12.9.10

AVRIL 1927

1. Confirmation du mauvais temps. Nous faisons le Bridge à la maison, Auguste du Verne ne vient pas, il fait placer chez lui la télégraphie sans fil.

2. Camille de Vercy meurt âgé de quatre-vingt neuf ans. Ce vieux cousin avait épousé en premières noces sa cousine Marie de Vercy, pendant bien des années ils sont venus passer une partie de leurs vacances à Tâches, soit chez ma grand-mère, soit ensuite chez mes parents, étant peu fortunés on avait pitié d’eux. Ils laissent deux enfants, Adrien, Lieutenant-colonel d’artillerie en retraite, et Marguerite mariée à M. Cabonat, professeur à l’Université de Caen, ses idées trop avancées pour nous, ont fait que nous avons rompu toutes relations avec eux. Vercy avait un certain talent comme sculpteur, il a fait plusieurs bon bustes, et il est l’auteur du St François Xavier qui est dans l’église de St Parize le chatel. Sa seconde femme qui devait être sa cuisinière fait part de son décès.

3. Je descends chez Auguste du Verne qui est en lune de miel avec la TSF mise depuis deux jours dans son salon et qu’il fait marcher jour et nuit. J’entends un sermon du père Lhaude, que je suis bien mieux que celui du père Sanson, on fait œuvre, prie, assis dans un bon fauteuil, c’est trop commode et je suppose peu méritoire. Marie-Antoinette retour de Paris où elle est allée pour assister à la grande réunion de la Ligue Patriotique des Françaises, ce qui lui a permis de voir et de causer avec beaucoup de monde, en est revenue atterrée par tout ce qu’elle a entendu dire de sottises à propos de l’Action Française ; cette question s’envenime tous les jours et les bons chrétiens ont bien peur qu’elle ne finisse par provoquer un schisme.














Auguste du Verne




Goûter-Bridge chez Madame de Bourcier, femme fort aimable et nouvelle venue à Nevers, elle est veuve depuis longtemps et a un fils unique de vingt deux ans employé à la banque de France, ce qui a motivé leur installation dans notre ville. Trois tables de Bridge, une de Banco et profusion de gâteaux.

6. Pluie. M.M. Chevrotin et Constant me conduisent à Tâches dans une superbe conduite intérieure Hotkchiss, nous y retrouvons M. Crotat et ensemble nous allons chasser un lapin au taillis d’Orgeat, car j’ai obtenu une prolongation jusqu’au quinze avril pour détruire les bêtes nuisibles, ceci à la demande de Couturier, qui en a profité pour tuer hier un sanglier lancé dans la Ravie. (trois lapins).
J’ai oublié de noter qu’hier avec Marie-Antoinette, nous sommes passés prendre Raoul d’Anchald pour aller à Châteauneuf Val de Bargis à l’enterrement d’Abel Metairie mort à Fonfaye à quatre vingt neuf ans. Il y avait beaucoup de monde et sur sa tombe, M. Flandrin a prononcé un fort beau discours. Ce veuf a planté là un jalon qui le conduira à prétendre à la main de mademoiselle Metairie qui ne s’est pas mariée parce que, dit-on, son frère ne voulait pas lui donner de dot. Son frère Charles est aussi un parti vacant.

7. Marcelle va seule à son patronage de Moiry et revient par Tâches et Saint-Parize. Auguste du Verne réunit la M.M. pour le Bridge et comme il perd cinq parties de suite, jure ses grands Dieux qu’il ne touchera plus jamais une carte, serment d’ivrogne.

9. Pluie. Foire de Nevers, beaucoup d’animaux, transactions lentes, j’achète à Champeroux un âne de huit ans, couronné pour mille huit cent francs, c’est beaucoup trop cher, mais des maquignons en ayant offert mille sept cent devant moi, j’ai dû forcer la dose. Bridge chez Madame de Mollins. A déjeuner, nous avions eu Roger de Soultrait et Fafa.

11. Les Guillaume du Verne dînent avec nous, pour se rendre ensuite au Clos Saint Joseph, où l’on doit répéter la revue. A cinq heures j’entends une belle conférence faite par José Germain sur le redressement Français, c’est Mercier, le grand entrepreneur, qui a inventé ce nouveau groupement qui a de fort bonnes intentions pour combattre le communisme, mais comme à beaucoup d’autres, il lui manque la chose essentielle, l’idée de Dieu et de la religion. Malgré cela, j’ai donné mon adhésion.

12. Les d’Anglejan mangent avec nous à déjeuner un cuissot de sanglier tué à Tâches la semaine dernière, il était aussi tendre que succulent.
A deux heures, nous avons la visite de Gaby venu à Nevers avec son notaire. Il me provoque au Piquet, je lui gagne mille cinq cent points en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire ; ce garçon est incorrigible quant au carton.
La jeune Jacqueline d’Assigny a été mise au monde il y a quatre jours, boulevard Victor Hugo.

13. M.M. Constant me conduisent à Tâches où nous tuons un dernier lapin. (trois au tableau)

14. Jeudi Saint, il fait un temps superbe pour la promenade aux reposoirs, mais il y a beaucoup de monde dehors. J’écris à André pour lui demander des nouvelles de sa fille Yvonne, on craint un phlegmon du côté des reins.

15. Vendredi Saint. Pluie. A midi trente, nous allons, Marcelle et moi, chercher Cécile et Yvonne qui viennent passer avec nous les vacances de Pâques. Demain, après l’arrivée de mon petit-fils, nous serons tous réunis à ma grande joie. Dans des papiers qui me sont envoyés de l’étude Gallicher, où ils devaient être depuis longtemps en souffrance, je vois que notre maison de la Place Ducale a été achetée en 1891 par le grand-père de ma femme et que cette même maison avait été vendue en 1814 par M. Moret - Nion, mari de Melle Sallonier de Nion de qui devait venir cette propriété. Philippe a bien essayé il ya une trentaine d’années de faire revivre ce nom, mais la chose n’a pas pris, contrairement à ce qui arrive habituellement. C’est peut-être heureux, car des revers de fortune l’ont forcé à vendre terre et château de Nion.

15. Pâques. Bien que le prédicateur du carême ait été bien médiocre, dans la personne d’un jeune dominicain, il y a beaucoup d’hommes à la messe de communion. A déjeuner, Félix nous aide à manger un excellent pâté, recette de Tâches, du respectable poids de neuf livres. Que pourrait-il coûter chez le marchand de comestibles ? Promenade à Marzy en auto.

16. Glace. Avec mes petits enfants, nous allons nous promener jusqu’à Vauzelles, ou je constate que la ville grandit chaque jour. Les arbres sont couverts de fleurs qui n’ont pas été atteintes par la gelée de la nuit.

17. Les vieux Clayeux amenés par Antoine et les Gaby de Villaine déjeunent avec nous, leur venue est motivée par la curiosité de voir jouer au clos Saint Joseph une revue, que sur la demande de Marie-Thérèse Pinet des Ecots, Augustin a composé au profit des écoles libres. Elle est intitulée, le Fisc de la Lune et se passe dans un château situé au bord de la Loire. Le premier rôle est tenu, et fort bien ma foi, par Suzanne du Verne devenue Colombine, c’est son beau-frère Guillemin d’Echon qui fait Pierrot avec une rare perfection. Le colonel d’Assigny, avec une parfaite diction a bien le type du vieux veneur, et sur l’air des honneurs, il chante un petit couplet de sa composition sur les mérites de l’auteur. François de Lestrange nous débite une conférence, composée tout exprès pour lui, avec un véritable talent, déguisé en vieux savant, il est méconnaissable. Melle Comte en soubrette, et sur l’air des cloches de Corn----- dit bien le couplet sur la pile d’assiettes qu’elle a laissé tomber. Bonne note pour Mme Subert dans la parodie de la commode de Victorine. L’amiral suisse Mougerot et sa commère Madame Ponceau sont désopilants. Melle Lemoine incarne un excellent Fortunio, son costume est très seyant. Toutes les scènes sont bissées et rebissées, et jeux de mots se disputent avec les calembours les nombreux applaudissements. Que je n’oublie pas mon vieil ami Raoul d’Anchald qui très complaisamment est venu sonner dans les coulisses plusieurs fanfares pendant la chasse au sanglier. L’auteur appelé sur la scène a chanté un couplet pour remercier les acteurs qui vraiment méritaient des éloges. Somme toute, cette revue a été un véritables succès. Elle avait été précédée par un lever de rideau l’été de la Saint Martin admirablement interprété par Madame Houdaille, ma fille Edith et M.M. de Bourcier et Canet. Tous les quatre ont été à la hauteur de leur tâche. Très naturelle la belle Solange qui n’avait rien de la nourrice, qu’elle est pour l’instant, Edith a eu des jeux de physionomie qui ont été très remarqué, Bourcier malgré ses vingt deux printemps, ressemblait bien à un vieux Monsieur et Canet à un jeune. Assistance aussi nombreuse que choisie, Mis et Mise de ( ?) Veyry, Ctesse de Ganay, Ctesse de Marcy, et de Villaines, Col et Marie Tiersonnier, Vte de Dreuzy, de la Boutesse, Bne le Pelletier, les Montrichard et leur fils qui après la représentation nous ont ramené à la maison, pour s’y rafraîchir car grâce à Dieu il faisait beau et chaud.
Hubert d’Assigny a eu beaucoup de peine à dire un prologue de quinze vers qu’Augustin avait composé pour lui. Décidément, il se fait un peu vieux pour le théâtre.
Marguerite Pinet de Maupas, comtesse de Monterno est morte le 17 dans son château du Bort.
Victor Robert St Cyr, docteur en médecine, pendant longtemps maire de Léré, Cher, meurt à soixante seize ans à la suite d’une longue et cruelle maladie, supportée très chrétiennement.

18. Déjeuner de 14 personnes chez ma sœur avec les Pardieu, les Delecluze, les Villeneuve et nous. A deux heures, Constant me mène à Tâches par un temps splendide, la campagne est jolie et les fruitiers couverts de fleurs.

19. Magnifique goûter offert par Félix aux Pardieu, Mollins, Toytot, Pinets des Ecots, etc. Distribution de fleurs aux dames, deux tables de Bridge…

23. Marcelle me conduit à Tâches avec les enfants qui déjeunent sur l’herbe. De retour à quatre heures, nous goutons chez Madame Bouquillart qui a réuni toute la haute. La table croule sous une montagne de gâteaux.
Quatre tables de Bridge et une de Banco.

24. Froid de Canard. Edith conduit ses filles à un goûter chez les de Thé. Vingt cinq enfants, accessoires de cotillon. Augustin, Cécile et Marcelle vont faire un bridge à la Baratte, pendant que j’en fais un chez Zizi. Après dîner autre bridge chez Madame de Pardieu. Je lui montre le contrat de mariage de Charles Robert avec Emilie Desnoyers, auquel plusieurs Saulieu ont signé, en juin 1814. J’y vois que la jeune mariée a reçu mille cinq cent francs de dot et son époux mille francs. Ces deux mille cinq cent francs de rentes ajoutées à ce que pouvait toucher de traitement à cette époque le substitut du procureur du roi qu’était notre grand-père, devaient ressembler à de l’opulence.

25. Pour moi qui réclame souvent la pluie, je lis dans une lettre adressée à mon beau-père, par la Comtesse de Choiseul, à laquelle il servait une rente comme veuve en premières noces de son oncle Des Noyers, qu’à Amiens le 18 juin 1854, on demande de l’eau car depuis 14 mois, il n’est tombé que de rares averses.

26. Goûter d’enfants à la maison, où l’on en réunit une vingtaine. Pendant ce temps nous faisons un Bridge chez ma sœur avec Augustin et Marguerite Pinet des Ecots, qui perd royalement, comme toutes les fois qu’elle touche une carte. Contrairement à beaucoup de joueurs, elle ne se plaint jamais. Après dîner avec mes enfants et petits enfants, nous allons au Ciné Parc entendre une conférence intéressante avec projections sur l’Indochine, le Tonkin, l’Annam et le Laos.

