y faire un séjour chez le Colonel d’Assigny.
5 . Guite de Sansal déjeune avec nous. On nous dit que Paul Jourdier, nommé Commandant, tient garnison à Damas
6 . Je fais arracher mes pommes de terre dans la Varenne, des Rondes jaunes, il y en a beaucoup. Lettre d’Édith qui nous dit que ses deux filles ont eu des visites de prétendants, l’un présenté à Miette par les Roquefeuil dont il est le cousin, un jeune Degeorge qui habite les environs de St Pourçain, ancien camarade de collège d’Hervé qu’il aime beaucoup ; on s’est vu deux fois et on doit se revoir. L’autre candidat est pour Dédette, c’est Robert du Part, le marin venu de Toulon pour tâter le terrain, mais il n’a pas eu la chance de plaire. Marcelle a l’autorisation de passer au Veurdre, d’où elle téléphone à Édith qui lui dit qu’Hervé a une congestion pulmonaire, sans gravité, espère-t-on.
7 . Édith nous dit qu’ils ont eu la visite des Gaspard de Soultrait venus de Ferrières–sur-Sichon où ils sont installés. Lettre de Louis Monnier faisant part des fiançailles de Jacqueline avec Mr de Léonard.
8 . Un téléphone d’Edmond, de Moulins, nous dit qu’il vient d’avoir par dépêche des nouvelles d’Hervé qui est hors de danger. Par un temps radieux, mes métayers sèment à force, mais avec peu de fumiers et pas d’engrais, car il est introuvable. Si l’on n’a pas de nitrate à mettre en couverture au mois de Février, la récolte aura de la peine à être bonne. Nous avons la visite des du Part et de Mlle Valois.
9 . La coopérative de Nevers envoie chercher mon blé, j’en ai 99 sacs de 8o Kg pour mes trois domaines. Gabrielle de Rouville et M.A du Verne déjeunent avec nous.
1o . Je passe un contrat avec Mr Sablé, entrepreneur qui prendra dans ma carrière 312o m3 de pierres à raison de 1,5o fr le m3, paiement le 31 Octobre. Carte d’Yvonne qui nous annonce qu’au mois de Mars, elle viendra attendre à Bulhon son 3ème enfant. Marcelle lui envoie du beurre pour sa petite Monique qui va beaucoup mieux. Les 312o m3 de pierre serviront à détourner les camions du village de Magny et qui feront une route passant entre ce village et Planchevienne au grand désespoir des Rouville.
11 . pluie Je finis de ramasser mes pommes de terre, j’en ai bien une centaine de doubles, j’en fais laisser une certaine quantité en silo dans la Varenne. Je m’occupe à faire la barbe à une certaines quantité de timbres oblitérés qu’un abbé vend à des collectionneurs, entretient des bonnes œuvres avec l’argent qu’il en retire. Paul Château me change un poulain de 18 mois des Petites Granges contre une pouliche. À le Seigneurie où ils avaient 2o poulains, chacun d’eux a gagné 1o ooo frs au minimum cette année. De ces 2oo ooo frs, je ne verrai pas un sol. Je ne parle que pour mémoire de ce que les 15o bêtes à cornes qui sont passées dans leurs prés ont pu rapporter. C’est M.A. du Verne qui m’a apporté tous les timbres dont je parle plus haut, et ce sont les ligueuses qui chaque jour les détachent des lettres qu’elles reçoivent ; j’en fais autant depuis deux ou trois ans. Carte d’Hervé qui va bien, il cherche un chien d’arrêt. Le vieux ménage Chérut fête aujourd’hui ses noces d’or, mais ils ne sont brillants ni l’un ni l’autre.
12 . Dimanche Peu de monde à la messe. La guerre a peu ou pas ranimé la foi, sauf parmi une douzaine de jocistes qui sont exemplaires. Marcelle va goûter à la Chasseigne avec une poire sans thé.
13 . -2°,glace Je vends par soumission cachetée 4 coupes de bois à moi et une à Tassain, il est venu 3 marchands, Mr Dufour de St Pierre se rend acquéreur de 4 coupes et Mr Charpentier de Nevers d’une. 23 76o la Mouillère, 9 415 les Antes, 13 o69 les Champs Blonds, 17 415 la Ravie, en tout 56 528. Les taillis de ces 4 coupes ont été vendus et exploités l’année dernière. Je vends en même temps pour Tassain, une coupe de 6 ha pour 169oo frs. Retour de captivité, Guite Roulet attends le quatrième.
14 . Marcelle va au Veurdre pour téléphoner à Édith qui se désole de ne pas obtenir son laissez-passer pour venir nous voir. Visite des Massias qu’on nous avait dit assez malades, ils ont maigris, mais le teint est bon, ils nous amènent Mollins. Je fais recouvrir avec des feuilles de topinambour le toit de la maison des enfants, cela lui donne un petit air champêtre assez agréable.
15 . Il y a un beau sanglier qui vient manger des betteraves à deux pas de la garderie, et dans le grenier de celle-ci, les écureuils s’y rendent pour prendre les noix que l’on y fait sécher.
16 . Jeanne Mabire et Louise Delamalle viennent déjeuner avec nous, nous leur faisons manger des choses rares pour des citadins, œufs, pomme de terre, crème. Visite des Antoine Robert allant de Sermoise au Plai.
17 . Avec Jaurès, je descends à la gare chercher Geneviève Clayeux qui très aimablement vient passer qq jours avec nous. Je fais partir une caisse de 17 kg de légumes pour Louis Monnier.
18 . Nous allons tous les trois à Nevers par le car, il faut bien être forcé de sortir de chez soi pour emprunter ce mode de locomotion. Mais j’avais à faire la vente des bois de mes filles à St Ouen, il est venu 4 acquéreurs et Mr Coudan de Cercy s’est rendu adjudicataire, dépassant de 1/3 mes prévisions. Charles Tiersonnier est très malade. Antoinette est venue le soigner. On raconte que Paul Jourdier est nommé Lt-Colonel par le Général de Gaulle, plusieurs de ses camarades le blâment. Louis de Champeaux a quitté son régiment de Cavalerie et est envoyé dans un camp de jeunesse près de Tlemcen où il a pension chez les Hervé.
19 . Comme il y a beaucoup d’herbe à la Seigneurie et peu à Calot, j’envoie 1o bêtes attendre la neige dans le Corbier. M.M. Château ont gagné assez d’argent cette année pour m’offrir cette gracieuseté.
2o . Antoine Clayeux passe la journée au Chamont pour mesurer et vendre des ormes et il vient coucher et dîner à la Maison. Je ne l’avais pas vu depuis longtemps
21 . Antoine conduit sa mère à Cuy où ils déjeunent chez le fermier Bluzat et il part à 5 h pour Paris voir le directeur de la maison de charbon de bois dont il s’occupe activement.
22 . Gabriel Mathieu qui est la bonté même nous emmène à Nevers avec son gazo. J’en profite pour faire mettre mes carnets à jour dans les banques, travail qui a le don de déplaire à Marcelle, d’augmenter considérablement mes polices d’assurance incendie, de me procurer du carbure à la coopérative agricole rue Gambetta, où je prends une action de cent francs pour faire partie de la maison et me mettre dans les bonnes grâces de Friand, un des puissants du jour. Je ne trouve pas de chemise à acheter. Charles Tiersonnier va un peu moins mal, Antoinette arrive ce soir pour le soigner.
23 . Gabrielle de Rouville, Antoinette Jourdier et Zizi Delamalle mangent avec nous une poule au pot.
24 . Geneviève Clayeux nous quitte, elle prend le train de 1h45 à St Pierre où le garagiste Clostre la mène avec son gazogène. Je vends 7 veaux reproducteurs de Tâches à des Vendéens. Antoine Clayeux, retour de Paris passe ici deux heures après le départ de sa mère. Lilise Clayeux, femme Manuel s’arrête aux Fougis en revenant de Casablanca où elle est allée marier son fils aîné Raymond, officier de Marine avec Mlle Bouvier, fille d’un riche industriel.
25 . Il fait un froid glacial, j’achète un reproducteur
26 . Dimanche,+2° chez Boilart, pour 7ooofrs et 3 petits cochons qui pèsent à peine 5o livres, mille francs pour les engraisser.
27 . Madame Le Sueur vient goûter avec Marcelle qui a toujours plaisir à la recevoir et moi aussi.
28 . pluie Les charpentiers arrivent enfin poser les râteliers aux Petites Granges. La réquisition prend foin et paille dans tous nos domaines, elle va mettre nos animaux à la famine l’hiver prochain.
29 . Je fais des margotines avec mon jardinier pendant que la pluie tombe.
3o . neige La terre reste toute blanche jusqu’à 1o h, les bêtes font le gros dos dans les prés où il ne reste guère d’herbe, il faut pourtant qu’elles patientent encore.
31 . Visite de Suzanne Le Sueur. Mes pompes marchent mal et Blois ne vient pas les voir. À 9 h du matin, carte d’Augustin, à 9 h du soir, téléphone de Cécile, tous vont bien. Jean doit venir en Janvier suivre un cours d’équitation à Tarbes.
12.3.10
SEPTEMBRE 1941
1er . Les maçons quittent momentanément les Petites Granges pour venir à Callot. Lettre de Cécile et de Louis de La Brosse qui est plein d’espoir pour le succès des Anglais, et après !
2 . Nous avons la visite de nos très aimables voisins Mathieu.
3 . Mon rosaire. Marcelle goûte chez Suzanne Le Sueur. M.Thérèse Robert a acheté une voiture à 4 roues attelée à un poney, elle pourra le mettre en paire avec l’âne acheté depuis peu. Journée admirable. Mon fermier Gonin bat à la machine.
4 . Marcelle et Anne de Rouville piqueniquent sur la route en allant faire une visite à Dornes où il y a 23 personnes à nourrir pendant les vacances. Avec mon âne, je descends à la gare faire partir une caisse de légumes de 22 Kg adressé à Louis Monnier à Paris.
5 . Premier Vendredi du mois. Je communie. De Tâches, je livre 7 châtrons de 18 mois à Chevalier. Roy fauche la pelouse, ce qui arrive tous les 4 ou 5 ans. Antoine de Sansal vient aux provisions.
Avec mon métayer Roy de Callot, je fais l’évaluation de son cheptel parce que la mutuelle incendie nous paye raisonnablement la génisse tuée par la foudre
4 juments et 2 poulains 18 et 7 mois 15o ooo
18 vaches avec leurs veaux à 7ooo f 126 ooo
1 taureau 8 ooo
1 vache croisée 5 ooo
4 génisses 3o mois, pleines 2o ooo
7 génisses 18 mois à 4 ooo 28 ooo
4 cochons 5 ooo
342 ooo frs
Les dindes, oies et poules ont aussi une grosse valeur.
J’estime le cheptel de Tâches :
2 juments, 1 cheval & 1 poulain 1oo ooo
2o vaches avec 2o veaux 14o ooo
5 taures, 3o mois pleines 25 ooo
1 taureau 6 ooo
1 vache normande avec veau 8 ooo
3 cochons 2 ooo
3o1 ooo frs
Petites Granges :
2 juments, 1 poulain 55 ooo
13 vaches avec veaux 91 ooo
6 génisses 3o mois, pleines 36 ooo
5 génisses 18 mois à 4 ooo 2o ooo
1 taureau 5 ooo
4 cochons 4 ooo
211 000 frs
6 . pluie Je livre à la réquisition le taureau du domaine qui a fait ses 3 ans. Longue lettre d’Edmond, qui est désolé que les Riberolles aient vendu leur victoria à Madame de Montaigu, il aurait voulu l’avoir pour mener sa mère à la messe car le gazo n’a pas le droit de sortir le Dimanche.
7 . Dimanche Journée des prisonniers de guerre, à 9 h du soir, réunion à l’église heure sainte, dizaines de chapelets entrecoupées de pensées pieuses, bénédiction, chants, quête 11oo frs. Jacques de La Brosse vient prendre un canard pour Planchevienne.
8 . Fête de la Ste Vierge, je communie. Marcelle essaye en vain d’aller au Veurdre pour téléphoner à Édith. Les Boches de St Pierre deviennent de plus en plus difficiles pour accorder le passage dans la zone libre. Elle fait une visite à Buy et à Fri Cotage, où elle rencontre Marie Grincour. À 9 h du soir, coup de téléphone de M Th Anginieur qui vient de rentrer à Millay et qui nous donne des nouvelles toutes fraîches d’Édith qui est en très bonne forme. À la Terrasse, c’est la grande tristesse, le pauvre Fain n’y est arrivé qu’après l’enterrement de sa femme.
