15.10.10

JUILLET 1927

2. Pluie. A Nevers Félix nous donne un excellent déjeuner à Marguerite, Marcelle et à moi, (foie de veau roulé dans de la rouelle). Si son Alexandrine n’en fait souvent qu’à sa tête, cette fois son idée a été bonne. Je souscris une petite somme pour la ligue anticommuniste et je réponds au Commandant Bouchacourt son président pour lui indiquer Louis Bouille comme organisateur dans le canton et la ville de Saint-Pierre, me trouvant trop vieux pour assumer semblable mission.

Cécile s’installe aujourd’hui à Saint-Cast, Côtes-du-Nord, Ville Emeraude, s’il y fait aussi froid qu’ici, elle y aura de l’agrément.

3. Henri et Torre viennent faire un bridge, ils ont la chance de rencontrer ici Auguste et Guillaume du Verne avec lesquels ils peuvent se mesurer.

Les du Verne restent à dîner.

4. René et Aline nous arrivent pour cinq jours, et amènent un soleil radieux. Berthe nous fait une visite avec Madame de Chassey qui séjourne à la Grâce pendant que l’on enlève l’appendicite à son gendre Phulpin.

5. René me conduit au Chamont, où son fermier Sothy ne récrimine pas trop contre l’application de la loi sur les baux ruraux, qui fait passer son fermage du simple au triple. A cinq heures et demie nous faisons une visite à Buy. Temps splendide, on rentre les foins.

6. Clayeux emmène à Buy mon curé et Tante Laure qui sont les cousins de son fermier. Mes métayers finissent leurs foins, il n’est que temps car à six heures du soir un coup de vent terrible précède un orage et des torrents de pluie. Le champ d’avoine d’hiver de la Brolle est couché, comme si le rouleau avait passé dessus.

7. Pluie. Marguerite et Félix viennent par l’autobus et repartent à cinq heures par le train.

8. Pluie trop abondante. Les vieux Clayeux retournent aux Gouttes après déjeuner. Je paye mon boucher qui consent à me baisser la viande de cinquante centimes bien que je la vende deux francs de moins par Kilo qu’il y a neuf mois.

Le ruisseau du pré de la Joie coule comme en hiver.

9. La pluie s’arrête à deux heures. Marcelle en profite pour aller faire une visite à Fontallier.

10. La tempête continue.

11. Le temps se remet au beau, et nous permet de faire une agréable promenade en allant à Corbigny au mariage Guillemain-Boursier. Beaucoup de monde mais cortège peu élégant. Lunch debout dans la maison familiale, toutes les pièces sont occupées, même la cour des poules. Au retour nous passons par les étangs de Vaux, que Marcelle ne connaissait pas. Nous n’avons pas crevé et nous aurions pu nous passer de Philippe Moine que j’avais emmené, en cas de panne. + treize francs de déjeuner vingt-cinq francs de journée.

12. Déjeunons à la Grâce avec l’ancien stagiaire de Beauchamps qui faisant son temps militaire, a obtenu une permission de moisson de vingt jours, la passe dans les poulaillers, où sa présence est très utile, le poulailler chef étant malade.

13. Hervé a deux prix et deux accessits, son collège a beaucoup de succès pour le baccalauréat, seize présentés, quatorze reçus.

14. Beau temps pour fêter la République. En son honneur, Henri vient faire un bridge, c’est notre seule façon de nous associer au gouvernement qui nous dégoute.

15. Bridge ici. Solange Houdaille nous amène Madame de Mollins, Andrieu et le Colonel d’Assigny. Les Charles T. amènent leur stagiaire Beauchamp. Viennent ensuite les Servois, Geneviève Tiersonnier, et les Guillaume du Verne ferment la marche comme d’habitude. Ont manqué les Boignes et Paul Tiersonnier.

16. Pluie. Nous partons Marcelle et moi à neuf heures et demie direction Decize, Luzy, Magny où les Angenieur nous reçoivent très gentiment et nous font faire en grand le tour du propriétaire, sans oublier les poulaillers et le toit à cochon. Le château est du goût lyonnais, seul un escalier édifié après coup à du caractère, le mobilier est criard. A cinq heures nous mettons le cap sur le Creusot et à six heures au delà nous rendons visite au ménage Mazau qui doit venir en octobre occuper ma garderie, la femme est très paysanne, et ne parait pas très maline, l’adjudant est mieux, et fera bien je l’espère dans les fonctions que je veux lui donner. A six heures et demie nous arrivons au Pignon Blanc que malheureusement Magdeleine a quitté la veille pour aller chez sa fille Darré qui n’a qu’une bonne de seize ans pour l’aider à s’occuper de ses six enfants et faire le ménage. Ces Italiens passent l’hiver à Milan et l’été dans leur propriété située près de cette ville. Le général et ses filles nous accueillent fort aimablement et, après dîner, les petites entraînent Marcelle à Autun où des acteurs de la Comédie-Française donnent le Bourgeois Gentilhomme, dans le théâtre romain, c'est-à-dire en plein air. Elles ne rentrent qu’à une heure et demie du matin. Dimanche messe à Brion. Après déjeuner nous nous dirigeons sur le château du Foing, dont nos amis d’Anglejan viennent d’hériter, c’est une fort belle propriété, beaux et bons domaines au pied du Beuvray, parc superbe, arbres variés dont le sommet touche aux nuages. Mobilier élégant, pas mal de vieux meubles dans le grand salon, portrait d’une grand-mère peint par Van Loo, qui malheureusement ne va peut être pas y rester, un frère du Baron demandant à ce qu’il soit partagé, et comme il vaut une grosse somme, on ne pourra peut-être pas le garder.

A quatre heures et demie nous arrivons à Decize pour y visiter l’exposition canine du griffon nivernais, dont Raoul d’Anchald est le président et Roger de La Brosse la cheville ouvrière. Soixante dix chiens sont exposés sous les magnifiques platanes de la place. Un orchestre composé de sept sonneurs de trompe venus de Paris, tout de rouge habillés, fait entendre les plus joyeuses fanfares. Joseph Boignes invite tous ses amis à venir goûter à Brains, nous y trouvons les Brezé, Jumillhac, d’Espeuille, les vieux d’Arbigny avec leur plus jeune ménage, Madame n’est pas belle mais fort aimable, les Certaines, les Paul Tiersonnier, Aubergy, Anginieur, les vieux de Laplanche. Le parc de Brains est une splendeur, nous admirons tout particulièrement les bassins couverts de nénuphars multicolores. A sept heures nous arrivions à Tâches après une journée bien remplie et sans avoir crevé.

19. Marcelle conduit à la gare Solange du Part que nous avions amené hier et qui part pour Clermont où elle passera une quinzaine avec Reine chez le Docteur Fourniol, c’est une jolie et agréable personne, espérons qu’elle tapera dans l’œil d’un aimable Auvergnat. Geneviève et Antoine revenant de Villette et retournant aux Fougis, goûtent en passant ici. Mes métayers coupent leurs avoines d’hiver, c’est en retard, mais à la Chasseigne et dans beaucoup d’autres domaines on est encore dans les foins.

20. Déjeunons à Nevers chez Marguerite, goûtons chez Félix et manquons ici la visite des gens de Buy venus pour nous inviter à déjeuner samedi avec les Grincour. Impossible d’accepter, car ce jour là nous aurons les Villeneuve qui se rendent aux courses de Moulins. Les Tollu me font part des fiançailles de leur fille Edmée avec Monsieur Guy Constantin.

22. Visite au Colombier. Geneviève donne à Marcelle un bouquet de pois fleurs, elle cherche un journal pour les emballer et ne trouve que l’Action Française, elle recule épouvantée pensant que pareille feuille peut tomber dans des mains aussi infidèles que les nôtres. Tout de même nos consciences doivent être moins bourrelées de remords que la sienne. Bridge à la Grâce avec les Servois, Phulpin, Dubois et G. du Verne.

23. Pluie. Les G. de Villeneuve se rendant aux courses à Moulins déjeunent avec nous, et se régalent avec un canard rôti de l’élevage de Marcelle.

24. Berthe emmène Marcelle à Millay où elle doit fonder la Ligue, elle y fait une remarquable conférence en parlant d’abondance, devant une centaine de femmes, sous la présidence de Marie-Thérèse Anginieur qui leur offre à déjeuner, Madame Pierre de Laplanche honorait la réunion de sa présence.

25. Philippe Moine après m’avoir remplacé cinq lames de ressort cassées gauche avant, me conduit à la Barre où mon vieil ami Trompette m’a convié à déjeuner, il est au régime et mange plus de légumes que de gigot, mais il a encore sept personnes à la cuisine, ce temps de vie chère ne l’effraye pas. Je reviens par Buy où je ne trouve que Madame Chanier, ses enfants goûtent à Saint Loges, c’est un moyen de penser un peu moins à la mort de la tante Boucaumont qui s’est éteinte hier dans son 95ème printemps.

26. Mouche de Montrichard meurt à Lyon, où elle vivait comme disait sont père, à l’ombre de son couvent, c’est à cette même ombre qu’elle est enterrée.

Félix passe la journée avec nous, il apporte à Marcelle un superbe bouquet d’œillets produit de son jardin.

Les Villeneuve retournant des Fougis à Villette font un Bridge en passant avec les M.M. de Buy qui arrivent en même temps qu’eux. Naturellement c’est Henri qui perd.

27. Un quart d’heure de pluie. Déjeuner à Nevers avec Marguerite des Ecots et les du Verne chez ma sœur.

La moissonneuse de Libault me lève en un jour et demi la récolte des Petites Granges, qui comme d’habitude est pauvre. Dans ces terres là on devrait se contenter de semer du seigle, et encore là où l’on fume.

28. Pluie. Foire plutôt en hausse pour les jeunes bovins, cela tient à ce que maintenant et depuis peu l’exportation est permise. Petits cochons très chers.

29. 29. Pluie. Cela devient terrible pour faire la moisson, et aussi pour terminer les foins, qui sont fort en retard dans certains domaines comme à la Chassaigne. G. de Montrichard dit que c’est plus avantageux car on coupe foins et regains en même temps. Visite de condoléances à la Chasseigne, la comtesse n’a pas une mine bien brillante en revanche je trouve Armand en superbe état.

13.10.10

JUIN 1927

1. Marcelle et moi conduisons notre directrice des postes à Saint-Saulge dans le couvent des sœurs de la charité de Nevers où elle doit se reposer une quinzaine, étant très fatiguée. Au retour nous nous arrêtons à Limon, où nous trouvons Madame de Maumigny, Geneviève et trois petits Féligonde ou Courrège. En passant, visite au Chazeau, personne, à Curty nous sommes reçus par Nenette, sa belle-mère est à Paris, et son mari à son agriculture. Son petit garçon ressemble d’une manière frappante à son papa.
Carl d’Arbigny épousera le 9 juin à Paris Mademoiselle Paulette Le Brets.

2. Pluie. Notre excellent curé déjeune avec nous, et fait ensuite des visites à Callot et à Tâches.

3. Enterrement de mon camarade Henri de Lavesvre qui meurt à Clamours dans sa soixante-et-onzième année d’une congestion pulmonaire. Il a passé toute sa vie avec son frère Jules, mon contemporain immédiat, car nous sommes, je crois, de la même semaine. Beaucoup de monde à la cérémonie, ce qui ne m’a pas étonné, car la charité est de tradition dans la famille Lavesvre. Les petites sœurs des pauvres en particulier par leur présence étaient venues payer une dette de reconnaissance. Déjeuner chez Marguerite, et Bridge chez Madame Hondaille, avec les Villeneuve qui se rendaient aux Fougis, Gaby avec sa rage de ne pas vouloir abandonner la table de jeu, a bien failli faire manquer le train à sa famille.
Gaudat de Moiry qui prêtait à Marcelle une petite maison où elle réunissait les enfants de son patronage est venu l’autre soir lui dire que dorénavant, elle ne devrait plus y mettre les pieds, ceci en nous abreuvant d’injures. Il est vrai qu’il était ivre mort. Cherut me parlant de cette aventure, m’a fait remarquer assez judicieusement que les ivrognes, quand ils ont bu, disent ce qu’ils pensent lorsqu’ils sont à jeun.