27. Enfants et petits enfants font une visite à Luanges et goûtent au Banlay.

28. Mon petit Vé rentre à son collège le cœur pas trop gros. Augustin et moi avons eu le cœur dur en lui supprimant le chocolat au petit-déjeuner, c’est une dépense de 120 francs par trimestre, et vraiment par le temps qui court on peut faire cette économie. On sera bien forcé d’en faire d’autres.
Grandissime goûter chez les la Motte à Vernuche le haut. Tout le pays est là. La maîtresse de maison est tout de rouge habillée, y compris ses bas. Il fait un temps splendide et du haut de la terrasse la vue est magnifique.

29. Cécile nous quitte pour aller passer cinq jours à Paris chez cette excellente Madame de Lépinière dans son hôtel de la rue Saint Florentin. Elle lui apprendra que sa fille Guillemain s’est fait couper les cheveux un peu tardivement.
Nous goûtons à la Grace avec les Chavanne et nous bridgeons après dîner chez les Toytot. Quatre tables.

30. Orage et pluie. Je fais repeindre les fenêtres et contre-vents de la maison, ce n’est pas sans besoin ; on repousse toujours l’heure des réparations, tout étant si cher, c’est un tort, car rien ne baisse, tout au contraire. Bridge à la maison, trois Dames, cinq Messieurs.

10.9.10

MARS 1927

(le 19ème cahier commence au 12 mars 1927)

12. Foire, beaucoup de monde, beaucoup de bêtes à cornes, mais transactions difficiles, surtout pour les châtrons qui sont très peu demandés. A dix heures à la Cathédrale, service pour François du Verne mort à vingt-six ans à Paris où il travaillait chez un agent de change. Il a été emporté par la grippe infectieuse en quelques jours. Il y avait énormément de monde à ces funérailles, venus du Cher et de l’Allier. A déjeuner, nous avons eu René et Geneviève Clayeux et F. Jourdier ainsi que les Charles Tiersonnier. A deux heures, mes filles nous ont quittés pour Paris où elles doivent passer le temps que leur donne un billet d’aller et retour. Elles descendent chez Antoinette Jourdier.

15. J’entends chez les Petites Sœurs de l’Assomption, une conférence faite par le Colonel d’Assigny, le sujet traité est la Patrie, et il est fort bien traité, ma foi. Pourquoi un garçon si bien doué que lui a-t-il pu aussi mal guider sa barque. A cinq heures, thé, Bridge chez ma sœur. Je trouve en face de moi des adversaires qui doivent être plus compétents dans leur métier que dans celui de toucher les cartes dans la personne de M.M. Reynier et Dubois de la Sablonnière, tous les deux forestiers, et de M. Saurel, directeur des usines ( ?) Kulmann. Leurs femmes ainsi que Madame Vernin et ses filles jouent au Banco.
Les Larouillères nous font part des fiançailles de Marguerite avec Pierre de Gaudart d’Allaines.

16. Je sors du tribunal où l’on jugeait l’affaire La Brosse. Bassot, fermier à Bonay, ne veut pas quitter son domaine, prétendant que Louis ne lui a pas donné congé à temps. Girard son avocat a bien plaidé, disant : dans cette affaire il y a un menteur, quel est-il ? Tricot, défenseur de Bassot, qui pourtant est conservateur, a plaidé en disant que la parole d’un fermier vaut bien celle d’un propriétaire. Ce n’est pas mon avis dans le cas présent. Mais le tribunal sera-t-il de mon avis !
Bizy me conduit à Tâches, où je constate que mon troupeau de brebis décline tous les jours et que mon métayer Dreure a fort mauvais esprit, ce que je savais déjà. Nous rentrons bredouilles de la chasse aux lapins, il y en a cependant encore beaucoup trop. A dix heures dix-huit du soir, je vais attendre Marcelle à la gare, elle revient de la capitale, n’ayant pas réussi dans l’affaire qui l’y amenait, et pas autrement fâchée, je le constate.

18. Pluie. Je vais à Tâches avec M.M. Constant et Crotat afin de faire avec eux le tour de la propriété, dont je veux leur louer la chasse, me sentant vieux d’une part, et d’autre me refusant à payer moi-même la taxe votée par le conseil municipal sur les chasses gardées.

19. Saint Joseph. Comme je l’ai fait depuis quelques années, je vais communier à la cathédrale avec mes petites filles qui vont ensuite servir le déjeuner des vieillards chez les petites sœurs des pauvres. En me promenant je passe par le cimetière où je recommande au gardien de faire nettoyer la sépulture des miens qui tous les ans est envahie par les ronces. Marguerite et sa petite fille dînent avec nous.

20. J’entends une magistrale conférence faite par deux délégués de la ligue dont Taittinger est le président, et je me fais inscrire au nombre des membres de la jeunesse patriote, je devrais dire de la vieillesse. M. de Gouvion de St Cyr prend le premier la parole, et après avoir exposé le but de la ligue, il demande s’il y a dans la salle des contradicteurs. Un ouvrier monte sur l’estrade et nous raconte quelques absurdités. Il est vite et bien remis à sa place par Gouvion. Nous avons ensuite la bonne fortune d’entendre M. Bergeron qui réfute toute la doctrine du marxisme. Après lui, un ouvrier typographe de Nevers vient vanter les soviets avec un certain talent, et dit que les frontières ne sont représentées que par un morceau de bois qu’il faut abattre. Bergeron lui riva alors son clou et comment ! Malheureusement il n’y avait assez de monde pour assister à cette réunion qui cependant en valait la peine.
Marie Antoinette du Verne emmène Marcelle à Luthenay où elle porte la bonne parole devant les ligueuses de l’endroit. Un thé-Bridge clôt la soirée à la Baratte, c’est la belle Solange qui a l’amabilité de m’y conduire. Il y avait quatre tables de jeux et de nombreux gâteaux, si nombreux que Suzanne a demandé à la jeunesse de venir les finir après dîner, ainsi fut fait, et le Banco s’est prolongé jusqu’à deux heures du matin.

21. Le printemps commence par un temps superbe. J’en profite pour monter au grand séminaire où le chanoine Chollet me fait faire le tour du propriétaire, l’ensemble à grand air et de la terrasse la vue est superbe. La chapelle me plait particulièrement. Le jardin d’une contenance d’un hectare et demi est bien tenu et doit, grâce à ses nombreux légumes, aider à la nourriture des hôtes de la maison. Les séminaristes sont actuellement de vingt sept. Bridge chez Madame Delecluze.
A une heure du matin, Augustin revient d’un séjour à Bulhon, où il a installé sa mère qui s’ennuyait dans sa maison de repos à Lyon, où elle a passé un peu plus de deux mois. Toute seule à la campagne, elle s’ennuiera peut être davantage. C’est son affaire. Elle subit l’influence de sa fille, qui est souvent contraire.

23. A minuit trente, Edith revient de Rennes par Paris, elle est bien contente des quatre jours passées chez Cécile qui a mis les petits plats dans les grands pour la recevoir.

24. Pluie. Foire à Saint Pierre, les châtrons ne sont toujours pas demandés, aussi j’en ai quatre des Petites Granges, que j’envoie à mon compte à la Seigneurie et que j’achète mille six cent francs pièce. Marcelle va à Tâches avec ses petites nièces.

25. Pluie. Louis de La Brosse gagne son procès contre son fermier Bassot.
Le maire de Saint Parize m’informe que la taxe sur les chasses gardées primitivement fixée à deux francs ne sera que de un franc par hectare.
Louis Clayeux est nommé colonel et reste au Maroc.

26. Pluie. Après une visite faite à la Grace, nous allons, mes filles et moi, porter au Veuillin nos condoléances, nous y rencontrons les d’Armaillé. Les Guillemain et les Guillaume du Verne dînent avec nous, deux excellents canards composent le rôti, je les arrose d’un excellent Richebourg, datant du mariage de Cécile.[1]

27. Marcelle est emmenée à Bourges en auto par Henri de Faverges, elle déjeune chez Geneviève de Buzonnière. Au retour, visite et goûter chez les ---- à -----. Cependant que chez les Guillemin nous écoutions le sermon prononcé à Notre Dame par le Père Sanson. Les paroles étaient aussi nettes que si nous avions été devant la chaire, mais j’avoue que j’ai mal suivi ; les idées sont trop élevées pour être suivies à distance. Mollins venu là pour faire un Bridge a pu en faire son profit, c’est un acheminement à sa conversion.
Cette pensée protestante me fait noter les fiançailles de la belle Solange Thuret avec M. de Luze, un bordelais.













Solange Thuret

29. Pluie. Marcelle nous conduit déjeuner à Moulins chez les Clayeux, nous avons la chance de trouver Edmond qui regagnait Paris dans l’après-midi.

30. Pluie. Les Guillaume du Verne déjeunent avec nous, et ensuite mon neveu nous mène avec Augustin et le fidèle Bizy, tirer un dernier lapin à Tâches. Le pays est sous l’eau et Barillets ne peut pas semer la –olle.
Les brebis des Petites Granges déclinent toujours, je vais prier Batréau mon vétérinaire, de me faire venir encore de l’extrait de fougère mâle pour traiter ce qui me reste de troupeau. Monsieur de Pardieu m’a demandé ce matin de prendre la présidence de l’Union catholique pour le canton de Saint-Pierre. Je l’ai beaucoup remercié de l’honneur qu’il me faisait, mais je lui ai dit que je n’étais pas du tout qualifié pour cela et qu’il ferait mieux de prendre mon cousin Henri et à son défaut M. Motte, de la Ferté.
Ramonage de la cheminée de la cuisine, c’est la seule que l’on nettoye, parce qu’elle brûle du charbon, celles qui ne brûlent que du bois ne se salissent que peu ou prou, leur ramonage coûte cher et ne donne rien, de temps en temps le feu prend dedans et le nettoyage est alors complet, surtout dans la cheminée du petit salon.

31. Pluie. Tempête.

[1] 1910

19ème cahier

11 mars 1927

Ce 19ème cahier aura l’honneur de donner l’hospitalité à un poème composé par mon gendre pour remercier ceux et celles qui ont assuré le succès de la vente de Charité de 1927.

Remerciements

Qui devrais-je d’abord remercier ce soir ?
L’acteur le meilleur ? la plus habile marchande ?
Ceux dont les soins ont fait et plus belle et plus grande
Cette fête ?... Si tous ont donné leur offrande,
Merci d’abord à ceux qui vont la recevoir.

Car ils méritent toute notre reconnaissance,
Ces maîtres si chrétiens, si vaillants, détestés
Par les instituteurs laïques, bien rentés,
Qui ne comprennent pas vos saintes pauvretés,
O frères du grand Saint François d’Assise, en France !

L’école est libre, oui, libre avec ce crucifix
Qu’ailleurs on enlève sans que rien le remplace.
Christ, ami des enfants, rayonnant sur la classe,
Vers toi, souvent, le soir, le maître, l’âme lasse,
Cherche le réconfort des labeurs sans profits.

Ecole libre ? non, mais école chrétienne
Qu’on voulut étrangler par d’intangibles lois,
Malgré tous les baillons et les décrets sournois,
Tu fais entendre encor ta salutaire voix
Que n’étoufferont pas les tristes cris de haine.

Agréez donc nos vœux et nos remerciements,
Nobles éducateurs de l’âme populaire,
Vous vous sacrifiez de façon exemplaire.
Nul ne saurait payer ici-bas un salaire
Digne de votre zèle et de vos dévouements.

Sachez que l’on vous aime et qu’on vous encourage.
Devant ces francs papier qui vous seront remis
Songez qu’ils sont venus d’innombrables amis,
Par un commun élan de leurs cœurs, réunis
Moins pour vous remercier que pour rendre hommage.