9 . Lettre de Cécile, qui a tout le temps des amies en séjour chez elle, ce dont elle se réjouit. Quand mon métayer de Tâches a du temps de reste, je l’emploie à divers travaux, tailler les haies vives, fossés faire des pieux de barrage, etc … Il m’a aussi fait des portes pour les poulaillers et extrait de la pierre cassée sur les plateformes des baraques du camp américain dont je sers pour l’entretien des routes. Je lui paye 1o frs le mètre cube ou 4fr 5o de l’heure. Cette année, je lui ai donné 2ooo frs et je dois dire qu’il m’a rendu bien service étant donné la difficulté que l’on a à trouver des ouvriers.
1o . J’ai un maçon pour boucher les trous de rats qui sont nombreux. Tournée dans les près avec mon âne par une belle journée comme il y en a souvent en Septembre, froide le matin, superbe dans l’après-midi.
11 . Marcelle, qui soigne sa laiterie avec amour, la fait recrépir. J’ai la visite des Château venus pour s’entretenir avec moi de la pose de l’électricité à la Seigneurie, le courant passe mais les fils sont rares.
12 . J’envoie chercher à St Pierre du vin pour les battages, on le donne au compte-gouttes, comme le charbon. Les Vannoise nous font part des fiançailles de leur fille avec le Vte de Jacquelot du Boisrouvray.
13 . Lettre de Cécile qui nous remercie des prunes que nous lui avons envoyées et qui venaient de Satinges. Elle dit qu’on ne trouve pas de pommes de terre à Rennes. Alors, où y en a-t-il ? Partout, on ne parle que la question alimentaire. Les Boches n’avancent guère en Russie, c’est humiliant pour nous de voir les Bolchevicq tenir le coup.
Dimanche 14 . M. le Curé crie misère, et demande à ce que l’on soit plus généreux pour le denier du culte, il envoie dans chaque maison une enveloppe dans laquelle chacun devra mettre son offrande. Marcelle va goûter avec Madame de Montrichard qui n’a pas une mine bien brillante. Jean Lavergne, qui doit mesurer mon grain aux battages vient prendre mes instructions, Roy mon métayer de Callot veut faire beaucoup de blé avec peu de fumier et pas d’engrais, à la coopérative, on ne peut pas m’en donner. À coté de cela, Mr Barriol propriétaire à Gy en a tant qu’il veut, de même que de la nourriture pour ses cochons ; j’en avise Montrichard.
15 . Je commence à battre aux Petites Granges avec la machine de Nocent, de Magny, et un mélange de charbon et de bois, celui-ci étant encore vert, la chaudière s’arrête 1 heure avant la nuit. Pour lier la paille, la ficelle faite avec du papier marche très mal, bien qu’elle coûte 115 frs la pelote. Ce qui est plus pratique, c’est de se servir de la ficelle qui lia chaque gerbe et que l’on attache l’une à l’autre, mais il faut deux hommes pour cela, ce qui revient cher car ils gagnent 5 frs de l’heure.
16 . Marcelle déjeune à la Baratte et fait ensuite des commissions à Nevers. Passant par Chevenon, Antoine lui dit que les bois montent toujours, que l’on peut vendre la corde de 2st33 sur pied pour 6o frs et les arbres de futaie jusqu’à 8oo le mètre cube au 5 ème guide Cordoin.
17 . gelée blanche Lettre d’Yvonne, Monique va un peu mieux, mais devra revenir en France au Printemps. Carte d’Augustin, leur démarche pour essayer de venir nous voir a échoué, j’en suis désolé. Ils ont trouvé un métayer pour leur domaine de Bulhon au 11 Novembre prochain. On bat à Calot par beau temps, mais froid. Magdinier m’apporte 5 litres d’alcool qu’il ne veut pas que je lui paye, pensant que l’on prend mieux les mouches avec du miel qu’avec du vinaigre, mais il verra par la suite que je suis incorruptible.
18 . Je vends trois de mes lots d’ormes de branchage à l’Espagnol Blasco qui ne marchande jamais, il me donne 1oo frs pour que Marcelle les remette à Monsieur le Curé pour son denier du culte, il ne met jamais les pieds à l’église, n’importe, il veut y entrer quand il sera mort. Je vends un autre lot à Asselineau également aubergiste à Moiry, tous ces nouveaux venus font marcher le commerce. À Calot, la machine à battre a une assez longue panne ; c’est ennuyeux pour les ouvriers qui payés à l’heure, et pour la ménagère qui nourrit le personnel avec peu de tickets de viande. Je montre à Paul Château mes deux poulains mâles de 18 mois qu’il veut bien me changer pour des pouliches du même âge.
19 . On commence à battre à Tâches. Moreau m’apporte le martelage des bois, nous en ferons la vente par soumission cachetée le Dimanche 12 Octobre. Je lui donnerai 3% pour sa peine. Albert Barillat m’annonce la naissance de son fils Roland.
2o . Madame de Sansal et Antoine déjeunent avec nous, le Colonel ne les accompagne pas il est à Raffigny pour constater les dégâts causés par l’occupation, il n’a même plus un matelas pour coucher chez lui, il est à l’auberge de Gacôgne. Guite, avec plusieurs amies, campent au Rond de la forêt du Perray.
21 . Dimanche Je vends à Thomas, employé du chemin de fer à Mars 1 moderne d’orme et un petit noyer dans la haie du champ Guérin pour 17o frs comme bois de chauffage. J’ai la visite de Monsieur Lefèvre, de la coopérative de blé à Nevers, qui regarde le mien et qui me dit que je peux lui envoyer tel quel.
22 . Les du Part et Anne de Rouville viennent déjeuner et les Pierre de Rouville viennent goûter par une belle journée comme l’on n’en voit guère qu’au mois de Septembre. Je finis mes battages, c’est peu brillant, surtout comme avoine. Elle est rare dans tout le pays, aussi les gens qui m’en demandent sont nombreux, Marie-Louise du Part en emporte un boisseau sur sa bicyclette et j’en envoie 1o à Planchevienne où les poules meurent de faim et ne pondent plus. Lettres de Cécile et de Marguerite Clayeux qui dit qu’ils ont loué le ménage domestique que nous leur avons indiqué. J’entreprends à Pierre Lavergne la couverture de mon toit de lapin abattu par le cyclone du 15 Août, prix 12oo frs. Pour la première fois de la saison, nous dînons avec la lampe, c’est l’hiver qui s’avance avec les ténèbres et nous pas grand-chose pour les combattre.
23 . Lettre et carte d’Édith du 1o et du 18. Elle est désolée de n’avoir pu obtenir à Clermont un laissez-passer pour venir nous voir. Notre Curé qui fait sa tournée du denier du culte déjeune avec nous, il ramasse en passant les enveloppes qu’il a envoyées dans chaque famille et où chacun dépose son obole, il parait que ce moyen réussit très bien. Antoine de Sansal est aussi notre convive, il est venu passer 48 h dans notre parc pour admirer la belle nature et écouter le chant des oiseaux qui sont devenus très rares du reste. Moreau me mène à la Seigneurie pour voir des pouliches que mes métayers n’ont pas trouvées suffisantes pour eux, je suis moins difficile. Il y a de l’herbe dans tous les près, que l’on pourrait faucher sous la dent des animaux. Une fois de plus, je constate que j’afferme trop bon marché, des herbages de cette qualité.
24 . Louis Pinet faisant une tournée dans nos parages pour son assurance, déguste une tasse de lait en passant. Sa mère est en villégiature chez ses neveux Toutée à Chantgaraud. Édith a été engagée à déjeuner avec elle. Joly, notre garde à St Ouen, vient m’apporter son estimation de la coupe de bois que mes filles vont vendre le 18 Octobre par soumission cachetée. Concours de poulains à St Pierre, peu de présentés, mais des demandes de prix astronomiques ? On dit que Dessauny a vendu une jument de 14 ans pour 54ooo frs, c’est fou !
25 . Journée sans histoire. Lettre de Berthe qui nous demande des pommes de terre pour nourrir ses pensionnaires, l’un d’eux tient un bistrot à Paris.
26 . Visite de Jacques de La Brosse, qui veut acheter sur les bords de l’Allier, rivière, une propriété de 3o hectares pour y faire de l’agriculture, il a beaucoup à apprendre dans ce métier là. Visite de Jacquelin avec un marchand venu de Paris. Je lui vends 21 ormes, 3 chênes et un frêne aux Lieux Normand et Maslin.
27 . J’écris les lettres de convocations pour la vente des bois de St Ouen à 12 marchands. Marcelle va porter une bavette au jeune Roland Barillet. Je vends à Château un poulain de 6 mois de Callot pour un gros prix.
28 . Dimanche Robert Thuret est mort et Henri Thuret a été emmené comme otage par les Boches. Sa femme attend un enfant. Il lui restait un fils après en avoir perdu deux il y a qq années. Marcelle va goûter à Planchevienne.
29 . pluie Il n’avait pas plu depuis le 6 septembre et l’on ne pouvait plus labourer dans les champs Jamboux. Lettres de Cécile et d’Édith qui nous dit que le prétendant Degeorge est venu faire une visite à Bulhon amené par le jeune Roquefeuil sans que Miette ne se doute de rien. Attendons la suite. J’envoie les convocations aux marchands de bois pour la coupe de St Ouen qui aura lieu le 18 Octobre. Je vais à la gare faire partir la fourragère d’Hervé, j’achète en passant chez Demay des pommes de terre venant de Pologne pour semence. Il prétend que pour avoir de beaux rendements, il faut en changer tous les ans ; son voisin Berthet, de Bruzeau obtient au grain 2o en changeant et ses voisins 8 ou 9 en plantant toujours les mêmes espèces. Berthet plant 1o à 15 hectares en P de Terre.
3o . pluie,35 mm Il pleut sans arrêt pendant 24 h, cela va faire rentrer les mauvaises graines dans les guérets, on pourra semer dans qq jours dans de bonnes conditions, mais sans engrais, malheureusement. J’écris à Cécile et à Roger.
2 . Nous avons la visite de nos très aimables voisins Mathieu.
3 . Mon rosaire. Marcelle goûte chez Suzanne Le Sueur. M.Thérèse Robert a acheté une voiture à 4 roues attelée à un poney, elle pourra le mettre en paire avec l’âne acheté depuis peu. Journée admirable. Mon fermier Gonin bat à la machine.
4 . Marcelle et Anne de Rouville piqueniquent sur la route en allant faire une visite à Dornes où il y a 23 personnes à nourrir pendant les vacances. Avec mon âne, je descends à la gare faire partir une caisse de légumes de 22 Kg adressé à Louis Monnier à Paris.
5 . Premier Vendredi du mois. Je communie. De Tâches, je livre 7 châtrons de 18 mois à Chevalier. Roy fauche la pelouse, ce qui arrive tous les 4 ou 5 ans. Antoine de Sansal vient aux provisions.
Avec mon métayer Roy de Callot, je fais l’évaluation de son cheptel parce que la mutuelle incendie nous paye raisonnablement la génisse tuée par la foudre
4 juments et 2 poulains 18 et 7 mois 15o ooo
18 vaches avec leurs veaux à 7ooo f 126 ooo
1 taureau 8 ooo
1 vache croisée 5 ooo
4 génisses 3o mois, pleines 2o ooo
7 génisses 18 mois à 4 ooo 28 ooo
4 cochons 5 ooo
342 ooo frs
Les dindes, oies et poules ont aussi une grosse valeur.
J’estime le cheptel de Tâches :
2 juments, 1 cheval & 1 poulain 1oo ooo
2o vaches avec 2o veaux 14o ooo
5 taures, 3o mois pleines 25 ooo
1 taureau 6 ooo
1 vache normande avec veau 8 ooo
3 cochons 2 ooo
3o1 ooo frs
Petites Granges :
2 juments, 1 poulain 55 ooo
13 vaches avec veaux 91 ooo
6 génisses 3o mois, pleines 36 ooo
5 génisses 18 mois à 4 ooo 2o ooo
1 taureau 5 ooo
4 cochons 4 ooo
211 000 frs
6 . pluie Je livre à la réquisition le taureau du domaine qui a fait ses 3 ans. Longue lettre d’Edmond, qui est désolé que les Riberolles aient vendu leur victoria à Madame de Montaigu, il aurait voulu l’avoir pour mener sa mère à la messe car le gazo n’a pas le droit de sortir le Dimanche.
