16.1.11

JUIN 1937

1 Pluie. Il tonne toute la nuit et l’orage nous amène une pluie bienfaisante qui va faire mûrir les fraises et naître les betteraves. Les Guillaume du Verne dînent avec nous. Lettre pleine d’esprit et de bonne humeur d’Hervé qui est au camp de Sissonne.

2 Le Sueur vend ma laine à Mauplin 9F 25 le kilo. Nous refusons un goûter chez Madame Mauban. Avec mon âne, je fais une tournée dans les Craies. Dans le St Babat, mauvais blé parce que fait trop tard. Les récoltes de Gonin ne valent rien. Je ne sais avec quoi il me paiera, il n’a ni grain ni cheptel.

3 Mon Rosaire. Marcelle va à St Pierre, où elle réunit à la Permanence de la Ligue, la présidente de chaque commune du canton.

4 1er Vendredi du mois, je m’approche de la Ste Table. Roy fauche la pelouse avec Favori et Caprice, il est vrai que ce sont deux juments. Nous refusons un goûter chez la jolie Madame Mauban et un autre chez la Vicomtesse de Sézille.

5 Lettre de Cécile qui a des Bridges tous les jours. Elle se dispose à aller avec des amies faire un pèlerinage à Lisieux. Jean de Valence a eu un 4ème prix au concours hippique de Colmar.

6 Dimanche. Il tonne au loin, aussi mon vieux thermomètre marque 28°. Les du Part viennent faire leur bridge.

7 Reviriot qui me paye mal la location de ma carrière me conduit ce jour à Nevers avec son camion 5 stères 60 de bois d’orme. Madame de Sansal nous amène le Cel d’Assigny pour faire un bridge. Ils jouent aussi mal l’un que l’autre. Quelques gouttes de pluie entravent les foins. Il n’y a pas de récolte plus ennuyeuse à lever.

8 St Médard. Il pleut. Cela nous promet une belle récolte de foin. Marcelle toujours dolente appelle Bonnichon. Elle n’a que 12 de tension et tousse encore. Le Dr lui recommande de ne pas aller au soleil en plein midi et ordonne des médicaments.

9 Il tonne de tous côtés, mais heureusement il ne pleut pas sur nous et l’on peut rentrer la plus grosse partie des foins de la pelouse.

10 Allons à Nevers faire de nombreuses commissions. Nous emmenons Anne Cherut qui veut voir sa sœur Marie qui a eu une congestion le mois dernier. J’achète un chapeau. Celui-ci devrait me mener à bout. Je paye mon charbon, le chocolat, le pain. Tout augmente, pendant que les valeurs baissent, le 3% est à 60 F, ce qui ne lui était jamais arrivé. Mesdames Guillemain et de Chalvron avec leurs enfants goûtent avec nous.

11 30°. St Barnabé. Il tonne un peu partout, mais nous n’avons que quelques gouttes d’eau. Blois vient réparer mes toitures. Marcelle va à La Chasseigne chercher des plantes que vend Buffet le jardinier. Ca l’occupe plus que de nettoyer son jardin envahi par les chardons et le chiendent.

12 Temps admirable, promenade avec Jaurès. Je recommence Yodalose. Marcelle qui allait bien hier, a passé une mauvaise nuit, battements de cœur. Elle appelle Bonnichon qui est absent.

13 Marcelle va mieux aujourd’hui et comme elle n’est contente qu’avec beaucoup de monde autour d’elle, elle invite M. Th. Guillemain et les petites d’Assigny dont la mère se soigne à Lausanne, à passer la journée avec nous. A 4 h le Cdt Bouchacourt qui nous comble de politesse vient faire une visite et un bridge jusqu’à 7 h ½. Il est plus aimable pour nous que nous ne le sommes pour lui. Entre temps avec M. Th., nous allons au Rond de Bord, voir la maison achetée par M. d’Horquélus administrateur du Paris Centre, où il y a seulement deux chambres et une grange. C’est là qu’il veut se reposer loin du téléphone.

14 Marcelle va mieux, sa tension monte à 13 1/2. Quant à moi, mes forces reviennent et j’allonge mes promenades à pied.

15 Michel, comme toutes les fois qu’il vient me parler c’est pour m’annoncer une mauvaise nouvelle. Cette fois, il m’en apprend deux. Un veau de lait est crevé et le comble de l’ennui, c’est que le taureau acheté en septembre n’a pas rempli une vache.

16 La température de 25° d’hier soir est passée à 14 ce matin. Visite au Lieu Maslin. Mon fermier Renaud qui est rempli de bon vouloir n’a pas de chance. Il a perdu une belle jument prête à mettre bas et comme son cheptel bovin est très restreint comme nombre, il ne peut faire de l’argent pour me payer. Au Lieu Normand rien de neuf. Lacroix veut bien reprendre le taureau des Petites Granges qui est improductif.

17 Nous déjeunons chez Madame de Pardieu avec le Cel et Madame Huet, les Saulieu et leur fille du Pelou. Menu et vins d’avant guerre. Comme il y a plusieurs cas de diphtérie en ville, Madame Jacquemard prend peur pour Nené, aussi nous les ramenons avec nous afin de fuir la contagion.

18 Blois de Magny répare mes couvertures d’ardoises. C’est un ouvrier très habile, l’ouvrage lui fond dans les mains. Madame Le Sueur goûte avec ces dames et descend Madame Jacquemard à Moiry et la met dans l’autobus direction de Nevers, elle nous laisse son garçon.

19 Les Jacquemard emmènent leur rejeton qui va fort bien. Les Edmond Clayeux revenant de Paris, s’arrêtent en passant. Guiguite Roullet sort de la clinique où elle a été soignée pour subir une opération au sein. Elle a dû cesser de nourrir le jeune Louis.

20 Dimanche. La maison ne désemplit pas. A 4 h, les Mollins nous amènent Marguerite Pinet, peu après débarquent les Jacquemard père mère et enfant, ensuite Jean Tiersonnier avec Simony. J’ai aussi la visite de Joly qui demande la place de garde à St Ouen. Les Edmond Clayeux partent dans l’après midi.

21 J’ai lu dernièrement dans une statistique agricole que pour faire un hectare de pommes de terre cela revenait à sept mille francs. Dans mes domaines ça coûte beaucoup moins cher. Le métayer les plante, quelques jours après, un ou deux coups de herse, quand elles sont nées on passe la binette entre chaque rang, après une pluie on les butte avec la houe et à la fin de septembre on vient les arracher. Dans le temps le père Charronnier disait, la légume c’est la pioche qui l’amène, il n’en est plus ainsi heureusement. Le sénat a renversé le ministère Blum la nuit dernière, je le regrette, on aurait dû le laisser s’enferrer davantage. Nous avons la visite de Marie Antoinette et de l’abbé Jean. Celui-ci gagne Paris pour marier le second des Chillaz avec Melle de Fongères.

22 Nous menons M. Jacquemard à Dornes où nous trouvons Suzanne Tiersonnier et la femme de Laurent avec deux gentils enfants et sur le point d’en avoir un troisième. Nené prend 6 carpes. Au retour, visite à Limoux.

23 Cécile s’installe Villa Bongoli, avenue Broussais Paramé, Ille et Vilaines. Elle nous fait part des espérances de sa fille pour Janvier. Personnellement, je suis heureux de cette nouvelle et je m’en réjouis pour M. Banéat qui n’a plus qu’Yvonne comme famille.

24 St Jean. Foire à St Pierre. Les cochons ont repris et les bovins se vendent bien. Gallet me dit qu’Antoinette Jourdier a loué Bergeron 93 k viande de bœuf par hectares et que la première année, elle doit payer à Maringe fermier entrant environ pour douze mille francs de scories et six mille l’année suivante.

25 Les Jacquemard nous quittent. Mon pauvre vieux Joachin est souffrant. Il a eu un débordement de bile ces jours derniers, il fauchait encore malgré son âge et ses infirmités. Son intérieur fait pitié.

26 Passons par Nevers pour prendre Madame de Pardieu et la conduire à déjeuner à Lurcy chez les Saulieu où nous sommes reçus de façon charmante. Dans l’après midi, Saulieu me mène visiter la ferme de Marolles appartenant à l’hôpital et dont j’ai déjà parlé. Je la croyais louée à Dorlet, mais il paraît que ce n’est pas définitif et les Naudin ne désespèrent pas d’y rester. Je reviendrai la dessus.

27 Pluie. Dimanche. Visite à Buy. Marie Thérèse vient de s’installer, nous ne la trouvons pas, elle passe la journée chez les Le Sueur pendant que Bob et Antoine sont aux courses de Moulins. Au retour, visite à Fontallier et au retour au manoir de Villars.

28 Pluie. Madame de Sansal nous amène Marguerite Pinet et les Charles Tiersonnier. Je fais avec eux un bridge des plus ennuyeux. Il paraît que Marie Tiersonnier a subi ces temps-ci à Paris une terrible opération. Le chirurgien Vincent lui a ouvert la boîte crânienne pour lui enlever un abcès.

29 Pluie. Gabriel de Montrichard déjeune avec nous et repart demain pour Paris et ensuite la Bretagne. C’est à La Chasseigne qu’ils habitent le moins. Les Cote nous font part des fiançailles de leur second fils avec Melle d’Anteroche, nièce de Josefa, c’est une personne charmante.

30 Je vais avec Marcelle au Paturail Masles, on dirait qu’il a neigé sur l’herbe, tant il y a de trèfles blancs, les scories que j’ai fait répandre l’hiver dernier font merveille.

15.1.11

MAI 1937

1 Pas de journaux, mais chants de l’Internationale et drapeaux rouges. L’avoué Cointe me fait visiter sa maison du bas de la Place, c’est un vrai musée.

2 Dimanche. Je me traîne péniblement à la messe. Mes enfants vont aux Saulaies faire une visite à Madame de La Brière.

3 Pluie. Rosaire. Mes enfants goûtent chez Mme de Pardieu. Le Cel d’Assigny dîne à la maison.

4 Geneviève Clayeux revenant d’Auxerre assister à la 1ère communion de sa petite fille nous fait une petite visite. Mes filles et petites filles goûtent chez Madame Aymart Duvernoy.

5 Un nouveau torticolis me fait passer une nuit fort désagréable. Les du Part emmènent Marcelle à Etréchy à l’enterrement de Madame Pierre de Goy.

6 Ascension. Je me traîne péniblement à la messe de midi. Mes petites filles déjeunent à La Garenne et assistent dans l’après midi à la fête du muguet qui a lieu dans le parc ouvert à tout le monde, la musique du 13ème prête son concours.

7 Je ne fais pas la communion du 1er vendredi du mois parce que fatigué. Les Riberolles nous quittent emmenant deux bonniches de 17 ans.

8 Foire à Nevers, je n’y descends pas. Marcelle assiste à un grand goûter chez les Maumigny.

9 Ste Jeanne d’Arc, la cathédrale est pleine, le préfet se fait représenter, seul le conseil municipal brille par son absence. A 2 h au Clos, réunion de l’Union Catholique où nous entendons un grand orateur, Monseigneur Courbe et Le Cour Grandmaison, député.

10 Orage, grêle. A 3 h un violent orage s’abat sur Nevers, la place est un torrent. A St Eloi la grêle ravage toute la commune et s’étend jusqu’à Plagny.

11 Pluie. Nous nous installons à Tâches. Grâce au poêle du vestibule, il fait bon dans ma chambre. André me fait part de la naissance à Paris d’un petit fils Roulet qui n’est pas venu sans douleur.

12 Ma jument Ragote du domaine de Tâches a une hernie. Je la fais enlever par un boucher, reconnue fiévreuse à l’abattoir, elle est saisie et non payée.