Vos amis, voyez les se dépenser pour vous.
Saluons tout d’abord la fée inspiratrice[1],
La grande dame blonde au port d’impératrice,
Qui commande avec tant de grâce séductrice
Qu’obéir, quels que soient ses ordres, semble doux.

Près d’elle, saluons les reines de l’aiguille
Se jouant parmi les tissus arachnéens,
Ayant, avec l’esprit, et le gout parisien,
L’art de vendre très cher, ces jolis petits riens
Ou l’éphémère éclat d’une mode scintille.

Remercions encor la Ligue et le Noël
A leurs comptoirs parés d’une égale élégance,
Les dames déployaient une telle éloquence
Que l’acheteur charmé de trouvait sans défense
Et laissait dans leurs mains un gain substantiel.

Louons l’Epicerie et la Pâtisserie,
Merci, Mesdames, pour vos mets, vos entremets,
Vous avez, méritant les bravos des gourmets,
De mille petits fours su faire un grand succès,
Si vous me permettez cette plaisanterie.

N’oublions pas non plus les magiques concerts,
Les thés que vous servaient des servantes mutines,
Le joyeux tournoiement des rondes enfantines
Avec les rires frais et les voix argentines
Scandant de leurs grelots le rythme de vieux airs.

Fortunio, merci, vous nous fîtes entendre,
Avec vos petits clercs gais et malicieux
Qui jouèrent si bien, chantèrent encor mieux,
La chanson de Musset, hymne délicieux
De franche poésie et de musique tendre.

Gloire aux petits chevaux tournant éperdument !
Honneur à ce caissier, d’une galante espèce,[2]
Payant d’un madrigal le billet ou la pièce,
A ce caissier qui sait faire et sauver la caisse !
Il l’a prouvé, jadis, sous les bombardements.

Célébrons les acteurs. Je ne saurais décrire
Cette idylle en bateau, d’un moralisme clair,
Car le couple amoureux, en proie au mal de mer
Trouve l’amour coupable encore bien plus amer,
Et les spectateurs, eux, sont malades de rire.

Nous devons applaudir enfin « le sanglier ».
La rieuse Suzanne est une artiste experte.
On comprend mal, voyant la fine et tendre Berthe,
Qu’un homme qui l’aima se résigne à sa perte
Et que, même au Brésil, on ait pu l’oublier.

Evocateur de la cynégétique gloire
Dont l’écho, Nivernais, emplit encore vos bois,
Type des grands veneurs et chasseurs d’autrefois,
Rude et fier comme un preux dans les anciens tournois
Le galant colonel remporta la victoire.

La vente maintenant va s’achever. Les fleurs
Des comptoirs et des murs seront bientôt fanées
Mais que le souvenir de ces belles journées
Fleurisse encore en vous, les fêtes terminées,
Par le bien accompli qu’il vous rende meilleur !

Que votre charité s’accroisse et persévère !
Car les besoins sont grands, car nos maîtres chrétiens
Faibliraient s’ils n’avaient le bienfaisant soutien
Des Véroniques et des bons Cyrénéens
Dont le secours les aide à gravir le calvaire.

Sans vous, le mal serait encore plus triomphant
L’école athée encore plus sectaire et funeste.
Comme on arracherait vite ce dernier reste
De foi, de pureté, de lumière céleste
Dont la flamme s’éteint dans trop de cœurs d’enfants.
A. de Riberolles
[1] Note marginale : Marie Th. Pinet des Ecots
[2] NM : Louis d’Assigny

1.9.10

JUILLET 1943

1 Je vais à l’enterrement de la femme de Raclin qui depuis très longtemps est garde régisseur à la Chasseigne. Beaucoup de monde à l’église. Carte d’Hervé qui a donné à ses sœurs un déjeuner qui n’a rien des restrictions à Pontgibaud. Lettre de Ginette de Tours, Gaby a de l’avancement, il est nommé à Angers. Lettre de Josefa qui propose un parti pour mes petites filles.

2 Premier vendredi. Je m’approche de la Ste Table. Jean Le Sueur aussi. Son sort doit se décider ce soir. Il passe la visite et il est réformé, aussi la joie règne dans le manoir. Il s’était fait donner un certificat de tuberculeux par un médecin, ne tenant pas compte du proverbe qui dit qu’il ne faut pas parler de corde dans la maison d’un pendu. Chicon vient me dire qu’il a trouvé crevé un châtron de 15 mois bien portant la veille. Je téléphone à l’équarisseur de venir le chercher. Je lui ferai emmener en même temps une génisse du même âge que je considère comme perdue. Le 29, Madame Alexis Thonnier va à St Pierre à bicyclette et le 30 elle met au monde un poupon de huit livres ½. J’écris à Simone.

3 La mortalité sévit toujours sur mes bovins de 15 mois à Tâches. L’équarisseur enlève un châtron mort du charbon symptomatique et une génisse atteinte d’entérite. Les Guillaume du Verne déjeunent avec nous et emportent aux Mollins le gigot d’un des agneaux de Marcelle qui s’est noyé dans la source. Il pèse 4 livres ½. Lettre de Marguerite Clayeux qui reçoit tous ses neveux Monnier les uns après les autres. Pour la procession de la Fête Dieu à Thionne, il y avait 3 hommes en dehors des Clayeux. Edouard de Chatelperron a été mis en prison par les Boches. Il a été dénoncé comme ayant des armes chez lui, ce qui n’est pas vrai.

4 Dimanche. Au retour de la procession devant quatre reposoirs, le premier sur le champ de foire, le second devant la poste, le troisième devant la Croix du puits, le quatrième dans la cour de l’école libre. Au retour dans l’Eglise, M. le Curé encadré par le Maire et moi-même comme Président du Conseil Paroissial, lit la consécration de la Commune au sacré Cœur de Jésus. Beaucoup de monde et des belles toilettes. Jean de Sansal vient chercher des côtelettes de l’agneau. Au goûter il mange de la gelée de pied de veau et tout un fromage à la crème. Marcelle dîne à Buy.

5 Pluie insuffisante. Taillardat vient avec son moteur me scier du bois pour le fourneau de la cuisine et enlever du travail à mon jardinier, pour lequel ce travail journalier est très absorbant. Chicon vient me dire qu’un des châtrons vaccinés il y a deux jours est bien malade. J’appelle Batréau à défaut de Richard absent.

6 Il me donne son avis pour une génisse, le châtron malade a de l’enflure causée par une piqûre et non par le sérum. Pour les génisses qui ont de l’entérite, des reconstituants qu’on ne trouve plus guère. A l’automne, vermifuge aux veaux de l’année. Gazoute vient déjeuner avec nous pendant que sa fille est au manoir. Elles devaient nous arriver par le car Balançon, celui-ci ayant été réquisitionné par les Boches, elles se font amener par un taxi. Gazoute est couverte de perles et de diamants. Elle a les belles boucles d’oreilles de sa mère et des bagues à tous les doigts. A 4 h, les Massias viennent goûter et la chercher. Paule vient la rejoindre accompagnée des petites Le Sueur. Toutes font honneur aux galettes préparées par Marcelle.

7 Yvonne nous annonce la mort de Pépée de Riberolles. Vraiment ses pauvres parents sont bien à plaindre, perdre deux enfants déjà grands et au début de leur mariage, ils en avaient déjà perdu deux. Avant dîner la tête me tourne, mes jambes flageolent. Marcelle me fait une piqûre d’accioline. Je me couche et dors bien.

8 Pluie. La tête engourdie une partie de la journée. L’appétit est bon. Nouvelle piqûre d’accioline. J’envoie chercher au bois Renard dix sacs de charbon fabrication Le Sueur. Madignier m’en cède cinq.

9 Marcelle part à la première heure pour Nevers afin d’assister chez nos locataires à une réunion de dames ligueuses présidée par Monseigneur. Déjeuner de 16 dames dans notre salle à manger avec M de Ganay et M.A. du Verne. Guite de Villeneuve était de la fête, elle allait de Tours à Trinay. Marcelle rapporte un grand panier d’abricots de notre cour. Les Chleq et M. Antoinette en prennent leur part. Roger de La Brosse m’envoie la Vénerie contemporaine du Marquis de Foudras. J’y lis l’histoire du père Jourdan du Mazot.

10 Suzanne Le Sueur prend ici son petit déjeuner en revenant de la messe. Comme il n’y a plus d’avoine pour nourrir les poules, j’envoie dans les champs chercher des gerbes d’orge d’hiver qui viennent d’être coupées.

11 Dimanche. Bien peu de monde à la messe. Je passe chez Tantot pour payer les 10 sacs de charbon que j’ai pris dans la coupe Le Sueur pesant 269 kg à 5 F. Je n’avais que mille francs sur moi ce qui a été insuffisant car il y en avait pour 1345 F. Jacques de La Brosse de passage à Planchevienne vient nous voir. Il a maigri mais n’a pas perdu son brillant appétit. Après lui arrive pour chercher un fromage blanc Madame Courard, la femme du maître d’école de Moiry dans une toilette qui aurait été remarquée un jour de Derby à Chantilly et avec des cheveux jadis foncés, devenus tout en or. C’était une jolie proie pour le divorce qui n’a pas manqué d’arriver.

12 Marcelle déjeune à Planchevienne.

13 Suzanne Le Sueur insiste pour m’avoir à déjeuner. J’accepte et je n’ai pas lieu de le regretter car on nous sert de très bonnes choses. Je rencontre les Thonnier venus dans une voiture inventée par leur gendre Mangerel : le devant d’une auto auquel on a mis des brancards à la place du moteur pour y atteler un cheval. Parmi les autres convives, Mesdemoiselles de Fontenay et de Rouville.

14 Il n’y a pas de fête de la République. Je m’en passe bien. Roy coupe dans le champ Carreau un beau blé qui a 1,50 m de hauteur, mais la ficelle papier qu’on nous vend horriblement cher pour lier les bottes, se casse à tout moment. Jacques de La Brosse et Antoine de Sansal dînent avec nous.

15 Guillaume du Verne nous envoie une jolie petite Cocker blanche et marron âgée d’un mois. Je la baptise Silky, du nom de mon excellente Laverack d’il y a 60 ans.

16 Une lettre d’Yvonne nous apprend que dans la nuit du 12 une bombe est tombée près de Crevant et que l’explosion a été si forte qu’il y a eu beaucoup de vitres brisées et qu’à Bulhon un cadre est tombé sur le lit de Dédette, ce qui lui a fait très peur.

17 25° sans orage, ce qui est étonnant. Nous avons notre curé à déjeuner. Je lui donne 700 F pour le denier du culte et 100 F pour les bancs.

18 28° Dimanche. Temps orageux sans pluie. Le jeune Le Huday Pazzis épouse la plus riche héritière de Bruxelles. Somptueux repas de noce, auquel mille pauvres sont invités.

19 Le baromètre baisse, il fait très lourd, mais sans pluie. On donne le prix du blé nouveau : 410F le quintal, ce qui fait pour un double pesant 15 kg, 82 F. L’avoine 264 F le quintal, pour un double pesant 10 k 26 F.

20 40 mm de pluie. A 9 h du soir un orage éclate au dessus de nous, nous arrosant copieusement. Le besoin s’en faisait sentir. Je râpe la cour côté midi.

21 Marcelle va à la gare de Nevers, où elle trouve Cécile se rendant aux Gouttes. Elle monte avec elle jusqu’à St Pierre. Mon aînée va bien.

22 Pluie. Triste anniversaire. Je vais à la messe dite pour ma chère Edith, je communie à son intention, bien que j’ai plus besoin de ses prières qu’elle n’a besoin des miennes. Foire à St Pierre. J’achète une petite coche de 3 mois pesant 28 k pour 2400. Antoine de Sansal vient manger un fromage blanc et en emporter un autre avec des haricots verts.