Pentecôte. Monsieur le Curé fait des compliments à ses paroissiens parce qu’il y a beaucoup de monde à la Messe. Mais d’autre part dans son sermon, il nous dit qu’il constate avec peine que la foi s’en va, et que les enfants qu’il prépare cette année à la première communion lui donnent peu de consolation.

6. Nous dînons à la Grâce, les Charles y sont bien ennuyés, le chef poulailler qui avait signé avec eux un engagement de cinq ans les a plantés là, du jour au lendemain. Ils avaient fait pour lui d’assez grosses dépenses, escalier intérieur pour monter au grenier, cabinets d’aisance, changé les papiers de tenture, etc. Ils en sont réduits à laver les œufs eux-mêmes, à donner les repas… je me demande si en fin de compte, ils retirent quelque profit. Ils ont un gentil stagiaire, le jeune de Fraÿs qui s’occupe de la culture, mais non des poules.

7. Marguerite nous vient par l’autobus, les Henri se joignent à elle pour le déjeuner.

8. Enterrement de Duchemin, beaucoup d’hommes témoignant leur affection à Jules Mathieu le beau-père.

11. Pluie. Foire de Nevers, tous les cours en baisse. Je commande à l’office agricole 700 H blé rouge de bordeaux et 200 H avoine d’hiver livrables en septembre pour renouveler mes semences. Nous déjeunons chez Marguerite. Il pleut pour la Saint Barnabé !

12. Les Charles Tiersonnier déjeunent avec nous. Bouheury un modéré radical, bât dans l’Aube un communiste par 28000 voix contre 25000. Les bourgeois qui d’abord devaient voter blanc, pris de trouille se sont ravisés. Est-ce un bon présage pour 1928, Dieu le veuille, nous en avons bien besoin, car la France descend rapidement la pente qui conduit à l’abîme.

14. Pluie. Les Clayeux, Aline et Geneviève nous amènent pour déjeuner Guiguite et sa fille, Gaby arrive de son côté par Nevers et repart le soir pour Villettes avec femme et enfants.

15. Pluie. Batréau, bon vétérinaire, remets debout une jument des Petites Granges couchées depuis 24 heures à la suite de la mise au monde d’un poulain mort-né. Il fait faire au dessus de la bête, un atelier de six perches solides mises trois par trois en pied de chèvre. Une traverse relie les deux sommets. On attache avec des câbles la jument, d’abord autour des hanches ensuite autour des épaules, on passe des chaînes sur la traverse et avec des leviers on monte successivement le devant et le derrière.
Les Jack d’Assigny, Pierre de Barrau et Houdaille dînent avec nous.

16. Fête-Dieu. Première communion à Saint-Parize, quatorze enfants presque tous des pitaux, cette année correspond comme naissances à la première année de la guerre. Après la cérémonie nous déjeunons à Buy avec les Maurice. Henri qui a pris à Moulins l’habitude du téléphone le fait installer à la campagne. Près de la Chapelle-aux-chasses, le chauffeur de la Chassaigne qui villégiature avec l’auto de son maître dans laquelle il emmène six personnes, entre en collision dans une croisée de routes, avec la voiture d’un huissier de Moulins, conduite par sa femme, celle-ci qui a le volant en main, est tuée sur le coup.

17. Auguste du Verne qui a en séjour chez lui George et sa nièce Guillemette nous les amène à dîner, ils repartent avec des phares éteints !!!

18. Bridge chez Madame Delecluze, cinq tables et goûter beaucoup trop somptueux avec des glaces.
Odette de Noury, née en 1884 est fiancée au Baron Abord Sibuet.

19. Les Henri et Maurice Robert dînent avec nous et restent jusqu’à onze heures pour travailler le Bridge. Voila ce que peut vous faire faire la passion du jeu.

21. Madame de Pardieu et Marguerite passent la journée avec nous. Elles descendent à Mars d’un modeste Wagon de troisième. Signe des temps. Paul Tiersonnier nous fait visite à quatre heures et ramène ces derniers à Nevers.
Dreuze avec deux faucheurs coupe dans sa journée tout le fond du pré de la Joie.

22. Déjeunons à la Grâce. Berthe a un bras en écharpe à cause d’un rhumatisme qui l’a fait cruellement souffrir. Nous passons par le Veuillin, où il n’y a personne. Le Russe qui remplit les fonctions de maître d’hôtel nous dit qu’ils sont dans un petit château près de Vichy.

24. Saint-Jean. Beau temps. Je rentre du bon foin.

25. Pluie une heure le matin. Fête du Sacré-Cœur, je m’approche de la Sainte table. Bien que pas très sec, je finis de rentrer mes foins, le manque de personne fait que l’on se hâte un peu trop, ce qui est un tort.

26. Douze degrés seulement. Henri passe par Tâches et nous prend Marcelle et moi pour nous emmener à Nevers à une conférence de Kerillis. Salle comble, il est venu du monde de tout le département mais surtout des comtes, des marquis et de gros propriétaires avec leurs femmes. Le commandant Bouchacourt qui a été nommé Président du groupe de défense anticommuniste, présente le conférencier dans de très bons termes. Pendant deux heures Kerillis nous expose le danger des cellules communistes, installées dans le plus petit des villages et nous donne quelques moyens pour nous défendre, surtout par les tracts, les affiches et les conférences répétées. Il faudra de l’argent, beaucoup d’argent et se dégrouiller. L’orateur reproche aux modérés d’être restés les bras croisés, attendant les évènements. S’ils continuent c’est la fin de la France en 1928 et le régime des Soviets installés chez nous avec toutes ses conséquences. En sortant par une pluie battante nous allons goûter chez Marguerite avec les Villeneuve.
Léon Adenot est nommé capitaine au 8ème Dragons à Lunéville, au grand désespoir de sa belle-mère.

27. Le nommé Mazau d’Essertenne Saône-et-Loire, adjudant retraité, vient me demander la place occupée par Barrat. Je lui fais visiter l’endroit qui a l’air de lui plaire, et je prends des renseignements sur son compte.
Les Dubois de la Sablonnière nous ont manqué hier pendant que nous étions à Nevers.

28. Félix déjeune avec nous, il apporte à Marcelle une superbe botte d’œillets cueillis dans son jardin. Lettre d’Edith qui a reçu pendant quatre jours Madame Chevrier et Madame Polissart, elle est venue au secours de sa cuisinière en faisant les entremets.

29. Les Soultrait, Toytot, Charles Tiersonnier et le stagiaire de Fraix passent la journée avec nous. Eclipse de soleil.

30. Pluie sérieuse, dite de l’éclipse.

11.10.10

MAI 1927

1. Vin d’honneur offert par le Maire aux communistes, la place Carnot est pavoisée, une guirlande de petits triangles rouges entoure le terre plein, c’est du meilleur effet. Journée calme. Bridge chez Madame Houdaille. Cinq tables plus une de Banco. Marguerite et Félix dînent ici.

3. Nous allons à Tâches, Marcelle et moi, par une vraie journée de printemps, avec Barrat qui me quittera le 10. Je visite une coupe de bois afin de me rendre compte de ce qui est vendu et de ce qui reste à vendre. Il y a encore peu d’herbe.
Les Riberolles entassés dans leur auto nous quittent en passant par Moulins où ils doivent déjeuner chez les Clayeux encore en ville pour deux jours.
A quatre heures nous rentrons pour recevoir les Villeneuve qui sont invités à dîner chez les Houdaille, et à un bridge chez Andrieu, ils n’arrivent qu’à sept heures et demie, ayant eu un accident d’auto. Une camionnette descendant de la rue de l’Asile les tamponne en faisant son tournant direction de Guérigny, heureusement personne n’est blessé mais la Peugeot de Gaby a beaucoup de mal, au moins cinq mille francs de réparations, et s’il ne peut pas prouver qu’il est irresponsable, il faudra tout supporter.
Les Guillemain d’Echon nous font part des fiançailles de leur fille Anne-Marie avec Paul de Boursier de la Rivière. C’est un gentil mariage en perspective. Mais que le futur est donc jeune 29 ans ! la jeune fille en ayant 24.

4. Les Comte offrent à la Haute société un Bridge-goûter que la Marquise de Veyrey honorait de sa présence, et comme dans l’évangile le jour de la multiplication des pains, il est resté des gâteaux de quoi nourrir vingt personnes.
Comme ma ponette continue à boiter sans espoir de guérison, je la vends à la boucherie pour huit cent cinquante francs, cela diminue le prix d’acquisition de mon âne.
Je paye à Cassart quelques petites réparations, il me compte l’heure de travail quatre francs et la fourniture à l’avenant ; ces gens là peuvent plus facilement manger des poulets que les propriétaires.

5. Lettre d’Edith qui nous dit qu’ils ont fait bon retour et qu’ils ont trouvé mémère Marthe en parfaite santé, de l’attaque qu’elle a eu dernièrement, il n’en est rien resté. Bridge chez Marguerite Pinet avec les Touttée, c’est un vieux ménage qui se conserve bien, chic-à-mort, toujours élégant.

6. Nous emmenons Mesdames de Pardieu dt Delecluze faire des visites à La Croix, à Cheugny, aux Bourdons et à Veninge. Nous trouvons les Lenferna au complet, quant aux dames, les deux filles sont plus maigres l’une que l’autre. Madame de Maumigny nous offre une tasse de thé. Amélie de Noury rien du tout, et Madame de Dongermain la vue d’une toilette des plus seyantes, les bas en rigodins et un galurin qui a fait pouffer de rire toutes les visiteuses.

7. Je reçois une invitation au mariage de la belle Solange Thuret avec Monsieur Olivier de Luze qui aura lieu à Béguin le 19 mai à deux heures. Madame Thuret recevra à Champroux après la cérémonie religieuse. Choquets termine les peintures de mes contrevents, sauf le côté des écuries qui attendra l’année prochaine pour se blanchir. Bridge chez Jeanne de Mollins, contrairement à la veine qui depuis un mois me favorise je perds tout ce que je veux. Le jeune ménage Guillemain nous offre à déjeuner à Marcelle et à moi, accueil des plus gracieux et sans pose.

8. Sainte Jeanne d’Arc. Messe à 11 heures à la cathédrale, beaucoup de monde, le préfet s’est fait représenté par le ( ?° ) général Brouillet. La maitrise se fait entendre et l’abbé Boudat nous dit un très court mais très bon panégyrique de la Sainte. Après dîner nous allons avec Marie-Antoinette du Verne admirer les illuminations municipales et particulières. Madame de Savigny s’est distinguée, l’hôtel Maumigny mérite aussi une mention. Le temps est splendide à Nevers, il n’en est pas de même à Paris, où le cortège très nombreux a été fortement arrosé.

9. Déjeuner chez Félix et retour à Tâches[1] par temps gris mais assez chaud. Je règle mes comptes avec mon garde Barrat qui me quitte demain après dix ans de service à la maison, c’est un honnête homme, qui a cependant un gros défaut, il est d’une extrême susceptibilité[2]. Il faut toujours faire attention quand on lui parle, pour ne pas le froisser.

10. Pluie bienfaisante et douce. J’essaye mon âne qui trotte comme un cheval, mais ne veut pas approcher de chez Blot à cause de dalles qui bordent la maison, je l’attache en face où il n’y en a pas et il reste tranquille.