13 Visite des Le Sueur qui nous apportent d’excellent boudin. Je fais une tournée agricole avec mon âne, car à pied je ne peux plus me traîner.

14 Autre tournée avec Jaurès. Je vois une génisse d’un an aux petites Granges qui file un mauvais coton. C’est dans cette génération là que j’ai déjà perdu trois bêtes.

15 Pluie. Les Villeneuve et Gine nous arrivent pour trois jours. Nous n’avons pas beaucoup de distractions à leur offrir.

16 Pentecôte. J’assiste à la grande messe où il y a beaucoup de monde. Les Gaby et Marcelle passent par Chevenon où ils déposent Gine pour s’amuser avec Chantal et gagnent Nevers pour assister à un goûter donné chez Auguste du Verne en l’honneur de Madame Guy du Verne.

17 Les Gaby vont goûter à Aubigny, Marcelle et Gine à une comédie de l’école de St Parize. Quant à moi, je fais une tournée agricole avec Jaurès.

18 Pluie. Je reçois des mines de Decize 5 000 kg de charbon, 130F de port. Les Gaby retournent à Auxerre chargés de fleurs et de légumes. Je vends le veau de ma Bretonne 720F.

19 Je tousse un peu moins, mais Marcelle tousse beaucoup plus.

20 Orage et Pluie. Jeudi. Nous allons à St Pierre, Marcelle pour la permanence de la Ligue et achat de beurre, moi pour consulter Robet qui trouve ma tension bonne, 16, mais me dit de continuer à prendre des drogues.

21 Muni de ma canne de battue, je fais le tour des Chaumes Vieilles où l’étang américain déborde, son voisin du Dérobert est envahi par les joncs et les vernes qui l’entourent grandissent à vue d’œil. A Tâches encore un autre veau atteint du flux de sang, grâce au thymol on les a tous sauvés jusqu’à présent.

22 Bonnichon ausculte Marcelle, rien de grave, c’est la fin d’un rhume. Je me traîne au Paturail Mâsle, les animaux y sont bien grâce aux scories répandues cet hiver et qui ont fait pousser beaucoup de légumineuses.

23 La Trinité. Personne à la messe, mais beaucoup de monde dans la rue. M. le Maire se réjouit en contemplant les chevaux de bois. Visite des Jacquemart, Nené qui va très bien a apporté une carabine et tue son premier moineau. Je ne sais pas celui qui est plus content du père ou du fils. La famille Condamine a quitté le domaine de Suzeau pour s’installer à Plagny où elle vient d’acheter une nouvelle ferme. Avec celle de Verrière où habite le second fils, cela fait trois propriétés que je lui vois acheter en 20 ans. Et certains prétendent que l’on n’y gagne rien à vendre du lait.

24 Après une visite à Melle Valois que nous ne trouvons pas, nous goûtons à Fontallier où la réunion est nombreuse : Melle Jourdan, Mme de Chavigné toujours délicieuse, les Béchard, les Pinet, Cel d’Assigny, les du Part. Antoine m’apprend qu’il a vendu son domaine du Chaumont, mais qu’il ne mettra plus un sol de ses valeurs en France.

25 Dédette a 18 ans aujourd’hui, je lui écris pour l’en féliciter en lui demandant ce qu’elle veut comme cadeau.

26 Cheveux. Allons à Nevers ce qui ne nous était pas arrivé depuis notre retour à Tâches. Mes métayers sèment leurs betteraves avec un mois de retard. Elles ne naîtront que quand il pleuvra, car la terre très battue par les pluies du printemps est dure comme du béton.

27 Marcelle surveille les enfants pendant la retraite précédant leur première communion. Goûter à Chevenon avec les Mollins et Guillaume du Verne. Roger de Soultrait en prenant à Nevers en plein midi un train pour Paris est bousculé par deux individus. En voulant payer son déjeuner au wagon restaurant, il ne trouve pas son porte feuille qui lui avait été volé avec neuf mille francs.

28 Marcelle toussant sans arrêt, j’appelle de nouveau Bonnichon qui ne lui trouve rien aux bronches, pas de fièvre. Il lui dit de rester tranquille et de prendre du sirop.

29 Marcelle tousse encore et se soigne.

30 Première communion à St Parize avec toute la pompe possible, chœur illuminé. De sa propre autorité, M. le curé rétablit la procession du St Sacrement supprimée dans la paroisse depuis une quarantaine d’années. Un magnifique reposoir est édifié devant la croix du champ de foire et après vêpres, une assistance nombreuse accompagne le Bon Dieu sous un resplendissant soleil. Le fils de mon métayer Chicon était parmi les communiants, vêtu d’un complet gris clair avec revers de soie noire. Il fallait que Marcelle se sente encore bien prise par son rhume pour manquer Messe et Vêpres. Les Chicon nous ont apporté une image de 1ère Communion imprimée au nom d’Albert et des brioches pour nous et nos domestiques.

31 Marcelle encore vaseuse tousse, cependant un peu moins. Le jardinier plante dans la cour la corbeille face au couchant, c’est assez miteux.

14.1.11

AVRIL 1937

1 Mes petits enfants invitent leurs amis à danser de 4 à 7 h. Sont venus : 2 Bouquillard mère et fille, 2 Franck Bernard mère et fille, 6 enfants Talabot, 5 enfants Huet, 1 Melle Eliane Villadey, 3 Villaine, Melle Roche, 4 Delamalle, 2 Le Sueur mère et fille, 2 la Ronde,1 Melle de La chaise, 2 Pouguadaresse, 1 René de Savigny, 1 Bessé, lnt Godard, 2 Damas, 4 Reigneris, 2 Lescure, 1 Barbin avoué, 2 Ganay mère et fille, Adenot et 2 neveux Grandpré, Cel d’Assigny, 2 G. du Verne, Melle Béchard. Ont refusé : Les Montrichard, Duffier, Aymard Duverney, Massias, Lnt de Torquat et Vincent François de Chavigné. Cette jeunesse a été bien discrète, elle n’a bu que deux bouteilles de Champagne. On en avait peut-être trop bu au bal de la Croix Rouge.

2 Je communie pour le 1er vendredi du mois et je suis content de voir s’approcher en même temps que moi de la Ste Table, le ménage Valence et Augustin. Les enfants Riberolles vont goûter au Banlay où ils emmènent Eliane Villedey et René de Savigny.

3 Mon rosaire. Matinée chez le Cel Huet pour les amis de ses nombreux enfants de 5 h à 1h 1/2 du matin. Les Villaine qui avaient amené leur fille dînent avec nous et nous quittent à 10 h 1/2. Ils attendent ensuite leurs enfants rue Fonmorigny en dormant dans leur auto. Marcelle conduit le ménage Valence après dîner chez Guillemain pour que les deux Jean puissent faire de la musique.

4 Les Valence retournent à Colmar. Le PSF devait avoir une grande réunion à Bourges. Le Préfet du Cher l’ayant interdite, les fervents du Cel de La Rocque en organisent une subrepticement dans la propriété des Tuffier de Tassigny près de la Charité. Elle a un plein succès et le Cel très applaudi ainsi que Souvay l’infatigable apôtre de notre pays. La commune de St Parize était représentée par une dizaine de militants dont Marcelle qui est revenue très emballée. Ce même jour le Cel a présidé une réunion à Issoudun et une autre à St Honoré.

5 Hervé rentre à St Cyr. Mes filles goûtent chez les Le Sueur avec les Finance Fontenay, Gozart, Motte et Madame de Persen accompagnée de ses deux plus jeunes filles. Avec Augustin nous faisons un bridge intime chez les Mollins.

6 Visite de Madame de Montrichard. Une autre vache crève aux Petites Granges, c’est la sixième bête dans ce domaine depuis 6 semaines. La perte totale dépasse 15 000 F. Que va devenir mon métayer qui a 4 petits enfants et pas un sol. J’ai payé hier une petite réparation à l’angle de la maison à Viallon qui me compte sa journée 72 F, 45 F de ciment et 4 brouettes de sable 8 F. Il n’en a pas employé la moitié de ce qu’il réclame, c’est le vol qualifié mais que faire !

7 Miette passe avec succès son examen de chauffeur. Jean de Pazzis.

8 Nous avons à déjeuner le ménage Anginieur. Cécile retourne à Rennes en passant par Paris. Elle voyage avec les Féligonde et Maumigny.

9 Nous allons à Tâches voir ma vache Normande qui est malade. Je fais venir Richard qui lui trouve de la bronchite, c’est la guigne qui continue.

10 Pluie, orage. Foire de Nevers. Cours élevé pour les bovins, ralentis pour les cochons, aucun mouton. La seconde fille de P. de Barrau vient avec son violon faire de la musique avec Marcelle.

11 La municipalité de Nevers qui est communiste fait venir de Paris le député Vaillant Couturier pour être parrain du parc qu’on baptise Salengro et de la rue Thiers qui dorénavant s’appellera Barbusse, tout se passe avec calme. Avec mes petites filles je vais au Clos voir jouer Monte Christo, ça me rajeunit. Goûter bridge chez Marguerite Pinet.

12 Pluie. Je vais à la jonction visiter le dépôt de blé tenu par Barrot pour la coopérative de notre région. Elle est bien installée et je pourrai m’en servir à l’occasion.

13 Trombe d’eau. Nous allons à St Parize enterrer la mère Martinat. Les prés sont à blanc. Les E Clayeux se rendant à Paris en auto déjeunent avec nous. Goûter avec 4 tables de bridge. Madame Biver, Macquart-Moulin, 3 Pinet, 4 Béchard, 2 Mauban, 4 Faverges, 2 Comte, MM d’Anchald et Mollins. Ont refusé Mme Guittard et les Cézille.

14 Thérèse de Toytot dîne avec nous. Lettre de Cécile qui nous raconte le plein succès de la réunion du PSF qui a groupé 30 000 personnes dans le parc de Melle Récépon en Ille et Villaine.

15 Pluie. Mes filles goûtent chez la grande Madame Le Pelletier qu’Edith a surnommé le Haut Parleur.

16 Cheveux. J’ai la visite de Roger de La Brosse qui a dû se dire que ma maison ne désemplissait pas, car il voit défiler Mesdames de Lépinière, Jacquemart, de Maumigny, de Lestrange, Melle de Sansal, Villedey, M. de Mollins, à la veillée le Cel d’Assigny.

17 Marcelle me passe son rhume, je tousse et crache sans arrêt et me couche sans dîner.

18 Pluie. Dimanche. Je manque la messe. Fernand part pour Orléans faire une période militaire jusqu’au 2 mai. Marcelle et Augustin bridgent à Beaumont. Je ne peux plus écrire.

19 Pluie. Je tousse et crache sans arrêt, cependant que les Riberolles passent la journée à La Belouze.

20 Sur le conseil de M.A. du V. je consulte le Dr Berton qui est le médecin de son père. Il m’ausculte en tous sens et ne me trouve que de la trachéite. Tension 16, ce qui est normal. Nous avons à déjeuner la Marquise de Chargère, sa nièce…. de Villebonne Carte de Raymond d’Aux. Madame Phulpin prend une tasse de thé avec nous.

21 5°. Mon état toujours le même, je fais gagner le pharmacien. Mes enfants déjeunent à La Baratte.

22 Pluie. Marcelle va à Tâches, prend en revenant un premier goûter chez les Delamalle avec Odette Mabire et un second chez Madame de Chalvron.

23 J’ai la visite de Mesdames de Lécluze, Pinet, de Pazzis, de Mollins, Jacquemart.

24 Un zeppelin passe majestueusement au ras du palais ducal, c’est le cas de dire qu’Hitler nous nargue à domicile. Mes enfants assistent chez les Mollins à un goûter en l’honneur des Crouzas. 5 tables de Bridge.