23 Madame Thiery vient me couper les cheveux. Marcelle part à 1 h ¼ de St Pierre pour Bulhon. Je rentre en possession de deux montres envoyées en réparation. Celle de ma chère femme à Nevers, une Oméga à St Pierre, coût 85 et 50.

24 Le taureau de Callot donne un coup de corne au vieil Espagnol employé là, ce qui nécessite son transport à l’hôpital de Nevers. Marcelle me revient à minuit après la triste cérémonie d’anniversaire de ma chère fille à l’église et un déjeuner de 22 personnes à Bulhon. Les Edmond Clayeux l’amènent à Vichy prendre un train qui l’apporte à 8 h ½ à Moulins, où elle monte sur sa bicyclette pour s’appuyer ses 40 kilomètres en pleine nuit. Hervé avait pu venir à la triste cérémonie.

25 Dimanche. Magdinier m’apporte une lettre émanant des eaux et forêts où on lui dit qu’il a acheté le bois de St Ouen trop cher. Que peut-il en résulter ? J’écris à l’inspecteur A de Villenaut que je crois qu’il n’y a rien d’exagéré dans mon prix de vente et j’attends.

26 Lundi. Cécile, Yvonne et les petites arrivent à 1 h ¼ en gare de St Pierre où je les fais prendre par le taxi de Clostre. M. Mathieu de Bulhon les a menées à Clermont. Mes arrières petites filles sont superbes. A 7 h du soir, Guiguite de Villeneuve et sa fille, venant de Trinay viennent dîner et coucher.

27 Antoine Clayeux après avoir conduit sa mère à Cuy et au Chamont nous la laisse en passant. Cécile et Yvonne vont à Nevers retrouver M.A. du Verne pour faire l’inventaire dece que nous lui laissons comme meubles dans notre maison.

28 Guiguite et sa fille vont à bicyclette prendre le train de 13 h à St Pierre. Geneviève n’ayant pas trouvé de véhicule pour la conduire à la gare nous reste jusqu’à demain.

29 28°. Mon âne la mène à mars à 6 h ½. Cécile Marcelle et Yvonne déjeunent au Colombier avec Paul de Martinprey allongé sur une couchette, il ne peut pas s’asseoir. Temps étouffant sans orage.

30 Même temps. 28 ° sans un nuage ni éclair ce qui est anormal.

31 29 °. Antoine de Sansal vient dîner et se ravitailler. Il emporte œufs, fromage, concombres, haricots verts et prunes du Pied Prot qui abondent et que nous partageons avec les locataires.

30.8.10

JUIN 1943

1 Je fais une tournée aux Petites Granges, en voiture bien entendu. 25 gamines de l’école libre font par ordre, une tournée dans les champs de pommes de terre pour ramasser les doryphores. Au passage, Marcelle leur offre un fromage blanc.

2 Pluie. Depuis quelque temps, je perds à Callot et à Tâches des veaux de 14 à 15 mois. Nous mettions cela sur le compte de l’entérite. J’en ai parlé à mon vétérinaire Richard, qui a envoyé de la fiente de deux taures qui n’ont pas fait leur poil et qui n’ont pas profité depuis leur mise au pré, à son collègue Mongy qui a installé à Nevers un laboratoire très moderne pour en faire l’analyse. Celle-ci a trouvé de cesophagostomose, maladie inconnue jusqu’à ce jour et pour laquelle, ils ne connaissent pas de remède. Ils vont chercher. C’est gai ! Le même Richard est humilié, car après avoir traité le cheval Negro pour un effort de tendon, le maréchal Mérot lui a trouvé un abcès dans le pied. Reçu lettre très touchante de la Marquise de Chargères.

3 Pluie glaciale. Ascension. Pas mal d’hommes à la messe. Marcelle va faire une visite à la Chasseigne, où elle trouve la comtesse ramassant les doryphores dans son jardin.

4 Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table. Louis, Yvonne, André et Philippe Roullet nous font part de la naissance de leur sœur Anne. Je loue la maison du Pied Prot, à un vieux ménage, Grisotte, hors d’âge qui ferait mieux chez les petites sœurs des pauvres que chez moi, mais ils doivent amener une vache bien que je leur ai fait observer qu’il n’y avait pas d’eau. Louis Pinet en tournée d’assurances s’arrête en passant. Nous le gardons à dîner, repas qui lui coute moins cher que son déjeuner à St Pierre chez Burdin, cout 200 dont la bouteille de vin 65.

5 Beau temps, je bine le maïs planté dans le jardin du Pied Prot par Marcelle qui entreprend trop de choses pour les entretenir convenablement.

6 Dimanche. Temps gris. Notre cuisinière qui devait aller passer quelque temps à La Baratte pendant que nous avons Michelin et venir au secours des du Verne qui n’ont personne, ne peut partir, elle a un très fort mal de gorge.

7 Lundi. Décidément notre maison de Nevers était destinée à une bonne œuvre, ce matin l’abbé Bucheton me la demande pour y installer ses services. Mon métayer Michel qui ne bouche jamais ses clôtures a laissé ses juments aller manger l’avoine de Taillardat qui vient se plaindre à moi, je n’y peux rien qu’en souffrir plus souvent que lui.

8 Antoine vient au ravitaillement et cherche des œufs frais pour Hubert. Madame de Montrichard vient gouter avec Marcelle.

9 Marcelle se paye une petite folie, elle achète six agneaux pesant 21 kilos à 680 F la pièce, elle en laisse deux à Michel qui les nourrira pour 600 l’un, les 4 autres lui reviendront à 720 pièce, c’est pour rien ! Madame de Saint Blanquat a vendu pour 1200 F une oie engraissée en Périgord.

10 C’est Jeanne de Mollins venu passer la journée avec nous qui nous raconte ça. Elle arrive du bord de la Garonne, où ses parents ont des châteaux tous plus grands les uns que les autres.

11 Lavergne vient badigeonner la maison du Pied Prot qui se blanchit bien mal.

12 Marcelle va à Nevers par le car. Elle dit à Madame de Sansal, au sujet de la clinique de la rue Hoche où Simone doit aller pour ses couches, ses craintes sur cette maison d’où Madame Dervault née Candolle est sortie avec de l’infection et la chose se renouvelle ces jours ci pour Aline Bertin.

13 Pentecôte. Première communion à St Parize. A 1 h ¾ mon vétérinaire Richard à défaut de toute autre voiture roulant le dimanche, nous amène de la gare de St Pierre, Roger retour de Vichy où il a été présenté au Maréchal avec les 10 plus vieux Maires du département dont d’Anchald est le doyen. Il nous raconte longuement cette réception et nous parle du discours de Laval prononcé pendant le banquet. Celui est très laid, commun, mais très énergique et disposé à corriger sévèrement les 22 ans qui ne se sont pas présentés quand on les a appelés.

14 Je passe une agréable journée avec Roger, car avec lui je peux parler de l’autrefois.

15 Marie Thérèse de Buy m’envoie Etienne et sa ponette pour conduire Roger prendre le train de 13 h à St Pierre. Nous avons à dîner un père chapelain de Paray le Monial venu à St Parize pour une journée de récollection prêchée aux ligueuses. Il constate que dans l’ensemble de la France, la foi est en décadence.

16 Marcelle va à St Pierre suivre la journée de récollection. Hervé m’écrit aussi que dans son milieu, la foi progresse en sens inverse de ce qu’il désire.

17 Pluie 30 mm. Sous une pluie battante, les du Part nous arrivent à bicyclette pour déjeuner. Peu après eux, l’abbé Jean du Verne et Simone descendent de l’autobus. Ce n’est pas sans crainte que je vois arriver cette dernière qui est sur le point d’accoucher, car ce n’est pas avec mon âne que je pourrai la conduire à la clinique. Lettre de Dédette qui nous dit, sans donner de date, qu’Yvonne a su que Jean était à Rabat.

18 Une carte du Lt de la Chapelle prisonnier, adressé ici à Yvonne dit que le 20/4 Jean allait très bien. Ces deux nouvelles me font plaisir.

19 Lettre d’Yvonne qui entend aussi parler de Jean par le Colonel de Contenson mais sans date. Après dîner, je fais une tournée dans les Craies avec mon âne, accompagné de Marcelle. Grâce aux dernières ondées, l’ensemble des récoltes est bon. Le ménage Grisolle prend possession de la maison du Pied Prot.(Mention marginale : Normande 19 mars)

20 La Trinité. Peu de monde à la messe, mais beaucoup de maîtres et de valets sur la place.

21 Pluie. Je vais à l’enterrement du père Barillet mort à 82 ans après une longue maladie, c’était un bien brave et très honnête homme avec lequel je n’ai eu que des rapports agréables pendant les nombreuses années où il a été mon métayer. Guite de Sansal déjeune avec nous et emporte des framboises pour faire des confitures.

22 Roy fauche le pré de la Joie où il y a beaucoup d’herbe.

23 Marcelle va à Nevers par le train de 7 h ¼ pour suivre une journée de retraite prêchée chez les Petites Sœurs de l’Assomption. Elle déjeune chez Marie Antoinette avec la Comtesse Lafond et Mériem de Martinprey. On me rentre du foin qui est rien moins que sec, mais maintenant tout se fait à la galope.

24 Saint Jean. Lettre d’Hervé qui est bien découragé, parce qu’on emmène tous ses jeunes gens en Allemagne. Lettre d’Yvonne qui a eu des nouvelles de Jean du 29 mai par les Contenson via Suisse. Les René Musnier nous font part du mariage de leur fils Serge avec Melle Claire Bourdet Pléville. On me rentre 4 chariots de foin pour l’hiver, Roy 2, Chicon 1, Michel 1. Il y en a 8 dans le fond du pré de la Joie.

25 Lettre d’Hervé, qui m’envoie deux photos de ses jeunes travaillant dans les bois. Il est bien découragé parce que 34 d’entre eux partent pour l’Allemagne.

26 Suzanne Le Sueur vient manger avec nous une excellente pintade aux choux, elle est très inquiète sur le sort de son fils revenu à Villars après avoir été réfractaire à l’appel par les Boches des jeunes gens nés en 1922. Nous recevons une lettre de part du baron Yves Jallot mort à 51 ans, il laisse 8 enfants. Château de La Vrolais. Le Louroux Béconnais Maine et Loire.

27 Dimanche. Vent Nord Est desséchant qui souffle trop souvent. Suzanne Le Sueur et ses filles allant à Libourne marier un cousin, sont descendues chez les Georges. Elles prétendent que c’est la mère d’Agnès qui est la cuisinière et sa sœur la femme de chambre et qu’elle accepte bien le pourboire qu’on lui donne en partant. Agnès a dit à Suzanne : quand vous verrez la femme d’Antoine, vous lui direz que si elle veut ravoir ses draps de lit, il faut qu’elle vienne les chercher. Il paraît qu’ils sont très fins, ceux qui étaient plus communs ont été renvoyés il y a quelque temps. Les dits draps sont à Libourne depuis l’exode de 1940. Quant au jeune Michel, on ne parle que de ses bonnes fortunes, qui sont nombreuses, paraît-il. Nous pouvons être fiers de ce côté de famille.

28 Roy fauche (4 chariots) le pré de l’étang qui ne l’avait jamais été. Lettre de Cécile qui dit qu’à Rennes, on tremble toujours. J’écris à André.

29 Vent desséchant. Dans la Varenne Callot, betteraves et pommes de terre sont dévorées par les vers blancs. On en a trouvé 14 au même pied. Les Boches font encore une rafle, une rafle de chevaux dans notre canton.

30 Je taille la haie du pré de l’étang le long du chemin qui va au domaine. Visite de Mesdames Soulot et Boursin qui me disent que Tassain est venu relouer son domaine de Moiry à Arbaut.