11. Je montre à Duceau, garde de M.M. Crotat et Constant, la limite de mes bois, cet homme me fait bonne impression. Avec Marcelle nous allons à Nevers pour assister à un thé Bridge donné par Melle de Toytot et Madame de Pardieu chez cette dernière. Beaucoup de monde, ville et campagne, buffet servi par Gobillots et Taupin. Bon champagne, sept tables de jeux. Les Saints de glace se font sentir, 5° à ma fenêtre aussi le soir j’allume une flambée.

12. J’ai au pouce gauche une forte douleur, comme un muscle froissé, j’y mets de l’iode.
Robert Eustache meurt au Chasnay dans sa soixante quatorzième année, enterré à Paris.
Je reçois 446 litres de vin pour la cuisine, coût 1989 francs, et il monte encore.
Verdet peintre à Nevers vient avec un ouvrier peindre le plafond du salon qui est tâché.

13. Je vends au boucher ma ponette boiteuse depuis huit mois, pour huit cent cinquante francs. Elle m’en a coûté deux mille il y a deux ans.

14. Les près sont tout blancs au réveil et les haricots et pommes de terre sont gelés à certains endroits. Foire à Nevers, cours un peu en hausse en comparaison du mois de février. Les agneaux et les petits cochons se vendent bien. Avec Marcelle nous déjeunons chez Auguste du Verne.

15. Marcelle nous conduit mon métayer Barillet et moi à Nevers pour assister à une réunion de l’Union catholique au clos Saint Joseph. Le Président de Pardieu ouvre la séance par une allocution pleine d’à propos et présente les orateurs qui prendront la parole après lui, d’abord le père Janvier qui nous lit son discours, ce qui est toujours moins agréable que d’entendre parler, ensuite M. La Cour Grandmaison député de la Loire-Inférieure, il est jeune et parle avec feu et éloquence, il nous a conseillé de résister de toutes nos forces à la création de l’école unique, en nous montrant que quatre vingt pour cent des instituteurs étaient affiliés à la Confédération générale du travail, et à la Franc maçonnerie. M. Chatelun remercie les orateurs et invite tous ceux qui sont présents à se transporter à la cathédrale pour y chanter le Credo et recevoir la bénédiction du T. St. St. Ainsi fut fait, et notre vieille basilique qui peut contenir sept mille personnes debout était pleine, ce qui prouve qu’il était venu beaucoup de monde. Les forcenés d’Action Française s’ils se sont abstenus n’ont pas fait rater cette splendide réunion à laquelle assistaient mon neveu Villeneuve et Jean de La Brosse accompagné de son épouse que j’ai très en beauté, elle a maigri ce qui lui va bien. Remarqués Pierre de Laplanche, Nadaillac, B. Faulquier, Montrichard, Ch. du Verne, Rouälle, - Damas brillait par son absence, Mauras avait dû lui conseiller de ne pas venir. Les dames présidentes d’œuvre avaient des places au premier rang.

16. Charles et Berthe déjeunent avec nous. Je sème dans le jardin de la Garderie du blé noir, et Marcelle des petits pois. Ce sera un moyen de l’entretenir propre.

17. Henri, sa femme et ( ?) Vou déjeunent à la maison. Le Bridge suit, et je constate que mon cher cousin qui est toujours tout feu tout flamme a fait peu de progrès malgré de nombreuses séances au cercle de Moulins où il s’est mesuré avec de grands joueurs.

18. Promenade peu intéressante à la Seigneurie avec Lavergne, je constate que les couvertures y sont en fort mauvais état, et qu’il y en a au moins six cent cinquante mètres carrés, avec les imprévus c’est une dépense de neuf mille francs environ. Agréable métier que celui de propriétaire. Il ne reste plus une feuille sur les chênes et les érables, tout a été dévoré par les hannetons. Mes quatre châtrons qui sont en pension dans les Guérimbets ont bien profité. Pluie abondante, gros coup de tonnerre sans vent.

19. Marcelle envoie Antoine à Saint Pierre acheter du beurre avec Jaurès, Jaurès c’est mon âne.

21. Nous allons à Nevers où j’assiste à une conférence sur les assurances accidents. Madame de Pardieu raconte à Marcelle que Paul Tiersonnier a donné sa démission de l’Union catholique, ce doit être selon un ordre de Maurras, cette Action Française fait bien du mal en faisant passer la politique avant la religion.

22. Berthe emmène Marcelle à Lamenay pour y fonder la Ligue, elles sont admirablement reçues par le jeune ménage Certaines, et trouvent dans cette petite localité des gens de l’ancien régime, polis, et ayant encore le respect des seigneurs, et même du Seigneur car ils suivent la messe avec fierté. Au retour ces dames passent par les Ecots.
Henri qui pense toujours au Bridge et ne m’en veut pas des admonestations dont je l’accable m’apporte un carnet de jeu et cette strophe qui l’accompagne.

Pour marquer les honneurs,
Pour noter les parties,
Au grand maître des joueurs
Souvenir d’un conscrit.

Ton art est légendaire
Ta patience l’est aussi ;
Mais gare au partenaire
Que la mémoire trahit !

23. Blond fait venir un Wagon de charbon dix mille francs, que je partage avec M. Blond de l’Isle, De Gagny S Moselle, la part coûte 654 francs.

24. Bob Le Sueur me conduit à Nevers pour assister à l’assemblée générale de l’Union Nivernaise, président Damas, qui est à la hauteur de sa tâche. Nous entendons d’abord un discours de M. Flandin qui manie la parole d’une façon très intelligente et spirituelle. Midi, déjeuner Salles Vauban, vingt francs par tête, ce n’est pas trop cher car le repas est bon. Montrichard m’indique une place à la table d’honneur, je me trouve à côté de mon voisin Bernigaud, c’est une chance, car on a toujours à retenir quelque chose de sa conversation surtout en agriculture. Il y a cent soixante convives venus de tout le département. Deux invités de marque, le Comte de Warren, député de Meurthe-et-Moselle et le Comte d’Andlau, alsacien celui là, l’un et l’autre se font entendre à la séance du soir. Somme toute grand succès pour l’Union Nivernaise qui est très en progrès. Pendant que l’on prend des conférences on n’en saurait trop prendre, aussi à huit heures et demie du soir, j’en entends une dans la mairie de ma commune, sur les sels de potasse d’Alsace et la conclusion que j’en tire c’est qu’ils ne peuvent faire d’effet que s’ils sont additionnés d’azote et d’acide phosphorique.

25. Par des chemins défoncés, grâce à l’exploitation barbare de la forêt de Parenche, je vais avec Jaurès jusqu’au Lieu Maslin, pour y régler le terme du 11 mai, qui pour la première fois est payé en nature, Billots se plaint beaucoup, je ne suis cependant pas exigeant, car Soulat m’a raconté que le Clergeat qui touche mes domaines et qui a vingt hectares, aurait pu être affermé dernièrement huit mille francs. Il faut tout de même reconnaître qu’il est près de la grande route et d’un accès beaucoup plus facile que le Lieu Normand, qui voit son fermier obligé de passer par les champs pour sortir de chez lui, le chemin rural étant actuellement défoncé par le roulage de l’exploitation d’un bois qui le touche. Et aussi un petit domaine s’afferme plus cher à l’hectare qu’un grand. Le taureau né du domaine de Tâches et vendu à mes fermiers leur donne une très bonne production.

27. Cécile m’écrit qu’elle est au grand ciel, son excellent beau-père vient de lui offrir une GHP Renault, conduite intérieure dernier cri. Yvonne est également dans la joie, ce qui est bien naturel, je me réjouis avec mes chères enfants. Qu’elles profitent donc du répit que nous laisse les communistes, cela ne durera peut être pas longtemps. Quant à moi, en fait de luxe je recouvre les granges.
Bridge à la maison douze personnes, la belle Solange nous amène Madame Delecluze, sa fille et Andrieu, Auguste du Verne suit avec Anne de Champeaux, qui eux même précédent les Dubois de La Sablonnière avec Mademoiselle Richier, grande et belle fille qui est mieux que sa sœur tout en lui ressemblant beaucoup, les du Part ferment la marche avec la jeune Chantal qui n’a pas de bonne pour la garder. A Chevenon l’on est souvent sans personnel et Antoine frotte les parquets tous les matins, pendant que sa femme fait les repssages.

29. Marcelle emmène à Nevers trois demoiselles de Saint-Parize, Andrée Moreau, Denis et Lamoussieu pour assister à Nevers à l’assemblée des jeunes filles ligueuses, débutant par une messe dite à Saint-Gildart par Monseigneur à neuf heures. Marie Antoinette fait ensuite une intéressante conférence sur les progrès de la Ligue, progrès qui sont dû à son inlassable dévouement.

30. Déjeuner à Fontallier avec les Buy et Marie de La Boulaye. Mon camarade Grincour est de plus en plus tardigrade, ce qui ne l’empêche pas d’avoir encore vingt-six chiens au chenil. Au retour , visite à Saint-Léger, personne, au Manoir nous rencontrons les Le Sueur.

31. Pluie. Déjeuner à Buy, même convives que la veille.
Bridge de mazettes.


[1] Souligné dans le texte
[2] Id°

12.9.10

AVRIL 1927

1. Confirmation du mauvais temps. Nous faisons le Bridge à la maison, Auguste du Verne ne vient pas, il fait placer chez lui la télégraphie sans fil.

2. Camille de Vercy meurt âgé de quatre-vingt neuf ans. Ce vieux cousin avait épousé en premières noces sa cousine Marie de Vercy, pendant bien des années ils sont venus passer une partie de leurs vacances à Tâches, soit chez ma grand-mère, soit ensuite chez mes parents, étant peu fortunés on avait pitié d’eux. Ils laissent deux enfants, Adrien, Lieutenant-colonel d’artillerie en retraite, et Marguerite mariée à M. Cabonat, professeur à l’Université de Caen, ses idées trop avancées pour nous, ont fait que nous avons rompu toutes relations avec eux. Vercy avait un certain talent comme sculpteur, il a fait plusieurs bon bustes, et il est l’auteur du St François Xavier qui est dans l’église de St Parize le chatel. Sa seconde femme qui devait être sa cuisinière fait part de son décès.

3. Je descends chez Auguste du Verne qui est en lune de miel avec la TSF mise depuis deux jours dans son salon et qu’il fait marcher jour et nuit. J’entends un sermon du père Lhaude, que je suis bien mieux que celui du père Sanson, on fait œuvre, prie, assis dans un bon fauteuil, c’est trop commode et je suppose peu méritoire. Marie-Antoinette retour de Paris où elle est allée pour assister à la grande réunion de la Ligue Patriotique des Françaises, ce qui lui a permis de voir et de causer avec beaucoup de monde, en est revenue atterrée par tout ce qu’elle a entendu dire de sottises à propos de l’Action Française ; cette question s’envenime tous les jours et les bons chrétiens ont bien peur qu’elle ne finisse par provoquer un schisme.














Auguste du Verne




Goûter-Bridge chez Madame de Bourcier, femme fort aimable et nouvelle venue à Nevers, elle est veuve depuis longtemps et a un fils unique de vingt deux ans employé à la banque de France, ce qui a motivé leur installation dans notre ville. Trois tables de Bridge, une de Banco et profusion de gâteaux.