25 Dimanche. Je me traîne à la messe. René Maraudat meurt. Sa pauvre mère me fait pitié.

26 Mes filles assistent à une retraite prêchée par un jésuite à une vingtaine de dames au Clos St …Il fait froid, je ne sors pas, mais je commande une bouteille de Quinquina pout tâcher de ramener mes forces très défaillantes.

27 Lettre d’Hervé qui quand il sort à Paris, s’empresse de se mettre en civil. Je voudrais qu’il se fasse pincer, ça lui apprendrait à avoir honte de son uniforme.

28 Marcelle va à la confirmation de St Parize. Elle y apporte une superbe chape exécutée sous la direction et d’après le dessin de Dom Blot. Elle y a travaillé sans arrêt depuis plus d’un mois. Un fort torticolis vient se joindre à mes maux.

29 J'ai la visite de Marie Louise du Part qui me raconte tous leurs ennuis, leur jardinier est bmort et ils ne peuvent ni louer ni vendre le domaine de Chaumont 190 ha et Garnet le fermier part le 11 mai. Encore une belle terre qui disparaît.

30 Marcelle allant en auto voir les 3 pupilles de St Parize qui sont au petit séminaire m'emmène avec elle pour prendre l'air. Mes petites filles et Melle Coursier sont du voyage. Cette dernière qui fait scrupuleusement la quête du denier du culte sur la cathédrale se fait toujours accompagner par quelqu'un des miens.

13.1.11

MARS 1937

1 0/2. Les Guillaume du Verne dînent avec nous. Auguste souffre d’un ulcère variqueux à une jambe. Il vient de remplacer par un jeune ménage les vieux domestiques qu’il avait depuis cinquante ans.

2 0/2. Je vends le reste de mon blé à Roger Barreau minotier à Coulanges sans passer par une coopérative. A La Villette, la viande de bœuf 1ère qualité atteint 9 F le kilo.

3 Mon rosaire. Auguste du Verne ne descend plus de sa chambre, sa plaie s’envenime.

4 Bridge à la maison avec Mesdames Pinet et de Sansal, MM d’Anchald, de Mollins, d’Assigny.

5 Pluie Neige. 1er Vendredi. Je m’approche de la Sainte Table. Allons à Tâches, les chemins sont horribles, on ne peut rien faire.

6 0°. Pluie. Les Le Sueur déjeunent avec nous. J’ai la visite de mon vieux contemporain J de Lavesvre. Il a bien veilli. Il nous apporte un beau brochet.

7 Dimanche. Comme tous les ans à la mi carême, St Parize fait sa cavalcade.

8 Nous bridgeons chez les C Tiersonnier avec les Mollins et les de Bray. Ils viennent ensuite dîner à la maison avec Antoinette Jourdier qui est de passage chez eux.

9 Pluie. Messe de quarantaine pour le CT Dezautière. Visite de Madame de Maumigny qui nous amène sa sœur Madame de Lestrange qu’elle a recueillie parce que son mari l’a abandonné. Il a bien tort car c’est une femme charmante.. Madame de Sansal et Melle de Lécluze viennent faire un bridge.

10 0/1. J’achète chez Labour une vache Bretonne n’ayant pas encore vêlé pour 2310F. Deux tables de Bridge chez Marguerite Pinet. On scie une côte au petit jacquemart et on lui met deux drains, comme un canon de fusil.

11 Pluie. Les Maumigny emmènent Edith à Chevagne à une messe de quarantaine dite pour madame de La Rouillère. Avant déjeuner nous allons à Tâches où l’on se désole du temps. Le soir nous avons à goûter cinq Servois, les Pazzis, Mesdames Guillemain et de Chalvron, Louis Pinet et Adenot. 3 tables de bridge.

12 3°. Pluie. Tarte aux pommes et deux tables de bridge chez Gilbert Adenot. Marcelle garde le coin du feu avec une extinction de voix.

13 Pluie. Foire. Les cochons se vendent mal, mais les vieilles vaches ont doublé de prix depuis un an. Ma métayère des Petites Granges vient m’annoncer qu’une vache de 3 ans ½ prête au veau s’est étranglée la nuit dernière. Coût 3 500. Les Soultrait sont appelés à Fontainebleau près de jacques qui est mourant. Après midi, le vent souffle en tempête, les toiles qui couvrent les boutiques sur la place sont emportées. Gare à ma grange.

14 Pluie. Dimanche. Chez les petites sœurs de l’Assomption, Nadaillac fait une conférence tel un père de l’Eglise. Goûter à La Belouze avec les Pinet, Lescure et La Ronde.

15 Marcelle me passe son rhume. La grange de Callot a du mal, je m’y attendais.

16 Les Riberolles partent pour Bulhon, emmenant Miette pour leur faire la cuisine. Ils déjeunent aux Gouttes en passant.

17 Pluie. Marcelle va à Sauvigny à un service de bout de l’an pour Madame Robert de Gesnay. Madame de Sansal, Melle de Lécluze et Guillaume viennent faire mon bridge. Une autre bête crève aux Petites Granges.

18 Je n’accompagne pas Marcelle à Tâches à cause de mon vieux cathare. Elle assiste à St Parize à un service de bout de l’an pour la mère Barillet. Aux Petites Granges, l’état sanitaire des bovins n’est pas encore brillant, perdu une taure de 30 mois.

19 St Joseph, je m’approche de la Ste Table. Les petites Jacquemart déjeunent avec nous. Leur frère est rentré hier chez lui. A 4 h 18 nous descendons à la gare pour voir passer Cécile qui va passer 8 jours aux Gouttes. Elle est en bon état. Dédette sert à table, les vieux des petites sœurs au nombre de 156. Longue lettre de Roger de La Brosse qui a atteint ses 70 ans.

20 Pluie, orage. Les Riberolles nous reviennent de Bulhon après avoir déjeuné aux Gouttes avec R. de La Brosse venu pour l’enterrement de son ami Joseph Goyart à St Aubin.

21 Pluie. Mes enfants goûtent à La Garenne. Je reste au coin du feu, toussant et crachant. La nuit je ne fais qu’un somme, je mange bien, mais mon cathare persiste et mes jambes sont en coton.

22 Vincent garagiste achète le domaine de Chamont venant des d’Oilliamson (80 ha) et il écrit à mon beau frère pour lui demander s’il veut bien lui vendre le sien !!!

23 Allons à Tâches, où l’on déplore l’humidité. Lavergne répare mes toitures. Il tombe quelques papillons de neige.

24 Les Roger de La Brosse déjeunent avec nous et pendant 5 h, mon vieux germain nous raconte des histoires sans arrêt, ça le rajeunit d’être septuagénaire. Hervé arrive en congé.

25 Jeudi Saint. Triste temps il tombe des papillons de neige le matin, dans l’après midi le soleil se montre et très nombreuses sont les personnes qui visitent les reposoirs.

26 Vendredi Saint. Pluie glaciale. Je lis mon chemin de La Croix au coin du feu.

27 Samedi Saint. Visite des Soultrait. Jacques va mieux. Je m’entends avec Roger pour prendre Joly comme garde à St Ouen.

28 Pâques. Je communie à la messe des hommes à 7 h ½. Il me semble qu’il y en a plus que les années précédentes. René de Savigny qui est à Saint Cyr le meilleur ami d’Hervé, déjeune avec nous. J’ai une longue visite d’Henri de Faverges pendant que sa femme et ses enfants sont au cirque Médrano. Guillaume pour faire prendre l’air à sa sœur, l’emmène avec Cécile et Edith faire une balade à Montenoison, Arthel et La Charité.

29 Goûter à Sury avec les Lescure et les Régnaris qui habitent dans le voisinage.

30 0°. Il fait un froid glacial. Guiguite et sa fille se rendant aux Fougis nous font une visite. Mes petits enfants passent la journée à La Garenne où ils emmènent Melle Villeday et René de Savigny. Goûter et 4 tables de bridge Béchard.

31 Nous allons à Tâches avant déjeuner. Hervé tue un lapin. Aux Petites Granges, c’est toujours la calamité sur les bovins. A 7 h du soir nous arrive le jeune ménage Valence, retour du mariage Meaudre à Boutavent. J’ai la joie d’avoir tous mes enfants autour de moi. A 11 h, ils se transportent salle Vauban où il y a un bal donné au profit de la croix rouge. C’est le Cel d’Assigny président de celle-ci qui a eu l’idée de faire danser pour assurer la jeunesse et lui-même.

5.1.11

FEVRIER 1937

1 Enterrement du Cl Dezautière à Corbigny. A la levée du corps Bd Victor Hugo, il vient beaucoup de monde pour lui jeter de l’eau bénite. Je fais une visite à Monseigneur et à Madame Maraudat dont le fils a eu une attaque la veille.

2 Enterrement d’Inès de Toytot morte à 70 ans. Mes filles offrent une tasse de thé aux dames vendeuses de leur comptoir. La Comtesse Costa de Beauregard nous fait l’honneur de venir à la maison.

3 Mon rosaire. Nous emmenons Jeanne Mabire et Guillaume du Verne à Nannay pour l’enterrement de Madame d’Arbigny morte à la suite d’une pneumonie à Guichy. Goûter chez les Mollins avec le ménage d’Espiés.

4 Pluie. Nous allons à Tâches. La végétation part. Ce temps doux est de mauvais augure. Les Pazzis dînent à la maison. Mes enfants goûtent chez Madame Bivert.

5 Je fais ma communion du 1er vendredi du mois.

6 Melles de Faverges déjeunent avec nous pour se rendre ensuite à la vente de charité au profit des écoles qui commence aujourd’hui. Edith a fait beaucoup de peinture ce qui prouve que son œil va mieux.

7 Pluie. Le petit Jacquemart opéré hier de l’appendicite est ce matin dans un état très inquiétant. Je vais au cinéma de 2 à 5 h et ensuite visite à Béchard qui souffre de la vessie.

8 Pluie. Madame de Marcy, vient goûter et bridger à la maison avec le Cel d’Assigny et Villaines.

9 Mardi gras. Jeanne de Larry met une fille au monde à Damas. Tournoi de bridge à la vente. 8 tables. Madame Servois et Louis Pinet sont vainqueurs. Je faisais équipe avec le Cel d’Assigny. Après dîner au théâtre du Clos différents numéros. On me dit que mes petites filles étaient charmantes dans des robes du second empire, l’une venant de Sury et l’autre de Madame Rollat, belle mère d’Auguste du Verne. Le petit Jacquemart toujours très mal reçoit la visite d’un médecin de Paris.

10 Pluie. Je reçois les cendres à la messe de 8 h. Nous recueillons les 3 petites Jacquemart à déjeuner.

11 Nous allons à Tâches, je fais quelques vents avec grosse augmentation sur 36. J’ai aux Petites Granges un veau de 10 mois qui m’inquiète, je demande le vétérinaire. Nous goûtons chez Madame de Chalvron qui a chez elle ses parents, Valence, oncle et tante de Jean ; c’est un ménage charmant. Je tente de lire un roman œuvre de Gaston de Chalvron, petit fils de mon parent et ami et fils du lieutenant tué glorieusement à l’ennemi. Je ne peux aller plus loin que la 12ème page tellement je trouve dans ce livre de choses contraires à la morale et à la religion, dites aussi crûment. Je ne pouvais pas m’imaginer pareil scandale et perversité.

12 Geneviève Clayeux se rendant à Auxerre, déjeune avec nous. Edith avec les Guillaume va voir jouer le Roi au Pallace.

13 Pluie. Foire de Nevers. A peu près pas de bêtes Charollaises, les cochons en baisse. Les d’Aux venant d’Arthel déjeunent avec nous. Petit Bridge chez les Mollins.

