11.3.10

AOUT 1941

1er Je conduis Cécile à la messe pour le premier vendredi du mois, je communie comme elle. Dédette téléphone qu’elle ne reviendra que demain de la Bélouze. Mangeon reprend ses ouvriers à 6 h du soir. Ils m’ont arrangé qq échenets et le siphon qui est au pignon de la maison, coté levant. Lavergne revient aux Petites Granges pour les crépissages. Cécile, à bécane, fait une visite à Planchevienne. Ma cuisinière est incorrigible, elle a encore baptisé la bouteille de vin blanc que j’avais sorti pour Cécile, quand elle sent du vin, elle trouve toujours l’endroit où on l’a caché, tel un chien d’arrêt à l’affût de sa proie.

2 . Pendant que mes filles sont en visite à Chevenon, je reçois celle de Maurice qui est en séjour à Buy avec sa femme et ses filles. Il me raconte par le menu les histoires fâcheuses qui existent entre sa mère et Georges. Je ne veux pas en parler ici pour que plus tard on n’en trouve des traces dans mon cahier, car ce n’est pas flatteur pour la famille.

3 . Dimanche Mon rosaire est à l’heure de la messe, je le dis à 3 h. Pendant que Marcelle et Dédette vont à Buy, Cécile part à la chasse aux champignons et rapporte un beau plat de rosés ; c’est de bien bonne heure, la pluie persistante y est pour qq chose.

4 . pluie Mériem de Martimprey et sa belle-fille devant venir déjeuner, la pluie du matin les arrête. Madame de Montrichard pensant les trouver ici nous arrive à 3 h avec son âne qui ne marche qu’au pas, ce qui lui permet de voir le jardin de Madame Soulat qu’elle ignorait. Les petits Rouville viennent goûter et chercher un morceau de cochon que nous partageons avec eux. Cette pluie persistante plonge les agriculteurs dans la désolation. L’avoine germe partout.

5 . pluie La pluie empêche Guite de Sansal de venir déjeuner, elle vient seulement goûter, apportant le laissez-passer pour Cécile et Dédette que mon locataire Gonin, qui est bien avec les Allemands, a pu obtenir, car c’est maintenant très difficile. J’ai la visite de mon malheureux fermier Bringault venu me dire qu’il a le bois pour faire le plancher et qu’il attend le charpentier pour le poser. Ayant perdu ses trois juments et plusieurs bêtes à cornes, il ne peut rien me donner.

6 . J’emprunte le cheval de Moreau qui est rétif comme la Convention pour conduire Marcelle à 12h48 à St Pierre parce qu’elle va à Bulhon avec Dédette. Au retour, je passe par Buy où je trouve M.-Thérèse en conversation avec Mr Boucaumont qui a été chargé par le tribunal de la gérance de Buy, Georges ayant perdu le procès intenté à sa mère devant la cour de Bourges. Tout cela n’est guère propre et peu flatteur pour la famille. Vu Pierre Servois descendant du train à la gare où il était attendu par Bouillé, vilaine compagnie.

7 . pluie Il tombe des trombes d’eau, cette fois les blés en tréziaux qui n’avaient pas encore grand mal vont germer sévèrement, les avoines souffrent encore davantage. C’est décourageant et je broie du noir au coin du feu que j’allume, car j’ai les pieds gelés, le thermomètre marque onze degrés. Je mets les vaches à lait dans le pré de la Joie.

8 . pluie Antonin Moreau m’emmène à la Ravie où qq petites parcelles ne sont pas encore coupées, et où plusieurs le sont mais la vidange est loin d’être finie, et avec les pluies continuelles pas faciles à terminer. Je charge Moreau de vendre les arbres de futaie, qui sauf dans un petit carré dans le bas, sont bien médiocres. Il veut bien aussi me vendre les Mouillins à Azy 5 frs, le bois des Antes 2frs 8o, les Champs Blonds 4 frs et enfin 6 frs à Tassain tous ceux là sur St Parize. J’ai l’intention de lui donner 5 % sur l’ensemble pour ce qui me concerne, et 1o % pour Tassain qui lui a fait une crasse il y a 2o ans en lui faisant payer l’affranchissement d’une lettre. Marcelle va goûter à Planchevienne avec la pluie sur le dos.