6. Pluie. M.M. Chevrotin et Constant me conduisent à Tâches dans une superbe conduite intérieure Hotkchiss, nous y retrouvons M. Crotat et ensemble nous allons chasser un lapin au taillis d’Orgeat, car j’ai obtenu une prolongation jusqu’au quinze avril pour détruire les bêtes nuisibles, ceci à la demande de Couturier, qui en a profité pour tuer hier un sanglier lancé dans la Ravie. (trois lapins).
J’ai oublié de noter qu’hier avec Marie-Antoinette, nous sommes passés prendre Raoul d’Anchald pour aller à Châteauneuf Val de Bargis à l’enterrement d’Abel Metairie mort à Fonfaye à quatre vingt neuf ans. Il y avait beaucoup de monde et sur sa tombe, M. Flandrin a prononcé un fort beau discours. Ce veuf a planté là un jalon qui le conduira à prétendre à la main de mademoiselle Metairie qui ne s’est pas mariée parce que, dit-on, son frère ne voulait pas lui donner de dot. Son frère Charles est aussi un parti vacant.

7. Marcelle va seule à son patronage de Moiry et revient par Tâches et Saint-Parize. Auguste du Verne réunit la M.M. pour le Bridge et comme il perd cinq parties de suite, jure ses grands Dieux qu’il ne touchera plus jamais une carte, serment d’ivrogne.

9. Pluie. Foire de Nevers, beaucoup d’animaux, transactions lentes, j’achète à Champeroux un âne de huit ans, couronné pour mille huit cent francs, c’est beaucoup trop cher, mais des maquignons en ayant offert mille sept cent devant moi, j’ai dû forcer la dose. Bridge chez Madame de Mollins. A déjeuner, nous avions eu Roger de Soultrait et Fafa.

11. Les Guillaume du Verne dînent avec nous, pour se rendre ensuite au Clos Saint Joseph, où l’on doit répéter la revue. A cinq heures j’entends une belle conférence faite par José Germain sur le redressement Français, c’est Mercier, le grand entrepreneur, qui a inventé ce nouveau groupement qui a de fort bonnes intentions pour combattre le communisme, mais comme à beaucoup d’autres, il lui manque la chose essentielle, l’idée de Dieu et de la religion. Malgré cela, j’ai donné mon adhésion.

12. Les d’Anglejan mangent avec nous à déjeuner un cuissot de sanglier tué à Tâches la semaine dernière, il était aussi tendre que succulent.
A deux heures, nous avons la visite de Gaby venu à Nevers avec son notaire. Il me provoque au Piquet, je lui gagne mille cinq cent points en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire ; ce garçon est incorrigible quant au carton.
La jeune Jacqueline d’Assigny a été mise au monde il y a quatre jours, boulevard Victor Hugo.

13. M.M. Constant me conduisent à Tâches où nous tuons un dernier lapin. (trois au tableau)

14. Jeudi Saint, il fait un temps superbe pour la promenade aux reposoirs, mais il y a beaucoup de monde dehors. J’écris à André pour lui demander des nouvelles de sa fille Yvonne, on craint un phlegmon du côté des reins.

15. Vendredi Saint. Pluie. A midi trente, nous allons, Marcelle et moi, chercher Cécile et Yvonne qui viennent passer avec nous les vacances de Pâques. Demain, après l’arrivée de mon petit-fils, nous serons tous réunis à ma grande joie. Dans des papiers qui me sont envoyés de l’étude Gallicher, où ils devaient être depuis longtemps en souffrance, je vois que notre maison de la Place Ducale a été achetée en 1891 par le grand-père de ma femme et que cette même maison avait été vendue en 1814 par M. Moret - Nion, mari de Melle Sallonier de Nion de qui devait venir cette propriété. Philippe a bien essayé il ya une trentaine d’années de faire revivre ce nom, mais la chose n’a pas pris, contrairement à ce qui arrive habituellement. C’est peut-être heureux, car des revers de fortune l’ont forcé à vendre terre et château de Nion.

15. Pâques. Bien que le prédicateur du carême ait été bien médiocre, dans la personne d’un jeune dominicain, il y a beaucoup d’hommes à la messe de communion. A déjeuner, Félix nous aide à manger un excellent pâté, recette de Tâches, du respectable poids de neuf livres. Que pourrait-il coûter chez le marchand de comestibles ? Promenade à Marzy en auto.

16. Glace. Avec mes petits enfants, nous allons nous promener jusqu’à Vauzelles, ou je constate que la ville grandit chaque jour. Les arbres sont couverts de fleurs qui n’ont pas été atteintes par la gelée de la nuit.

17. Les vieux Clayeux amenés par Antoine et les Gaby de Villaine déjeunent avec nous, leur venue est motivée par la curiosité de voir jouer au clos Saint Joseph une revue, que sur la demande de Marie-Thérèse Pinet des Ecots, Augustin a composé au profit des écoles libres. Elle est intitulée, le Fisc de la Lune et se passe dans un château situé au bord de la Loire. Le premier rôle est tenu, et fort bien ma foi, par Suzanne du Verne devenue Colombine, c’est son beau-frère Guillemin d’Echon qui fait Pierrot avec une rare perfection. Le colonel d’Assigny, avec une parfaite diction a bien le type du vieux veneur, et sur l’air des honneurs, il chante un petit couplet de sa composition sur les mérites de l’auteur. François de Lestrange nous débite une conférence, composée tout exprès pour lui, avec un véritable talent, déguisé en vieux savant, il est méconnaissable. Melle Comte en soubrette, et sur l’air des cloches de Corn----- dit bien le couplet sur la pile d’assiettes qu’elle a laissé tomber. Bonne note pour Mme Subert dans la parodie de la commode de Victorine. L’amiral suisse Mougerot et sa commère Madame Ponceau sont désopilants. Melle Lemoine incarne un excellent Fortunio, son costume est très seyant. Toutes les scènes sont bissées et rebissées, et jeux de mots se disputent avec les calembours les nombreux applaudissements. Que je n’oublie pas mon vieil ami Raoul d’Anchald qui très complaisamment est venu sonner dans les coulisses plusieurs fanfares pendant la chasse au sanglier. L’auteur appelé sur la scène a chanté un couplet pour remercier les acteurs qui vraiment méritaient des éloges. Somme toute, cette revue a été un véritables succès. Elle avait été précédée par un lever de rideau l’été de la Saint Martin admirablement interprété par Madame Houdaille, ma fille Edith et M.M. de Bourcier et Canet. Tous les quatre ont été à la hauteur de leur tâche. Très naturelle la belle Solange qui n’avait rien de la nourrice, qu’elle est pour l’instant, Edith a eu des jeux de physionomie qui ont été très remarqué, Bourcier malgré ses vingt deux printemps, ressemblait bien à un vieux Monsieur et Canet à un jeune. Assistance aussi nombreuse que choisie, Mis et Mise de ( ?) Veyry, Ctesse de Ganay, Ctesse de Marcy, et de Villaines, Col et Marie Tiersonnier, Vte de Dreuzy, de la Boutesse, Bne le Pelletier, les Montrichard et leur fils qui après la représentation nous ont ramené à la maison, pour s’y rafraîchir car grâce à Dieu il faisait beau et chaud.
Hubert d’Assigny a eu beaucoup de peine à dire un prologue de quinze vers qu’Augustin avait composé pour lui. Décidément, il se fait un peu vieux pour le théâtre.
Marguerite Pinet de Maupas, comtesse de Monterno est morte le 17 dans son château du Bort.
Victor Robert St Cyr, docteur en médecine, pendant longtemps maire de Léré, Cher, meurt à soixante seize ans à la suite d’une longue et cruelle maladie, supportée très chrétiennement.

18. Déjeuner de 14 personnes chez ma sœur avec les Pardieu, les Delecluze, les Villeneuve et nous. A deux heures, Constant me mène à Tâches par un temps splendide, la campagne est jolie et les fruitiers couverts de fleurs.

19. Magnifique goûter offert par Félix aux Pardieu, Mollins, Toytot, Pinets des Ecots, etc. Distribution de fleurs aux dames, deux tables de Bridge…

23. Marcelle me conduit à Tâches avec les enfants qui déjeunent sur l’herbe. De retour à quatre heures, nous goutons chez Madame Bouquillart qui a réuni toute la haute. La table croule sous une montagne de gâteaux.
Quatre tables de Bridge et une de Banco.

24. Froid de Canard. Edith conduit ses filles à un goûter chez les de Thé. Vingt cinq enfants, accessoires de cotillon. Augustin, Cécile et Marcelle vont faire un bridge à la Baratte, pendant que j’en fais un chez Zizi. Après dîner autre bridge chez Madame de Pardieu. Je lui montre le contrat de mariage de Charles Robert avec Emilie Desnoyers, auquel plusieurs Saulieu ont signé, en juin 1814. J’y vois que la jeune mariée a reçu mille cinq cent francs de dot et son époux mille francs. Ces deux mille cinq cent francs de rentes ajoutées à ce que pouvait toucher de traitement à cette époque le substitut du procureur du roi qu’était notre grand-père, devaient ressembler à de l’opulence.

25. Pour moi qui réclame souvent la pluie, je lis dans une lettre adressée à mon beau-père, par la Comtesse de Choiseul, à laquelle il servait une rente comme veuve en premières noces de son oncle Des Noyers, qu’à Amiens le 18 juin 1854, on demande de l’eau car depuis 14 mois, il n’est tombé que de rares averses.

26. Goûter d’enfants à la maison, où l’on en réunit une vingtaine. Pendant ce temps nous faisons un Bridge chez ma sœur avec Augustin et Marguerite Pinet des Ecots, qui perd royalement, comme toutes les fois qu’elle touche une carte. Contrairement à beaucoup de joueurs, elle ne se plaint jamais. Après dîner avec mes enfants et petits enfants, nous allons au Ciné Parc entendre une conférence intéressante avec projections sur l’Indochine, le Tonkin, l’Annam et le Laos.

27. Enfants et petits enfants font une visite à Luanges et goûtent au Banlay.

28. Mon petit Vé rentre à son collège le cœur pas trop gros. Augustin et moi avons eu le cœur dur en lui supprimant le chocolat au petit-déjeuner, c’est une dépense de 120 francs par trimestre, et vraiment par le temps qui court on peut faire cette économie. On sera bien forcé d’en faire d’autres.
Grandissime goûter chez les la Motte à Vernuche le haut. Tout le pays est là. La maîtresse de maison est tout de rouge habillée, y compris ses bas. Il fait un temps splendide et du haut de la terrasse la vue est magnifique.

29. Cécile nous quitte pour aller passer cinq jours à Paris chez cette excellente Madame de Lépinière dans son hôtel de la rue Saint Florentin. Elle lui apprendra que sa fille Guillemain s’est fait couper les cheveux un peu tardivement.
Nous goûtons à la Grace avec les Chavanne et nous bridgeons après dîner chez les Toytot. Quatre tables.

30. Orage et pluie. Je fais repeindre les fenêtres et contre-vents de la maison, ce n’est pas sans besoin ; on repousse toujours l’heure des réparations, tout étant si cher, c’est un tort, car rien ne baisse, tout au contraire. Bridge à la maison, trois Dames, cinq Messieurs.

10.9.10

MARS 1927

(le 19ème cahier commence au 12 mars 1927)

12. Foire, beaucoup de monde, beaucoup de bêtes à cornes, mais transactions difficiles, surtout pour les châtrons qui sont très peu demandés. A dix heures à la Cathédrale, service pour François du Verne mort à vingt-six ans à Paris où il travaillait chez un agent de change. Il a été emporté par la grippe infectieuse en quelques jours. Il y avait énormément de monde à ces funérailles, venus du Cher et de l’Allier. A déjeuner, nous avons eu René et Geneviève Clayeux et F. Jourdier ainsi que les Charles Tiersonnier. A deux heures, mes filles nous ont quittés pour Paris où elles doivent passer le temps que leur donne un billet d’aller et retour. Elles descendent chez Antoinette Jourdier.