7 . Dimanche Journée des prisonniers de guerre, à 9 h du soir, réunion à l’église heure sainte, dizaines de chapelets entrecoupées de pensées pieuses, bénédiction, chants, quête 11oo frs. Jacques de La Brosse vient prendre un canard pour Planchevienne.
8 . Fête de la Ste Vierge, je communie. Marcelle essaye en vain d’aller au Veurdre pour téléphoner à Édith. Les Boches de St Pierre deviennent de plus en plus difficiles pour accorder le passage dans la zone libre. Elle fait une visite à Buy et à Fri Cotage, où elle rencontre Marie Grincour. À 9 h du soir, coup de téléphone de M Th Anginieur qui vient de rentrer à Millay et qui nous donne des nouvelles toutes fraîches d’Édith qui est en très bonne forme. À la Terrasse, c’est la grande tristesse, le pauvre Fain n’y est arrivé qu’après l’enterrement de sa femme.
9 . Lettre de Cécile, qui a tout le temps des amies en séjour chez elle, ce dont elle se réjouit. Quand mon métayer de Tâches a du temps de reste, je l’emploie à divers travaux, tailler les haies vives, fossés faire des pieux de barrage, etc … Il m’a aussi fait des portes pour les poulaillers et extrait de la pierre cassée sur les plateformes des baraques du camp américain dont je sers pour l’entretien des routes. Je lui paye 1o frs le mètre cube ou 4fr 5o de l’heure. Cette année, je lui ai donné 2ooo frs et je dois dire qu’il m’a rendu bien service étant donné la difficulté que l’on a à trouver des ouvriers.
1o . J’ai un maçon pour boucher les trous de rats qui sont nombreux. Tournée dans les près avec mon âne par une belle journée comme il y en a souvent en Septembre, froide le matin, superbe dans l’après-midi.
11 . Marcelle, qui soigne sa laiterie avec amour, la fait recrépir. J’ai la visite des Château venus pour s’entretenir avec moi de la pose de l’électricité à la Seigneurie, le courant passe mais les fils sont rares.
12 . J’envoie chercher à St Pierre du vin pour les battages, on le donne au compte-gouttes, comme le charbon. Les Vannoise nous font part des fiançailles de leur fille avec le Vte de Jacquelot du Boisrouvray.
13 . Lettre de Cécile qui nous remercie des prunes que nous lui avons envoyées et qui venaient de Satinges. Elle dit qu’on ne trouve pas de pommes de terre à Rennes. Alors, où y en a-t-il ? Partout, on ne parle que la question alimentaire. Les Boches n’avancent guère en Russie, c’est humiliant pour nous de voir les Bolchevicq tenir le coup.
Dimanche 14 . M. le Curé crie misère, et demande à ce que l’on soit plus généreux pour le denier du culte, il envoie dans chaque maison une enveloppe dans laquelle chacun devra mettre son offrande. Marcelle va goûter avec Madame de Montrichard qui n’a pas une mine bien brillante. Jean Lavergne, qui doit mesurer mon grain aux battages vient prendre mes instructions, Roy mon métayer de Callot veut faire beaucoup de blé avec peu de fumier et pas d’engrais, à la coopérative, on ne peut pas m’en donner. À coté de cela, Mr Barriol propriétaire à Gy en a tant qu’il veut, de même que de la nourriture pour ses cochons ; j’en avise Montrichard.
15 . Je commence à battre aux Petites Granges avec la machine de Nocent, de Magny, et un mélange de charbon et de bois, celui-ci étant encore vert, la chaudière s’arrête 1 heure avant la nuit. Pour lier la paille, la ficelle faite avec du papier marche très mal, bien qu’elle coûte 115 frs la pelote. Ce qui est plus pratique, c’est de se servir de la ficelle qui lia chaque gerbe et que l’on attache l’une à l’autre, mais il faut deux hommes pour cela, ce qui revient cher car ils gagnent 5 frs de l’heure.
16 . Marcelle déjeune à la Baratte et fait ensuite des commissions à Nevers. Passant par Chevenon, Antoine lui dit que les bois montent toujours, que l’on peut vendre la corde de 2st33 sur pied pour 6o frs et les arbres de futaie jusqu’à 8oo le mètre cube au 5 ème guide Cordoin.
17 . gelée blanche Lettre d’Yvonne, Monique va un peu mieux, mais devra revenir en France au Printemps. Carte d’Augustin, leur démarche pour essayer de venir nous voir a échoué, j’en suis désolé. Ils ont trouvé un métayer pour leur domaine de Bulhon au 11 Novembre prochain. On bat à Calot par beau temps, mais froid. Magdinier m’apporte 5 litres d’alcool qu’il ne veut pas que je lui paye, pensant que l’on prend mieux les mouches avec du miel qu’avec du vinaigre, mais il verra par la suite que je suis incorruptible.
18 . Je vends trois de mes lots d’ormes de branchage à l’Espagnol Blasco qui ne marchande jamais, il me donne 1oo frs pour que Marcelle les remette à Monsieur le Curé pour son denier du culte, il ne met jamais les pieds à l’église, n’importe, il veut y entrer quand il sera mort. Je vends un autre lot à Asselineau également aubergiste à Moiry, tous ces nouveaux venus font marcher le commerce. À Calot, la machine à battre a une assez longue panne ; c’est ennuyeux pour les ouvriers qui payés à l’heure, et pour la ménagère qui nourrit le personnel avec peu de tickets de viande. Je montre à Paul Château mes deux poulains mâles de 18 mois qu’il veut bien me changer pour des pouliches du même âge.
19 . On commence à battre à Tâches. Moreau m’apporte le martelage des bois, nous en ferons la vente par soumission cachetée le Dimanche 12 Octobre. Je lui donnerai 3% pour sa peine. Albert Barillat m’annonce la naissance de son fils Roland.
2o . Madame de Sansal et Antoine déjeunent avec nous, le Colonel ne les accompagne pas il est à Raffigny pour constater les dégâts causés par l’occupation, il n’a même plus un matelas pour coucher chez lui, il est à l’auberge de Gacôgne. Guite, avec plusieurs amies, campent au Rond de la forêt du Perray.
21 . Dimanche Je vends à Thomas, employé du chemin de fer à Mars 1 moderne d’orme et un petit noyer dans la haie du champ Guérin pour 17o frs comme bois de chauffage. J’ai la visite de Monsieur Lefèvre, de la coopérative de blé à Nevers, qui regarde le mien et qui me dit que je peux lui envoyer tel quel.
22 . Les du Part et Anne de Rouville viennent déjeuner et les Pierre de Rouville viennent goûter par une belle journée comme l’on n’en voit guère qu’au mois de Septembre. Je finis mes battages, c’est peu brillant, surtout comme avoine. Elle est rare dans tout le pays, aussi les gens qui m’en demandent sont nombreux, Marie-Louise du Part en emporte un boisseau sur sa bicyclette et j’en envoie 1o à Planchevienne où les poules meurent de faim et ne pondent plus. Lettres de Cécile et de Marguerite Clayeux qui dit qu’ils ont loué le ménage domestique que nous leur avons indiqué. J’entreprends à Pierre Lavergne la couverture de mon toit de lapin abattu par le cyclone du 15 Août, prix 12oo frs. Pour la première fois de la saison, nous dînons avec la lampe, c’est l’hiver qui s’avance avec les ténèbres et nous pas grand-chose pour les combattre.
23 . Lettre et carte d’Édith du 1o et du 18. Elle est désolée de n’avoir pu obtenir à Clermont un laissez-passer pour venir nous voir. Notre Curé qui fait sa tournée du denier du culte déjeune avec nous, il ramasse en passant les enveloppes qu’il a envoyées dans chaque famille et où chacun dépose son obole, il parait que ce moyen réussit très bien. Antoine de Sansal est aussi notre convive, il est venu passer 48 h dans notre parc pour admirer la belle nature et écouter le chant des oiseaux qui sont devenus très rares du reste. Moreau me mène à la Seigneurie pour voir des pouliches que mes métayers n’ont pas trouvées suffisantes pour eux, je suis moins difficile. Il y a de l’herbe dans tous les près, que l’on pourrait faucher sous la dent des animaux. Une fois de plus, je constate que j’afferme trop bon marché, des herbages de cette qualité.
24 . Louis Pinet faisant une tournée dans nos parages pour son assurance, déguste une tasse de lait en passant. Sa mère est en villégiature chez ses neveux Toutée à Chantgaraud. Édith a été engagée à déjeuner avec elle. Joly, notre garde à St Ouen, vient m’apporter son estimation de la coupe de bois que mes filles vont vendre le 18 Octobre par soumission cachetée. Concours de poulains à St Pierre, peu de présentés, mais des demandes de prix astronomiques ? On dit que Dessauny a vendu une jument de 14 ans pour 54ooo frs, c’est fou !
25 . Journée sans histoire. Lettre de Berthe qui nous demande des pommes de terre pour nourrir ses pensionnaires, l’un d’eux tient un bistrot à Paris.
26 . Visite de Jacques de La Brosse, qui veut acheter sur les bords de l’Allier, rivière, une propriété de 3o hectares pour y faire de l’agriculture, il a beaucoup à apprendre dans ce métier là. Visite de Jacquelin avec un marchand venu de Paris. Je lui vends 21 ormes, 3 chênes et un frêne aux Lieux Normand et Maslin.
27 . J’écris les lettres de convocations pour la vente des bois de St Ouen à 12 marchands. Marcelle va porter une bavette au jeune Roland Barillet. Je vends à Château un poulain de 6 mois de Callot pour un gros prix.
28 . Dimanche Robert Thuret est mort et Henri Thuret a été emmené comme otage par les Boches. Sa femme attend un enfant. Il lui restait un fils après en avoir perdu deux il y a qq années. Marcelle va goûter à Planchevienne.
29 . pluie Il n’avait pas plu depuis le 6 septembre et l’on ne pouvait plus labourer dans les champs Jamboux. Lettres de Cécile et d’Édith qui nous dit que le prétendant Degeorge est venu faire une visite à Bulhon amené par le jeune Roquefeuil sans que Miette ne se doute de rien. Attendons la suite. J’envoie les convocations aux marchands de bois pour la coupe de St Ouen qui aura lieu le 18 Octobre. Je vais à la gare faire partir la fourragère d’Hervé, j’achète en passant chez Demay des pommes de terre venant de Pologne pour semence. Il prétend que pour avoir de beaux rendements, il faut en changer tous les ans ; son voisin Berthet, de Bruzeau obtient au grain 2o en changeant et ses voisins 8 ou 9 en plantant toujours les mêmes espèces. Berthet plant 1o à 15 hectares en P de Terre.
3o . pluie,35 mm Il pleut sans arrêt pendant 24 h, cela va faire rentrer les mauvaises graines dans les guérets, on pourra semer dans qq jours dans de bonnes conditions, mais sans engrais, malheureusement. J’écris à Cécile et à Roger.
11.3.10
AOUT 1941
1er Je conduis Cécile à la messe pour le premier vendredi du mois, je communie comme elle. Dédette téléphone qu’elle ne reviendra que demain de la Bélouze. Mangeon reprend ses ouvriers à 6 h du soir. Ils m’ont arrangé qq échenets et le siphon qui est au pignon de la maison, coté levant. Lavergne revient aux Petites Granges pour les crépissages. Cécile, à bécane, fait une visite à Planchevienne. Ma cuisinière est incorrigible, elle a encore baptisé la bouteille de vin blanc que j’avais sorti pour Cécile, quand elle sent du vin, elle trouve toujours l’endroit où on l’a caché, tel un chien d’arrêt à l’affût de sa proie.
2 . Pendant que mes filles sont en visite à Chevenon, je reçois celle de Maurice qui est en séjour à Buy avec sa femme et ses filles. Il me raconte par le menu les histoires fâcheuses qui existent entre sa mère et Georges. Je ne veux pas en parler ici pour que plus tard on n’en trouve des traces dans mon cahier, car ce n’est pas flatteur pour la famille.