9 . Journée sans soleil et sans pluie, on retourne qq gerbes de blé et d’avoine, les pailles sont toutes noires. Cécile que je vais chercher à Mars retour de Bulhon et des Gouttes me dit que les récoltes sont dans un état aussi lamentable qu’ici, mais que tout le monde va bien. Aux Gouttes, les Edmond font de nombreuses réparations, salles de bains, eau chaude, eau froide, changement de papiers. Le ménage Pierre et Catherine vont s’installer dans la maison du piqueux, qui devient une garderie. À Bulhon, Augustin cherche toujours un fermier, sa nièce Voillaume a mis au monde cette semaine une troisième fille. Yvonne est à Batna chez les Jourdier pour qq jours avec ses filles. Jean m’a envoyé sa photo sautant un obstacle au concours hippique d’Oujda sur le cheval barbe Ressort.

1o . Dimanche, pluie Mon jardinier qui est allé à Calot aider Roy à rentrer de l’avoine qui est loin d’être sèche, a le mollet serré entre un mur et la roue d’un chariot, on le ramène en voiture. J’appelle le médecin de Magny qui le condamne à plusieurs jours de repos. Comme il est la cheville ouvrière de la maison, pour traire les vaches, rentrer le bois, le couper, soigner ses nombreux lapins etc .. Son repos se fera durement sentir surtout pour Marcelle. Je donne du bois à faire au 1/3 à Chanak dans les Chaumes Vieilles, 1 noyer, 5 têtards d’orme, il travaille à Imphy où il gagne 6frs75 par heure pour faire des canons et des obus pour les Boches.

11 . Par hasard, il fait beau, Marcelle et moi, nous faisons le service du jardinier qui a bien dormi, mais qui ne peut pas se servir de sa jambe.

12 . Madame Dervault, née Narjot de Toucy, vient de mourir dans son château de la Chaise dans sa 86 ème année, c’est une délivrance, car depuis q q temps, elle était en enfance. Veuve en première noce de Gustave de la Brosse, son remariage a surpris bien des gens tout particulièrement sa sœur et son mari. Elle fut une jolie femme intelligente et distinguée. Cécile nous a quitté, cela m’attriste car je me demande si je la reverrai. Avec mon âne, je la conduis péniblement à Planchevienne où un taxi vient pour la mener à Nevers prendre le train à 4h Dijon-Tours, elle couchera chez les Villeneuve et repartira demain à 8 h du matin pour Rennes. Le Colonel de Sansal est revenu de captivité après un voyage de 5 jours. Mes métayers rentrent du blé à moitié sec, la paille est noire. Je porte à Suzanne de Rouville un paquet de cigarettes, en échange, elle insiste pour que j’accepte une livre de sucre.

13 . Chiron m’amène 7o gerbes d’avoine pour nourrir nos poules en attendant les battages. L’équarisseur vient chercher au domaine de Tâches deux génisses de 18 mois crevées d’entérite. J’envoie à André Robert un chèque de 2ooo frs pour payer une bicyclette à Miette.

14 . Jeanne de Mollins vient déjeuner avec nous par le car qui est comble, c’est toujours un régal de recevoir cette charmante femme, Madame de Montrichard sachant qu’elle passait la journée vient prendre une tasse de thé avec elle. Etant allé faire ferrer mon âne à Moiry, je vois chez Martinat une machine à battre sous pression et bien des agriculteurs venant faire un chariot soit d’avoine, soit d’orge pour les volailles ou les cochons. Les pailles sont moins noires que je ne l’aurai pensé après toutes les ondées qu’elles ont reçues.

15 Assomption.grêle Par un temps radieux, je vais à la première messe où je communie avec une vingtaine de jocistes de 15 à 2o ans, dont Paul Martinat est l’entraîneur. Peu de communes du Département me donnent un exemple aussi édifiant. À Minuit, orage d’une extrême violence, qui a duré une vingtaine de minutes, grêle intense, il ne reste rien dans les jardins, ni dans les vignes. Les deux ormes qui étaient à l’angle Nord-Est du chenil sont tombés, l’un d’eux sur le poulailler, quatre autres énormes barrent le chemin du domaine au Pied Prot, et à peu près personne pour déblayer tout cela.