14 Dimanche. Hervé venu nous surprendre hier soir, passe 19 h avec nous. Pendant que je fais chez Béchard un bridge avec Madame de Marcy, mes petites filles dansent un menuet Louis XV au théâtre du Clos, c’est la fin de la vente de charité. On me dit que la recette est moins brillante que les autres fois.

15 Le contrôleur Picard qui est charmant m’aide à faire nos déclarations d’impôts sur le revenu dont la formule a été changée. Je rends visite à Madame René Seuly qui est installée à la pieuse Union.

16 Pluie. Les Mollins emmènent Marcelle faire des visites à Guichy pour Marie de Romanet et à la Charnay.

17 Pluie. Goûter et deux tables de Bridge chez Marguerite Pinet avec Raoul d’Anchald qui ne manque jamais une occasion de sortir.

18 Allons à Tâches où on ne peut rien faire à cause de l’humidité.

19 Pluie. Geneviève Clayeux retour d’Auxerre s’arrête en passant et Zabeth vient la chercher dans la soirée en amenant ses quatre aînées. Elle est coiffée d’un chapeau tyrolien rapporté des sports d’hiver.

20 Berthe Tiersonnier déjeune avec nous pendant que Charles est à Paris emmené par Jeannot. Le petit Jacquemart va plus mal. On lui a fait une ponction 300 g de liquide enlevé au poumon.

21 Dimanche. Les petites Jacquemart déjeunent avec nous. Un grand médecin de Paris vient voir leur frère et donne un peu d’espoir.

22 Pluie. Ma cousine Baronne de Gémeaux née Pinet meurt à 75 ans, elle laisse un fils, une fille mariée au Cel de Champ, une religieuse.

23 Pendant qu’Edith et ses filles goûtent chez Sabine de Salvert, je reçois pour bridger Madame de Marcy, Gazoute, Carmen de Sansal, Béchard et R. d’Anchald. A 10h 40 je descends à la gare pour voir les Edmond Clayeux qui passent pour aller s’installer à Paris dans leur nouvel appartement.

24 Pluie glaciale. Les Petites Jacquemart déjeunent avec nous. Leur frère va mieux. Jean de Pazzis dîne à la maison. A 9 h, les Mollins et le Cel d’Assigny viennent faire un bridge.

25 Pluie. Je goûte chez Madame Le Pelletier avec les Veyny, Geneviève T et le Cel d’Assigny. Pas de Bridge. Miette fait la quête du denier du culte avec Melle Coursier.

26 Je marque la réserve de l’angle N Ouest de la forêt. Je laisse beaucoup de balivettes car les baliveaux ont disparu, ils sont remplacés par des charmes. J’attribue cela au blanc qui en été recouvre les chênes et empêche la pousse d’Août. Augustin ramène son auto pour faire réviser le moteur qui a fait 54 000 km.

27 Pluie. Sentant mes forces diminuer et prévoyant que d’ici peu, je ne pourrai plus m’occuper de mes domaines, désirant d’autre part qu’après moi Marcelle puisse les conserver en métayage ce qui est plus avantageux, j’ai un entretien avec Richard de Parizy qui me dit que le cas échéant, il pourra se charger de la régie de mes fermes aux mêmes conditions qu’il le fait pour les trois domaines de Madame Peyre, sis Commune de St Piere le M soit 9% sur la vente du Bétail, sans parler des grains qui sont partagés aux battages. A Maringues M. Max Villeroy touche pour ses gérances un traitement fixe soit mille francs pour un domaine de 40 ha et 1500 pour un de 70 environ. Son beau père M. de Vaux pratique les mêmes prix dans l’Allier chez la Comtesse de Rougé.

28 0°. Dimanche. A St Pierre, l’Union Catholique de tout le canton est réuni sous la présidence de Monseigneur. Léon Adenot remplaçant le président Flandin prononce un beau discours. Un avocat de Paris lui succède de façon très brillante. Banquet de 350 convives. Plein succès.

4.1.11

JANVIER 1937

1 J’assiste à la messe et je communie dans la chapelle des sœurs de St Vincent de Paul. En auto, Cécile me conduit dans les faubourgs de la ville visiter une ferme de 4 ha appartenant à son beau père, qui vend au détail et très avantageusement des terrains, il en reste 40 ares à vendre sur le bord de la route. Goûter chez le Colonel Duburquois, Bridge avec Melle de La Tuilerie et Mme de Torquat.

2 Nous avons la visite d’Huguette de La Galandière et de ses deux filles. A 4 h ½ Goûter chez Madame Langlois (Torsiac), je joue avec le général de Rennes et Melle de La Blanchardière et de La Villemoyson. Mon rhume va un peu mieux, mes filles me font faire des fumigations à l’eucalyptus. Mes jambes ne veulent plus rien savoir et les pieds me font terriblement mal.

3 Mon rosaire. Marcelle me devançant de 24 h part pour Paris. Goûter chez Mme Loysel dans son magnifique hôtel où sa fille a réuni 75 jeunes gens et jeunes filles qui dansent pendant que je fais un bridge avec la très aimable Marquise de Bizien.

4 Je quitte Rennes à 9 h 11 et arrive à 2 h à Paris. Un taxi me conduit chez les louis de La Brosse qui ont un superbe appartement avenue Victor Hugo. A 4 h ½ Marcelle vient me chercher et à 5 h nous prenons un train qui nous amène à 9 h en gare de Moulins où nous attend la voiture des Gouttes.j’avoue que j’ai été un peu ahuri par cette traversée de Paris.Je ne suis plus habitué à ce mouvement intense des autos. Le 2,les Riberolles étant venus passer la journée ici pour faire chasser Hervé, qui du reste n’a rien tué, ont eu en s’en allant une panne d’éclairage entre Trézelles et St Gérand, ils ne sont rentrés qu’à 11h ½ du soir à Bulhon, heureusement, il faisait doux.

5 Je garde le coin du feu avec mes pantoufles, car j’ai une petite rougeur sur un oignon. Visite de Madame Beauchamp.

6 Pluie. Marcelle déjeune aux Fougis, je garde la maison pour guérir mon pied, je fais du footing dans la grande salle à manger en disant mon chapelet.

7 Pluie. Montés dans la camionnette nous faisons mon beau frère et moi la tournée de ses domaines, cheptels superbes et bien tenus, les animaux sont dans la paille jusqu’au ventre. Les Fougis dînent avec nous. Marcelle souffre d’un lumbago.

8 Promenade à Bouillat pour voir les carpes royales qui sont monstrueuses et qui attendent d’être portées dans l’étang de Beuriane pour reproduire.

9 8° glace. André Robert vient déjeuner et tuer des lapins. Nous dînons chez les Beauchamp avec les Vazeles Dampierre et Joseph Goyard. Champagne, dinde truffée etc. Après dîner, les Jullien arrivent pour le bridge.

10 -5°. Nous dînons aux Fougis où nous mangeons une carpe royale de 14 livres. Les 6 petites sont charmantes et me font fête.

11 Je fais mes malles.

12 Dans la nuit René a une douleur atroce au creux de l’estomac, elle s’apaise avec le jour. Nous quittons les Gouttes à 10 h en passant à St Pierre. Je consulte Robet, ma tension est normale 16, mais il me fait continuer les remèdes pendant 3 ou 4 mois. A Tâches, sauf un veau de 7 mois mort d’anémie tous les cheptels vont bien. Les jardiniers ont l’air de se plaire à la maison. Je vends mon avoine en passant 100Fr % Lefevre.

13 Coupe de cheveux. Commande de pommes de terre à 75 f, ça monte.

14 Marcelle en allant à Moiry pour réunir les enfants auxquels elle fait le catéchisme et leur faire tirer un arbre de Noël a une panne d’auto en arrivant, heureusement Ph Moine peut la réparer. Je finis de payer mes impôts en envoyant 6550 à St Pierre.

15 Je fais une visite à ces pauvres Lécluze qui font pitié. Quatre tables de bridge chez les Raoul Dezautière.

16 -3°. Goûter chez Madame de Mollins avec glace et champagne, c’est beaucoup trop beau par ces temps de crise. Les Riberolles nous arrivent pour dîner après avoir déjeuné aux Gouttes et goûter à Moulins chez Monsieur de Durat avec les Roquefeuil.

17 Dimanche. Goûter chez Béchart 4 tables de Bridge. Les officiers de réserve donnent un bal à l’hôtel de France, entrée 20 F. Melles Paule de Villaines et de Vannoise mettent leur premières robes de bal avec leurs 17 ans.

18 Je vais voir Inès de Toytot qui est effrayante par son état de maigreur. Le Cel d’Assigny giberne à la maison de 9 h à 11 h du soir.

19 Après dîner les Guillaume du Verne emmènent Marcelle et Augustin passer la soirée chez le Cdt Bouchacourt, 2 tables de bridge.

20 Marcelle conduit à Tâches l’auto d’Augustin et l’y laisse pour tout l’hiver. Renaud m’écrit qu’il paiera à Minois ce que je reste lui devoir en février.

21 Je descends au concours, les veaux me paraissent bons. Je respire de l’eucalyptus car mon catarrhe continue.

22 Vendredi du concours. Nous avons les Michel Beauchamp et Xavier à déjeuner. Les Edmond Clayeux nous arrivent à 4 heures. En leur honneur, Marcelle invite plus de monde que le salon ne peut en contenir, 5 tables de bridge, la dernière est couverte d’une guenille. Assistance : les Mollins, Sandol, 3 Bouchacourt, 12 Dezautières, C Tiersonnier, J Chavane, Chalvron, G du Verne, M. Antoinette, Jacquemart. Antonin Moreau renversé par un taureau au concours a une jambe cassée.

23 +12°. Par un temps d’été se poursuit le concours. Nous avons à déjeuner en plus des Edmond, Geneviève et les Villeneuve. On sert aussi pas mal de tasses de thé, c’est la coutume de la maison.

24 Pluie. Les Anginieur devaient déjeuner avec nous. De Fours, ils téléphonent qu’ils sont en panne et de ne pas les attendre. A dîner, nous avons Roger de Soultrait.

25 Les Ch. Tiersonnier offrent à goûter à 12 personnes y compris mes enfants.

26 Nous emmenons M A du Verne et Joseph de Maumigny à Yzeure pour assister à l’enterrement du RP Xavier de Toytot. La Baronne de Laroullière née Pinet de Maupas meurt à Vertrieu Isère.

27 Pluie. Maumigny nous conduit Marcelle et moi à Ysenay à l’enterrement de René d’Armaillé mort à 74 ans à la suite d’une longue et cruelle maladie. Il y avait foule, l’offerte a duré longtemps après la messe. Le curé a prononcé quelques paroles émues, il a dit qu’aux dernières élections municipales sur 82 votants, il avait eu 81 voix, cas unique en France. Goûter chez Madame Comte, petits fours en abondance, champagne etc. cinq tables de Bridge.

28 Foire à St Pierre. Il y a en tout cinq bêtes Charollaises, en revanche beaucoup de vaches Normandes, le cochon boude. Les Riberolles goûtent chez Madame Guillemain.

29 Pluie. Mon vieux jardinier Voisin m’emprunte mille francs pour lui aider à acheter une vache. Le Cl Dézautière partant pour Nice meurt subitement en passant à Moulins. Madame d’Arbigny à la suite d’une pneumonie meurt à Guichy. Mes petites filles entraînées par M A du Verne vont avec une douzaine d’amies suivre une retraite à Paray le Monial. Louis de La Brosse vient passer 24 h à la maison pour signer un bail du domaine du port des Bois. En son honneur nous invitons à faire un bridge après dîner les Mollins, le Cel d’Assigny, Adenot et Louis Pinet.