3 . Dimanche Mon rosaire est à l’heure de la messe, je le dis à 3 h. Pendant que Marcelle et Dédette vont à Buy, Cécile part à la chasse aux champignons et rapporte un beau plat de rosés ; c’est de bien bonne heure, la pluie persistante y est pour qq chose.
4 . pluie Mériem de Martimprey et sa belle-fille devant venir déjeuner, la pluie du matin les arrête. Madame de Montrichard pensant les trouver ici nous arrive à 3 h avec son âne qui ne marche qu’au pas, ce qui lui permet de voir le jardin de Madame Soulat qu’elle ignorait. Les petits Rouville viennent goûter et chercher un morceau de cochon que nous partageons avec eux. Cette pluie persistante plonge les agriculteurs dans la désolation. L’avoine germe partout.
5 . pluie La pluie empêche Guite de Sansal de venir déjeuner, elle vient seulement goûter, apportant le laissez-passer pour Cécile et Dédette que mon locataire Gonin, qui est bien avec les Allemands, a pu obtenir, car c’est maintenant très difficile. J’ai la visite de mon malheureux fermier Bringault venu me dire qu’il a le bois pour faire le plancher et qu’il attend le charpentier pour le poser. Ayant perdu ses trois juments et plusieurs bêtes à cornes, il ne peut rien me donner.
6 . J’emprunte le cheval de Moreau qui est rétif comme la Convention pour conduire Marcelle à 12h48 à St Pierre parce qu’elle va à Bulhon avec Dédette. Au retour, je passe par Buy où je trouve M.-Thérèse en conversation avec Mr Boucaumont qui a été chargé par le tribunal de la gérance de Buy, Georges ayant perdu le procès intenté à sa mère devant la cour de Bourges. Tout cela n’est guère propre et peu flatteur pour la famille. Vu Pierre Servois descendant du train à la gare où il était attendu par Bouillé, vilaine compagnie.
7 . pluie Il tombe des trombes d’eau, cette fois les blés en tréziaux qui n’avaient pas encore grand mal vont germer sévèrement, les avoines souffrent encore davantage. C’est décourageant et je broie du noir au coin du feu que j’allume, car j’ai les pieds gelés, le thermomètre marque onze degrés. Je mets les vaches à lait dans le pré de la Joie.
8 . pluie Antonin Moreau m’emmène à la Ravie où qq petites parcelles ne sont pas encore coupées, et où plusieurs le sont mais la vidange est loin d’être finie, et avec les pluies continuelles pas faciles à terminer. Je charge Moreau de vendre les arbres de futaie, qui sauf dans un petit carré dans le bas, sont bien médiocres. Il veut bien aussi me vendre les Mouillins à Azy 5 frs, le bois des Antes 2frs 8o, les Champs Blonds 4 frs et enfin 6 frs à Tassain tous ceux là sur St Parize. J’ai l’intention de lui donner 5 % sur l’ensemble pour ce qui me concerne, et 1o % pour Tassain qui lui a fait une crasse il y a 2o ans en lui faisant payer l’affranchissement d’une lettre. Marcelle va goûter à Planchevienne avec la pluie sur le dos.
9 . Journée sans soleil et sans pluie, on retourne qq gerbes de blé et d’avoine, les pailles sont toutes noires. Cécile que je vais chercher à Mars retour de Bulhon et des Gouttes me dit que les récoltes sont dans un état aussi lamentable qu’ici, mais que tout le monde va bien. Aux Gouttes, les Edmond font de nombreuses réparations, salles de bains, eau chaude, eau froide, changement de papiers. Le ménage Pierre et Catherine vont s’installer dans la maison du piqueux, qui devient une garderie. À Bulhon, Augustin cherche toujours un fermier, sa nièce Voillaume a mis au monde cette semaine une troisième fille. Yvonne est à Batna chez les Jourdier pour qq jours avec ses filles. Jean m’a envoyé sa photo sautant un obstacle au concours hippique d’Oujda sur le cheval barbe Ressort.
1o . Dimanche, pluie Mon jardinier qui est allé à Calot aider Roy à rentrer de l’avoine qui est loin d’être sèche, a le mollet serré entre un mur et la roue d’un chariot, on le ramène en voiture. J’appelle le médecin de Magny qui le condamne à plusieurs jours de repos. Comme il est la cheville ouvrière de la maison, pour traire les vaches, rentrer le bois, le couper, soigner ses nombreux lapins etc .. Son repos se fera durement sentir surtout pour Marcelle. Je donne du bois à faire au 1/3 à Chanak dans les Chaumes Vieilles, 1 noyer, 5 têtards d’orme, il travaille à Imphy où il gagne 6frs75 par heure pour faire des canons et des obus pour les Boches.
11 . Par hasard, il fait beau, Marcelle et moi, nous faisons le service du jardinier qui a bien dormi, mais qui ne peut pas se servir de sa jambe.
12 . Madame Dervault, née Narjot de Toucy, vient de mourir dans son château de la Chaise dans sa 86 ème année, c’est une délivrance, car depuis q q temps, elle était en enfance. Veuve en première noce de Gustave de la Brosse, son remariage a surpris bien des gens tout particulièrement sa sœur et son mari. Elle fut une jolie femme intelligente et distinguée. Cécile nous a quitté, cela m’attriste car je me demande si je la reverrai. Avec mon âne, je la conduis péniblement à Planchevienne où un taxi vient pour la mener à Nevers prendre le train à 4h Dijon-Tours, elle couchera chez les Villeneuve et repartira demain à 8 h du matin pour Rennes. Le Colonel de Sansal est revenu de captivité après un voyage de 5 jours. Mes métayers rentrent du blé à moitié sec, la paille est noire. Je porte à Suzanne de Rouville un paquet de cigarettes, en échange, elle insiste pour que j’accepte une livre de sucre.
13 . Chiron m’amène 7o gerbes d’avoine pour nourrir nos poules en attendant les battages. L’équarisseur vient chercher au domaine de Tâches deux génisses de 18 mois crevées d’entérite. J’envoie à André Robert un chèque de 2ooo frs pour payer une bicyclette à Miette.
14 . Jeanne de Mollins vient déjeuner avec nous par le car qui est comble, c’est toujours un régal de recevoir cette charmante femme, Madame de Montrichard sachant qu’elle passait la journée vient prendre une tasse de thé avec elle. Etant allé faire ferrer mon âne à Moiry, je vois chez Martinat une machine à battre sous pression et bien des agriculteurs venant faire un chariot soit d’avoine, soit d’orge pour les volailles ou les cochons. Les pailles sont moins noires que je ne l’aurai pensé après toutes les ondées qu’elles ont reçues.
15 Assomption.grêle Par un temps radieux, je vais à la première messe où je communie avec une vingtaine de jocistes de 15 à 2o ans, dont Paul Martinat est l’entraîneur. Peu de communes du Département me donnent un exemple aussi édifiant. À Minuit, orage d’une extrême violence, qui a duré une vingtaine de minutes, grêle intense, il ne reste rien dans les jardins, ni dans les vignes. Les deux ormes qui étaient à l’angle Nord-Est du chenil sont tombés, l’un d’eux sur le poulailler, quatre autres énormes barrent le chemin du domaine au Pied Prot, et à peu près personne pour déblayer tout cela.
16 Les cultures de betteraves et de haricots qui étaient magnifiques n’existent plus. Les sinistrés prévoient la famine pour l’hiver prochain. Quantités de verres sont brisés aux fenêtres et je me demande si on trouvera pour les remplacer avant les froids. En Août 1882, nous avions eu semblable tourmente. Il parait que le domaine de Tilleul , commune de Luthenay a ses bâtiments très endommagés. St Pierre a aussi beaucoup de mal. Deux bûcherons de St Parize, Tantot et Marquet, travaillent à déblayer mes chemins, avec les métayers qui sont dans la consternation en voyant leurs champs de légumes qui étaient superbes et les fourrages artificiels qui étaient bons à faucher, on dirait que le rouleau est passé dessus. Je ne crois pas qu’ils se relèvent. Les têtards d’ormes tombés dans le chemin font une moyenne de 3,25 m de tour et leurs branches 1,45 m, les mottes de terres arrachées à leur pied sont énormes. Naturellement, les fils de fer de barrage attachés à leur écorce sont rompus. Des gens venus de Nevers me disent qu’après Magny, on ne voit pas de trace de la grêle, l’orage allant direction de Chevenon.
17 .Dimanche En allant à la messe, je distribue à la poste des choux, victimes de la grêle à Canty, Goulet, Girard, Blot, Moine etc … Les uns et les autres parlent du désastre qui s’est étendu fort loin. Peu de monde à la messe, les gens de St Parize n’y vont pas deux fois dans la même semaine. Visite d’Henri de Rouville et de sa fille. Suzanne Le Sueur vient chercher des prunes tombées pour faire de la confiture.
18 . pluie Les bêtes de la Petasse sortent de leur pré et se promènent autour de ma maison, elles mettent le trouble dans toutes les pâtures de Callot. J’apprends avec plaisir les espérances de ma petite-fille Simone, je m’en réjouis avec elle et Hervé car je savais que l’un et l’autre désiraient vivement l’arrivée d’un héritier. À déjeuner, nous mangeons Marcelle et moi chacun notre perdreau rôti. C’est Moreau qui nous a apporté cet excellent gibier, ramassé dans une compagnie décimée par les grêlons. Je pèse un châtron de 18 mois pour me rendre compte du poids des 23 que j’ai à vendre. Son poids est de 335 kg, non à jeu, l’un d’eux a un abcès dans la gorge, Richard le soigne.
19 . Une vache du pré de la Joie avale une chemise que ma cuisinière avait mise à sécher sur les fils de fer. J’espère que la digestion se fera sans risques. Paris-Centre m’annonce la mort de mon ancien fermier Favier (75 ans) sorti du Mou le 11 Mai dernier, enterrement demain à Challuy, je regrette de ne pas pouvoir aller rendre un dernier devoir à ce brave homme. Louise de Prunelé nous fait part des fiançailles de sa fille avec le Vte de Raismes, avocat à Paris. Le Welingtonia de la pelouse a 35 m de hauteur. Avec Moreau, nous allons visiter les Champs Blonds et le bois des Antes, car je vais le charger de vendre la futaie, de même que les ormes tombés dans les chemins autour de la maison et qq autres dans les près, une dizaine environ.
2o .pluie Je vends à Jacquelin 5 vieux noyers non abattus qu’il me paye comptant 12oo frs. Je lui vends à raison de 22o frs le stère les branches des ormes abattus par le cyclone et que je fais exploiter par mes bûcherons ; on les mesurera quand ils seront tronçonnés. Je lui vends pour le même prix une dizaine d’ormes encore sur pieds mais qui sont mûrs, l’écorçage lui appartiendra. Lettre d’Édith, qui est très émue par des projets de mariage dont on lui parle pour ses filles. L’étendue des ravages causés par la grêle va de Bourbon-l’Archambault à St Benin d’Azy, en passant par Lurcy Lévy, commune atteinte pour la deuxième fois cette année.
21 .pluie Je vends à Chevalier 21 châtrons de 18 mois sur le pied de 11 frs le kg, il les envoie en Maine et Loire. Marcelle qui devait aller faire une visite à Dornes à bicyclette avec Anne de Rouville y renonce à cause du temps. Carte d’Yvonne du 8, elle est en séjour avec ses filles chez les Jourdier.
22 . Mériem et Koutchi de Martimprey venues à bicyclette passent la journée avec nous très gentiment. Roy, avec ses juments tirent les arbres abattus dans les prés et on peut remettre les fils de fer. Ce n’est pas un travail facile, étant donné le poids des troncs qui ont 3 mètres de tour.
23 . Avec Chiron et mon jardinier, nous finissons de clore le pré Blond.
24 . Dimanche Jacques et sa cousine Anne viennent goûter, c’est un exercice qu’ils aiment assez l’un et l’autre.
Citation à l’ordre de l’armée d’Hubert de La Brosse :
Officier d’une bravoure et d’un calme au-dessus de tout éloge, chargé de la défense d’un pont, a fait preuve de la plus grande énergie dans les journées des 15 et 16 Juin 194o, assurant l’ordre au passage du pont malgré de violents bombardements, puis après avoir fait sauter le pont au dernier moment, a interdit le franchissement du cours d’eau à un ennemi très mordant. A reçu l’ordre de changer de position le 15 juin à 19 h et complètement entouré d’ennemis, s’est infiltré au milieu d’eux avec son détachement sur un parcours de 4o km.