16 Les cultures de betteraves et de haricots qui étaient magnifiques n’existent plus. Les sinistrés prévoient la famine pour l’hiver prochain. Quantités de verres sont brisés aux fenêtres et je me demande si on trouvera pour les remplacer avant les froids. En Août 1882, nous avions eu semblable tourmente. Il parait que le domaine de Tilleul , commune de Luthenay a ses bâtiments très endommagés. St Pierre a aussi beaucoup de mal. Deux bûcherons de St Parize, Tantot et Marquet, travaillent à déblayer mes chemins, avec les métayers qui sont dans la consternation en voyant leurs champs de légumes qui étaient superbes et les fourrages artificiels qui étaient bons à faucher, on dirait que le rouleau est passé dessus. Je ne crois pas qu’ils se relèvent. Les têtards d’ormes tombés dans le chemin font une moyenne de 3,25 m de tour et leurs branches 1,45 m, les mottes de terres arrachées à leur pied sont énormes. Naturellement, les fils de fer de barrage attachés à leur écorce sont rompus. Des gens venus de Nevers me disent qu’après Magny, on ne voit pas de trace de la grêle, l’orage allant direction de Chevenon.

17 .Dimanche En allant à la messe, je distribue à la poste des choux, victimes de la grêle à Canty, Goulet, Girard, Blot, Moine etc … Les uns et les autres parlent du désastre qui s’est étendu fort loin. Peu de monde à la messe, les gens de St Parize n’y vont pas deux fois dans la même semaine. Visite d’Henri de Rouville et de sa fille. Suzanne Le Sueur vient chercher des prunes tombées pour faire de la confiture.

18 . pluie Les bêtes de la Petasse sortent de leur pré et se promènent autour de ma maison, elles mettent le trouble dans toutes les pâtures de Callot. J’apprends avec plaisir les espérances de ma petite-fille Simone, je m’en réjouis avec elle et Hervé car je savais que l’un et l’autre désiraient vivement l’arrivée d’un héritier. À déjeuner, nous mangeons Marcelle et moi chacun notre perdreau rôti. C’est Moreau qui nous a apporté cet excellent gibier, ramassé dans une compagnie décimée par les grêlons. Je pèse un châtron de 18 mois pour me rendre compte du poids des 23 que j’ai à vendre. Son poids est de 335 kg, non à jeu, l’un d’eux a un abcès dans la gorge, Richard le soigne.

19 . Une vache du pré de la Joie avale une chemise que ma cuisinière avait mise à sécher sur les fils de fer. J’espère que la digestion se fera sans risques. Paris-Centre m’annonce la mort de mon ancien fermier Favier (75 ans) sorti du Mou le 11 Mai dernier, enterrement demain à Challuy, je regrette de ne pas pouvoir aller rendre un dernier devoir à ce brave homme. Louise de Prunelé nous fait part des fiançailles de sa fille avec le Vte de Raismes, avocat à Paris. Le Welingtonia de la pelouse a 35 m de hauteur. Avec Moreau, nous allons visiter les Champs Blonds et le bois des Antes, car je vais le charger de vendre la futaie, de même que les ormes tombés dans les chemins autour de la maison et qq autres dans les près, une dizaine environ.

2o .pluie Je vends à Jacquelin 5 vieux noyers non abattus qu’il me paye comptant 12oo frs. Je lui vends à raison de 22o frs le stère les branches des ormes abattus par le cyclone et que je fais exploiter par mes bûcherons ; on les mesurera quand ils seront tronçonnés. Je lui vends pour le même prix une dizaine d’ormes encore sur pieds mais qui sont mûrs, l’écorçage lui appartiendra. Lettre d’Édith, qui est très émue par des projets de mariage dont on lui parle pour ses filles. L’étendue des ravages causés par la grêle va de Bourbon-l’Archambault à St Benin d’Azy, en passant par Lurcy Lévy, commune atteinte pour la deuxième fois cette année.

21 .pluie Je vends à Chevalier 21 châtrons de 18 mois sur le pied de 11 frs le kg, il les envoie en Maine et Loire. Marcelle qui devait aller faire une visite à Dornes à bicyclette avec Anne de Rouville y renonce à cause du temps. Carte d’Yvonne du 8, elle est en séjour avec ses filles chez les Jourdier.

22 . Mériem et Koutchi de Martimprey venues à bicyclette passent la journée avec nous très gentiment. Roy, avec ses juments tirent les arbres abattus dans les prés et on peut remettre les fils de fer. Ce n’est pas un travail facile, étant donné le poids des troncs qui ont 3 mètres de tour.