15. J’entends chez les Petites Sœurs de l’Assomption, une conférence faite par le Colonel d’Assigny, le sujet traité est la Patrie, et il est fort bien traité, ma foi. Pourquoi un garçon si bien doué que lui a-t-il pu aussi mal guider sa barque. A cinq heures, thé, Bridge chez ma sœur. Je trouve en face de moi des adversaires qui doivent être plus compétents dans leur métier que dans celui de toucher les cartes dans la personne de M.M. Reynier et Dubois de la Sablonnière, tous les deux forestiers, et de M. Saurel, directeur des usines ( ?) Kulmann. Leurs femmes ainsi que Madame Vernin et ses filles jouent au Banco.
Les Larouillères nous font part des fiançailles de Marguerite avec Pierre de Gaudart d’Allaines.

16. Je sors du tribunal où l’on jugeait l’affaire La Brosse. Bassot, fermier à Bonay, ne veut pas quitter son domaine, prétendant que Louis ne lui a pas donné congé à temps. Girard son avocat a bien plaidé, disant : dans cette affaire il y a un menteur, quel est-il ? Tricot, défenseur de Bassot, qui pourtant est conservateur, a plaidé en disant que la parole d’un fermier vaut bien celle d’un propriétaire. Ce n’est pas mon avis dans le cas présent. Mais le tribunal sera-t-il de mon avis !
Bizy me conduit à Tâches, où je constate que mon troupeau de brebis décline tous les jours et que mon métayer Dreure a fort mauvais esprit, ce que je savais déjà. Nous rentrons bredouilles de la chasse aux lapins, il y en a cependant encore beaucoup trop. A dix heures dix-huit du soir, je vais attendre Marcelle à la gare, elle revient de la capitale, n’ayant pas réussi dans l’affaire qui l’y amenait, et pas autrement fâchée, je le constate.

18. Pluie. Je vais à Tâches avec M.M. Constant et Crotat afin de faire avec eux le tour de la propriété, dont je veux leur louer la chasse, me sentant vieux d’une part, et d’autre me refusant à payer moi-même la taxe votée par le conseil municipal sur les chasses gardées.

19. Saint Joseph. Comme je l’ai fait depuis quelques années, je vais communier à la cathédrale avec mes petites filles qui vont ensuite servir le déjeuner des vieillards chez les petites sœurs des pauvres. En me promenant je passe par le cimetière où je recommande au gardien de faire nettoyer la sépulture des miens qui tous les ans est envahie par les ronces. Marguerite et sa petite fille dînent avec nous.

20. J’entends une magistrale conférence faite par deux délégués de la ligue dont Taittinger est le président, et je me fais inscrire au nombre des membres de la jeunesse patriote, je devrais dire de la vieillesse. M. de Gouvion de St Cyr prend le premier la parole, et après avoir exposé le but de la ligue, il demande s’il y a dans la salle des contradicteurs. Un ouvrier monte sur l’estrade et nous raconte quelques absurdités. Il est vite et bien remis à sa place par Gouvion. Nous avons ensuite la bonne fortune d’entendre M. Bergeron qui réfute toute la doctrine du marxisme. Après lui, un ouvrier typographe de Nevers vient vanter les soviets avec un certain talent, et dit que les frontières ne sont représentées que par un morceau de bois qu’il faut abattre. Bergeron lui riva alors son clou et comment ! Malheureusement il n’y avait assez de monde pour assister à cette réunion qui cependant en valait la peine.
Marie Antoinette du Verne emmène Marcelle à Luthenay où elle porte la bonne parole devant les ligueuses de l’endroit. Un thé-Bridge clôt la soirée à la Baratte, c’est la belle Solange qui a l’amabilité de m’y conduire. Il y avait quatre tables de jeux et de nombreux gâteaux, si nombreux que Suzanne a demandé à la jeunesse de venir les finir après dîner, ainsi fut fait, et le Banco s’est prolongé jusqu’à deux heures du matin.

21. Le printemps commence par un temps superbe. J’en profite pour monter au grand séminaire où le chanoine Chollet me fait faire le tour du propriétaire, l’ensemble à grand air et de la terrasse la vue est superbe. La chapelle me plait particulièrement. Le jardin d’une contenance d’un hectare et demi est bien tenu et doit, grâce à ses nombreux légumes, aider à la nourriture des hôtes de la maison. Les séminaristes sont actuellement de vingt sept. Bridge chez Madame Delecluze.
A une heure du matin, Augustin revient d’un séjour à Bulhon, où il a installé sa mère qui s’ennuyait dans sa maison de repos à Lyon, où elle a passé un peu plus de deux mois. Toute seule à la campagne, elle s’ennuiera peut être davantage. C’est son affaire. Elle subit l’influence de sa fille, qui est souvent contraire.

23. A minuit trente, Edith revient de Rennes par Paris, elle est bien contente des quatre jours passées chez Cécile qui a mis les petits plats dans les grands pour la recevoir.

24. Pluie. Foire à Saint Pierre, les châtrons ne sont toujours pas demandés, aussi j’en ai quatre des Petites Granges, que j’envoie à mon compte à la Seigneurie et que j’achète mille six cent francs pièce. Marcelle va à Tâches avec ses petites nièces.

25. Pluie. Louis de La Brosse gagne son procès contre son fermier Bassot.
Le maire de Saint Parize m’informe que la taxe sur les chasses gardées primitivement fixée à deux francs ne sera que de un franc par hectare.
Louis Clayeux est nommé colonel et reste au Maroc.

26. Pluie. Après une visite faite à la Grace, nous allons, mes filles et moi, porter au Veuillin nos condoléances, nous y rencontrons les d’Armaillé. Les Guillemain et les Guillaume du Verne dînent avec nous, deux excellents canards composent le rôti, je les arrose d’un excellent Richebourg, datant du mariage de Cécile.[1]

27. Marcelle est emmenée à Bourges en auto par Henri de Faverges, elle déjeune chez Geneviève de Buzonnière. Au retour, visite et goûter chez les ---- à -----. Cependant que chez les Guillemin nous écoutions le sermon prononcé à Notre Dame par le Père Sanson. Les paroles étaient aussi nettes que si nous avions été devant la chaire, mais j’avoue que j’ai mal suivi ; les idées sont trop élevées pour être suivies à distance. Mollins venu là pour faire un Bridge a pu en faire son profit, c’est un acheminement à sa conversion.
Cette pensée protestante me fait noter les fiançailles de la belle Solange Thuret avec M. de Luze, un bordelais.













Solange Thuret

29. Pluie. Marcelle nous conduit déjeuner à Moulins chez les Clayeux, nous avons la chance de trouver Edmond qui regagnait Paris dans l’après-midi.

30. Pluie. Les Guillaume du Verne déjeunent avec nous, et ensuite mon neveu nous mène avec Augustin et le fidèle Bizy, tirer un dernier lapin à Tâches. Le pays est sous l’eau et Barillets ne peut pas semer la –olle.
Les brebis des Petites Granges déclinent toujours, je vais prier Batréau mon vétérinaire, de me faire venir encore de l’extrait de fougère mâle pour traiter ce qui me reste de troupeau. Monsieur de Pardieu m’a demandé ce matin de prendre la présidence de l’Union catholique pour le canton de Saint-Pierre. Je l’ai beaucoup remercié de l’honneur qu’il me faisait, mais je lui ai dit que je n’étais pas du tout qualifié pour cela et qu’il ferait mieux de prendre mon cousin Henri et à son défaut M. Motte, de la Ferté.
Ramonage de la cheminée de la cuisine, c’est la seule que l’on nettoye, parce qu’elle brûle du charbon, celles qui ne brûlent que du bois ne se salissent que peu ou prou, leur ramonage coûte cher et ne donne rien, de temps en temps le feu prend dedans et le nettoyage est alors complet, surtout dans la cheminée du petit salon.

31. Pluie. Tempête.

[1] 1910

19ème cahier

11 mars 1927

Ce 19ème cahier aura l’honneur de donner l’hospitalité à un poème composé par mon gendre pour remercier ceux et celles qui ont assuré le succès de la vente de Charité de 1927.

Remerciements

Qui devrais-je d’abord remercier ce soir ?
L’acteur le meilleur ? la plus habile marchande ?
Ceux dont les soins ont fait et plus belle et plus grande
Cette fête ?... Si tous ont donné leur offrande,
Merci d’abord à ceux qui vont la recevoir.

Car ils méritent toute notre reconnaissance,
Ces maîtres si chrétiens, si vaillants, détestés
Par les instituteurs laïques, bien rentés,
Qui ne comprennent pas vos saintes pauvretés,
O frères du grand Saint François d’Assise, en France !

L’école est libre, oui, libre avec ce crucifix
Qu’ailleurs on enlève sans que rien le remplace.
Christ, ami des enfants, rayonnant sur la classe,
Vers toi, souvent, le soir, le maître, l’âme lasse,
Cherche le réconfort des labeurs sans profits.

Ecole libre ? non, mais école chrétienne
Qu’on voulut étrangler par d’intangibles lois,
Malgré tous les baillons et les décrets sournois,
Tu fais entendre encor ta salutaire voix
Que n’étoufferont pas les tristes cris de haine.

Agréez donc nos vœux et nos remerciements,
Nobles éducateurs de l’âme populaire,
Vous vous sacrifiez de façon exemplaire.
Nul ne saurait payer ici-bas un salaire
Digne de votre zèle et de vos dévouements.

Sachez que l’on vous aime et qu’on vous encourage.
Devant ces francs papier qui vous seront remis
Songez qu’ils sont venus d’innombrables amis,
Par un commun élan de leurs cœurs, réunis
Moins pour vous remercier que pour rendre hommage.

Vos amis, voyez les se dépenser pour vous.
Saluons tout d’abord la fée inspiratrice[1],
La grande dame blonde au port d’impératrice,
Qui commande avec tant de grâce séductrice
Qu’obéir, quels que soient ses ordres, semble doux.

Près d’elle, saluons les reines de l’aiguille
Se jouant parmi les tissus arachnéens,
Ayant, avec l’esprit, et le gout parisien,
L’art de vendre très cher, ces jolis petits riens
Ou l’éphémère éclat d’une mode scintille.

Remercions encor la Ligue et le Noël
A leurs comptoirs parés d’une égale élégance,
Les dames déployaient une telle éloquence
Que l’acheteur charmé de trouvait sans défense
Et laissait dans leurs mains un gain substantiel.

Louons l’Epicerie et la Pâtisserie,
Merci, Mesdames, pour vos mets, vos entremets,
Vous avez, méritant les bravos des gourmets,
De mille petits fours su faire un grand succès,
Si vous me permettez cette plaisanterie.

N’oublions pas non plus les magiques concerts,
Les thés que vous servaient des servantes mutines,
Le joyeux tournoiement des rondes enfantines
Avec les rires frais et les voix argentines
Scandant de leurs grelots le rythme de vieux airs.

Fortunio, merci, vous nous fîtes entendre,
Avec vos petits clercs gais et malicieux
Qui jouèrent si bien, chantèrent encor mieux,
La chanson de Musset, hymne délicieux
De franche poésie et de musique tendre.

Gloire aux petits chevaux tournant éperdument !
Honneur à ce caissier, d’une galante espèce,[2]
Payant d’un madrigal le billet ou la pièce,
A ce caissier qui sait faire et sauver la caisse !
Il l’a prouvé, jadis, sous les bombardements.

Célébrons les acteurs. Je ne saurais décrire
Cette idylle en bateau, d’un moralisme clair,
Car le couple amoureux, en proie au mal de mer
Trouve l’amour coupable encore bien plus amer,
Et les spectateurs, eux, sont malades de rire.

Nous devons applaudir enfin « le sanglier ».
La rieuse Suzanne est une artiste experte.
On comprend mal, voyant la fine et tendre Berthe,
Qu’un homme qui l’aima se résigne à sa perte
Et que, même au Brésil, on ait pu l’oublier.