25 . Je reçois une carte de Miette me remerciant de la bicyclette que je lui ai offerte. D’Anglejan nous envoie 5 kg de miel pour 175 frs, 35 frs le kg. Les Guillaume du Verne se rendant à Sancoins pour 24 h déjeunent avec nous, Guillaume après son repos d’un mois à Paris va mieux, mais il a encore 2o de tension. J’apprends que ma cuisinière, hier après la messe, a acheté aux Docks leur dernière bouteille d’eau de vie pour 68 frs, aussi le soir, elle titubait fortement. Quelle passion ! Et dire qu’il faut se servir d’un outil pareil. Edmond nous téléphone de Moulins, retour d’un voyage dans le Jura. Ils vont bien mais il nous dit que Perrette a eu une nouvelle congestion . Pauvre Fain, pauvres enfants !
26 .pluie Temps horrible. Je livre 15 châtrons à Blond. Lasseur vient remettre les carreaux brisés par la grêle. Louis de Savigny m’écrit une lettre de condoléances pour le désastre causé chez moi par la grêle.
27 . Temps normal. Lettres de Cécile et de Simone Jourdier.
28 . Marcelle déjeune au Colombier où elle retrouve Marie-Antoinette. Ce sont les dames qui font le service elles-mêmes.
29 . pluie Moreau me mène au lieu Normand, le plancher de la maison est bien refait, j’avais apporté de l’argent pour le payer, mais Bringault me dit qu’ayant vendu des châtrons la veille, il pourra régler cette dépense ; c’est pour moi une agréable surprise. Il me montre le toit de la petite écurie qui va s’effondrer, les lattes sont pourries, j’ordonne la réparation. Mon voisin du Clergeat ayant remplacé les vieilles tuiles de sa maison par des Montchanin, je dis à mon fermier de tâcher de les racheter pour remplacer les miennes, car on en trouve très difficilement des neuves. Madame Bringault me dit que la déveine les poursuit, une vache normande sur laquelle elle comptait pour avoir un peu de lait s’est avortée le 7 Août. Sa volaille ne marche pas mieux que le reste. Sa sœur, qui est à Paris lui ayant demandé un poulet, n’en n’ayant pas chez elle, elle en a payé un 9o frs et il ne pesait pas 4 livres. Avec Moreau, je visite la coupe du Mouillin, et je constate avec plaisir que la futaie qui est à vendre est d’une belle venue et que le taillis à rendu beaucoup de cordes, il est vrai qu’il y a dedans des brins qui n’ont qu’un centimètre au petit bout. Je donne à Bringault deux chênes estimés 3oo frs pour occuper son fils aîné qui a beaucoup de goût pour la menuiserie. Au Lieu Maslin, tout va bien, y compris l’électricité. Nous croisons au retour 3 hommes de St Parize, portant d’énormes paniers remplis de champignons dits trompettes de la mort.
3o . pluie Journée triste, froide, j’allume du feu, j’écris une carte à Édith
31 . Dimanche Bien peu de monde à la messe. Guite de Sansal venue aux provisions m’apporte une lettre d’Édith confiée à Nadaillac. Elle m’annonce la mort de Perrette Fain à la suite d’une nouvelle congestion survenue le 26. C’est Miette qui l’a assisté dans ses derniers moments. Aujourd’hui, course hippique à Nevers. Par hasard, il fait beau.
2 . Pendant que mes filles sont en visite à Chevenon, je reçois celle de Maurice qui est en séjour à Buy avec sa femme et ses filles. Il me raconte par le menu les histoires fâcheuses qui existent entre sa mère et Georges. Je ne veux pas en parler ici pour que plus tard on n’en trouve des traces dans mon cahier, car ce n’est pas flatteur pour la famille.
3 . Dimanche Mon rosaire est à l’heure de la messe, je le dis à 3 h. Pendant que Marcelle et Dédette vont à Buy, Cécile part à la chasse aux champignons et rapporte un beau plat de rosés ; c’est de bien bonne heure, la pluie persistante y est pour qq chose.
4 . pluie Mériem de Martimprey et sa belle-fille devant venir déjeuner, la pluie du matin les arrête. Madame de Montrichard pensant les trouver ici nous arrive à 3 h avec son âne qui ne marche qu’au pas, ce qui lui permet de voir le jardin de Madame Soulat qu’elle ignorait. Les petits Rouville viennent goûter et chercher un morceau de cochon que nous partageons avec eux. Cette pluie persistante plonge les agriculteurs dans la désolation. L’avoine germe partout.
5 . pluie La pluie empêche Guite de Sansal de venir déjeuner, elle vient seulement goûter, apportant le laissez-passer pour Cécile et Dédette que mon locataire Gonin, qui est bien avec les Allemands, a pu obtenir, car c’est maintenant très difficile. J’ai la visite de mon malheureux fermier Bringault venu me dire qu’il a le bois pour faire le plancher et qu’il attend le charpentier pour le poser. Ayant perdu ses trois juments et plusieurs bêtes à cornes, il ne peut rien me donner.
6 . J’emprunte le cheval de Moreau qui est rétif comme la Convention pour conduire Marcelle à 12h48 à St Pierre parce qu’elle va à Bulhon avec Dédette. Au retour, je passe par Buy où je trouve M.-Thérèse en conversation avec Mr Boucaumont qui a été chargé par le tribunal de la gérance de Buy, Georges ayant perdu le procès intenté à sa mère devant la cour de Bourges. Tout cela n’est guère propre et peu flatteur pour la famille. Vu Pierre Servois descendant du train à la gare où il était attendu par Bouillé, vilaine compagnie.
7 . pluie Il tombe des trombes d’eau, cette fois les blés en tréziaux qui n’avaient pas encore grand mal vont germer sévèrement, les avoines souffrent encore davantage. C’est décourageant et je broie du noir au coin du feu que j’allume, car j’ai les pieds gelés, le thermomètre marque onze degrés. Je mets les vaches à lait dans le pré de la Joie.
8 . pluie Antonin Moreau m’emmène à la Ravie où qq petites parcelles ne sont pas encore coupées, et où plusieurs le sont mais la vidange est loin d’être finie, et avec les pluies continuelles pas faciles à terminer. Je charge Moreau de vendre les arbres de futaie, qui sauf dans un petit carré dans le bas, sont bien médiocres. Il veut bien aussi me vendre les Mouillins à Azy 5 frs, le bois des Antes 2frs 8o, les Champs Blonds 4 frs et enfin 6 frs à Tassain tous ceux là sur St Parize. J’ai l’intention de lui donner 5 % sur l’ensemble pour ce qui me concerne, et 1o % pour Tassain qui lui a fait une crasse il y a 2o ans en lui faisant payer l’affranchissement d’une lettre. Marcelle va goûter à Planchevienne avec la pluie sur le dos.
9 . Journée sans soleil et sans pluie, on retourne qq gerbes de blé et d’avoine, les pailles sont toutes noires. Cécile que je vais chercher à Mars retour de Bulhon et des Gouttes me dit que les récoltes sont dans un état aussi lamentable qu’ici, mais que tout le monde va bien. Aux Gouttes, les Edmond font de nombreuses réparations, salles de bains, eau chaude, eau froide, changement de papiers. Le ménage Pierre et Catherine vont s’installer dans la maison du piqueux, qui devient une garderie. À Bulhon, Augustin cherche toujours un fermier, sa nièce Voillaume a mis au monde cette semaine une troisième fille. Yvonne est à Batna chez les Jourdier pour qq jours avec ses filles. Jean m’a envoyé sa photo sautant un obstacle au concours hippique d’Oujda sur le cheval barbe Ressort.
1o . Dimanche, pluie Mon jardinier qui est allé à Calot aider Roy à rentrer de l’avoine qui est loin d’être sèche, a le mollet serré entre un mur et la roue d’un chariot, on le ramène en voiture. J’appelle le médecin de Magny qui le condamne à plusieurs jours de repos. Comme il est la cheville ouvrière de la maison, pour traire les vaches, rentrer le bois, le couper, soigner ses nombreux lapins etc .. Son repos se fera durement sentir surtout pour Marcelle. Je donne du bois à faire au 1/3 à Chanak dans les Chaumes Vieilles, 1 noyer, 5 têtards d’orme, il travaille à Imphy où il gagne 6frs75 par heure pour faire des canons et des obus pour les Boches.
11 . Par hasard, il fait beau, Marcelle et moi, nous faisons le service du jardinier qui a bien dormi, mais qui ne peut pas se servir de sa jambe.
12 . Madame Dervault, née Narjot de Toucy, vient de mourir dans son château de la Chaise dans sa 86 ème année, c’est une délivrance, car depuis q q temps, elle était en enfance. Veuve en première noce de Gustave de la Brosse, son remariage a surpris bien des gens tout particulièrement sa sœur et son mari. Elle fut une jolie femme intelligente et distinguée. Cécile nous a quitté, cela m’attriste car je me demande si je la reverrai. Avec mon âne, je la conduis péniblement à Planchevienne où un taxi vient pour la mener à Nevers prendre le train à 4h Dijon-Tours, elle couchera chez les Villeneuve et repartira demain à 8 h du matin pour Rennes. Le Colonel de Sansal est revenu de captivité après un voyage de 5 jours. Mes métayers rentrent du blé à moitié sec, la paille est noire. Je porte à Suzanne de Rouville un paquet de cigarettes, en échange, elle insiste pour que j’accepte une livre de sucre.
13 . Chiron m’amène 7o gerbes d’avoine pour nourrir nos poules en attendant les battages. L’équarisseur vient chercher au domaine de Tâches deux génisses de 18 mois crevées d’entérite. J’envoie à André Robert un chèque de 2ooo frs pour payer une bicyclette à Miette.
14 . Jeanne de Mollins vient déjeuner avec nous par le car qui est comble, c’est toujours un régal de recevoir cette charmante femme, Madame de Montrichard sachant qu’elle passait la journée vient prendre une tasse de thé avec elle. Etant allé faire ferrer mon âne à Moiry, je vois chez Martinat une machine à battre sous pression et bien des agriculteurs venant faire un chariot soit d’avoine, soit d’orge pour les volailles ou les cochons. Les pailles sont moins noires que je ne l’aurai pensé après toutes les ondées qu’elles ont reçues.
15 Assomption.grêle Par un temps radieux, je vais à la première messe où je communie avec une vingtaine de jocistes de 15 à 2o ans, dont Paul Martinat est l’entraîneur. Peu de communes du Département me donnent un exemple aussi édifiant. À Minuit, orage d’une extrême violence, qui a duré une vingtaine de minutes, grêle intense, il ne reste rien dans les jardins, ni dans les vignes. Les deux ormes qui étaient à l’angle Nord-Est du chenil sont tombés, l’un d’eux sur le poulailler, quatre autres énormes barrent le chemin du domaine au Pied Prot, et à peu près personne pour déblayer tout cela.
16 Les cultures de betteraves et de haricots qui étaient magnifiques n’existent plus. Les sinistrés prévoient la famine pour l’hiver prochain. Quantités de verres sont brisés aux fenêtres et je me demande si on trouvera pour les remplacer avant les froids. En Août 1882, nous avions eu semblable tourmente. Il parait que le domaine de Tilleul , commune de Luthenay a ses bâtiments très endommagés. St Pierre a aussi beaucoup de mal. Deux bûcherons de St Parize, Tantot et Marquet, travaillent à déblayer mes chemins, avec les métayers qui sont dans la consternation en voyant leurs champs de légumes qui étaient superbes et les fourrages artificiels qui étaient bons à faucher, on dirait que le rouleau est passé dessus. Je ne crois pas qu’ils se relèvent. Les têtards d’ormes tombés dans le chemin font une moyenne de 3,25 m de tour et leurs branches 1,45 m, les mottes de terres arrachées à leur pied sont énormes. Naturellement, les fils de fer de barrage attachés à leur écorce sont rompus. Des gens venus de Nevers me disent qu’après Magny, on ne voit pas de trace de la grêle, l’orage allant direction de Chevenon.
17 .Dimanche En allant à la messe, je distribue à la poste des choux, victimes de la grêle à Canty, Goulet, Girard, Blot, Moine etc … Les uns et les autres parlent du désastre qui s’est étendu fort loin. Peu de monde à la messe, les gens de St Parize n’y vont pas deux fois dans la même semaine. Visite d’Henri de Rouville et de sa fille. Suzanne Le Sueur vient chercher des prunes tombées pour faire de la confiture.