23 . Avec Chiron et mon jardinier, nous finissons de clore le pré Blond.

24 . Dimanche Jacques et sa cousine Anne viennent goûter, c’est un exercice qu’ils aiment assez l’un et l’autre.
Citation à l’ordre de l’armée d’Hubert de La Brosse :
Officier d’une bravoure et d’un calme au-dessus de tout éloge, chargé de la défense d’un pont, a fait preuve de la plus grande énergie dans les journées des 15 et 16 Juin 194o, assurant l’ordre au passage du pont malgré de violents bombardements, puis après avoir fait sauter le pont au dernier moment, a interdit le franchissement du cours d’eau à un ennemi très mordant. A reçu l’ordre de changer de position le 15 juin à 19 h et complètement entouré d’ennemis, s’est infiltré au milieu d’eux avec son détachement sur un parcours de 4o km.

25 . Je reçois une carte de Miette me remerciant de la bicyclette que je lui ai offerte. D’Anglejan nous envoie 5 kg de miel pour 175 frs, 35 frs le kg. Les Guillaume du Verne se rendant à Sancoins pour 24 h déjeunent avec nous, Guillaume après son repos d’un mois à Paris va mieux, mais il a encore 2o de tension. J’apprends que ma cuisinière, hier après la messe, a acheté aux Docks leur dernière bouteille d’eau de vie pour 68 frs, aussi le soir, elle titubait fortement. Quelle passion ! Et dire qu’il faut se servir d’un outil pareil. Edmond nous téléphone de Moulins, retour d’un voyage dans le Jura. Ils vont bien mais il nous dit que Perrette a eu une nouvelle congestion . Pauvre Fain, pauvres enfants !

26 .pluie Temps horrible. Je livre 15 châtrons à Blond. Lasseur vient remettre les carreaux brisés par la grêle. Louis de Savigny m’écrit une lettre de condoléances pour le désastre causé chez moi par la grêle.

27 . Temps normal. Lettres de Cécile et de Simone Jourdier.

28 . Marcelle déjeune au Colombier où elle retrouve Marie-Antoinette. Ce sont les dames qui font le service elles-mêmes.

29 . pluie Moreau me mène au lieu Normand, le plancher de la maison est bien refait, j’avais apporté de l’argent pour le payer, mais Bringault me dit qu’ayant vendu des châtrons la veille, il pourra régler cette dépense ; c’est pour moi une agréable surprise. Il me montre le toit de la petite écurie qui va s’effondrer, les lattes sont pourries, j’ordonne la réparation. Mon voisin du Clergeat ayant remplacé les vieilles tuiles de sa maison par des Montchanin, je dis à mon fermier de tâcher de les racheter pour remplacer les miennes, car on en trouve très difficilement des neuves. Madame Bringault me dit que la déveine les poursuit, une vache normande sur laquelle elle comptait pour avoir un peu de lait s’est avortée le 7 Août. Sa volaille ne marche pas mieux que le reste. Sa sœur, qui est à Paris lui ayant demandé un poulet, n’en n’ayant pas chez elle, elle en a payé un 9o frs et il ne pesait pas 4 livres. Avec Moreau, je visite la coupe du Mouillin, et je constate avec plaisir que la futaie qui est à vendre est d’une belle venue et que le taillis à rendu beaucoup de cordes, il est vrai qu’il y a dedans des brins qui n’ont qu’un centimètre au petit bout. Je donne à Bringault deux chênes estimés 3oo frs pour occuper son fils aîné qui a beaucoup de goût pour la menuiserie. Au Lieu Maslin, tout va bien, y compris l’électricité. Nous croisons au retour 3 hommes de St Parize, portant d’énormes paniers remplis de champignons dits trompettes de la mort.

3o . pluie Journée triste, froide, j’allume du feu, j’écris une carte à Édith

31 . Dimanche Bien peu de monde à la messe. Guite de Sansal venue aux provisions m’apporte une lettre d’Édith confiée à Nadaillac. Elle m’annonce la mort de Perrette Fain à la suite d’une nouvelle congestion survenue le 26. C’est Miette qui l’a assisté dans ses derniers moments. Aujourd’hui, course hippique à Nevers. Par hasard, il fait beau.

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