30 Hervé arrive à 8h20 du soir pour passer son dimanche avec nous. Il une mine splendide. Le Marquis de Salvert me paye son bois.

31 Mes filles vont voir Geneviève Tiersonnier qui est grippée. Inès de Toytot meurt à la suite d’une cruelle maladie.

3.1.11

DECEMBRE 1936

1 Nous donnons à goûter aux Mollins, d’Anchald, Ganay, du Part et M.TH. Guillemain. Le gendre de Mirot qui a pris sa succession à St Parize, arrange ma vieille pompe dont le clapet de la crépine a besoin d’être remplacé. Gonin pour les cent francs de taxe vicinale qu’il me doit m’amène cinq mètres cubes de fumier de la Seigneurie.

2 Les Edmond Clayeux, retour de Paris, goûtent en passant. Visite de Marie Thérèse et d’Antoine Robert. J’achète à Lacroix de Fontallier un veau pour les Petites Granges, de cette façon, tous mes œufs seront dans le même panier, mes trois domaines ayant des reproducteurs de cette maison.

3 Mon rosaire. Nous avons à déjeuner G Tiersonnier et notre curé. A 4 h Marcelle passe à Villars prendre Suzanne Le Sueur qu’elle emmène goûter chez Melle Valois où elles trouvent Mesdames Thonier, Dupuis, Melle du Jeu. Au retour visite à Fontallier. Jean de Lécluse en retournant avec femme et enfant à Hanoï prend la fièvre typhoïde sur le bateau et meurt en arrivant.

4 La pompe ne marche pas, le clapet de la crépine qui a été changé fuit, le gendre de Mirot revient. Le gentil ménage Chalvron-Valence nous fait une visite. Premier vendredi, je m’approche de la Sainte Table. Les Roger du Part nous font part de la naissance de leur fille Huguette.

5 Marcelle assiste à Nevers à une messe dite pour J. de Lécluse, ensuite elle fait partir pour Colmar les meubles destinés à Yvonne. Déjeuner chez les Jacquemart. Après-midi elle réunit les vendeuses de son comptoir chez Madame de Lavesvre.

6 Dimanche. Marcelle fait chanter les petites filles, réunit les Ligueuses, etc.

7 Neige fondante. Les Soultrait et Toytot déjeunent avec nous.

8 Fête de la Sainte Vierge, je m’approche de la Sainte Table à la fin d’une neuvaine pour la France. Au Chazeau la maîtresse de maison, très à son avantage, fait beaucoup de frais et nous offre un excellent goûter, six tables de Bridge.

9 Il gèle. Je prends en pension huit agneaux des Petites Granges pour les faire engraisser par mon jardinier. Nous devions partir demain pour les Gouttes, Marcelle me demande de patienter pendant quarante-huit heures pour assister à Saint-Parize à une conférence.

10 Nos domestiques s’en vont en vacances et nos bagages gagnent Nevers, grâce à la camionnette d’Aïn Kala mise à notre disposition par Guillaume du Verne qui est la complaisance même. A huit heures du soir nous nous trouvons salle Chapon, nombreuse assistance venue pour entendre Maître Sauvay, jeune avocat à Nevers, qui nous expose avec beaucoup de verve et de conviction l’organisation du Parti social français fondé par le colonel de La Roque. Pendant une heure et demie il nous tient sous le charme et nombreux sont ceux qui donnent leur adhésion. Plusieurs étaient venus de Mars et de Magny dont Alexis Thonnier et Guérault, maires de ces communes.

11 Glace. Nous partons pour les Gouttes en passant à St Pierre où je consulte Robet. Ma tension qui était très forte à 22 n’est plus qu’à 14. Mon cœur, sans que je m’en aperçoive a des défaillances, aussi le docteur me fait prendre de la digitaline. Je trouve ma belle sœur très en forme. Son vieux mari se plaint de la jambe droite qui ne peut plus suivre la gauche, mais la mine est parfaite. La maison est encombrée de meubles de toute sorte, car Geneviève a vendu dernièrement la maison de Moulins que son père avait achetée à son nom et qu’avec Edmond elle a partagé les meubles. La vente a été réalisée de façon très avantageuse. J’achète pour Jeanne de Mollins, pour laquelle je vais faire une tapisserie destinée à recouvrir une banquette, pour 95 F de fournitures dont canevas, laines et deux écheveaux de soie pour le fond de 20F chacun.

12 Je fais toutes mes visites, d’abord au vieux garde Joseph, qui a une passion pour Hervé, auquel il dit quand il manque une pièce de gibier facile : « Votre grand Père l’aurait bien tuée ». Ensuite au jardinier Maniquet dont la famille depuis trois générations entretient le parc et les nombreux et magnifiques arbres fruitiers. Je termine la tournée chez Fulgence qui a succédé à son père comme régisseur des Gouttes, où celui-ci était arrivé en 1866, ce qui fait 70 ans.

13 Dimanche. Déjeunons avec le nouveau curé qui est fort bien.

14 Je visite le domaine de la Bergerie où les cochons abondent. L’effectif est de 40 dont cinq truies qui ont régulièrement deux portées par an. Au domaine des Gouttes, j’admire un bœuf de 4 ans, qui vient de Tâches et qui est peut-être le meilleur de l’écurie. Je tousse depuis mon arrivée.

15 Pluie. Les Julien et Beauchamp viennent goûter et bridger. Ils amènent Melle D de La Brosse. Je traîne mon rhume. Malgré le calorifère j’ai toujours froid entre les épaules.

16 Les Edmond emmènent Marcelle à Vichy où ils retrouvent les Riberolles. Je garde le coin du feu en prenant du Pyramidon et me couvrant de ouate thermogène pour combattre mon rhume qui ne s’en va pas vite.

17 Visite de Mme de Sampigny, de la jolie Bodette il ne reste que son amabilité. Elle a grossi, vieilli, son Pierrot est à Paris pour manger des alouettes, dit-elle. Le bel Armand de Montlivault est fiancé à Madame de Vaulchier née Dommartin de la Comble qui possède trois châteaux. André Robert vient chasser des lapins. Antoine Charronnier se meurt à la suite d’une attaque qui l’emporte le 16

18 On l’enterre le 19 à St Parize. Je regrette que ni Marcelle ni moi ne rendions un dernier devoir à ce brave homme, qui toute sa vie nous a donné des témoignages de dévouement, mais ma fille part pour Rennes.

19 + 10°. Et je soigne mon rhume qui va un peu mieux. Aussi je fais deux petites promenades par un temps très doux. Mon jeune beau frère qui prétendait ne plus pouvoir marcher, va à pied aux Fougis.

20 Dimanche. Mon rhume repique, mes jambes sont en coton, aussi à mon grand regret je ne vais pas à la messe car l’église est glaciale et que je veux me soigner pour aller à Rennes à la fin de la semaine. Je lis les lettres de Madame Coquille adressées à mon beau père de 1838 à 1842. Ces deux cousins germains s’aimaient comme des frères. Les lettres quelquefois teintées de malice sont empreintes de beaucoup d’esprit : MM de Thoury, de Savigny, Louis Duverne sont souvent nommés. Nous avons dans le salon de Nevers le portrait de Madame Coquille morte assez jeune.

21 -8°. Je vais un peu mieux, quoique toussant et crachant encore. Par un beau soleil je me promène sur des jambes de coton. Les Edmond dînent chez les Sampigny.

22 -7°. Une vache à lait Normande achetée il y a trois semaines tombée malade en arrivant crève malgré les nombreuses visites des vétérinaires et les non moins produits pharmaceutiques absorbés. Il y a la guigne pour le laitage dans la maison. J’entends toujours dire qu’on ne peut jamais manger un fromage à la crème. Il y a cependant quatre vaches au râtelier. Lettre de Marcelle qui a fait très bon voyage jusqu’à Rennes. Les Guillaume du Verne qui sont à Paris, lui ont rendu bien service avec leur auto pour traverser la capitale.

23 Je vais me confesser au nouveau curé qui est un homme fort aimable. Il me fait visiter le presbytère qu’il a fort bien arrangé et m’invite à manger la dinde de Noël envoyée par ma belle sœur. Je décline.

24 Les Fougis dînent avec nous et font la veillée de Noël par temps bien doux. Je m’approche de la Sainte Table.

25 Noël. J’occupe pieusement mon temps en lisant le Père de Foucault au cinéma.

26 Je pars avec Marguerite pour Moulins à la gare, nous trouvons les Riberolles. Hervé est superbe dans son uniforme de St Cyrien. Nous nous embarquons pour Rennes à 11h 14 dans un compartiment de 2° réservé, ce qui nous permet de voyager très agréablement. A 8 h moins 10 nous arrivons. Cécile et Marcelle nous attendent sur le quai, cependant qu’Yvonne et Jean reçoivent 8 Valence qui arrivent en même temps que nous mais par Paris tandis que nous sommes passés par Nantes. Je loge avec les petites chez Cécile, les Riberolles chez madame de Kerlivio et Hervé chez les Langlois. Après dîner nous admirons l’exposition de 200 cadeaux. Ma petite fille a été bien gâtée. Monsieur Banéat lui donne 3 plats d’argent et 16 grands couverts chiffrés aux armes des Valence. Je paye la chambre à coucher, lit et armoire. Les Clayeux donnent cafetière, chocolatière sucrier, le Cel de Place vaisselle Villemoisan, cristaux. Geneviève Clayeux et ses enfants lampe potence. Bien des cadeaux sont venus de gens sur lesquels on ne comptait pas. Les Larouzière, Emmanuel Réaut, Ducrot, Armand de Montrichard jolie montre de voyage.

27 Dimanche. Cécile reçoit à goûter une quarantaine de personnes : Valence, La Chapelle, de Place, La Brosse, Clayeux etc. On admire l’exposition des cadeaux. A 8 h dîner de contrat hôtel moderne. 47 couverts, bon menu, grands vins. Le Cel du 4° est à la droite de Cécile et je suis en face d’elle, Monsieur Banéat s’étant abstenu afin de ménager ses forces pour demain ; au dessert Augustin nous dit les verts suivants :
Quand tu vas suivre au loin un mari de ton choix,
J’évoque la petite Yvonne d’autrefois
Ouvrant si gentiment dans sa face mignonne
Deux grands yeux ingénus, des yeux bleus de Bretonne,
Tes gestes, ton sourire enfantin, je les vois
Surgir des jours mauvais où l’âpre guerre tonne.
Sur tes premiers printemps souffle ce vent d’automne
Qui meurtrissant les cœurs, sévit de si longs mois.
Dieu garde ton foyer qui se fond à cette heure !
L’absent, le noble et fin dragon de Rozalieures
Ne se penche-t-il pas du ciel pour te bénir ?
Fille et Fils de soldats, tous deux de bonne race,
Suivez le droit sillon qu’un beau passé vous trace
Bien unis, confiants, marchez dans l’avenir.

28 A 9 h ½ le photographe arrive chez Cécile et prend de nombreux clichés des mariés et du service d’honneur tout de bleu habillé. A 10 h ½ les voitures arrivent et à 11 h avec une exactitude sans précédent tout le monde est à l’église. Beau défilé parsemé de beaucoup d’uniformes. Paul Jourdier en fait le plus bel ornement dans sa tunique rouge de spahis. Bénédiction et discours par le curé de la paroisse. Interminable défilé à la sacristie. Lunch assis salle gaze, 280 couverts, bon menu, grands vins. La mariée était très à son avantage et sa traîne de robe d’une impressionnante longueur. La belle voix de Melle Genouvrier a charmé l’assistance pendant la messe. Un violon se fait aussi entendre. Je donnais le bras à la très charmante Madame Pierre de Valence née Daru. A 5 h le Lnt de La Ville marqué en l’absence de sa mère invite la jeunesse à aller faire un tour de valse chez elle. Mes petits enfants ne se font pas prier. A 8 h ½, les mariés prennent le train pour Paris et de là vont faire des sports d’hiver, si j’en juge par les skis qu’Yvonne emporte. Mon rhume a supporté assez bien fatigues et émotions, mais ne m’a pas encore abandonné. Mes pieds très douloureux se traînent lamentablement.