Evocateur de la cynégétique gloire
Dont l’écho, Nivernais, emplit encore vos bois,
Type des grands veneurs et chasseurs d’autrefois,
Rude et fier comme un preux dans les anciens tournois
Le galant colonel remporta la victoire.

La vente maintenant va s’achever. Les fleurs
Des comptoirs et des murs seront bientôt fanées
Mais que le souvenir de ces belles journées
Fleurisse encore en vous, les fêtes terminées,
Par le bien accompli qu’il vous rende meilleur !

Que votre charité s’accroisse et persévère !
Car les besoins sont grands, car nos maîtres chrétiens
Faibliraient s’ils n’avaient le bienfaisant soutien
Des Véroniques et des bons Cyrénéens
Dont le secours les aide à gravir le calvaire.

Sans vous, le mal serait encore plus triomphant
L’école athée encore plus sectaire et funeste.
Comme on arracherait vite ce dernier reste
De foi, de pureté, de lumière céleste
Dont la flamme s’éteint dans trop de cœurs d’enfants.
A. de Riberolles
[1] Note marginale : Marie Th. Pinet des Ecots
[2] NM : Louis d’Assigny

1.9.10

JUILLET 1943

1 Je vais à l’enterrement de la femme de Raclin qui depuis très longtemps est garde régisseur à la Chasseigne. Beaucoup de monde à l’église. Carte d’Hervé qui a donné à ses sœurs un déjeuner qui n’a rien des restrictions à Pontgibaud. Lettre de Ginette de Tours, Gaby a de l’avancement, il est nommé à Angers. Lettre de Josefa qui propose un parti pour mes petites filles.

2 Premier vendredi. Je m’approche de la Ste Table. Jean Le Sueur aussi. Son sort doit se décider ce soir. Il passe la visite et il est réformé, aussi la joie règne dans le manoir. Il s’était fait donner un certificat de tuberculeux par un médecin, ne tenant pas compte du proverbe qui dit qu’il ne faut pas parler de corde dans la maison d’un pendu. Chicon vient me dire qu’il a trouvé crevé un châtron de 15 mois bien portant la veille. Je téléphone à l’équarisseur de venir le chercher. Je lui ferai emmener en même temps une génisse du même âge que je considère comme perdue. Le 29, Madame Alexis Thonnier va à St Pierre à bicyclette et le 30 elle met au monde un poupon de huit livres ½. J’écris à Simone.

3 La mortalité sévit toujours sur mes bovins de 15 mois à Tâches. L’équarisseur enlève un châtron mort du charbon symptomatique et une génisse atteinte d’entérite. Les Guillaume du Verne déjeunent avec nous et emportent aux Mollins le gigot d’un des agneaux de Marcelle qui s’est noyé dans la source. Il pèse 4 livres ½. Lettre de Marguerite Clayeux qui reçoit tous ses neveux Monnier les uns après les autres. Pour la procession de la Fête Dieu à Thionne, il y avait 3 hommes en dehors des Clayeux. Edouard de Chatelperron a été mis en prison par les Boches. Il a été dénoncé comme ayant des armes chez lui, ce qui n’est pas vrai.

4 Dimanche. Au retour de la procession devant quatre reposoirs, le premier sur le champ de foire, le second devant la poste, le troisième devant la Croix du puits, le quatrième dans la cour de l’école libre. Au retour dans l’Eglise, M. le Curé encadré par le Maire et moi-même comme Président du Conseil Paroissial, lit la consécration de la Commune au sacré Cœur de Jésus. Beaucoup de monde et des belles toilettes. Jean de Sansal vient chercher des côtelettes de l’agneau. Au goûter il mange de la gelée de pied de veau et tout un fromage à la crème. Marcelle dîne à Buy.

5 Pluie insuffisante. Taillardat vient avec son moteur me scier du bois pour le fourneau de la cuisine et enlever du travail à mon jardinier, pour lequel ce travail journalier est très absorbant. Chicon vient me dire qu’un des châtrons vaccinés il y a deux jours est bien malade. J’appelle Batréau à défaut de Richard absent.

6 Il me donne son avis pour une génisse, le châtron malade a de l’enflure causée par une piqûre et non par le sérum. Pour les génisses qui ont de l’entérite, des reconstituants qu’on ne trouve plus guère. A l’automne, vermifuge aux veaux de l’année. Gazoute vient déjeuner avec nous pendant que sa fille est au manoir. Elles devaient nous arriver par le car Balançon, celui-ci ayant été réquisitionné par les Boches, elles se font amener par un taxi. Gazoute est couverte de perles et de diamants. Elle a les belles boucles d’oreilles de sa mère et des bagues à tous les doigts. A 4 h, les Massias viennent goûter et la chercher. Paule vient la rejoindre accompagnée des petites Le Sueur. Toutes font honneur aux galettes préparées par Marcelle.

7 Yvonne nous annonce la mort de Pépée de Riberolles. Vraiment ses pauvres parents sont bien à plaindre, perdre deux enfants déjà grands et au début de leur mariage, ils en avaient déjà perdu deux. Avant dîner la tête me tourne, mes jambes flageolent. Marcelle me fait une piqûre d’accioline. Je me couche et dors bien.

8 Pluie. La tête engourdie une partie de la journée. L’appétit est bon. Nouvelle piqûre d’accioline. J’envoie chercher au bois Renard dix sacs de charbon fabrication Le Sueur. Madignier m’en cède cinq.

9 Marcelle part à la première heure pour Nevers afin d’assister chez nos locataires à une réunion de dames ligueuses présidée par Monseigneur. Déjeuner de 16 dames dans notre salle à manger avec M de Ganay et M.A. du Verne. Guite de Villeneuve était de la fête, elle allait de Tours à Trinay. Marcelle rapporte un grand panier d’abricots de notre cour. Les Chleq et M. Antoinette en prennent leur part. Roger de La Brosse m’envoie la Vénerie contemporaine du Marquis de Foudras. J’y lis l’histoire du père Jourdan du Mazot.

10 Suzanne Le Sueur prend ici son petit déjeuner en revenant de la messe. Comme il n’y a plus d’avoine pour nourrir les poules, j’envoie dans les champs chercher des gerbes d’orge d’hiver qui viennent d’être coupées.

11 Dimanche. Bien peu de monde à la messe. Je passe chez Tantot pour payer les 10 sacs de charbon que j’ai pris dans la coupe Le Sueur pesant 269 kg à 5 F. Je n’avais que mille francs sur moi ce qui a été insuffisant car il y en avait pour 1345 F. Jacques de La Brosse de passage à Planchevienne vient nous voir. Il a maigri mais n’a pas perdu son brillant appétit. Après lui arrive pour chercher un fromage blanc Madame Courard, la femme du maître d’école de Moiry dans une toilette qui aurait été remarquée un jour de Derby à Chantilly et avec des cheveux jadis foncés, devenus tout en or. C’était une jolie proie pour le divorce qui n’a pas manqué d’arriver.

12 Marcelle déjeune à Planchevienne.

13 Suzanne Le Sueur insiste pour m’avoir à déjeuner. J’accepte et je n’ai pas lieu de le regretter car on nous sert de très bonnes choses. Je rencontre les Thonnier venus dans une voiture inventée par leur gendre Mangerel : le devant d’une auto auquel on a mis des brancards à la place du moteur pour y atteler un cheval. Parmi les autres convives, Mesdemoiselles de Fontenay et de Rouville.

14 Il n’y a pas de fête de la République. Je m’en passe bien. Roy coupe dans le champ Carreau un beau blé qui a 1,50 m de hauteur, mais la ficelle papier qu’on nous vend horriblement cher pour lier les bottes, se casse à tout moment. Jacques de La Brosse et Antoine de Sansal dînent avec nous.

15 Guillaume du Verne nous envoie une jolie petite Cocker blanche et marron âgée d’un mois. Je la baptise Silky, du nom de mon excellente Laverack d’il y a 60 ans.

16 Une lettre d’Yvonne nous apprend que dans la nuit du 12 une bombe est tombée près de Crevant et que l’explosion a été si forte qu’il y a eu beaucoup de vitres brisées et qu’à Bulhon un cadre est tombé sur le lit de Dédette, ce qui lui a fait très peur.

17 25° sans orage, ce qui est étonnant. Nous avons notre curé à déjeuner. Je lui donne 700 F pour le denier du culte et 100 F pour les bancs.

18 28° Dimanche. Temps orageux sans pluie. Le jeune Le Huday Pazzis épouse la plus riche héritière de Bruxelles. Somptueux repas de noce, auquel mille pauvres sont invités.

19 Le baromètre baisse, il fait très lourd, mais sans pluie. On donne le prix du blé nouveau : 410F le quintal, ce qui fait pour un double pesant 15 kg, 82 F. L’avoine 264 F le quintal, pour un double pesant 10 k 26 F.

20 40 mm de pluie. A 9 h du soir un orage éclate au dessus de nous, nous arrosant copieusement. Le besoin s’en faisait sentir. Je râpe la cour côté midi.

21 Marcelle va à la gare de Nevers, où elle trouve Cécile se rendant aux Gouttes. Elle monte avec elle jusqu’à St Pierre. Mon aînée va bien.

22 Pluie. Triste anniversaire. Je vais à la messe dite pour ma chère Edith, je communie à son intention, bien que j’ai plus besoin de ses prières qu’elle n’a besoin des miennes. Foire à St Pierre. J’achète une petite coche de 3 mois pesant 28 k pour 2400. Antoine de Sansal vient manger un fromage blanc et en emporter un autre avec des haricots verts.

23 Madame Thiery vient me couper les cheveux. Marcelle part à 1 h ¼ de St Pierre pour Bulhon. Je rentre en possession de deux montres envoyées en réparation. Celle de ma chère femme à Nevers, une Oméga à St Pierre, coût 85 et 50.

24 Le taureau de Callot donne un coup de corne au vieil Espagnol employé là, ce qui nécessite son transport à l’hôpital de Nevers. Marcelle me revient à minuit après la triste cérémonie d’anniversaire de ma chère fille à l’église et un déjeuner de 22 personnes à Bulhon. Les Edmond Clayeux l’amènent à Vichy prendre un train qui l’apporte à 8 h ½ à Moulins, où elle monte sur sa bicyclette pour s’appuyer ses 40 kilomètres en pleine nuit. Hervé avait pu venir à la triste cérémonie.

25 Dimanche. Magdinier m’apporte une lettre émanant des eaux et forêts où on lui dit qu’il a acheté le bois de St Ouen trop cher. Que peut-il en résulter ? J’écris à l’inspecteur A de Villenaut que je crois qu’il n’y a rien d’exagéré dans mon prix de vente et j’attends.

26 Lundi. Cécile, Yvonne et les petites arrivent à 1 h ¼ en gare de St Pierre où je les fais prendre par le taxi de Clostre. M. Mathieu de Bulhon les a menées à Clermont. Mes arrières petites filles sont superbes. A 7 h du soir, Guiguite de Villeneuve et sa fille, venant de Trinay viennent dîner et coucher.

27 Antoine Clayeux après avoir conduit sa mère à Cuy et au Chamont nous la laisse en passant. Cécile et Yvonne vont à Nevers retrouver M.A. du Verne pour faire l’inventaire dece que nous lui laissons comme meubles dans notre maison.

28 Guiguite et sa fille vont à bicyclette prendre le train de 13 h à St Pierre. Geneviève n’ayant pas trouvé de véhicule pour la conduire à la gare nous reste jusqu’à demain.

29 28°. Mon âne la mène à mars à 6 h ½. Cécile Marcelle et Yvonne déjeunent au Colombier avec Paul de Martinprey allongé sur une couchette, il ne peut pas s’asseoir. Temps étouffant sans orage.