29.8.10

MAI 1943

1. Pluie 10 millimètres. Marie-Thérèse, le ménage Maurice et leurs filles déjeunent avec nous. Ils nous quittent à trois heures et demie pour aller au cirque à Nevers. Gabrielle de Rouville et sa sœur Braive viennent nous voir entre deux autobus. L’un d’eux m apporte un fut de vin de soixante litres d’Aïn Kala. Les enfants de la propriété commencent le mois de Marie dans le bureau tout fleuri.

2. Pluie. Dimanche. Seize hommes seulement à la Messe, sans compter les Jocistes qui sont très fidèles. La nuit dernière, il est venu des sangliers bouler dans l’avenue. Pour le 11 mai 1943, prix de la viande de bœuf de première qualité, 16 Francs quatre vingt donné par le journal ( La Terre Nivernaise ).

3. Je fais une tournée aux Petites Granges ce qui ne m’arrive pas souvent, car je n’ai aucun plaisir à voir mon métayer. Dans la Roche, il y a vingt deux grosses bêtes et quatre veaux dont l’un d’une taure de deux ans. Dans le pré des Langes, il y a neuf taures d’un an, dont deux bien mauvaises. Une truie a neuf petits, une autre jeune est pleine. On tire neuf vaches dont sept ont des veaux. Les récoltes sont claires mais les tiges d’un bon vert. Un hectare est labouré dans les Prolles pour y mettre de la moutarde, mais la graine n’arrive pas. Chaque domaine est mis dans l’obligation de faire un produit oléagineux pour avoir de l’huile. La réquisition en prendra soixante pour cent et vous laisse le reste pour la salade. Mention marginale : Petites Granges.

4. Yvonne prend ses deux ainées dans sa remorque et les emmène déjeuner au Colombier pour retrouver les quatre petites Henri de Martimprey et Mimi Baraudon. Marcelle déjeune à Planchevienne et goûte au Colombier. Je trouve un nid de pintade garni de vingt cinq œufs. J’ai la visite des Antoine Robert. H. Bouchacourt entend à la radio d’Alger Bernard de La Brosse né le 20 juillet (bien portant).

5. Pluie, orage. Deux contrôleurs convoquent à la mairie tous les cultivateurs de la commune, petits et grands, pour les interroger pour savoir s’il leur reste encore quelques grains de blé à livrer pour permettre de faire la soudure. Bien rares sont ceux qui n’en ont pas une dizaine de kilos à livrer et que les ménagères avaient mis de côté pour nourrir les petits poulets. Je sème trente pieds de maïs devant la salle de bain. Yvonne part pour Beaumont avec Kiki, mais elle rencontre Mme Seeplinck et sa fille dans les rues de Saint Pierre et c’est là que se fait la visite. Retour par Fontallier où elles retrouvent Marcelle. Madame Grincour est assez fatiguée et bien maigre.

6. Pluie. J’achète quarante kilos de pommes de terre allemandes pour changer ma semence, ce qui est indispensable si on veut une bonne récolte. Marcelle et Yvonne partent de bonne heure à bicyclette pour Nevers où elles trouvent dans notre maison quatre hommes envoyés par M. Schlecq pour les aider à déménager les chambres du premier étage et à mettre les meubles dans la lingerie et la mansarde qui regarde la place. Les déménageurs cassent la glace de l’armoire de la chambre de Miette. Dans l’étang des Buzonnières, on trouve le cadavre de Roger de Soultrait leur gendre, qui s’y était noyé mystérieusement il y a quatre mois en revenant du Maroc où il avait laissé sa femme et ses enfants.

7. Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table et je fais planter dans la varenne Calot des pommes de terre boches.

8. Pluie. Monsieur le Curé déjeune avec nous. Chicon me rentre quatre petites cordes de charbon venant de la coupe vendue à Libaut. Je devais en payer la façon, il m’en fait cadeau, probablement parce qu’il estime que je lui ai payé la coupe trop bon marché, c’est possible.

9. Pluie. Dimanche. Réunion du Conseil de Fabrique à la sacristie après la messe. Le budget est florissant. On paye généreusement les places à l’église, on porte à mille deux cent francs le traitement de madame Baste, la sacristaine, qui était à neuf cent, et à trois cent celui de l’organiste qui était à deux cent. Il fait un temps glacial. Fassier de Bonay, sachant que ma provision de pommes de terre à manger était basse, m’en apporte un peu. C’est un homme de cheval, il vient avec une pouliche de sang attelée pour la quatrième fois. Sa fille et lui-même ont pour un demi-million de chevaux, peut-être plus.

10. Gelée. Bringault vient me payer son terme et m’apporter un sac de pommes de terre. Il y a quelques haricots gelés dans le jardin. Marcelle et Yvonne goutent au Manoir avec Mme Gabriel Mathieu. Je perds mon chapelet.

11. Pluie. Saint de Glace. Les Clayeux viennent déjeuner en amenant André qui se fait vieux. Ils m’annoncent la naissance d’un cinquième Roulet, ce qui lui fait quatorze petits enfants. Marcelle profite de la bonne occasion pour aller passer quarante huit heures aux Gouttes pour voir la vieille tante, et Geneviève emmène Kiki pour qu’elle fasse la connaissance de ses cousins. Tous font honneur à notre déjeuner. Je n’en reviens pas de tout ce que chacun mange. Et à gouter, on croirait que personne n’a déjeuné. Renée Massias nous fait part des fiançailles de sa fille avec un jeune de Chalvron dont la mère née Richard habite Laval.

12. Journée radieuse qui n’a rien du Saint de Glace. Jean Le Sueur me prête un très joli album qui lui a été donné pour ses vingt ans par la fidèle Tintin qui est femme de ménage au Manoir depuis toujours, il est intitulé « Manoirs et gentilhommières en Nivernais et en Bourbonnais ». Je l’ai feuilleté avec plaisir car j’ai retrouvé dedans des vieux châteaux dans lesquels j’ai eu le plaisir d’être reçu.

13. Tout pousse. Il y a plus vingt cinq degrés. On m’avise de l’abattoir de Nevers que la génisse que j’ai livrée il y a deux jours pour faire du saucisson est tuberculeuse. Elle a quinze mois. Roi ne va pas la reconnaître. Yvonne va pécher aux étangs Américains. Elle prend une vingtaine de gardons mais les carpes ne mordent pas. Je mets en bouteilles (soixante dix) le vin que j’ai reçu d’Aïn Kala, aidé par Micheline.

14. Vingt quatre degrés. Marcelle et Kiki débarquent à Saint Pierre par le train du jour, et Yvonne va au devant d’elles pour ramener sa fille sur sa bicyclette. Je mouille ma chemise en bêchant dans le jardin du Pied Prot. Je fais semer des haricots envoyés par Cécile dans le Clou.

15. Madame de Sansal, Simone et Hubert passent la journée avec nous. Le jeune homme est bien plus grand qu’Alyette sa contemporaine, il ne tient pas cela de son grand père Sansal. Anne Chenet accompagnée de sa cousine Tardy, s’installe au Pied Prot pour quelques jours, elle attend son fils pour emporter son mobilier dans la maison de Moiry. Paul Château vient me payer son terme, je reviendrai là-dessus après explication avec Cécile.

16. Dimanche. Tous les agriculteurs doivent venir déclarer à la mairie la composition de leur cheptel et la grandeur de leurs emblavures. On n’a pas fini de les embêter. Renaud du Lieu Maslin me paye et m’apporte un peu de farine bien blanche.

17. Madame Thierry me coupe les cheveux ainsi qu’à Monique. Monsieur Ventrin, gendre Minard, vient avec huit fusils chasser les sangliers, ils n’attaquent pas. Je vends à Taillardat six cadets et un moderne. Je lui dis qu’il me paiera en venant me scier deux garndes cordes de bois à la longueur de mon fourneau de cuisine.

18. Suzanne Le Sueur déjeune avec nous. Et Antoine Chérut arrive pour emmener son mobilier à Moiry. Un taxi lui prend 300 F pour l’amener de Nevers et autant au retour.

19. Marcelle et Yvonne vont finir de monter tous les meubles de la maison de Nevers au second dans les deux chambres que nous nous sommes réservés pour cela. Elles déjeunent chez les Sansal. Arthur est plus paradoxal que jamais. Les Chérut emportent tout leur mobilier dans leur maison de Moiry. J’achète un modeste cadeau pour Gérard de Martimprey qui se marie le 22 en Normandie. La nuit dernière on a vidé le canal pour empêcher deux péniches chargées de farine de partir pour l’Allemagne. Les gens de plusieurs villages dont St Parize sont furieux parce que depuis deux jours, ils n’ont pas de pain. Il paraît que notre boulanger Lafond a reçu de la farine hier soir.

20. Je comptais sur la P.E.N., société d’Antoine Clayeux pour me donner du pétrole, ils m’écrivent qu’il n’y faut pas compter, qu’il est introuvable. Cette perspective est gaie, en pensant à l’hiver. Richard vient voir Negro qui a un effort de tendon. Le jeune Valence qui a un emploi dans la confiture à Clermont en envoie une douzaine de boites à Yvonne pour 217 F, elle est bonne.

21. Moreau a la bonté de conduire à la gare de St Pierre, Yvonne et ses filles qui partent pour Bulhon. M. Mathieu les prendra à la gare de Clermont pour les y conduire. Sans ces deux hommes aimables, je ne sais pas comment le voyage aurait pu se faire. Madame Hélène de Valence écrit à Yvonne qu’elle a su que le 8 mars son mari allait bien. Tournée aux Petites Granges. Michel a semé 75 ares de moutarde. Tout a soif. J’écris à la marquise de Chargères en lui envoyant un mémento de ma chère Edith, de même qu’à Jeanne de Soultrait et à Berthe.

22. Je vais jusqu’au Paturail Mâle, il n’y a que 7 génisses et pas mal d’herbe. La Varennes Callot toujours luxuriante, le champ Procureur toujours médiocre. Dans les Champs Blonds, 4 fours métalliques qui font du charbon.

23. St Didier. Dimanche. Nous mangeons les premiers petits pois. Grand régal pour Marcelle. Emmanuel Riant qui s’est fait opérer à Vichy de la cataracte va rentrer chez lui et trouver Petit Bois occupé par un poste de D.C.A.

24. Pluie. Mes métayers ont pris la nuit dernière dans un piège tendu près d’un terrier sur le talus de l’étang Américain un renardeau. Je téléphone à Couturier de venir chasser la mère. Lettre d’Augustin qui a fait très bon voyage pour aller près de Toulouse afin de baptiser la fille de son neveu André. Il a poussé jusqu’à Lourdes. Garnet vient me payer le terme du Mou. Il a 10 chevaux. Cela doit représenter 6 ou 700 000 F au cours du jour. Roger de Bouillé qui a perdu deux juments a dû débourser 180 000 F pour les remplacer.

25. Pluie. Lettre de Jeanne de Soultrait, son petit fils Pierre de Froment est en prison à Fresne, où il ne peut voir sa mère que rarement et encore derrière une grille. Je peux toujours faucher les orties dans le pré Blond et tailler un peu les haies vives. Le Paris Centre manque souvent, ce n’est pas qu’il est bien intéressant, parce que tout Boche, mais on l’attend tout de même.

26. Lettre de Cécile qui nous apprend la mort subite d’Yves Jallot dans sa propriété de Touraine. Elle nous envoie du blé noir que Marcelle sème dans le jardin du Pied Prot, afin d’en avoir pour empoisonner les courtilières. Je reçois de ma belle sœur une veste en Vussar de mon vieux beau frère. Je la mettrai quand il fera plus chaud qu’aujourd’hui. J’envoie aux Marquises de Faverges des mémentos d’Edith. Le jeune ménage Croizier nous fait part de la naissance d’un héritier.

27. Je fais en voiture une tournée dans les Craies. Les récoltes ont plutôt bonne apparence. Dans notre pays, c’est le mois de mai qui règle tout et la dernière pluie a fait allonger les pailles des blés et avoines qui sont en train de mettre en épis. Guite et Simone de Sansal passent la journée avec nous.