18 . pluie Les bêtes de la Petasse sortent de leur pré et se promènent autour de ma maison, elles mettent le trouble dans toutes les pâtures de Callot. J’apprends avec plaisir les espérances de ma petite-fille Simone, je m’en réjouis avec elle et Hervé car je savais que l’un et l’autre désiraient vivement l’arrivée d’un héritier. À déjeuner, nous mangeons Marcelle et moi chacun notre perdreau rôti. C’est Moreau qui nous a apporté cet excellent gibier, ramassé dans une compagnie décimée par les grêlons. Je pèse un châtron de 18 mois pour me rendre compte du poids des 23 que j’ai à vendre. Son poids est de 335 kg, non à jeu, l’un d’eux a un abcès dans la gorge, Richard le soigne.
19 . Une vache du pré de la Joie avale une chemise que ma cuisinière avait mise à sécher sur les fils de fer. J’espère que la digestion se fera sans risques. Paris-Centre m’annonce la mort de mon ancien fermier Favier (75 ans) sorti du Mou le 11 Mai dernier, enterrement demain à Challuy, je regrette de ne pas pouvoir aller rendre un dernier devoir à ce brave homme. Louise de Prunelé nous fait part des fiançailles de sa fille avec le Vte de Raismes, avocat à Paris. Le Welingtonia de la pelouse a 35 m de hauteur. Avec Moreau, nous allons visiter les Champs Blonds et le bois des Antes, car je vais le charger de vendre la futaie, de même que les ormes tombés dans les chemins autour de la maison et qq autres dans les près, une dizaine environ.
2o .pluie Je vends à Jacquelin 5 vieux noyers non abattus qu’il me paye comptant 12oo frs. Je lui vends à raison de 22o frs le stère les branches des ormes abattus par le cyclone et que je fais exploiter par mes bûcherons ; on les mesurera quand ils seront tronçonnés. Je lui vends pour le même prix une dizaine d’ormes encore sur pieds mais qui sont mûrs, l’écorçage lui appartiendra. Lettre d’Édith, qui est très émue par des projets de mariage dont on lui parle pour ses filles. L’étendue des ravages causés par la grêle va de Bourbon-l’Archambault à St Benin d’Azy, en passant par Lurcy Lévy, commune atteinte pour la deuxième fois cette année.
21 .pluie Je vends à Chevalier 21 châtrons de 18 mois sur le pied de 11 frs le kg, il les envoie en Maine et Loire. Marcelle qui devait aller faire une visite à Dornes à bicyclette avec Anne de Rouville y renonce à cause du temps. Carte d’Yvonne du 8, elle est en séjour avec ses filles chez les Jourdier.
22 . Mériem et Koutchi de Martimprey venues à bicyclette passent la journée avec nous très gentiment. Roy, avec ses juments tirent les arbres abattus dans les prés et on peut remettre les fils de fer. Ce n’est pas un travail facile, étant donné le poids des troncs qui ont 3 mètres de tour.
23 . Avec Chiron et mon jardinier, nous finissons de clore le pré Blond.
24 . Dimanche Jacques et sa cousine Anne viennent goûter, c’est un exercice qu’ils aiment assez l’un et l’autre.
Citation à l’ordre de l’armée d’Hubert de La Brosse :
Officier d’une bravoure et d’un calme au-dessus de tout éloge, chargé de la défense d’un pont, a fait preuve de la plus grande énergie dans les journées des 15 et 16 Juin 194o, assurant l’ordre au passage du pont malgré de violents bombardements, puis après avoir fait sauter le pont au dernier moment, a interdit le franchissement du cours d’eau à un ennemi très mordant. A reçu l’ordre de changer de position le 15 juin à 19 h et complètement entouré d’ennemis, s’est infiltré au milieu d’eux avec son détachement sur un parcours de 4o km.
25 . Je reçois une carte de Miette me remerciant de la bicyclette que je lui ai offerte. D’Anglejan nous envoie 5 kg de miel pour 175 frs, 35 frs le kg. Les Guillaume du Verne se rendant à Sancoins pour 24 h déjeunent avec nous, Guillaume après son repos d’un mois à Paris va mieux, mais il a encore 2o de tension. J’apprends que ma cuisinière, hier après la messe, a acheté aux Docks leur dernière bouteille d’eau de vie pour 68 frs, aussi le soir, elle titubait fortement. Quelle passion ! Et dire qu’il faut se servir d’un outil pareil. Edmond nous téléphone de Moulins, retour d’un voyage dans le Jura. Ils vont bien mais il nous dit que Perrette a eu une nouvelle congestion . Pauvre Fain, pauvres enfants !
26 .pluie Temps horrible. Je livre 15 châtrons à Blond. Lasseur vient remettre les carreaux brisés par la grêle. Louis de Savigny m’écrit une lettre de condoléances pour le désastre causé chez moi par la grêle.
27 . Temps normal. Lettres de Cécile et de Simone Jourdier.
28 . Marcelle déjeune au Colombier où elle retrouve Marie-Antoinette. Ce sont les dames qui font le service elles-mêmes.
29 . pluie Moreau me mène au lieu Normand, le plancher de la maison est bien refait, j’avais apporté de l’argent pour le payer, mais Bringault me dit qu’ayant vendu des châtrons la veille, il pourra régler cette dépense ; c’est pour moi une agréable surprise. Il me montre le toit de la petite écurie qui va s’effondrer, les lattes sont pourries, j’ordonne la réparation. Mon voisin du Clergeat ayant remplacé les vieilles tuiles de sa maison par des Montchanin, je dis à mon fermier de tâcher de les racheter pour remplacer les miennes, car on en trouve très difficilement des neuves. Madame Bringault me dit que la déveine les poursuit, une vache normande sur laquelle elle comptait pour avoir un peu de lait s’est avortée le 7 Août. Sa volaille ne marche pas mieux que le reste. Sa sœur, qui est à Paris lui ayant demandé un poulet, n’en n’ayant pas chez elle, elle en a payé un 9o frs et il ne pesait pas 4 livres. Avec Moreau, je visite la coupe du Mouillin, et je constate avec plaisir que la futaie qui est à vendre est d’une belle venue et que le taillis à rendu beaucoup de cordes, il est vrai qu’il y a dedans des brins qui n’ont qu’un centimètre au petit bout. Je donne à Bringault deux chênes estimés 3oo frs pour occuper son fils aîné qui a beaucoup de goût pour la menuiserie. Au Lieu Maslin, tout va bien, y compris l’électricité. Nous croisons au retour 3 hommes de St Parize, portant d’énormes paniers remplis de champignons dits trompettes de la mort.
3o . pluie Journée triste, froide, j’allume du feu, j’écris une carte à Édith
31 . Dimanche Bien peu de monde à la messe. Guite de Sansal venue aux provisions m’apporte une lettre d’Édith confiée à Nadaillac. Elle m’annonce la mort de Perrette Fain à la suite d’une nouvelle congestion survenue le 26. C’est Miette qui l’a assisté dans ses derniers moments. Aujourd’hui, course hippique à Nevers. Par hasard, il fait beau.
10.3.10
JUILLET 1941
1er J’ai la visite Monsieur Godemel qui est en séjour chez les Thonnier à St Léger, et Marcelle, celle de Suzanne le Sueur. Gabrielle de Rouville téléphone qu’elle n’est pas allée voir Bernard en Berry parce qu’il lui a fait dire qu’il partait pour Mont de Marsan voir ses chevaux de course qui y sont à l’entraînement.
2 . J’écris à l’ingénieur du génie rural pour les Petites Granges et l’électricité au Lieu Maslin, sans beaucoup d’espoir. Lettre d’Augustin qui a enfin reçu le versement de Leclercq pour les bois de St Ouen.
3 . Mon Rosaire. Beau temps pour faire les foins.
4 . Premier Vendredi du mois. Je m’approche de la Ste Table. J’avais écrit à Berçot à Moulins, mon chemisier habituel de m’envoyer des chemises, il me répond que premièrement il n’en a plus, et que sans tickets, il ne peut en vendre. Je croyais qu’il ne fallait de ceux-ci que pour acheter des vêtements ou des souliers, mais il en faudra même pour se procurer un mouchoir. Marcelle dîne à Planchevienne avec les Pierre et Jacques revenu de Paris.
5 . Je reçois une lettre de l’ingénieur du génie rural me disant que je ne peux rien toucher pour l’électricité mise au Lieu Maslin parce que la dépense totale n’atteint pas 4ooo frs. Il examinera la question des Petites Granges. Je rentre le foin du pré de la Joie dans de bonnes conditions.
6 . Dimanche Favier m’envoie les 12oo frs qu’il redevait aux Riberolles. Je fais une tournée dans la Roche et les Brûlées et constate que les clôtures sont fort mal tenues. J’ai pourtant donné à mon métayer des bobines de fil de fer ronce pour une grosse somme.
7 . Pierre de Rouville et Jacques viennent dîner avec nous, Suzanne ne les accompagne pas parce qu’elle a une fluxion. Cheveux. Visite des Guillaume du Verne qui partent demain pour Paris où ils doivent passer 3 semaines, loin de la Mairie de St Eloi qui est une vraie fatigue pour Guillaume.
8 . Je conduis Joachim à la Mairie où le Percepteur lui paye son premier trimestre de la retraite aux vieux ouvriers agricoles, soit 9oo frs. Édith.
9 . 28° Marcelle déjeune à Buy où elle entend les doléances de sa tante sur son fils. Elle a vendu son âne qui ne pouvait plus se traîner pour 45oo frs et en a acheté un autre un peu plus jeune pour 8ooo frs, mais il a une fourmilière dans un pied. On lui a passé aussi une Normande pour 8ooo frs, elle a du lait mais elle est complètement aveugle. J’ai la visite de Jacques, venu se baigner dans l’étang américain où il trouve l’eau agréable et chaude, ça ne m’étonne pas, le thermomètre marque 28°. Carte postale d’Augustin du 4, ils vont bien.
10 . Carte d’Hervé qui a chaud. Messe anniversaire pour Bob Le Sueur, avant l’Évangile, Mr le Curé prononce son oraison funèbre en qq mots bien sentis. Beaucoup des châtelains des environs venus par tous les moyens. Au retour, je croise Madame de Rolland qui s’appuie 5o Km à bicyclette pour venir voir sa sœur, elle a plus de sang que celle-ci et meilleure mine. Je fais à la mairie ma demande de charbon pour les battages, peut-être inutilement. Lettre de Marie-L. du Part, écrite de la main gauche, car en tombant dans son salon, elle s’est fracturée le bras droit en trois endroits. Bernard et Claude, de passage à Planchevienne nous font une visite, ils sont très gentils tous les deux. Bernard avait fait une demande pour aller se battre en Syrie, heureusement, elle ne lui a pas été accordée car ce matin, les journaux nous ont appris que l’ordre avait été donné de suspendre les armes, nous étions trop peu nombreux pour nous défendre. Il va maintenant chercher une propriété pour faire de l’agriculture et élever des chevaux de course
11 . pluie Vu les exigences des Anglais en Syrie, nous continuons la résistance, Jean de Sansal a fait une demande pour y aller. Lettre d’Édith, son mari se plaint de ne plus avoir de tabac. Carte d’Hervé qui a reçu mon argent. Je signe un acte par lequel je renonce à l’usufruit que mes filles m’avaient consenti en 1924 lorsque je leur avais fait le partage de ma fortune, afin qu’après moi, l’enregistrement ne puisse pas les rechercher pour l’augmentation des cheptels et autres. Bonne pluie attendue depuis longtemps et qui va mettre un peu de beaume dans le cœur de nos paysans qui disaient que tout était perdu dans leurs jardins. Il n’avait pas plu depuis un mois.
12 . Grosse réquisition hier à St Pierre, les jeunes bœufs de la Seigneurie sont payés 11,4o frs le kilo, la vieille vache descend à 8,5o ; on prétend que tous ces animaux partent pour Cambrai où ils vont ravitailler l’armée allemande. Marcelle va à Nevers de bonne heure en bécane pour y rencontrer les Villeneuve qui vont à Villette en vue d’une location. Guiguite a très mauvaise mine. Marcelle donne des œufs et des fromages à notre voisine Madame Le Droumaguet qui est très aimable pour nous. Au cours de l’orage d’hier, j’ai eu une génisse de 18 mois tuée par la foudre. Comme notre téléphone ne marche plus j’envoie Roy faire la déclaration à l’assurance. Il m’envoie le vétérinaire pour faire la constatation ; je ne suis pas suffisamment assuré pour la valeur actuelle des cheptels, je vais l’augmenter et porter celui de Callot à 4oo ooo frs. Comme un embêtement n’arrive jamais seul, un renard tue en plein jour dans le même domaine 25 dindons et des poulets dans le champ Carreau, ensemencé en blé.