29 Madame de Pluvié déjeune avec nous. Je me promène au Thabor qui est toujours bien tenu. Des dames sont assises en gardant leurs enfants. Toute la journée il arrive des cadeaux pour Yvonne. Ses cousines les déballent avec joie.

30 Les Riberolles regagnent Bulhon en passant par Paris. Les petites garderont bon souvenir de cette noce car elles m’ont eu l’air de bien s’amuser. Melles de Torquat donne un goûter en mon honneur, cinq tables de Bridge.

31 Goûter chez Madame Fournel, je fais un bridge agréable avec sa sœur Madame d’Illier. Elle a chez elle son gendre le Maréchal des Logis de Monti. Visite Kerlivio et La Chapelle.

2.1.11

FIN OCTOBRE ET NOVEMBRE 1936

29 octobre Ma Normande devra être mère fin juillet 37. Nous avons la visite de Jeannot Chavane qui après avoir passé 15 jours à Buy est maintenant installé à Nevers chez sa tante Berthe où il trouve la cuisine moins bonne.

30 octobre Nous goûtons à Chevenon en petit comité et recevons à dîner les Jacquemart qui nous amènent Geneviève de Buzonnière, elle nous raconte des histoires plus drôles les unes que les autres.

31 octobre Pluie. Nous sommes allés à St Ouen à l’enterrement de notre pauvre garde Chaumereuil (61 ans) souffrant de la vessie et se rappelant les tortures endurées par son grand père Robelin pour pareille maladie, il a mis fin à ses jours. Le médecin lui avait interdit de boire du vin, cela lui avait été très sensible.

1 novembre La Toussaint. Je m’approche de la Sainte Table. Par l’autobus, Marcelle gagne Moulins où elle trouve les Angénieur qui l’emmènent passer trois jours à Bulhon.

2 L’église est pleine à craquer pour le service des morts, plus de trois cents personnes, grosse proportion d’hommes. Les Villeneuve allant des Fougis à Auxerre s’arrêtent en passant et dînent avec moi.

3 Mon rosaire. Je fais une tournée agricole avec mon âne.

4 En revenant de Mars pour en rapporter une caisse de pommes envoyée par Augustin, je prends à Moiry Marcelle retour de Bulhon, où elle a laissé tout le monde en bon état. Lettre de Cécile qui a eu pour la Toussaint son futur gendre que M. Banéat a trouvé très gentil et Hervé qui est superbe dans son uniforme.

5 Marcelle porte des objets au Clos pour une vente de charité organisée en faveur des Visitandines qui ont fait bâtir un palais et qui n’ont pas de quoi le payer. Goûter élégant à Aubigny, neuf tables de Bridge.

6 Pluie. Premier Vendredi du mois, je m’approche de la Sainte Table. Nous allons au Lieu Normand voir l’appentis terminé. Le ménage Bringand y est installé à sa grande satisfaction, j’ai fait agrandir les fenêtres de la cuisine et de la chambre qui étaient microscopiques. Il n’y a plus qu’à payer, le terme du 11 novembre ne suffira pas. Visite à Fontallier où Marc vient de rentrer après 5 semaines de lit aux Guérauds à la suite d’un accident d’auto. Je vois 15 bons veaux chez Lacroix.

7 Pluie. J’envoie à Vauban un reproducteur bovin. Billy à la foire de Prémery en a acheté 52 pour la Vendée. Madame Arthur Tiersonnier est enterrée ce jour à Saint Lothain, 92 ans.

8 Pluie. Marcelle m’incite à prendre mon fusil pour lui tirer un lapin. A défaut de celui-ci, Mamoud me fait sortir de la haie des Fraillons un lièvre que j’assassine.

9 Je me fâche contre mon métayer Michel qui n’a pas de berger et dont les brebis courent partout. Un jour une auto en écrasera une bande sur la route.

10 A Tâches, je fais mettre du blé en sacs (24) pesant 81 kilos. Barreau du Pont St Ours le prendra prochainement. Sur mon grenier, je fais saboter ce qu’il y a. J’écris à Hervé.

11 Pluie. St Martin. Jean Beault à St Ouen me fait son offre de service pour remplacer Chaumereuil. J’aviserai les intéressés, Soultrait, La Brosse, Tiersonnier etc. Fête de l’armistice. Je me dispense d’aller à l’église et au cimetière, cette cérémonie ne me dit rien. La musique, les fleurs, les discours jouent un plus grand rôle que le recueillement. Les Mollins et du Part goûtent avec nous.

12 St René. Si je n’avais reçu trois lettres de Bulhon pour me souhaiter ma fête, j’aurais oublié mon patron. Je lui en fais mes excuses. Marcelle part à la première heure pour la capitale où elle va rejoindre son aînée et acheter une robe de noce.

13 Je sors avec Duceau et je tue deux lapins dans les St Babat où il y en a beaucoup trop. Marcelle rentre de Paris à 8h ½ du soir après avoir acheté sa toilette pour la noce. Elle a laissé les Banéat contentes de leur voyage à Colmar où Yvonne a loué un appartement dans une maison neuve avec tout le confort moderne, mais pas de cheminée, ce qui ne m’irait guère.

14 Foire à Nevers. Les pouliches se vendent le double que l’année dernière, ce qui ne m’empêche pas d’en acheter une pour Tâches 1860F. Guy du Verne vient d’avoir un fils Marc, c’est le second héritier mâle de toute cette famille.

15 Marcelle prend Berthe T à l’autobus et l’emmène déjeuner à Poucerut après midi. Elle va faire une conférence aux ligueuses de Mars, réunis chez Mme Perrault à Chateauneuf par le zèle infatigable de Melle Valois qui non contente de s’occuper de Langeron, fait des merveilles à Mars. A St Parize 64 hommes assistent à la réunion de l’Union Catholique, pendant 1h ½ le chanoine Bourgoing les tient sous le charme de sa parole.

17 Pluie. Mon locataire Gonin me quitte pour habiter à Saincaize et travailler sur la voie. Ils sont attirés par de gros salaires et 40 h de travail par semaine. C’est désastreux pour l’agriculture. Marie Antoinette du Verne passe la journée avec nous. Je tue deux lapins.

18 Pluie. J’envoie chercher au Lieu Maslin, une pouliche de 18 mois de Callot et je la remplace par deux pouliches des Petites Granges pour un an moyennant 400 F. Nous avons la visite des Phulpin et du Cdt Bouchacourt.

19 Nous allons Marcelle et moi visiter le bois des 4 chemins et les 34 ares de taillis de Cécile dépendant de la Seigneurie. J’ai l’intention de les faire exploiter à mon compte avec l’aide d’Antonin Moreau. J’ai la visite de M. Richon gendre de M. Danjean propriétaire des Fonts Bouillants. Il cherche avec beaucoup de zèle des recrues pour le parti du Cel de La Roque. Il n’a pas de peine à avoir mon adhésion, car depuis longtemps je marche avec ce groupement.

20 Nous enterrons à Azy, Melle Masson âgée de 83 ans, elle est amenée à l’église par un char de ferme traîné par 3 juments noires. Au retour, déjeuner à Fontallier. Pour terminer la journée j’achète chez Lacroix un veau reproducteur pour Callot.

21 Marcelle va faire des commissions à Nevers, porter du cresson à Mme de Mollins.

22 Dimanche. Sainte Cécile. La fanfare municipale se fait entendre à la messe. Dans la soirée, visite à Buy où Marie Thérèse est seule. Antoine faisant ses 28 jours à Orléans.

23 Les Edmond Clayeux, allant à Paris pour déménager, déjeunent avec nous en passant. Bob Le Sueur m’emmène visiter la vacherie de Léon Goby à Cussy. Ce doit être la plus belle de la Nièvre.

24 Je fais rouler de la pierre dans le chemin du domaine qui a été complètement défoncé par cette année pluvieuse. Joachin peut l’écarter. Barrot du Pont St Ours enlève le blé du domaine de Tâches.

25 Nous avons à déjeuner les d’Arbigny et Mesdames de Pardieu et de La Goutte. A goûter les Raoul Dezautière, Mesdames de Lécluze, de Sansal, Melle Béchard et le Cel d’Assigny. Marcelle est toujours contente de recevoir et de faire emporter des fleurs et des légumes à ses invités.

26 Foire à St Pierre, baisse sur les cochons. Je ramène Roger de Soultrait déjeuner à la maison. Nous assistons ensuite à la vente des 31 reproducteurs de l’écurie Goby. Les enchères montent à 124 000 F +10% de décimes. Le veau Pactole est adjugé à 11 000 F. Pendant ce temps, M. Antoinette du Verne fait à 50 ligueuses réunies à Moiry dans l’hôtel du petit château une conférence qui a un plein succès. La journée se termine par un goûter Bridge à Chevenon. Je gagne 59 F aux Servois.

27 En furetant avec Duceau, je tire 3 lapins et je les tue. Nous avons la visite de Mesdames Turc et Barrau.

28 Cheveux. A Nevers nous emballons quelques meubles venant de Félix et qui seront expédiés à Colmar pour Yvonne.

29 Dimanche. Seul je garde la maison pendant que Marcelle est aux Vespres et les domestiques en balade.

30 Mes métayers rentrent leurs bêtes, c’est bien temps car depuis un mois, elles n’ont plus rien à manger dans les prés.

1.1.11

AVRIL 1928

1. Félix qui est bien rétabli, déjeune avec nous. A dîner nous avons ma sœur. Dans la journée je vais me promener jusqu’à Vauzelle où l’on édifie une église. A cinq heures chez Madame Grenouillet qui a un très bon appareil, j’entends la conférence de Monseigneur Baudrillart comme si j’étais appuyé à un pilier de Notre-Dame. Nous apprenons les fiançailles de Guillaume Jourdier avec Mademoiselle Chavane, nièce d’Henri, elle a vingt-et-un ans, très belle fortune, et habite Blois, deux sœurs.

2. Enterrement à Saint-Martin d’Heuille de mon camarade E. Jourdan, je porte un des coins. Au retour, Charles Tiersonnier déjeune avec nous. Le soir je fais une visite à Madame de Villenaut, cette nouvelle arrivée née de Bonery ( ?) est très gentille, son mari à l’air d’un gros poupon. A huit heures, retraite des hommes à la cathédrale, il y en a fort peu, il est vrai que le prédicateur est bien ordinaire.

4. Hervé arrive trois jours plus tôt qu’il ne devait, pour cause de rougeole au collège, il n’en est pas autrement fâché. Il a une mine splendide. C’est son anniversaire, Marie lui met des bougies (treize) devant son couvert et lui fait une crème au chocolat. Je vais à Tâches emmené par Crotat.

5. Jeudi Saint. Temps superbe, aussi il y a foule dans les églises.

6. Vendredi Saint. Entre deux offices nous faisons un Bridge à la maison avec le chanoine Châtelain. Le reste du temps nous plions des tracts, les mettons sous enveloppe, écrivons les adresses et les envoyons à tous les électeurs du département. Tout le monde sent le danger communiste venir et tâche de se défendre.

7. Pluie. Le colonel d’Assigny nous amène Madame de Chalvron qui est en séjour chez Hubert pour faire un Bridge. Ils trouvent ici Paul Tiersonnier qui joue comme un enfant de dix ans.