30 Même temps. 28 ° sans un nuage ni éclair ce qui est anormal.

31 29 °. Antoine de Sansal vient dîner et se ravitailler. Il emporte œufs, fromage, concombres, haricots verts et prunes du Pied Prot qui abondent et que nous partageons avec les locataires.

30.8.10

JUIN 1943

1 Je fais une tournée aux Petites Granges, en voiture bien entendu. 25 gamines de l’école libre font par ordre, une tournée dans les champs de pommes de terre pour ramasser les doryphores. Au passage, Marcelle leur offre un fromage blanc.

2 Pluie. Depuis quelque temps, je perds à Callot et à Tâches des veaux de 14 à 15 mois. Nous mettions cela sur le compte de l’entérite. J’en ai parlé à mon vétérinaire Richard, qui a envoyé de la fiente de deux taures qui n’ont pas fait leur poil et qui n’ont pas profité depuis leur mise au pré, à son collègue Mongy qui a installé à Nevers un laboratoire très moderne pour en faire l’analyse. Celle-ci a trouvé de cesophagostomose, maladie inconnue jusqu’à ce jour et pour laquelle, ils ne connaissent pas de remède. Ils vont chercher. C’est gai ! Le même Richard est humilié, car après avoir traité le cheval Negro pour un effort de tendon, le maréchal Mérot lui a trouvé un abcès dans le pied. Reçu lettre très touchante de la Marquise de Chargères.

3 Pluie glaciale. Ascension. Pas mal d’hommes à la messe. Marcelle va faire une visite à la Chasseigne, où elle trouve la comtesse ramassant les doryphores dans son jardin.

4 Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table. Louis, Yvonne, André et Philippe Roullet nous font part de la naissance de leur sœur Anne. Je loue la maison du Pied Prot, à un vieux ménage, Grisotte, hors d’âge qui ferait mieux chez les petites sœurs des pauvres que chez moi, mais ils doivent amener une vache bien que je leur ai fait observer qu’il n’y avait pas d’eau. Louis Pinet en tournée d’assurances s’arrête en passant. Nous le gardons à dîner, repas qui lui coute moins cher que son déjeuner à St Pierre chez Burdin, cout 200 dont la bouteille de vin 65.

5 Beau temps, je bine le maïs planté dans le jardin du Pied Prot par Marcelle qui entreprend trop de choses pour les entretenir convenablement.

6 Dimanche. Temps gris. Notre cuisinière qui devait aller passer quelque temps à La Baratte pendant que nous avons Michelin et venir au secours des du Verne qui n’ont personne, ne peut partir, elle a un très fort mal de gorge.

7 Lundi. Décidément notre maison de Nevers était destinée à une bonne œuvre, ce matin l’abbé Bucheton me la demande pour y installer ses services. Mon métayer Michel qui ne bouche jamais ses clôtures a laissé ses juments aller manger l’avoine de Taillardat qui vient se plaindre à moi, je n’y peux rien qu’en souffrir plus souvent que lui.

8 Antoine vient au ravitaillement et cherche des œufs frais pour Hubert. Madame de Montrichard vient gouter avec Marcelle.

9 Marcelle se paye une petite folie, elle achète six agneaux pesant 21 kilos à 680 F la pièce, elle en laisse deux à Michel qui les nourrira pour 600 l’un, les 4 autres lui reviendront à 720 pièce, c’est pour rien ! Madame de Saint Blanquat a vendu pour 1200 F une oie engraissée en Périgord.

10 C’est Jeanne de Mollins venu passer la journée avec nous qui nous raconte ça. Elle arrive du bord de la Garonne, où ses parents ont des châteaux tous plus grands les uns que les autres.

11 Lavergne vient badigeonner la maison du Pied Prot qui se blanchit bien mal.

12 Marcelle va à Nevers par le car. Elle dit à Madame de Sansal, au sujet de la clinique de la rue Hoche où Simone doit aller pour ses couches, ses craintes sur cette maison d’où Madame Dervault née Candolle est sortie avec de l’infection et la chose se renouvelle ces jours ci pour Aline Bertin.

13 Pentecôte. Première communion à St Parize. A 1 h ¾ mon vétérinaire Richard à défaut de toute autre voiture roulant le dimanche, nous amène de la gare de St Pierre, Roger retour de Vichy où il a été présenté au Maréchal avec les 10 plus vieux Maires du département dont d’Anchald est le doyen. Il nous raconte longuement cette réception et nous parle du discours de Laval prononcé pendant le banquet. Celui est très laid, commun, mais très énergique et disposé à corriger sévèrement les 22 ans qui ne se sont pas présentés quand on les a appelés.

14 Je passe une agréable journée avec Roger, car avec lui je peux parler de l’autrefois.

15 Marie Thérèse de Buy m’envoie Etienne et sa ponette pour conduire Roger prendre le train de 13 h à St Pierre. Nous avons à dîner un père chapelain de Paray le Monial venu à St Parize pour une journée de récollection prêchée aux ligueuses. Il constate que dans l’ensemble de la France, la foi est en décadence.

16 Marcelle va à St Pierre suivre la journée de récollection. Hervé m’écrit aussi que dans son milieu, la foi progresse en sens inverse de ce qu’il désire.

17 Pluie 30 mm. Sous une pluie battante, les du Part nous arrivent à bicyclette pour déjeuner. Peu après eux, l’abbé Jean du Verne et Simone descendent de l’autobus. Ce n’est pas sans crainte que je vois arriver cette dernière qui est sur le point d’accoucher, car ce n’est pas avec mon âne que je pourrai la conduire à la clinique. Lettre de Dédette qui nous dit, sans donner de date, qu’Yvonne a su que Jean était à Rabat.

18 Une carte du Lt de la Chapelle prisonnier, adressé ici à Yvonne dit que le 20/4 Jean allait très bien. Ces deux nouvelles me font plaisir.

19 Lettre d’Yvonne qui entend aussi parler de Jean par le Colonel de Contenson mais sans date. Après dîner, je fais une tournée dans les Craies avec mon âne, accompagné de Marcelle. Grâce aux dernières ondées, l’ensemble des récoltes est bon. Le ménage Grisolle prend possession de la maison du Pied Prot.(Mention marginale : Normande 19 mars)

20 La Trinité. Peu de monde à la messe, mais beaucoup de maîtres et de valets sur la place.

21 Pluie. Je vais à l’enterrement du père Barillet mort à 82 ans après une longue maladie, c’était un bien brave et très honnête homme avec lequel je n’ai eu que des rapports agréables pendant les nombreuses années où il a été mon métayer. Guite de Sansal déjeune avec nous et emporte des framboises pour faire des confitures.

22 Roy fauche le pré de la Joie où il y a beaucoup d’herbe.

23 Marcelle va à Nevers par le train de 7 h ¼ pour suivre une journée de retraite prêchée chez les Petites Sœurs de l’Assomption. Elle déjeune chez Marie Antoinette avec la Comtesse Lafond et Mériem de Martinprey. On me rentre du foin qui est rien moins que sec, mais maintenant tout se fait à la galope.

24 Saint Jean. Lettre d’Hervé qui est bien découragé, parce qu’on emmène tous ses jeunes gens en Allemagne. Lettre d’Yvonne qui a eu des nouvelles de Jean du 29 mai par les Contenson via Suisse. Les René Musnier nous font part du mariage de leur fils Serge avec Melle Claire Bourdet Pléville. On me rentre 4 chariots de foin pour l’hiver, Roy 2, Chicon 1, Michel 1. Il y en a 8 dans le fond du pré de la Joie.

25 Lettre d’Hervé, qui m’envoie deux photos de ses jeunes travaillant dans les bois. Il est bien découragé parce que 34 d’entre eux partent pour l’Allemagne.

26 Suzanne Le Sueur vient manger avec nous une excellente pintade aux choux, elle est très inquiète sur le sort de son fils revenu à Villars après avoir été réfractaire à l’appel par les Boches des jeunes gens nés en 1922. Nous recevons une lettre de part du baron Yves Jallot mort à 51 ans, il laisse 8 enfants. Château de La Vrolais. Le Louroux Béconnais Maine et Loire.

27 Dimanche. Vent Nord Est desséchant qui souffle trop souvent. Suzanne Le Sueur et ses filles allant à Libourne marier un cousin, sont descendues chez les Georges. Elles prétendent que c’est la mère d’Agnès qui est la cuisinière et sa sœur la femme de chambre et qu’elle accepte bien le pourboire qu’on lui donne en partant. Agnès a dit à Suzanne : quand vous verrez la femme d’Antoine, vous lui direz que si elle veut ravoir ses draps de lit, il faut qu’elle vienne les chercher. Il paraît qu’ils sont très fins, ceux qui étaient plus communs ont été renvoyés il y a quelque temps. Les dits draps sont à Libourne depuis l’exode de 1940. Quant au jeune Michel, on ne parle que de ses bonnes fortunes, qui sont nombreuses, paraît-il. Nous pouvons être fiers de ce côté de famille.

28 Roy fauche (4 chariots) le pré de l’étang qui ne l’avait jamais été. Lettre de Cécile qui dit qu’à Rennes, on tremble toujours. J’écris à André.

29 Vent desséchant. Dans la Varenne Callot, betteraves et pommes de terre sont dévorées par les vers blancs. On en a trouvé 14 au même pied. Les Boches font encore une rafle, une rafle de chevaux dans notre canton.

30 Je taille la haie du pré de l’étang le long du chemin qui va au domaine. Visite de Mesdames Soulot et Boursin qui me disent que Tassain est venu relouer son domaine de Moiry à Arbaut.

29.8.10

MAI 1943

1. Pluie 10 millimètres. Marie-Thérèse, le ménage Maurice et leurs filles déjeunent avec nous. Ils nous quittent à trois heures et demie pour aller au cirque à Nevers. Gabrielle de Rouville et sa sœur Braive viennent nous voir entre deux autobus. L’un d’eux m apporte un fut de vin de soixante litres d’Aïn Kala. Les enfants de la propriété commencent le mois de Marie dans le bureau tout fleuri.

2. Pluie. Dimanche. Seize hommes seulement à la Messe, sans compter les Jocistes qui sont très fidèles. La nuit dernière, il est venu des sangliers bouler dans l’avenue. Pour le 11 mai 1943, prix de la viande de bœuf de première qualité, 16 Francs quatre vingt donné par le journal ( La Terre Nivernaise ).

3. Je fais une tournée aux Petites Granges ce qui ne m’arrive pas souvent, car je n’ai aucun plaisir à voir mon métayer. Dans la Roche, il y a vingt deux grosses bêtes et quatre veaux dont l’un d’une taure de deux ans. Dans le pré des Langes, il y a neuf taures d’un an, dont deux bien mauvaises. Une truie a neuf petits, une autre jeune est pleine. On tire neuf vaches dont sept ont des veaux. Les récoltes sont claires mais les tiges d’un bon vert. Un hectare est labouré dans les Prolles pour y mettre de la moutarde, mais la graine n’arrive pas. Chaque domaine est mis dans l’obligation de faire un produit oléagineux pour avoir de l’huile. La réquisition en prendra soixante pour cent et vous laisse le reste pour la salade. Mention marginale : Petites Granges.

4. Yvonne prend ses deux ainées dans sa remorque et les emmène déjeuner au Colombier pour retrouver les quatre petites Henri de Martimprey et Mimi Baraudon. Marcelle déjeune à Planchevienne et goûte au Colombier. Je trouve un nid de pintade garni de vingt cinq œufs. J’ai la visite des Antoine Robert. H. Bouchacourt entend à la radio d’Alger Bernard de La Brosse né le 20 juillet (bien portant).