13 . Dimanche, pluie À peu près personne à la messe. Moreau me dit que son beau-frère Chassagnon est chargé de vendre la propriété de la Beaume, près du pont du Veurdre, joli château, vue agréable sur la rivière d’Allier et 1o3 hectares. Je l’indique à Bernard de La Brosse. J’écris à Marion pour lui dire de me faire des avenants pour augmenter la valeur de mes cheptels, porter ceux de Tâches et de Callot à 3oo ooo et celui des Petites Granges à 25o ooo frs. Je passerai plus tard à ses bureaux pour les bâtiments.
14 . pluie Pas de fête. Marcelle va dîner à Chevenon, elle trouve M.L. avec bien mauvaise mine. Je finis de tailler les haies vives autour de la maison.
15 . Kermesse Carte postale d’Augustin qui a reçu mes chèques postaux Carte d’Yvonne qui se dispose à aller passer 15 jours chez les Jourdier. Jean prépare un cheval pour le concours hippique. Bon temps pour faire pousser de l’herbe, mais mauvais pour rentrer du foin.
16. Temps sensiblement le même. Lettre de Cécile datée de la Riviera où elle a passé 3 jours dans ce séjour enchanteur chez Nénette Feuchère. Je finis de tailler les haies vives, pourrai-je le faire une autre année ?
17 . Un jeune de Damas d’Aubray âgé de 17 ans se noie dans la Loire en face de Brain en prenant un bain avec des camarades au nombre de 22, que Boigne avait invités pour se baigner et goûter. Le corps n’a été retrouvé que 48 H après.
18 . Longue lettre d’Edmond qui m’apprend la mort de la femme de leur vieux garde Marion. Sa fille Jeanne qui était l’infirmière de ma belle sœur va être obligée de la quitter pour aller habiter avec son père. C’est un gros ennui, car elle n’est pas facile à remplacer. Marcelle goûte au Manoir de Villars avec les Mathieu venus avec leur gazogène qu’ils étrennent.
19 . Marcelle a la visite de Madame Basquin, cette dame qui est la sœur de l’ancienne propriétaire de Planchevienne, Verdier, doit être dans une purée noire, car bien que très élégante, elle est devenue la cuisinière de mon ami, il est vrai qu’ils mangent à la même table, et que la femme Baste vient laver la vaisselle.
2o . Dimanche, pluie En me levant, j’ai la tête lourde et mes jambes manquent d’aplomb, cela ne m’empêche pas d’aller à la messe et de manger du salé aux choux à déjeuner. Taillandier est allé au Lieu Normand, voir le plancher de la Maison qui est en fort mauvais état, il y a 75 m2 à refaire qui coûteraient 1oo frs par m2, et encore faudrait-il trouver des planches, ce qui n’est pas probable. Je porte à la Baste une poche de charbon de bois que Magdinier a bien voulu me céder à 8 frs le Kilo, soit 26 Kg, je lui en fais cadeau. Les Pierre de Rouville et Antoine du Part viennent faire un bridge de 6 à 8 et dînent ensuite avec nous.
21 . Je déclare à la Mairie que je désire mes avoines à la coopérative de la rue Claude Tellier. On n’en finit pas avec les déclarations de toutes sortes, y compris celles pour le vin et le tabac. Avant-hier, il y avait 28°, aujourd’hui 14°. Je fais mettre un cruchon dans mon lit.
Je finis de tailler les haies vives. Comme j’ai encore des étourdissements et la tête lourde en me levant, je le téléphone à Robet qui me dit de me purger.
22 . C’est ce que je fais ce matin en prenant à 8 h du matin du sulfate de soude, médiocre résultat à 7 h du soir. Marcelle va à Chamon pour assister à une vente aux enchères du mobilier revenant à Antoine de Savigny, meubles anciens et modernes se vendent très chers, aussi elle n’achète rien. Longue lettre de Roger de La Brosse, son petit fils est un AS qui a eu un prix d’honneur et 7 nominations . On lui demande de réorganiser la chasse en Morvan où sangliers et renards font des dégâts considérables. Pour accepter cette charge, il pose des conditions si sévères aux Allemands qu’il espère bien qu’ils n’accepteront pas, car il se sent vieillir et qu’il est à bout de forces.
23 . Temps agréable. Carte d’Hervé qui visite l’Algérie. Après son cours à Douera, je lui réponds à Tlemcen où il doit être rentré.
24 . En me levant et en mettant le nez dans ma cuvette, j’ai un étourdissement d’une seconde, c’est un avertissement. J’envoie chercher Robet qui trouve ma tension bonne et le cœur battant bien, il me recommande de faire 6 piqures de d’acécoline. Nous avons Antoine de Sansal à déjeûner, il nous dit que sa grand’mère de Ss sortira ce soir de la clinique Dunecombe où elle a subi une opération à un doigt de pied, il lui apporte un poulet.
25 . 28°, orage. À 6 h¼ du matin, Marcelle me fait une piqure d’acécoline et part pour Mars prendre le train pour Moulins d’où elle doit gagner les Gouttes à bicyclette. Visite de Godemel, l’oncle de mon locataire venu pour chercher les affaires de son neveu.
26 . pluie Reçu lettre d’Édith du 16 venue par Corbigny, d’Yvonne avec photos de ses filles. Carte d’Hervé du 13, elle est datée de Constantine où ils sont allés voir Louis de Champeaux qui y tient garnison. Celui-ci leur dit qu’on raconte que Paul Jourdier aurait été tué ! Heureusement, la nouvelle est fausse, il a été blessé en Éthiopie et il est hospitalisé au Caire. À 7 h½ du soir, j’ai la grande joie de voir revenir Marcelle accompagnée de Dédette qu’elle a trouvée en gare de Varennes ; d’avance, elle lui a fait faire une carte d’identité à St Parize, et par l’intermédiaire de notre locataire Gonin, elle avait eu un laissez-passer. Je la trouve en fort bon état, jusqu’à 11 h, nous avons bien bavardé, ayant bien des choses à nous raconter après une si longue absence. Des Gouttes, Marcelle me dit que sa tante ne va pas trop mal, mais ne voit presque plus clair et qu’elle ne peut s’occuper de rien étant donné que Marguerite a pris les rênes du gouvernement. Les Edmond font beaucoup d’aménagements intérieurs, changent les papiers, respectent les styles dans les chambres à donner. Dans le jardin, l’eau est mise sous pression etc …Aux Fougis, Geneviève aussi change le moteur de son puits et met l’eau dans le château et dans la maison de son garde.
27 . Dimanche Guite de Sansal déjeune avec nous et rapporte qq provisions. Marcelle et Dédette goûtent à Planchevienne avec le ménage Bernard de La Brosse
Tabac ……. pour en avoir, il faut être fumeur, avoir une carte et désigner le bureau où l’on se sert ; alors on a droit chaque semaine à un paquet de Tabac ou à deux paquets de cigarettes. Je me suis fait établir une carte, pour pouvoir faire une politesse à un fumeur. J’ai la visite d’Alain de Villenaut venu ma demander des renseignements sur mon curé comme éducateur, car il aurait envie de mettre son fils en pension chez lui, le petit a 15 ans½ et est assez délicat. Après la pluie, les escargots se promènent partout, aussi mon jardinier en a ramassé 25o, à 2o frs le cent, il a fait une bonne matinée.
28 . Avec Dédette, nous relisons mon journal écrit depuis Mai 194o, de façon à la mettre au courant de tous nos faits et gestes.
29 . pluie Carte d’Hervé de Phillippeville, ils sont contents de leur voyage. Marcelle et Dédette partent pour Nevers en bécane à 1o h½ et à Midi ½ vont à la gare pour attendre Cécile qui nous arrive de Rennes en passant par Tours où elle a couché chez Guite de Villeneuve. À 6h5o, je vais l’attendre à Mars avec mon âne. Elle est en bonne forme, bien que n’ayant pas engraissé. Les trèziaux de blé et d’avoine germent dans les champs.
3o . pluie Duceau passant ici, je lui donne une lettre pour Édith. Dédette me dit que le médecin de sa sœur la trouvant complètement rétablie, supprime tout régime, je m’en réjouis. Le gouvernement a fixé le prix du blé à 29o frs, l’avoine à 215, l’orge à 23o, seigle à 245, et pour le blé il y aura une prime pour ceux qui le livreront les premiers jusqu’à une date déterminée par le ministre de l’agriculture. Guite de Villeneuve se rendant de Tours aux Fougis avec sa fille marque un temps d’arrêt chez nous, elles prennent le train à Mars à 6h5o du soir. Gine a l’air d’une grande jeune fille, elle est jolie personne.
31 . Après avoir bien dormi, je me réveille avec mal à la tête, aussi à déjeuner, au lieu de prendre de la digitaline, j’absorbe un cachet d’aspirine. Après, cela va mieux. Appelé par Marcelle, Mangeon amène de Nevers deux ouvriers pour installer une salle de bains au dessus de la cuisine, quand cela pourra-t-il fonctionner ?Dédette va déjeuner chez les Sansal et dîner et coucher à la Belouze. Anne de Rouville, accompagnée de Jacques vient voir Gine. Marcelle fait venir de Nevers Mangeon avec deux ouvriers plombiers pour installer une baignoire dans le cabinet de toilette de la chambre qui est au-dessus de la cuisine. Mais comment l’eau viendra-t-elle la remplir ? J’espère qu’un jour ma fille aura la fée électrique pour faire marcher tout cela, mais pour le moment, je suis bien sceptique.
2 . J’écris à l’ingénieur du génie rural pour les Petites Granges et l’électricité au Lieu Maslin, sans beaucoup d’espoir. Lettre d’Augustin qui a enfin reçu le versement de Leclercq pour les bois de St Ouen.
3 . Mon Rosaire. Beau temps pour faire les foins.
4 . Premier Vendredi du mois. Je m’approche de la Ste Table. J’avais écrit à Berçot à Moulins, mon chemisier habituel de m’envoyer des chemises, il me répond que premièrement il n’en a plus, et que sans tickets, il ne peut en vendre. Je croyais qu’il ne fallait de ceux-ci que pour acheter des vêtements ou des souliers, mais il en faudra même pour se procurer un mouchoir. Marcelle dîne à Planchevienne avec les Pierre et Jacques revenu de Paris.
5 . Je reçois une lettre de l’ingénieur du génie rural me disant que je ne peux rien toucher pour l’électricité mise au Lieu Maslin parce que la dépense totale n’atteint pas 4ooo frs. Il examinera la question des Petites Granges. Je rentre le foin du pré de la Joie dans de bonnes conditions.
6 . Dimanche Favier m’envoie les 12oo frs qu’il redevait aux Riberolles. Je fais une tournée dans la Roche et les Brûlées et constate que les clôtures sont fort mal tenues. J’ai pourtant donné à mon métayer des bobines de fil de fer ronce pour une grosse somme.
7 . Pierre de Rouville et Jacques viennent dîner avec nous, Suzanne ne les accompagne pas parce qu’elle a une fluxion. Cheveux. Visite des Guillaume du Verne qui partent demain pour Paris où ils doivent passer 3 semaines, loin de la Mairie de St Eloi qui est une vraie fatigue pour Guillaume.
8 . Je conduis Joachim à la Mairie où le Percepteur lui paye son premier trimestre de la retraite aux vieux ouvriers agricoles, soit 9oo frs. Édith.
9 . 28° Marcelle déjeune à Buy où elle entend les doléances de sa tante sur son fils. Elle a vendu son âne qui ne pouvait plus se traîner pour 45oo frs et en a acheté un autre un peu plus jeune pour 8ooo frs, mais il a une fourmilière dans un pied. On lui a passé aussi une Normande pour 8ooo frs, elle a du lait mais elle est complètement aveugle. J’ai la visite de Jacques, venu se baigner dans l’étang américain où il trouve l’eau agréable et chaude, ça ne m’étonne pas, le thermomètre marque 28°. Carte postale d’Augustin du 4, ils vont bien.