8. Beaucoup de monde aux offices.

9. Pendant qu’Augustin fait répéter sa comédie à la Grâce, Edith me conduit au Veuillin.

10. Pluie. Allons à Tâches avec les enfants, dînons chez ma sœur avec Marguerite Pinet, Marie du Verne et l’abbé Jean qui va bientôt entrer au grand séminaire de Nevers.

11. Pluie. Henri Houdaille dont la femme est à Rennes, déjeune avec nous. Dans l’après midi, Madame de Montrichard amène Gaby pour jouer avec Hervé, ça tombe mal car ce dernier qui a fait hier une forte partie de balle avec les scouts de Nevers a pris mal à la gorge et a un peu de fièvre. Ses sœurs vont goûter à la Garenne. A vingt-heures-quarante-cinq, Marcelle part pour Alançon où Cécile et Yvonne doivent la rejoindre.

12. Pluie. Comte appelé constate qu’Hervé a une angine pultacée sans gravité.

13. Pluie. Surprise partie à la Grâce pour y voir jouer deux comédies dont Augustin est l’auteur. La première (le Secret du Capitaine) fort bien interprétée par Madame Bouquillart et le Colonel d’Assigny, du reste les rôles avaient été confectionnés sur mesure. La seconde, saynète comique et électorale. La scène se passe à la Mairie de Gimouille, Augustin joue le rôle principal qui est celui d’un candidat à la députation, le lieutenant du Jeu, avec Messieurs de Boursier et Bouquillart jeune, lui donnent la réplique. Ils sont très bien costumés en communistes. Suzanne du Verne déguisée en fée promet le succès à chaque candidat et récite très bien un poème. Le théâtre se trouve dans ce qui devait faire l’atelier de mon grand-père au second étage. Le stagiaire de Beauchamp a fort bien organisé la scène et une dizaine de bancs recouverts de tous les couvre-pieds de la maison ont permis d’asseoir quatre-vingt-dix personnes, parmi lesquelles, les Marcy, Pardieu, Soultrait, Toytot, Boigues, de Lavesvre, Talabot, Terline, Faverges, Vannoise, Jourdier, Barrau, Lépinière, Saurel, Ledet, de Thé, P. Tiersonnier, de Chalvron, Chavane, H. Robert, Comte, Longeville, Baqquencourt, Massias, Pinet des Ecots, Andrieu, Béchard , du Passage, etc. Il y avait des monceaux de gâteaux apportés par les invités. Seules les bouteilles de champagne ont été un peu justes.

14. Pluie. Foire de Nevers, cours meilleurs qu’il y a un mois, bien que le temps soit peu favorable, à cause de la trop grande humidité. Les acteurs de la Grâce, pleins de zèle, rejouent pour les personnes qui n’avaient pu les applaudir la veille, leurs deux comédies, dans le beau salon de Marguerite Pinet devant une assistance des plus choisies : Comte et Comtesse de Pardieu, Marquise de Veyny, de Laboutresse, de La Goutte, Delamalle, de Barrau, Victor du Verne, de Dreuzy, de Toytot, de Barre, etc. Je fais une visite à ma voisine Lesueur qui est en passant dans sa jolie maison de la Place Ducale.

29.12.10

MARS 1928

1. Pluie. Enterrement de Raoul de Bouillé, il y avait foule, ce qui prouve que dans notre pays plus ou moins pourri, on est encore traditionnaliste, et que le souvenir d’un nom qui a été respecté, ne s’efface pas très vite. Les parents proches comme les Marcy et Maumigny se tiennent au fond de l’église. Pas de Chargères, Albert ne figure pas dans la lettre de part. Sur la tombe, Roger de Soultrait, en sa qualité de président de la Société d’agriculture, prononce une oraison funèbre, ce qui n’était pas commode, me dit-il en passant. Nous ramenons à Nevers le Colonel d’Assigny et G. Tiersonnier, ce dernier déjeune avec nous. Augustin rentre d’Auvergne. Après dîner je vais faire un Bridge chez les Houdaille avec Jean de Pazzis.

2. Pluie. Bridge chez Auguste du Verne. A huit heures et demie du soir, le candidat Piélain, directeur à Imphy, expose son programme politique. Il est acceptable. Le Paris-Centre qui ne manque jamais une gaffe publie le même jour la profession de foi de l’avocat Gromolard qui est son concurrent, qui est très modérée. Tout de même il faudrait soutenir un seul candidat, et Piélain a reçu l’investiture du parti catholique, que lui a donnée le Comte de Pardieu.

5. Miette a la fièvre, c’est probablement la rougeole qui commence, elle empêche sa maman de venir à la chasse, Marcelle nous y emmène avec le colonel d’Assigny et Augustin. A onze heures et demie nous arrivons dans les bois d’Azy pour voir un joli rendez-vous des équipages réunis du Vautrait Croÿ et du Rallye Bourbonnais, quatre-vingt chiens et dix-huit autos. La princesse nous fait le plus aimable accueil et nous invite à goûter après la chasse. Celle-ci ne fut pas brillante, après une bonne attaque sur un animal de cent quarante, les chiens se divisent et partent en éventail sur des marcassins. Aussi à quatre heures et demie beaucoup des invités se retrouvent au château d’Azy pour y faire une partie de Bridge et prendre une tasse de thé. Il y avait les Pracomtal, Candolle, Chabannes, Faverges, Dreuzy, Paul Tiersonnier, Aubergy, Terline, etc. J’ai joué avec la Marquise de Pracomtal qui a fait peu de progrès. Parmi les assistants qui ne sont pas venus au château il y avait Madame Buzenat, la famille Roy nos voisins, Madame Ponceau accompagnée de Madame Maringe née Blandin qui ne s’est fait présenter à personne, de même que Monsieur d’Allaines, le mari de la dernière des Larouillère, et enfin Mademoiselle Taillandier la fille de mon charpentier dans une superbe toilette.

Les Guillaume du Verne dînent avec nous.

6. Pluie. Miette est plutôt rose que rouge, et peu abattue. Je vais à la gare voir passer Edmond et je ramène Geneviève qui allant à Villette s’arrête à la maison pour déjeuner. Bridge chez Zizi.

7. Miette est rouge et vomit tout ce qu’elle prend. Goûter chez Madame Comte, il n’a rien du carême, peu nombreuses sont les personnes qui jeûnent. Cinq tables de Bridge.

8. Marcelle me conduit à Tâches, je trouve ma métayère dans un état lamentable, elle a eu un transport au cerveau, et il faut deux personnes en permanence auprès d’elle, et toute la maison est sur les dents, les pauvres gens font pitié. Naturellement rien ne se fait dans le domaine. A deux heures et demie je prends le train pour Poiseux, où je vais voir mon vieux camarade Charles du Verne, qui se plaint de ne pouvoir plus marcher, il a cependant bonne mine, mange, dort bien, et lit l’Action Française. Sa femme fait les honneurs de son home qu’elle a arrangé avec goût, avec beaucoup d’amabilité mais peu de distinction. C’est son jour, il vient assez de monde pour monter quatre tables de jeux avec les Dreuzy, Terline, de Champs, Houdaille, Toytot, etc. Le colonel d’Assigny et moi restons à dîner et rentrons par le train de dix heures et demie.

10. Foire de Nevers, un peu plus d’activité dans les demandes, il y a quelques étrangers. Petits cochons onze le kilo, le gras sept. Bridge chez Zizi.

11. Madame Victor du Verne, qui n’a pas de cuisiniere, déjeune avec nous, ses quatre-vingt ans lui pèsent moins qu’à moi les soixante-quinze. A cinq heures j’entends dans le salon d’Auguste la conférence faite à Notre-Dame par Monseigneur Baudrillart qui parle pendant une heure et demie, on le suit très facilement.

12. Quatre degrés sous zéro. Je vais avec Marcelle donner de l’eau bénite à ma pauvre métayère Mangote morte après trois mois de souffrances. Le même jour à Callot je perds une jument de huit ans prête à mettre bas, c’est la seconde dans ma régie depuis six mois, ce qui représente une dizaine de mille francs de perte. C’est beaucoup. A déjeuner, nous avons Geneviève, amenée par les Villeneuve. Bridge Delecluze.

13. Déjeunons à la Grâce, au retour, on me dit que Félix est malade. Je le trouve aux prises avec une forte indigestion, ce qui lui arrive de temps en temps. De neuf heures du soir à neuf heures du matin, il a des vomissements, il est épuisé par les efforts, et ne reconnait plus personne. Bien me prend de passer la nuit près de lui, car seul, il n’aurait pu prendre ni son pot ni sa cuvette, et sa domestique qui n’est qu’un château branlant n’aurait pas eu la force de le secourir.

14. Félix va mieux, le docteur le fera purger demain.

15. Il passe encore une mauvaise nuit avec efforts pour vomir très fatigants. La purge fait beaucoup d’effet. Madame Vialle et Marie du Verne déjeunent avec nous. Bridge à la maison, trois tables.

16. Sept degrés sous zéro. Solange Houdaille m’emmène avec mesdemoiselles de Toytot à la chasse Croÿ et Rallye Bourbonnais. Le rendez-vous est à la grille du château de Prye. Le coup d’œil est superbe, éclairé par un beau soleil. Assistance aussi nombreuse que choisie : princesse de Croÿ, les Rohan-Chabot, Glatigny, de Champs, de Roquefeuille, Duras, Mollins, Andrieu, Paul Tiersonnier et dans un milieu moins chic, Blandin, Roy, Ponceau, Vagne, etc. On attaque au Bois Petant, dans une compagnie de sangliers, et pendant quatre heures et demie on ne sort pas du massif de Prye ; à la tombée de la nuit nous rentrons chacun chez nous.

17. Les Guillaume du Verne dînent avec nous impromptu. A quatre heures du soir, Marcelle reçoit la dépêche suivante : « Evêque de Nevers me refuse autorisation quêter église cathédrale, irez vous voir dimanche onze heures. Germaine de Savigny ». Ma fille lui avait demandé de quêter pour l’œuvre des tabernacles et elle avait accepté très gentiment. A première vue je trouvais que Monseigneur avait eu tort de lui refuser l’autorisation, la suite m’a prouvé qu’il avait eu grandement raison.

18. A l’heure dite, Germaine arrive à la maison et nous dit qu’elle a écrit à notre évêque, lui demandant son offrande et la permission de quêter dans la cathédrale, étant donné qu’elle lisait l’Action Française et qu’en plus elle était propagandiste. Elle nous avoue même qu’elle n’avait fait que copier cette lettre inspirée par un autre. C’était donc une pure provocation, à laquelle Monseigneur a fait répondre par l’abbé Chevalier dans ces termes : « Mademoiselle, les décrets de la Sacrée Pénitencerie étant toujours en vigueur, après ce que vous dites, vous ne serez pas étonnée de ce que je ne puis vous autoriser à quêter dans la cathédrale… » ceci prouve une fois de plus la mauvaise foi des gens inféodés à l’A.F. Mademoiselle de Savigny a renvoyé leur offrande à tous ceux qui la lui avaient fait parvenir en leur signalant le refus de Monseigneur mais sans parler de sa lettre, afin que tous puissent croire que toute la faute retombait sur notre saint évêque. Marcelle a remplacé la jeune Germaine en promenant la bourse dans la cathédrale.

19. Saint Joseph. Comme d’habitude je m’approche des Sacrements. A onze heures je vais à l’enterrement d’Emmanuel Cheminade, mort à soixante douze ans, de froid, dit-on, sa grande économie l’empêchant de faire du feu. Les Guillaume du Verne déjeunent avec nous, Suzanne devant amener mes petites filles servir le repas des vieillards chez les petites sœurs des pauvres. J’ai omis de dire qu’à la date du dix-huit, Augustin a fait une conférence chez les sœurs de l’Assomption, prenant pour sujet la poésie à travers les âges.