28. Journée radieuse. Mon jardinier a un fort accès de fièvre causé par une angine. Il garde le lit. Je rentre les vaches et Marcelle les tire.

29. Jeanne et Louise Delamalle Mabire passent la journée avec nous. C’est amusant de voir les gens de la ville dévorer tout ce qu’on leur sert, surtout le laitage. Mon métayer des Petites Granges vient me demander dix mille francs, comme dans le temps on venait chercher 200 francs.

30. Pluie. Dimanche. Fête des mères, procession assez nombreuse avant la messe. Cécile nous téléphone que Rennes a été bombardé hier à 4 heures du soir. On parle de plus de 160 morts. Une de ses amies gît sous les décombres de sa maison. M. Pierre Chabret et Madame, fille des basse-couriers de la Seigneurie nous font part sur un imprimé de la naissance de leur fils Alain.

31. Lettre de Roger de La Brosse qui me dit qu’il viendra nous voir retour de Vichy, où le préfet va aller le présenter au Maréchal comme une bête curieuse puisqu’il est maire depuis 43 ans. Les propriétaires de Vauban, détiennent la mairie de Bazoches depuis le 2 Frimaire An II. En voila la liste : Charles Christophe Millereau, Maire An II, décédé maire en 1830, son fils Alphonse décédé maire en 1880, son gendre Gaston de La Brosse décédé maire en 1900, Roger maire depuis 43 ans, ce qui doit être un record. En 151 ans, il n’y aura eu que 4 maires à Bazoches et tous de grand père à petit fils. Marcelle plante dans le jardin du Pied Prot 12 kilos de pommes de terre achetées à Martinat. Je vais à Moiry faire ferrer mon âne. J’achète chez feu Morin une bêche à dents pour 50 francs. Rencontré Jean Le Sueur qui me dit avoir reçu l’ordre de se présenter demain à Nevers pour être envoyé en Allemagne avec tous les jeunes gens qui comme lui ont 22 ans quelque métier qu’ils fassent. Ils sont 9 à St Parize.

5.8.10

AVRIL 1943

1 Guite de Sansal passe la journée avec nous.

2 Pluie. Premier Vendredi. Je m’approche de la Sainte Table. Yvonne, ses trois filles et sa petite bonne arrivent à 5 h ½ du soir en gare de Nevers où les Montrichard nous rendent le grand service d’aller les chercher. Mes petites filles sont superbes. Monique et Aliette ont des joues comme des lunes en plein. Lettre d’Hervé qui a été reçu très convenablement par Ballot à Châtelguyon qui lui dit que son poste serait à Pontgibaud.

3 Simone et Hubert prennent le car à 6 h ½ pour retourner à Nevers.

4 Dimanche. J’emmène Kiki à la messe, où elle fait semblant de lire son livre avec recueillement. Monique reste s’amuser dans le tas de sable d’avoir toujours près de la maison, c’est le meilleur et le moins couteux des joujoux. Madame Boursin prête à Yvonne un parc pour y mettre Aliette.

5 Yvonne pêche dans l’étang du jardin cinq petites carpes d’Aramont qui font notre déjeuner du 6. J’écris à Louis de La Brosse dont nous n’entendons jamais parler.

7 Marcelle et Yvonne vont à Nevers dès le matin pour ranger dans la maison et attendre Cécile qui arrive à midi après avoir couché à Paris. Toutes trois elles débarquent à Mars à 6 h 45 où je vais les attendre avec mon âne, bien content de revoir mon aînée. Vent violent.

8 – 4°, froid désagréable et désastreux. Simone vient passer la journée avec nous pour voir sa tante Cécile, elle est toujours bien gentille.

9 – 2°. Je paye à Lavergne une note de 5 200 F pour réparation aux domaines. Il me compte l’heure 12 F. Les travaux de la maison de Nevers dont jJe parle avec Cécile qui est beaucoup plus compétente que moi et qui me conseille de mettre le confort moderne. Je demande à M. Sonnet architecte de venir nous donner son avis et conseil.

10 Mériem de Martimprey déjeune avec nous, elle m’apporte le dernier livre de son beau frère sous l’égide de St Hubert et le même jour, Madame de Savigny, m’envoie un livre qu’elle me dit intéressant (La route des Indes de Paul Morand). Ces dames en se promenant entendent une bête crier dans la haie qui sépare Le Clou du pré de la Joie. C’est un lièvre qui vient de se prendre dans un piège certainement tendu par mon jardinier qui s’entend à braconner et qui sera bien désolé en ne voyant rien dans son engin, mais nous verrons le civet sur notre table ce qui n’est pas arrivé depuis longtemps.

11 Dimanche. Je mène Cécile et Kiki à la messe où nous rencontrons Armand de Montrichard qui a bien mauvaise mine. Il invite Yvonne à venir goûter avec sa femme, c’est ce qu’elle fait. Elle la trouve agréable, mais elle constate avec peine que son fils aîné a un bec de lièvre. Je fais des observations très justifiées à mon métayer des Petites Granges. Il s’emporte car il prétend avoir raison et me dit qu’il quittera le domaine pour la Saint Martin 1944. S’il en vient là, je ne le regretterai pas.

12 Je râpe les allées avec acharnement, c’est une diversion pendant laquelle, je broie moins de noir.

13 Les du Part viennent manger avec nous le civet du lièvre et Marie Antoinette du Verne vient dîner et coucher pour voir Cécile et s’entretenir avec nous des travaux à faire rue de l’Oratoire. C’est un gros souci pour moi car je les considère comme très difficiles à exécuter à une époque où tout manque.

14 Jean Le Sueur toujours complaisant conduit Cécile à Nevers pour y prendre l’express pour Paris, où elle se couchera et d’où elle partira pour Rennes le lendemain matin. Edmond nous téléphone qu’ils ont reçu une carte de Simone du 12 février disant : François et Maurice vont bien et Nathalie Jourdier femme de Paul a eu un enfant (garçon). Roger de Bouillé grâce à sa qualité de syndic a pu avoir pour Marcelle une paire de bottes en caoutchouc, il les lui apporte. Depuis bien des années, il n’était pas entré dans notre salon. Coût 350 F

15 On plante mes pommes de terre dans la Varennes. Enterrement de madame Eyzies à St Parize, une des rares femmes allant à la messe dans la semaine. Yvonne va à Nevers faire des nettoyages dans la maison, elle revient tard, car elle traine sa remorque un peu trop chargée. Nous mangeons le premier plat d’asperges. Marcelle fait à Moiry le chemin de la croix. Il y vient plus de monde qu’à celui de St Parize.

16 Anne de Rouville nous arrive pour 48h attendant ici ses parents qui viennent le 16 à Planchevienne, son oncle Pierre a été opéré hier de la prostate.

17 Dimanche des rameaux, beaucoup de monde à la procession, en revenant frapper à la porte de l’église tous les cultivateurs regardent le coq pour voir la direction du vent, il est du sud-est, c’est de lui qu’on dit : vent de salaire matinal ramène la pluie à cheval. Qu’il en soit ainsi mon Dieu ! Aliette a aujourd’hui un an, et avec cela il arrive une bonne nouvelle. Un message de son père venu par la croix rouge et passant par le Portugal daté de Temara 16 février dit ( Jean bonne santé, capitaine de Valence) nommé par lui !

18 Anne nous quitte à la première heure. Je mène un tombereau de cendres dans un carré du jardin de pied Prot que j’ai bêché avec Marcelle et où elle veut planter différents légumes s’il pleut. Yvonne visite la Seigneurie, où il y a 150 bêtes à cornes et beaucoup de poulains. De 8h à 11h du soir j’ai un malaise général, bonne nuit ensuite.

19 Marcelle et Yvonne vont diner à Buy. La bonne des petites revient de Thionne où la sécheresse est peut être plus désastreuse que ici, où elle l’est déjà trop. Les œufs sont si rares et si chers que tout est permis aux poules, aussi elles entrent dans le vestibule et sortent la paille qui est dans mes sabots et chaque jour je suis obligé de nettoyer le perron .

20 Pluie. Enfin la pluie, grâce à Dieu tout va renaitre. Marcelle et Yvonne partent à la première heure pour Nevers où elles arrivent trempées comme des soupes. Elles ont rendez vous rue de l’Oratoir avec Sonnet architecte pour voir avec lui les réparations à faire. M. Schleq vient les retrouver et ensembles ils conviennent de bien des choses dont je parlerais quand j’aurais vu le devis. Marcelle revient seule à 8h du soir. Yvonne reste diner et coucher chez Marie-Antoinette. Elle reste pour continuer à nettoyer la maison demain. Lettre d’Hervé qui continue à être content de son sort et de ses élèves. Simone est très en forme et Guite est partie aujourd’hui pour Bulhon.

21 Pluie. Jeudi saint. Je vais à la messe avec Kiki, une cinquantaine de femmes y font leurs Pâques avec pas mal de gamines. Ma jument grise met bas, mais ne se délivre pas. Le vétérinaire vient la débarrasser. A la première heure un chevreuil traverse la pelouse et monte au pied Prot.

22 Pluie. Vendredi saint. Je vais à l’office, où les quatre châteaux sont représentés, mais personne du peuple pour adorer la croix. Jean le Sueur a acheté à M. Motte une jument de quatre ans 67 000 Francs, c’est pour la mettre le 11 Novembre au domaine de la Vignonerie de Buy qu’il a affermé. La Vayssière son cousin a acheté un âne 29 000 Francs à Fourchambault. Lettre de Cécile qui a fait bon retour. Elle a trouvé sur son bureau du secours national un beau bouquet mis là par ses secrétaires.

23 Samedi saint. Marcelle sème du trèfle pour ses lapins sous les Ormes, là où l’on avait coutume de brûler les détritus du jardin. J’y repasse après elle pour enlever toutes les mauvaises herbes qu’elle a laissées, car comme elle veut faire beaucoup trop de choses à la fois fatalement elle en oublie. Grâce à la pluie tout pousse à vue d’œil.

24 Pâques. St Marc. A neuf heures et demie messe de communion, je vois avec plaisir que mes trois métayers et mon jardinier s’approchent de la sainte table, ainsi que de nombreux jeunes gens de 14 à 17 ans. J’oublie de souhaiter fête et anniversaire de Marcelle.

25 Hervé nous arrive pour déjeuner, il est à Nevers pour cinq jours. Il me donne la traduction des CJF Chantier Jeunesse Française groupe 9 à Pontgibaud. Uniforme vert olive. On appelle Chef tous les directeurs vieux ou jeunes, ce sont généralement des officiers de l’armée active démobilisés. Les recrues pris seulement dans la zone libre sont appelées pour huit mois et travaillent généralement dans les bois. Tous les jeunes gens de 20 ans défilent comme quand il y avait la conscription. Nous avons la visite de Jacques de La Brosse et d’Alain de Rouville de passage à Planchevienne. Joséfa nous annonce la naissance de sa petite fille Chantal à Rabat. Marcelle et Yvonne prennent à Planchevienne un diner d’avant guerre avec Mme Braive.

26 Yvonne va à Nevers et rencontre Guiguite de Villeneuve et sa fille se rendant aux Fougis sur le quai de la gare. Elle travaille ensuite à ranger dans la maison et goûte chez Mme de Sansal. Le jeune Taillardat âgé de 14 ans bêche le jardin du pied Prot et le père Michel nettoie les allées qui en ont besoin.

27 Auguste Vernin meurt à son château des Bordes à l’âge de 75 ans, d’une vieille famille bourbonnaise, il aurait pu tenir le haut du pavé à Moulin mais sa grande modestie l’en a empêchée. Comme l’était son père lui aussi était forestier.