5. Pluie, orage. Deux contrôleurs convoquent à la mairie tous les cultivateurs de la commune, petits et grands, pour les interroger pour savoir s’il leur reste encore quelques grains de blé à livrer pour permettre de faire la soudure. Bien rares sont ceux qui n’en ont pas une dizaine de kilos à livrer et que les ménagères avaient mis de côté pour nourrir les petits poulets. Je sème trente pieds de maïs devant la salle de bain. Yvonne part pour Beaumont avec Kiki, mais elle rencontre Mme Seeplinck et sa fille dans les rues de Saint Pierre et c’est là que se fait la visite. Retour par Fontallier où elles retrouvent Marcelle. Madame Grincour est assez fatiguée et bien maigre.

6. Pluie. J’achète quarante kilos de pommes de terre allemandes pour changer ma semence, ce qui est indispensable si on veut une bonne récolte. Marcelle et Yvonne partent de bonne heure à bicyclette pour Nevers où elles trouvent dans notre maison quatre hommes envoyés par M. Schlecq pour les aider à déménager les chambres du premier étage et à mettre les meubles dans la lingerie et la mansarde qui regarde la place. Les déménageurs cassent la glace de l’armoire de la chambre de Miette. Dans l’étang des Buzonnières, on trouve le cadavre de Roger de Soultrait leur gendre, qui s’y était noyé mystérieusement il y a quatre mois en revenant du Maroc où il avait laissé sa femme et ses enfants.

7. Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table et je fais planter dans la varenne Calot des pommes de terre boches.

8. Pluie. Monsieur le Curé déjeune avec nous. Chicon me rentre quatre petites cordes de charbon venant de la coupe vendue à Libaut. Je devais en payer la façon, il m’en fait cadeau, probablement parce qu’il estime que je lui ai payé la coupe trop bon marché, c’est possible.

9. Pluie. Dimanche. Réunion du Conseil de Fabrique à la sacristie après la messe. Le budget est florissant. On paye généreusement les places à l’église, on porte à mille deux cent francs le traitement de madame Baste, la sacristaine, qui était à neuf cent, et à trois cent celui de l’organiste qui était à deux cent. Il fait un temps glacial. Fassier de Bonay, sachant que ma provision de pommes de terre à manger était basse, m’en apporte un peu. C’est un homme de cheval, il vient avec une pouliche de sang attelée pour la quatrième fois. Sa fille et lui-même ont pour un demi-million de chevaux, peut-être plus.

10. Gelée. Bringault vient me payer son terme et m’apporter un sac de pommes de terre. Il y a quelques haricots gelés dans le jardin. Marcelle et Yvonne goutent au Manoir avec Mme Gabriel Mathieu. Je perds mon chapelet.

11. Pluie. Saint de Glace. Les Clayeux viennent déjeuner en amenant André qui se fait vieux. Ils m’annoncent la naissance d’un cinquième Roulet, ce qui lui fait quatorze petits enfants. Marcelle profite de la bonne occasion pour aller passer quarante huit heures aux Gouttes pour voir la vieille tante, et Geneviève emmène Kiki pour qu’elle fasse la connaissance de ses cousins. Tous font honneur à notre déjeuner. Je n’en reviens pas de tout ce que chacun mange. Et à gouter, on croirait que personne n’a déjeuné. Renée Massias nous fait part des fiançailles de sa fille avec un jeune de Chalvron dont la mère née Richard habite Laval.

12. Journée radieuse qui n’a rien du Saint de Glace. Jean Le Sueur me prête un très joli album qui lui a été donné pour ses vingt ans par la fidèle Tintin qui est femme de ménage au Manoir depuis toujours, il est intitulé « Manoirs et gentilhommières en Nivernais et en Bourbonnais ». Je l’ai feuilleté avec plaisir car j’ai retrouvé dedans des vieux châteaux dans lesquels j’ai eu le plaisir d’être reçu.

13. Tout pousse. Il y a plus vingt cinq degrés. On m’avise de l’abattoir de Nevers que la génisse que j’ai livrée il y a deux jours pour faire du saucisson est tuberculeuse. Elle a quinze mois. Roi ne va pas la reconnaître. Yvonne va pécher aux étangs Américains. Elle prend une vingtaine de gardons mais les carpes ne mordent pas. Je mets en bouteilles (soixante dix) le vin que j’ai reçu d’Aïn Kala, aidé par Micheline.

14. Vingt quatre degrés. Marcelle et Kiki débarquent à Saint Pierre par le train du jour, et Yvonne va au devant d’elles pour ramener sa fille sur sa bicyclette. Je mouille ma chemise en bêchant dans le jardin du Pied Prot. Je fais semer des haricots envoyés par Cécile dans le Clou.

15. Madame de Sansal, Simone et Hubert passent la journée avec nous. Le jeune homme est bien plus grand qu’Alyette sa contemporaine, il ne tient pas cela de son grand père Sansal. Anne Chenet accompagnée de sa cousine Tardy, s’installe au Pied Prot pour quelques jours, elle attend son fils pour emporter son mobilier dans la maison de Moiry. Paul Château vient me payer son terme, je reviendrai là-dessus après explication avec Cécile.

16. Dimanche. Tous les agriculteurs doivent venir déclarer à la mairie la composition de leur cheptel et la grandeur de leurs emblavures. On n’a pas fini de les embêter. Renaud du Lieu Maslin me paye et m’apporte un peu de farine bien blanche.

17. Madame Thierry me coupe les cheveux ainsi qu’à Monique. Monsieur Ventrin, gendre Minard, vient avec huit fusils chasser les sangliers, ils n’attaquent pas. Je vends à Taillardat six cadets et un moderne. Je lui dis qu’il me paiera en venant me scier deux garndes cordes de bois à la longueur de mon fourneau de cuisine.

18. Suzanne Le Sueur déjeune avec nous. Et Antoine Chérut arrive pour emmener son mobilier à Moiry. Un taxi lui prend 300 F pour l’amener de Nevers et autant au retour.

19. Marcelle et Yvonne vont finir de monter tous les meubles de la maison de Nevers au second dans les deux chambres que nous nous sommes réservés pour cela. Elles déjeunent chez les Sansal. Arthur est plus paradoxal que jamais. Les Chérut emportent tout leur mobilier dans leur maison de Moiry. J’achète un modeste cadeau pour Gérard de Martimprey qui se marie le 22 en Normandie. La nuit dernière on a vidé le canal pour empêcher deux péniches chargées de farine de partir pour l’Allemagne. Les gens de plusieurs villages dont St Parize sont furieux parce que depuis deux jours, ils n’ont pas de pain. Il paraît que notre boulanger Lafond a reçu de la farine hier soir.

20. Je comptais sur la P.E.N., société d’Antoine Clayeux pour me donner du pétrole, ils m’écrivent qu’il n’y faut pas compter, qu’il est introuvable. Cette perspective est gaie, en pensant à l’hiver. Richard vient voir Negro qui a un effort de tendon. Le jeune Valence qui a un emploi dans la confiture à Clermont en envoie une douzaine de boites à Yvonne pour 217 F, elle est bonne.

21. Moreau a la bonté de conduire à la gare de St Pierre, Yvonne et ses filles qui partent pour Bulhon. M. Mathieu les prendra à la gare de Clermont pour les y conduire. Sans ces deux hommes aimables, je ne sais pas comment le voyage aurait pu se faire. Madame Hélène de Valence écrit à Yvonne qu’elle a su que le 8 mars son mari allait bien. Tournée aux Petites Granges. Michel a semé 75 ares de moutarde. Tout a soif. J’écris à la marquise de Chargères en lui envoyant un mémento de ma chère Edith, de même qu’à Jeanne de Soultrait et à Berthe.

22. Je vais jusqu’au Paturail Mâle, il n’y a que 7 génisses et pas mal d’herbe. La Varennes Callot toujours luxuriante, le champ Procureur toujours médiocre. Dans les Champs Blonds, 4 fours métalliques qui font du charbon.

23. St Didier. Dimanche. Nous mangeons les premiers petits pois. Grand régal pour Marcelle. Emmanuel Riant qui s’est fait opérer à Vichy de la cataracte va rentrer chez lui et trouver Petit Bois occupé par un poste de D.C.A.

24. Pluie. Mes métayers ont pris la nuit dernière dans un piège tendu près d’un terrier sur le talus de l’étang Américain un renardeau. Je téléphone à Couturier de venir chasser la mère. Lettre d’Augustin qui a fait très bon voyage pour aller près de Toulouse afin de baptiser la fille de son neveu André. Il a poussé jusqu’à Lourdes. Garnet vient me payer le terme du Mou. Il a 10 chevaux. Cela doit représenter 6 ou 700 000 F au cours du jour. Roger de Bouillé qui a perdu deux juments a dû débourser 180 000 F pour les remplacer.

25. Pluie. Lettre de Jeanne de Soultrait, son petit fils Pierre de Froment est en prison à Fresne, où il ne peut voir sa mère que rarement et encore derrière une grille. Je peux toujours faucher les orties dans le pré Blond et tailler un peu les haies vives. Le Paris Centre manque souvent, ce n’est pas qu’il est bien intéressant, parce que tout Boche, mais on l’attend tout de même.

26. Lettre de Cécile qui nous apprend la mort subite d’Yves Jallot dans sa propriété de Touraine. Elle nous envoie du blé noir que Marcelle sème dans le jardin du Pied Prot, afin d’en avoir pour empoisonner les courtilières. Je reçois de ma belle sœur une veste en Vussar de mon vieux beau frère. Je la mettrai quand il fera plus chaud qu’aujourd’hui. J’envoie aux Marquises de Faverges des mémentos d’Edith. Le jeune ménage Croizier nous fait part de la naissance d’un héritier.

27. Je fais en voiture une tournée dans les Craies. Les récoltes ont plutôt bonne apparence. Dans notre pays, c’est le mois de mai qui règle tout et la dernière pluie a fait allonger les pailles des blés et avoines qui sont en train de mettre en épis. Guite et Simone de Sansal passent la journée avec nous.

28. Journée radieuse. Mon jardinier a un fort accès de fièvre causé par une angine. Il garde le lit. Je rentre les vaches et Marcelle les tire.

29. Jeanne et Louise Delamalle Mabire passent la journée avec nous. C’est amusant de voir les gens de la ville dévorer tout ce qu’on leur sert, surtout le laitage. Mon métayer des Petites Granges vient me demander dix mille francs, comme dans le temps on venait chercher 200 francs.

30. Pluie. Dimanche. Fête des mères, procession assez nombreuse avant la messe. Cécile nous téléphone que Rennes a été bombardé hier à 4 heures du soir. On parle de plus de 160 morts. Une de ses amies gît sous les décombres de sa maison. M. Pierre Chabret et Madame, fille des basse-couriers de la Seigneurie nous font part sur un imprimé de la naissance de leur fils Alain.

31. Lettre de Roger de La Brosse qui me dit qu’il viendra nous voir retour de Vichy, où le préfet va aller le présenter au Maréchal comme une bête curieuse puisqu’il est maire depuis 43 ans. Les propriétaires de Vauban, détiennent la mairie de Bazoches depuis le 2 Frimaire An II. En voila la liste : Charles Christophe Millereau, Maire An II, décédé maire en 1830, son fils Alphonse décédé maire en 1880, son gendre Gaston de La Brosse décédé maire en 1900, Roger maire depuis 43 ans, ce qui doit être un record. En 151 ans, il n’y aura eu que 4 maires à Bazoches et tous de grand père à petit fils. Marcelle plante dans le jardin du Pied Prot 12 kilos de pommes de terre achetées à Martinat. Je vais à Moiry faire ferrer mon âne. J’achète chez feu Morin une bêche à dents pour 50 francs. Rencontré Jean Le Sueur qui me dit avoir reçu l’ordre de se présenter demain à Nevers pour être envoyé en Allemagne avec tous les jeunes gens qui comme lui ont 22 ans quelque métier qu’ils fassent. Ils sont 9 à St Parize.