20. Mariage Veyny-Thoisy à Saint-Pierre, assemblée des plus sélects, jolie mariée, bousculade à la sacristie. Le lunch était servi dans une tente beaucoup trop petite, aussi, nombreux ont été ceux qui sont allés déjeuner au restaurant. Pour ma part, je me suis contenté de manger un morceau de pain et de fromage chez ma sœur. Madame de Mollins qui est l’amabilité même, ayant invité tous les gens de la noce à passer l’après-midi chez elle, de deux heures et demi à sept heures, sa maison à regorgé de monde. Neuf tables de Bridge était montées et celle du buffet fort bien garnie a permis à ceux qui n’avaient pu se rassasier à l’hôtel Veyny de prendre leur revanche.

21. Pluie. Nous conduisons à sa dernière demeure Fleutot, Comte de Dongermain, mort à l’hôpital de Nevers à la suite d’une opération, âgé de soixante-seize ans. Ses neveux de Rosemont conduisaient le deuil, le second, officier d’artillerie devient le propriétaire de Véninges, ayant été adopté par sa tante. On m’a fait l’honneur de tenir un des cordons avec Pardieu, Auguste du Verne et un fermier de Varenne.

22. Pluie. Valérie de Goy vient de Bourges passer la journée avec nous.

24. Mes filles et moi emmenons Yvette de Noblet à la chasse, rendez-vous à Prye, assistance aussi nombreuse que choisie : Princesse de Croÿ, Saulu, les Pracomtal, Rohan-Chabot, d’Armaillé, Marcy, Terline, Glatigny, Mollins, Houdaille, du Gart, Auguste du Verne avec Marie-Antoinette, les Guillaume, Guillemain, Pinet des Ecots, A. de Chabanne et autres seigneurs de moins d’importance, il ne manque qu’un sanglier. A une heure nous partons pour les routes où Monsieur Brisset a signalé des animaux. En effet, à quatre heures moins un quart on découple sur une petite bête que les dames voient sauter vers les ruines du château de Faix, barré sur la route du Roulleau par les trop nombreuses autos, il repasse la route de Nevers et se fait battre jusqu’à la nuit dans les usages de Chaluzy. Pendant les trois heures d’attente, les bridgeurs ne perdent pas leur temps, je fais une partie avec Mesdames de Marcy, de Pracomtal et Joseph Andrieu. Trois autres ateliers travaillent dans les autres voitures. A sept heures on sonne l’hallali et on fait manger le petit cochon par l’équipage à la lueur des phares des voitures de ceux qui plus patients que moi étaient restés jusqu’à nuit noire.

25. Marcelle et moi allons à Tâche où Mazan m’annonce son intention de me quitter le onze mai prochain.

28. Pluie. Les Riberolles mènent les petites goûter à la Garenne et poussent jusqu’à Clamour.

29. Emile Jourdan du Mazot, capitaine de cavalerie, en retraite, meurt à Nevers où il habitait avec sa sœur Yvonne, la dernière des neuf enfants Jourdan; c’était un bon ami et un de mes camarades de collège. Bridge à la maison. Trois tables avec Simone d’Assigny, Marie-Thérèse Guillemain et sa belle sœur de Boursier. Mes enfants dînent à la Baratte et moi avec mes petites filles.

30. Au réveil je trouve à la cuisine Camille Moquery qui m’annonce que six brebis sont mortes étouffées. La veille ils leur avaient apporté des pierres de sel et comme surement elles n’en avaient pas eu depuis longtemps, elles se sont entassées les unes sur les autres et se sont écrasées. La morale de cela est qu’il faut toujours du sel dans une bergerie et quand on le renouvelle, en mettre dans plusieurs places à la fois. Augustin nous conduit, Marcelle et moi, déjeuner à Moulins chez les Clayeux. Edith ne nous accompagne pas, ayant la migraine et des rubans devant les yeux. Nous y trouvons le ménage Antoine, les Gaby et Madame de Nanteuil arrivant de Lyon où ils ont couché, retour de Cannes.

31. Pluie abondante. Mes filles déjeunent à la Grâce. Madame Theurier meurt à l’âge de quatre-vingt-douze ans et laisse à ma voisine madame le Sueur sa maison de la Place Ducale toute meublée.

16.12.10

FEVRIER 1928

1. Pluie. Grand goûter au Colombier, en l’honneur de Paul Filleul, au moment ou j’entre au vestiaire Madame Saurel en sort, elle est suivie d’un monsieur à moustache que je prends pour son mari et auquel je sers la main, ce n’était qu’un larbin, qui venait prendre mon manteau, mes filles se tordent de rire.

2. Marcelle et Edith déjeunent à la Grâce et font une visite au Veuillin.

3. Pluie.

4. Bizy me conduit à Tâches. Les naissances d’agneaux aux Petites Granges ne sont pas brillantes. Au Paturail Masle, les poulains se sont sauvés, sans que Dreux s’en soit aperçu.

5. Pluie. Cécile et Yvonne arrivent à six heures du matin par le Lyon-Nantes. Marguerite et Félix déjeunent avec nous, et le soir Bridge chez ma sœur avec les Reynier, Saurel et Delecluze.

6. Goûter-Bridge à la maison, invités G. Tiersonnier et Paul Filleul, la Grâce, Talabot, de Maumigny, Comte, Bouquillard, de Pardieu, de Noblet, Guillemain d’Echon, de Bourcier, et les joueurs habituels. Quatre tables.

7. Bridge chez Marguerite Pinet.

8. Par un temps très printanier et un beau soleil, nous partons en deux voitures, mes filles, mes trois petites filles, Augustin et moi, pour Cosnes d’Allier assister au mariage d’Antoine Clayeux. Les Riant ont bien fait les choses, rien ne cloche, le cortège est superbe, il est précédé des deux petites Jourdier qui se donnent la main, la mariée est ravissante, sa robe a une traine de trois mètres faite de magnifique dentelles, me dit-on. Le service d’honneur est fait par quatre jeunes filles tout de bleu habillées. Yvonne a le dernier des Davaux de Chambord comme garçon d’honneur. C’est le Chanoine de La Chaise, revêtu de son camail rouge, qui donne la bénédiction nuptiale, il a l’air d’un cardinal. Le curé de Thionne dit la messe. Chants et violons se font entendre. Le lunch servit par Cagnat de Moulins réunit trois cent personnes, les vieilles gens dont je fais partie occupent la salle à manger du château, les mariés et d’autres jeunes sont dans une autre pièce, une énorme tente offre asile à tout ce qui reste d’invités, qui déjeunent debout. Les appareils de photographie croquent en passant les nombreux groupes qui se promènent tête nue dans le parc tellement le temps est doux. L’exposition de très nombreux cadeaux attire beaucoup de monde au premier étage. Cent quatre autos étaient rangées sous les arbres. Somme toute, réunion des plus selects parmi laquelle le Duc de Guise était représenté par le Comte de Montlaur qui avait daigné honorer de sa présence cette jolie fête.

9. Excellent goûter chez Madame de Boursier ; quatre tables de Bridge. Cécile et Yvonne retournent à Rennes.

10. Pluie. Goûter excellent à la Belouze, beaucoup de monde, huit tables de jeux. Comme Marcelle est enrhumée, nous emmenons à sa place Monsieur de Noblet, gendre Pardieu.

11. Pluie. D’un commun accord avec mes enfants, nous décidons de mettre en vente la Grange Quarteau, c’est un domaine qui ne peut pas s’affermer très cher, mais qui grâce à sa situation doit pouvoir se vendre avantageusement, car il est à cheval sur une grande route, à quatre kilomètres de Nevers et entouré de maisons. Nous chargeons le notaire Gallicher de réaliser cette vente. Foire à Nevers, peu d’entrain dans les transactions.

12. Pluie.

13. Pluie. Je garde la chambre étant enrhumé.

15. Grosse crue de la Loire. Mes enfants vont déjeuner chez Félix et goûter au Chazeau, sans moi.

16. Nous vendons avantageusement la Grange Quarteau à M. Gros qui n’est cependant pas juif. Ce domaine qui rapporte peu et coûte cher d’entretien pourra se détailler facilement à cause de sa proximité de Nevers et des petites propriétés qui l’entourent. Mes locataires, avec l’équipage Gozard, tuent trois sangliers aux Epinières et m’apportent un beau cuissot.

17. Goûter à la maison, cinq tables de Bridge occupées par les Marcy, Villaines, Mollins, Pozzis, Faverges, du Verne, Pinet, Barrau, Leddet, etc.

18. Les Edmond Clayeux viennent de Moulins passer la journée avec nous.

Dédette est larmoyante et a la fièvre. La nuit elle devient toute rouge. C’est la rougeole dit le Docteur Comte.

19. Je me traine jusque chez les d’Anglejean, mon rhume me coupe les jambes, je vieillis vite quoiqu’en disent mes filles. Hervé qui est en vacances de jours gras et en superbe état va au Clos avec son père, voir jouer une comédie.

Bridge chez les Toytot, trois tables.

20. Marcelle, Hervé et moi allons à Tâches, je trouve ma métayère Mangote en mauvais train, et Mazan avec un abcès à l’anus que le Docteur vient d’ouvrir.

Dédette va mieux.

Bridge Delecluze.

21. Mardi Gras. Grand goûter à la Baratte. Hervé retourne à Riom et Dédette va mieux.

22. Il gèle à trois degrés et c’est sous un brouillard opaque que l’on va recevoir les cendres.

23. Trois degré. Froid. Augustin me conduit à la foire de Saint-Pierre où les cours ne sont pas brillants. Je vends quelques génisses et je ramène des châtrons qui ne sont pas demandés, seuls les bœufs partent facilement.

Nous refusons un goûter à Poiseux à cause du carême.

Augustin part pour Bulhon, où il a des ennuis avec ses métayers et ses domestiques.

Le mercredi des cendres, Béatrice de La Brosse met au monde une seconde fille à Vauban.

24. A neuf heures du soir, Dédette pique quarante degrés de fièvre sans aucune raison dit le Docteur. Les nuits sont bonnes.

25. Bridge à la maison, deux tables. Les Charles Tiersonnier déjeunent avec nous.

Marcelle accompagnée du Colonel d’Assigny va voir jouer Gringoire par la troupe Guillemain, Boursier, Suzanne du Verne, etc. Il parait que c’était bien. Je me dispense d’y aller me sentant encore tout patraque, décidément je vieillis vite.

26. Le Comte de Bouillé meurt en son château de Villars abreuvé d’amertume, sa maison qui était la première du pays du vivant de ses parents, en est devenue la dernière, depuis plusieurs années, grâce à la tenue honteuse de ses enfants et la complicité très coupable de leur mère. Quant à lui, s’il était sourd, il n’était pas aveugle et il aurait pu chasser de son salon les garçons de ferme qui y venaient faire danser ses filles au grand scandale de tous les gens du pays.

Marcelle me dépose à Tâches en allant à Saint-Parize où elle réunit les jeunes filles de la commune et celles de Mars et de Magny au nombre de trente-cinq pour entendre une conférence de Mademoiselle Yvonne Bouille qui obtient un plein succès.

29. Pierre de Barrau prend une année aujourd’hui.

Des cambrioleurs tentent sans succès de pénétrer dans la maison de notre voisine Zanote qui est à Arcachon avec son fils malade. La porte résista à la pesée du levier.

Goûter qui n’est pas de Carême et quatre tables de Bridge chez Madame Leddet.

Après dîner nous allons, Edith et moi, faire une partie chez le Colonel d’Assigny qui a invité les Guillaume du Verne à manger un succulent poisson.