28 Jean de La Brosse me fait part de la naissance de son fils Hubert. Sa joie est plus grande que celle de son père qui voyait venir sans enthousiasme ce cinquième héritier après dix ans de repos. Blois vient enfin faire une soudure à ma pompe et arranger la cheminée de la chambre qui est au dessus de la cuisine. Il y a 6 mois que je l’attendais. Marcelle et Yvonne goûtent à Buy où elles trouvent les Tonniers, le Sueur, Mathieu et Grincour. Gâteaux abondants.

29 Augelard vient faire avec moi le classement de mes quatre domaines pour que chacun trouve sa place dans la matrice cadastral qu’il est en train de réviser. Je lui fais mettre à mon nom pour que mes métayers n’aient pas à les payer les champs qui dorénavant seront considérés comme landes ou broussailles : le Dépotoir, le champ d’Orgeats, et la Chaume de la Blonde. En 1944 au 11 Novembre le pied Prot passera au domaine de ce nom et le Champ Guérin actuellement aux Petites Granges passera au domaine de Tâches qui leur abandonnera la terre qu’il a actuellement dans les baraques. Je plante dans la cour d’honneur en avant des lauriers du lupin envoyé par Cécile, on dit que ça remplace le café. Visite d’Henri de Rouville qui a bien maigri, 20 kilos. Son frère Pierre rentré chez lui à la suite d’une opération à la vessie a une phlébite et de la fièvre. Mes dames et Kiki goûtent à Villars où elles trouvent Mme Seeplinck nièce de Ratheau qui habite le vieux château de Beaumont (Seeplinck son mari officier est prisonnier.)

30 Journée calme. Je vais auprès de la fontaine où je vois une taure de 14 mois en train de crever de l’entérite. C’est la troisième atteinte de cette maladie dans ce domaine depuis deux mois et demi.

17.6.10

MARS 1943

1 A 7 h du soir, j’entends frapper. C’est Marie Thérèse Guillemain qui étant venu voir les Minard pensait mettre son vélo dans l’autobus et rentrer à Nevers comme cela. Malheureusement, il ne marche pas le lundi, alors elle est venue nous demander à dîner et nous l’avons gardée à coucher. Très agréablement, nous avons gibernéavec elle.

2 Marie Thérèse et Marcelle partent de bonne heure pour la ville. L’une offre à déjeuner à l’autre. J’achète un bon veau à Le Sueur pour Calot pour 7 100 F.

3 A 7 h du soir, nous voyons arriver Augustin débarquant de la gare de Mars. Parti de Bulhon, hier avec Hervé à bicyclette, ils prennent à Maringues un car qui les conduit à Vichy, où ils remontent à cheval, direction St Géraud de Vaux où ils déjeunent. Ils goutent et couchent aux Gouttes, partent le lendemain à 2 heures pour Moulins où ils prennent le train, Augustin pour Mars et Hervé pour Nevers où il va retrouver sa femme. Il paraît qu’Edmond souffre assez sérieusement de névralgies.

4 Cheveux coupés par Mr Thierry. Marcelle accompagnée des Le Sueur, part à Chevenon au mariage Martimprey du Part. Le temps est un peu froid, mais superbe. Naturellement, Antoine arrive un peu avant 11 h, deux minutes avant Monseigneur, qui bénit l’union et fait un très beau discours. Nombreuse assistance dont toute la famille Bardin côtoyant les Damas, Montrichard, Nadaillac, Gindre etc. Lunch au château mi partie assis et debout dans 4 pièces. Fermiers et tenanciers es 2 familles déjeunaient dans l’orangerie. Un traiteur de Bourges était venu faire la cuisine. Guillaume du Verne avait rempli la camionnette d’Aïn Kala qui amène son vin à découvert de nombreux invités endimanchés, cela ressemblait à une mascarade de Mardi gras. Quant aux habitants du Colombier, ils étaient venus dans un autobus de ville d’eau. Gérard de Martinprey était là avec sa fiancée. A 6 h Hervé nous arrive à bicyclette et à 6 h ½ Simone et Hubert par le car. Il est superbe, grand pour son âge me dit-on et l’air malin, sa mère énorme, mais très en beauté. Hervé a deux furoncles sur la figure qui ne l’empêchent pas de dîner.

5 Le Colonel de Lécluse meurt à Nevers à l’âge de 85 ans, on l’enterre le 8 à Pazy près Corbigny. Mrg Chatelux meurt à Lyon où il s’était retiré près de Fourvière et on l’enterre aujourd’hui dans la cathédrale de Nevers. L’assistance est très grande. Hervé grimpé en haut de mon échelle double à 6 mètres 50 de haut pour couper une grosse branche d’orme, tombe en même temps que la branche sans rien se casser heureusement, seule l’échelle est en deux morceaux. Robet demandé ne trouve qu’un coup peu grave au ventre et ordonne un repos étendu pendant deux ou trois jours. Je profite du passage du docteur pour faire prendre ma tension qui est normale 17 et le cœur est bon, mais je dois continuer la digitaline et l’iodalose.

6 Augustin va à Nevers, il donne de l’eau bénite au Colonel de Lécluse, passe chez le notaire et le pharmacien.

7 Dimanche. Je conduis Simone à la messe avec mon âne. Hervé va bien. Antoine de Sansal déjeune avec nous. Maigre menu, notre boucher n’a pas la moindre viande. On se rabat sur un morceau de salé. Il fait un vent du Nord glacial. Nous nous régalons avec des chocolats envoyés de la Mse de Sévigné par G de Rouville.

8 Augustin va à Nevers voir le notaire et déjeuner chez les Sansal. Marcelle montre à Hervé nos limites de bois y compris le Ravin. Ils rencontrent Couturier qui était venu pour chasser le sanglier et qui a tué un renard.

9 Mardi gras. Beau soleil. Glace le matin. Poule au riz.

10 Je vais recevoir les Cendres. Augustin va à Nevers à bicyclette pour se faire arracher une dent chez Magdinier.

11 Hervé va à Nevers, où il achète une remorque pour sa bicyclette chez Morizot pour mille francs. Visite des Antoine Robert et de Marie Thérèse. Suzanne Le Sueur vient goûter. Téléphone de Cécile qui nous dit que le 7 le bombardement Anglo américain sur Rennes a été terrible. Près de 300 morts dans le quartier de la gare.

12 Augustin nous quitte, il a hâte de retourner à Bulhon, une lettre de Miette lui annonçant deux mauvaises nouvelles. Le jardinier est malade et une de leurs vaches Bretonnes a dû être abattue. Dédette après avoir subi une petite opération dans une clinique est en convalescence chez les Léotard. Marcelle et Hervé vont faire une visite à Gy au père Barillet qui est assez fatigué.

13 Marcelle va à Nevers assister à une messe de quarantaine pour Geneviève de Maumigny., déjeuner chez les Mollins et trouver à 2 h ½ madame Clech 42 rue de l’Oratoire pour lui louer le 1er étage de notre maison, Marie Antoinette du Verne ayant retenu le rez-de-chaussée pour ses œuvres.

14 Dimanche. Je conduis Simone à la messe que je ne peux pas lire, on m’a pris les lunettes que je laisse habituellement dans le banc de fabrique pour cet usage.

15 Marcelle et Hervé vont visiter nos bois de St Ouen, où les coupes de 40 et 41 ne sont pas encore terminées et dans celle de cette année il n’y a que deux vieux ouvriers. Ils reviennent par chez les du Part qui attendent les jeunes mariés demain. Il fait nuit depuis une heure quand ils rentrent pour dîner. Je me fâche contre ma chère fille qui adore les promenades après le coucher du soleil. Lettre de Roger qui tue des quantités de sangliers et qui se plaint de la grande sécheresse. Il attend sans enthousiasme son 5 éme petit fils. Bien des gens me demandent des nouvelles de Cécile après le bombardement de Rennes.

16 J’oublie mon rosaire, Marcelle aussi.

17 Hervé va se faire couper les cheveux à Magny. Il en revient avec une coupe nouvelle mode, comme un pelé. Nous lui rions au nez en nous moquant de lui. Visite du ménage Chleq, qui vient nous demander à louer le 1er étage de notre maison de Nevers, rendez-vous est pris pour le 24 pour examiner sur place les réparations qu’ils demandent.

18 Aux Champs blonds, Chassagnon paye la corde de cimiot à Camille Moquera 120 F et la vend prise au bois 300 F (2 stères 33). Richard et Michel la mènent à Nevers pour 350, ce qui fait 650 F plus l’octroi. (mention marginale : bois) A 6 h du soir, une dépêche nous annonce la mort du Général du Part.

19 St Joseph. Je m’approche de la Sainte Table. Il y a peu de monde à la messe, qui du reste est célébrée avec une grande simplicité et sans enfant de chœur. Visite de Paulette qui parle avec volubilité. Toujours la fâcheuse sécheresse. Tournée du contrôleur dans les greniers poulaillers et clapiers pour vérifier les déclarations de chacun.

20 Marcelle emmène Hervé visiter les domaines d’Azy. Chez Renaud tout va bien, il a 16 veaux. Chez Bringault, il y a 8 vaches qui sont vides, mais on leur offre à goûter et on leur donne une belle miche de pain blanc et de la farine à rapporter. J’ai la visite de Jean Guillemain. Anne de Rouville nous arrive pour dîner et passer 48 h. Le chien Farino n’étant en rien bon pour signaler le passage des intrus, je le noie dans l’étang. Lettre de Dédette qui tient compagnie à Madame de Léotard qui n’a aucune nouvelle de son mari emmené il y a une dizaine de jours par la Gestapo avec son chef, le colonel de La Roque dans une destination inconnue d’elle. Hervé a reçu d’Aix une proposition pour entrer dans la D.C.A. Il ne sait que répondre.

21 Dimanche. Je conduis Simone à la messe. Ma Normande met son premier veau au monde. Il est énorme. Je suis tout triste, tant de choses contribuent à assombrir l’avenir, cette horrible guerre qui ne veut pas finir, le brave Maréchal critiqué par bien des gens, le désaccord entre amis, les uns sont pour les Anglo américains, les autres contre, les communistes qui relèvent la tête, les difficultés que j’ai à faire ma déclaration d’impôts sur le revenu pour remplir les nouveaux imprimés auxquels je ne comprends rien, la sècheresse qui règne depuis le 14 février, plus de foin sur les lassies, pas d’herbe dans les prés, les avoines ne peuvent pas naître, que vont devenir mes petits fils, pas de nouvelles de Valence, hésitation d’Hervé pour savoir s’il va répondre à l’offre qui lui est faite d’entrer dans la DCA dans l’état de sa femme qui attend prochainement un second enfant ce qui ne l’empêche pas d’aller à pied goûter à Villard manoir. Hervé va à St Ouen relever sur la matrice cadastrale les numéros de nos bois, car nous payons pour 5 hectares qui ne nous appartiennent plus, pour réclamer au contrôleur.

23 Montrichard a la complaisance de nous conduire à Nevers Simone Hervé et moi. Nous déjeunons chez Madame de Sansal. Le contrôleur des contributions veut bien me recevoir et préparer avec moi ma déclaration d’impôt sur le revenu à laquelle je ne comprends rien et j’ai vu qu’il n’y comprenait pas beaucoup plus que moi. Passé chez Adenot pour assurer deux juments poulinières pour la mise bas, coût 2 900 F. Visite à Madame de Pardieu qui est peinte comme un vieux tableau et à la toujours aimable Jeanne de Mollins qui avait chez elle Germaine de Savigny, qui m’a dit que son frère Henri prisonnier en Allemagne était assez gravement malade. J’essaie un complet chez le tailleur Bourcicot. En rentrant à Tâches je trouve les petites sœurs des pauvres avec cocher et cheval qui viennent nous demander à dîner et à coucher. Il n’y a plus d’eau dans la Loire.