10 . Carte d’Hervé qui a chaud. Messe anniversaire pour Bob Le Sueur, avant l’Évangile, Mr le Curé prononce son oraison funèbre en qq mots bien sentis. Beaucoup des châtelains des environs venus par tous les moyens. Au retour, je croise Madame de Rolland qui s’appuie 5o Km à bicyclette pour venir voir sa sœur, elle a plus de sang que celle-ci et meilleure mine. Je fais à la mairie ma demande de charbon pour les battages, peut-être inutilement. Lettre de Marie-L. du Part, écrite de la main gauche, car en tombant dans son salon, elle s’est fracturée le bras droit en trois endroits. Bernard et Claude, de passage à Planchevienne nous font une visite, ils sont très gentils tous les deux. Bernard avait fait une demande pour aller se battre en Syrie, heureusement, elle ne lui a pas été accordée car ce matin, les journaux nous ont appris que l’ordre avait été donné de suspendre les armes, nous étions trop peu nombreux pour nous défendre. Il va maintenant chercher une propriété pour faire de l’agriculture et élever des chevaux de course
11 . pluie Vu les exigences des Anglais en Syrie, nous continuons la résistance, Jean de Sansal a fait une demande pour y aller. Lettre d’Édith, son mari se plaint de ne plus avoir de tabac. Carte d’Hervé qui a reçu mon argent. Je signe un acte par lequel je renonce à l’usufruit que mes filles m’avaient consenti en 1924 lorsque je leur avais fait le partage de ma fortune, afin qu’après moi, l’enregistrement ne puisse pas les rechercher pour l’augmentation des cheptels et autres. Bonne pluie attendue depuis longtemps et qui va mettre un peu de beaume dans le cœur de nos paysans qui disaient que tout était perdu dans leurs jardins. Il n’avait pas plu depuis un mois.
12 . Grosse réquisition hier à St Pierre, les jeunes bœufs de la Seigneurie sont payés 11,4o frs le kilo, la vieille vache descend à 8,5o ; on prétend que tous ces animaux partent pour Cambrai où ils vont ravitailler l’armée allemande. Marcelle va à Nevers de bonne heure en bécane pour y rencontrer les Villeneuve qui vont à Villette en vue d’une location. Guiguite a très mauvaise mine. Marcelle donne des œufs et des fromages à notre voisine Madame Le Droumaguet qui est très aimable pour nous. Au cours de l’orage d’hier, j’ai eu une génisse de 18 mois tuée par la foudre. Comme notre téléphone ne marche plus j’envoie Roy faire la déclaration à l’assurance. Il m’envoie le vétérinaire pour faire la constatation ; je ne suis pas suffisamment assuré pour la valeur actuelle des cheptels, je vais l’augmenter et porter celui de Callot à 4oo ooo frs. Comme un embêtement n’arrive jamais seul, un renard tue en plein jour dans le même domaine 25 dindons et des poulets dans le champ Carreau, ensemencé en blé.
13 . Dimanche, pluie À peu près personne à la messe. Moreau me dit que son beau-frère Chassagnon est chargé de vendre la propriété de la Beaume, près du pont du Veurdre, joli château, vue agréable sur la rivière d’Allier et 1o3 hectares. Je l’indique à Bernard de La Brosse. J’écris à Marion pour lui dire de me faire des avenants pour augmenter la valeur de mes cheptels, porter ceux de Tâches et de Callot à 3oo ooo et celui des Petites Granges à 25o ooo frs. Je passerai plus tard à ses bureaux pour les bâtiments.
14 . pluie Pas de fête. Marcelle va dîner à Chevenon, elle trouve M.L. avec bien mauvaise mine. Je finis de tailler les haies vives autour de la maison.
15 . Kermesse Carte postale d’Augustin qui a reçu mes chèques postaux Carte d’Yvonne qui se dispose à aller passer 15 jours chez les Jourdier. Jean prépare un cheval pour le concours hippique. Bon temps pour faire pousser de l’herbe, mais mauvais pour rentrer du foin.
16. Temps sensiblement le même. Lettre de Cécile datée de la Riviera où elle a passé 3 jours dans ce séjour enchanteur chez Nénette Feuchère. Je finis de tailler les haies vives, pourrai-je le faire une autre année ?
17 . Un jeune de Damas d’Aubray âgé de 17 ans se noie dans la Loire en face de Brain en prenant un bain avec des camarades au nombre de 22, que Boigne avait invités pour se baigner et goûter. Le corps n’a été retrouvé que 48 H après.
18 . Longue lettre d’Edmond qui m’apprend la mort de la femme de leur vieux garde Marion. Sa fille Jeanne qui était l’infirmière de ma belle sœur va être obligée de la quitter pour aller habiter avec son père. C’est un gros ennui, car elle n’est pas facile à remplacer. Marcelle goûte au Manoir de Villars avec les Mathieu venus avec leur gazogène qu’ils étrennent.
19 . Marcelle a la visite de Madame Basquin, cette dame qui est la sœur de l’ancienne propriétaire de Planchevienne, Verdier, doit être dans une purée noire, car bien que très élégante, elle est devenue la cuisinière de mon ami, il est vrai qu’ils mangent à la même table, et que la femme Baste vient laver la vaisselle.
2o . Dimanche, pluie En me levant, j’ai la tête lourde et mes jambes manquent d’aplomb, cela ne m’empêche pas d’aller à la messe et de manger du salé aux choux à déjeuner. Taillandier est allé au Lieu Normand, voir le plancher de la Maison qui est en fort mauvais état, il y a 75 m2 à refaire qui coûteraient 1oo frs par m2, et encore faudrait-il trouver des planches, ce qui n’est pas probable. Je porte à la Baste une poche de charbon de bois que Magdinier a bien voulu me céder à 8 frs le Kilo, soit 26 Kg, je lui en fais cadeau. Les Pierre de Rouville et Antoine du Part viennent faire un bridge de 6 à 8 et dînent ensuite avec nous.
21 . Je déclare à la Mairie que je désire mes avoines à la coopérative de la rue Claude Tellier. On n’en finit pas avec les déclarations de toutes sortes, y compris celles pour le vin et le tabac. Avant-hier, il y avait 28°, aujourd’hui 14°. Je fais mettre un cruchon dans mon lit.
Je finis de tailler les haies vives. Comme j’ai encore des étourdissements et la tête lourde en me levant, je le téléphone à Robet qui me dit de me purger.
22 . C’est ce que je fais ce matin en prenant à 8 h du matin du sulfate de soude, médiocre résultat à 7 h du soir. Marcelle va à Chamon pour assister à une vente aux enchères du mobilier revenant à Antoine de Savigny, meubles anciens et modernes se vendent très chers, aussi elle n’achète rien. Longue lettre de Roger de La Brosse, son petit fils est un AS qui a eu un prix d’honneur et 7 nominations . On lui demande de réorganiser la chasse en Morvan où sangliers et renards font des dégâts considérables. Pour accepter cette charge, il pose des conditions si sévères aux Allemands qu’il espère bien qu’ils n’accepteront pas, car il se sent vieillir et qu’il est à bout de forces.
23 . Temps agréable. Carte d’Hervé qui visite l’Algérie. Après son cours à Douera, je lui réponds à Tlemcen où il doit être rentré.
24 . En me levant et en mettant le nez dans ma cuvette, j’ai un étourdissement d’une seconde, c’est un avertissement. J’envoie chercher Robet qui trouve ma tension bonne et le cœur battant bien, il me recommande de faire 6 piqures de d’acécoline. Nous avons Antoine de Sansal à déjeûner, il nous dit que sa grand’mère de Ss sortira ce soir de la clinique Dunecombe où elle a subi une opération à un doigt de pied, il lui apporte un poulet.
25 . 28°, orage. À 6 h¼ du matin, Marcelle me fait une piqure d’acécoline et part pour Mars prendre le train pour Moulins d’où elle doit gagner les Gouttes à bicyclette. Visite de Godemel, l’oncle de mon locataire venu pour chercher les affaires de son neveu.
26 . pluie Reçu lettre d’Édith du 16 venue par Corbigny, d’Yvonne avec photos de ses filles. Carte d’Hervé du 13, elle est datée de Constantine où ils sont allés voir Louis de Champeaux qui y tient garnison. Celui-ci leur dit qu’on raconte que Paul Jourdier aurait été tué ! Heureusement, la nouvelle est fausse, il a été blessé en Éthiopie et il est hospitalisé au Caire. À 7 h½ du soir, j’ai la grande joie de voir revenir Marcelle accompagnée de Dédette qu’elle a trouvée en gare de Varennes ; d’avance, elle lui a fait faire une carte d’identité à St Parize, et par l’intermédiaire de notre locataire Gonin, elle avait eu un laissez-passer. Je la trouve en fort bon état, jusqu’à 11 h, nous avons bien bavardé, ayant bien des choses à nous raconter après une si longue absence. Des Gouttes, Marcelle me dit que sa tante ne va pas trop mal, mais ne voit presque plus clair et qu’elle ne peut s’occuper de rien étant donné que Marguerite a pris les rênes du gouvernement. Les Edmond font beaucoup d’aménagements intérieurs, changent les papiers, respectent les styles dans les chambres à donner. Dans le jardin, l’eau est mise sous pression etc …Aux Fougis, Geneviève aussi change le moteur de son puits et met l’eau dans le château et dans la maison de son garde.
27 . Dimanche Guite de Sansal déjeune avec nous et rapporte qq provisions. Marcelle et Dédette goûtent à Planchevienne avec le ménage Bernard de La Brosse
Tabac ……. pour en avoir, il faut être fumeur, avoir une carte et désigner le bureau où l’on se sert ; alors on a droit chaque semaine à un paquet de Tabac ou à deux paquets de cigarettes. Je me suis fait établir une carte, pour pouvoir faire une politesse à un fumeur. J’ai la visite d’Alain de Villenaut venu ma demander des renseignements sur mon curé comme éducateur, car il aurait envie de mettre son fils en pension chez lui, le petit a 15 ans½ et est assez délicat. Après la pluie, les escargots se promènent partout, aussi mon jardinier en a ramassé 25o, à 2o frs le cent, il a fait une bonne matinée.
28 . Avec Dédette, nous relisons mon journal écrit depuis Mai 194o, de façon à la mettre au courant de tous nos faits et gestes.
29 . pluie Carte d’Hervé de Phillippeville, ils sont contents de leur voyage. Marcelle et Dédette partent pour Nevers en bécane à 1o h½ et à Midi ½ vont à la gare pour attendre Cécile qui nous arrive de Rennes en passant par Tours où elle a couché chez Guite de Villeneuve. À 6h5o, je vais l’attendre à Mars avec mon âne. Elle est en bonne forme, bien que n’ayant pas engraissé. Les trèziaux de blé et d’avoine germent dans les champs.
3o . pluie Duceau passant ici, je lui donne une lettre pour Édith. Dédette me dit que le médecin de sa sœur la trouvant complètement rétablie, supprime tout régime, je m’en réjouis. Le gouvernement a fixé le prix du blé à 29o frs, l’avoine à 215, l’orge à 23o, seigle à 245, et pour le blé il y aura une prime pour ceux qui le livreront les premiers jusqu’à une date déterminée par le ministre de l’agriculture. Guite de Villeneuve se rendant de Tours aux Fougis avec sa fille marque un temps d’arrêt chez nous, elles prennent le train à Mars à 6h5o du soir. Gine a l’air d’une grande jeune fille, elle est jolie personne.
31 . Après avoir bien dormi, je me réveille avec mal à la tête, aussi à déjeuner, au lieu de prendre de la digitaline, j’absorbe un cachet d’aspirine. Après, cela va mieux. Appelé par Marcelle, Mangeon amène de Nevers deux ouvriers pour installer une salle de bains au dessus de la cuisine, quand cela pourra-t-il fonctionner ?Dédette va déjeuner chez les Sansal et dîner et coucher à la Belouze. Anne de Rouville, accompagnée de Jacques vient voir Gine. Marcelle fait venir de Nevers Mangeon avec deux ouvriers plombiers pour installer une baignoire dans le cabinet de toilette de la chambre qui est au-dessus de la cuisine. Mais comment l’eau viendra-t-elle la remplir ? J’espère qu’un jour ma fille aura la fée électrique pour faire marcher tout cela, mais pour le moment, je suis bien sceptique.
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