24 Marcelle et Hervé partent de bonne heure, passent par Le Mou où ils sont retenus par le fermier Garnet qui leur offre un bon déjeuner. A Nevers, ils retrouvent rue de l’Oratoire Mme Chleq et Marie Antoinette pour s’entendre au sujet de la location. Il tombe 25 gouttes de pluie dans la soirée.

25 Mon jardinier achète pour 750 F un petit cochon à Calot. Il n’a rien pour le nourrir, ce sont mes faibles réserves qui vont y passer. Lettre d’Augustin qui a toute la guigne possible, il a été obligé d’abattre une vache qui n’a pas pu mettre bas, il en achète une autre qui fait veau en arrivant et qui est prise d’une pneumonie infectieuse dont elle va probablement crever. Hervé va à Nevers et commence à ranger dans la maison différentes choses dans la lingerie qui va faire le garde meubles.

26 Légère pluie. Michel met ses vaches au pré, c’est un mois trop tôt. Avec Hervé qui est beaucoup plus fort que moi, nous faisons ma déclaration d’impôt sur le revenu. C’est un casse tête dont j’aurais eu de la peine à sortir tout seul. Hervé apprend qu’il est nommé aux chantiers de la jeunesse à Pontgibaud. Gérard Clayeux est arrivé la nuit dernière aux Fougis, la série des garçons continue.

27 Pluie. Dimanche. Nous attaquons un excellent jambon préparé par Marcelle. Les Hervé lui font honneur car l’un et l’autre sont de gros appétits.

28 Avant de me coucher, j’avance ma pendule d’une heure. Hervé s’embarque à 12 h 40 à St Pierre , direction Riom et Châtelguyon pour voir ses futurs chefs, c’est ainsi que l’on nomme ceux qui commandent dans les chantiers de jeunesse et gagner ensuite Bulhon. Marcelle passe sa journée à Nevers pour ranger dans la maison. Mesdames de Mollins et Mabire viennent bien aimablement changer la poussière de place. Quant à moi, je bêche un des 4 carrés du rond.

29 Nous dînons sans lumière.

30 Les Massias et Suzanne Le Sueur viennent goûter.

31 M. Mauban me fait une visite pendant que sa femme accompagnée de 3 dames de Nevers fait une conférence aux ligueuses de St Parize et leur apprend à faire des escalopes de veau, sans viande mais avec du fromage caillé. Une cinquantaine de femmes assistaient à cette réunion qui avait été organisée par ma fille dans la salle de l’école libre.

3.6.10

FEVRIER 1943

1 Marcelle enfourche sa bicyclette pour aller à St Pierre prendre le train de 12 h 40 direction les Gouttes où elle veut aller voir sa vieille tante et ensuite si possible à Boutavent pour embrasser Yvonne et ses trois filles. Son train a deux heures de retard. Les gardes du SHC font un procès à Asselineau qu’ils prennent surveillant une tente de collets.

2 La Chandeleur. Edmond a aujourd’hui 64 ans. Miette nous revient par le train de 18 h 40. Elle est accompagnée d’Eliane Villedey qui vient passer quelques jours ici. La conversation ne chôme pas jusqu’à 11 h du soir.

3 Les gardes du SHC prennent Dupré surveillant une tente de collet dans le champ de Nevers, où il râpe de l’épine, d’où nouveau procès. Mes 3 filles déjeunent chez leur amie Paulette Le Sueur.

4 Pluie. Marcelle revient pour dîner après trois dures journées en chemin de fer, car, autos et surtout bicyclette dont 25 kilomètres sous une pluie battante. Enfin elle est venue à bout de son programme, c'est-à-dire Les Gouttes le 1 et le 2, Boutavent le 3. Elle y va par Le Donjon, Marigny et Cluny. Elle trouve Yvonne assez maigre et les petites en bon état. Madame de Valence l’accueille très aimablement, mais bien simplement. Elle n’a pas de domestique et sa fille Yvonne et elle-même font le service. Il y a de très beaux meubles dans le salon. Pour le retour, Marcelle et sa nièce vont à Cluny à bicyclette, là elles prennent un taxi qui les mène à La Clayette. Là elles se séparent. Marcelle prend sa monture jusqu’à Roanne où elle prend pour Nevers, d’où elle nous arrive encore à vélo, pas trop fatiguée.

5 Premier vendredi. Je m’approche de la Ste Table avec mes petites filles et Eliane. A midi, téléphone de Geneviève Clayeux disant que le Lt Plessart qui tenait garnison avec Jean a été fait prisonnier et rapatrié en France par les Boches en avion. Il est à Roanne et prie d’avertir sa femme qui est à Rennes. C’est ce que nous faisons. Il nous apprend que Jean après s’être battu en Novembre est maintenant à Oudjda. Paulette Le Sueur arrive pour gouter, en apportant des gâteaux. On fait l’obscurité dans la salle à manger, où sont allumées 25 bougies en l’honneur des 25 ans d’Eliane Villedey. Je fais remplacer dans l’avenue 3 érables qui sont morts. Plusieurs hommes de la Commune passent une visite médicale en vue d’être envoyés en Allemagne comme travailleurs, dont le domestique des Petites Granges. Il ne nous restera personne dans les champs.

6 La commandantur se charge de faire elle-même les réquisitions de pommes de terre d’œufs et d’avoine, même où il n’y en a pas. Elle exige que chaque commune garde pendant les nuits les voies de chemin de fer qui les traversent. Les hommes de 18 à 60 ans devront assurer ce service. Ils seront payés 7 francs par heure et chaque équipe veillera 3 nuits de suite. Mes trois filles vont déjeuner à Nevers où elles retrouvent Paule de Villaines à la Dame Blanche. Elles goutent chez Melle Franc Bernard avec les Sansal. A 2 h, Marcelle accompagnée de Picard, mon homme d’affaires, font avec Gonin, le locataire de notre maison, l’inventaire de celle-ci, qu’il quitte. Marie Antoinette du Verne, nous la demande pour ses œuvres.

7 St Blaise. Beaucoup d’hommes de la confrérie à la Messe. Je me fais inscrire dans ses rangs, j’aurais dû le faire depuis longtemps. Eliane Villedey nous quitte pour aller voir sa jeune sœur qui est en pension à Chantenay.

8 Mes petites filles retournent à Bulhon. C’est toujours avec un gros serrement de cœur que je vois un des miens me quitter, car je me demande si ce n’est pas pour la dernière fois. J’ai dit plus haut qu’à Rennes, elles avaient été invitées à gouter chez Madame Hubert. Cécile nous écrit que Miette avait été remarquée par un de ses fils qui demande à la revoir. Celle-ci interrogée, dit qu’elle n’y tenait pas. C’est toujours flatteur.

9 Pluie. Le chien Farinot s’étant sauvé et réfugié au Colombier, Marcelle va y déjeuner pour le ramener. Pendant ce temps, je vends la coupe de St Ouen à Magdinier, que je ne connais guère, mais il me donne un gros acompte en signant le marché, ce qui est la meilleure des garanties.

10 Journée sans histoire. Carte d’Yvonne.

11 Madame de Lépinière et sa fille Marie Thérèse viennent passer la journée avec nous par l’autobus.

12 Gabriel Dervault se remarie avec une veuve de 65 ans qui a un château, Mme de La Thibaudière, très bien de sa personne. Cet animal a eu le talent d’épouser deux jolies veuves. Les Guillemain viennent de vendre salle Drouot une bergère Louis XV qui était dans leur salon de Corbigny pour 220 000 F. La tapisserie était très râpée et il lui manquait un pied. Téléphone de Cécile qui a eu la visite du Ct Pressard dont la mère habite Rennes et dont la femme et les enfants sont à Oujda avec Jean. Il a été ramené en France le 19 janvier avec un avion Boche. Marcelle goute chez les Le Sueur qui lui vendent une épaule de mouton, 20 F la livre, celle du cochon en vaut 25 poids vif. Je dis à Faucher de me faire une corde sciée à 0,33 pour qu’il entre dans le poêle du vestibule.

13 Monsieur de Costa étant chez son coiffeur à Morlaix a été tué par un éclat d’obus lancé par les Anglais.

14 Dimanche. Marcelle va gouter à La Chasseigne. C’est elle qui lui apprend la mort de son cousin germain.

15 Pluie. Carte d’Augustin. Farino apporte à la cuisine un lapin qui a un collet au cou.

16 Neige. Suzanne Le Sueur déjeune et passe la journée avec nous. Elle est vraiment très agréable. Jean m’emmène voir des veaux à Chéron et à Dérhé.

17 La loi sur les successions ayant été mal interprétée par le notaire d’Yvonne, celle-ci a encore à verser au fisc 207 000 F et cependant parce que son père a été tué au champ d’honneur, les droits à payer pour l’héritage de son grand père ne sont que ceux de père à fille. Heureusement que je peux lui venir en aide de même que je viens de le faire en faveur des Riberolles pour la succession d’Edith. Marcelle trouvera sa part sur la valeur du cheptel qui a monté considérablement ces années dernières et sur celle des bois.

18 -5°. Carmen et Simone passent la journée avec nous. Cette dernière qui attend dans 3 mois est énorme. Nous leur faisons manger notre dernière dinde et un fromage à la crème, ce qu’on mesure au compte gouttes car le lait devient une rareté (Mention marginale : St Ouen) Les Soultrait ont 183 hectares de bois et la Commune ne leur demande que 40 stères de chauffage à fournir aux Allemands, le même nombre qu’à mes filles qui n’en ont que 95. Les Féligonde nous téléphonent la mort de Geneviève de Maumigny.

19 -5°. Moreau nous emmène à Nevers. J’en profite pour donner l’ordre au Crédit Agricole d’envoyer 150 000 F au notaire d’Yvonne pour payer au fisc un supplément aux droits de succession qu’elle a déjà payés pour son grand père. Ils sont énormes et cependant ils ne sont que de père à enfant parce que le sien a été tué à l’autre guerre. J’envoie aussi à Augustin leur part dans le premier versement du bois de St Ouen. Je vais voir Hubert qui fait honneur à sa nourrice. C’est un superbe gars aux yeux bleus et aux cheveux blonds qui a 7 dents et qui commence à marcher. Marcelle revient à bicyclette et va à 2 h retrouver Picard dans notre maison pour parler de la location. Marie Antoinette du Verne prendra le rez-de-chaussée pour ses œuvres. Lettre de Roger de La Brosse qui a été assez fatigué.

20 -3°. Marcelle va en bécane jusqu’à Limont rendre un dernier devoir à sa bonne amie Geneviève de Maumigny, morte à 56 ans après une longue maladie. Elle déjeune avec la famille et goute au Chazeau en revenant.

21 Dimanche. En l’absence de sa femme, Montrichard vient déjeuner avec nous par un temps radieux.

22 J’envoie à Maître Lefeuvre notaire à Rennes, un chèque postal de 150 000 F pour payer les droits de succession qu’Yvonne doit verser pour l’héritage de son grand père. Ils sont énormes n’étant cependant que ceux de père à fille, parce que le sien est mort en 1914 au champ d’honneur. Avec Gonin et mon jardinier, je fais dégager la bonde métallique de l’étang Américain à l’aide d’un tombereau. Je voudrais changer mon vieil âne contre un jeune. On m’en offre un à Mars pour 30 000 F. Je recule devant ce prix astronomique. Il fait un temps d’été.

23 J’envoie à Madame de Brezé et de Villaine une offrande pour la quête des petites sœurs des pauvres. Il fait un temps idéal, on peut rester assis dehors comme hier.

24 Koutchi nous fait part des fiançailles de Gérard avec Monique de Foulque. Guite nous écrit que Tours a été bombardé par les Anglais 3 jours de suite, plusieurs morts et de nombreuses machines de chemin de fer détruites. Je finis d’aménager la chaussée de l’étang des Chaumes Vieilles. La ligne de démarcation entre les zones prendra fin le premier mars.

25 Monsieur le curé déjeune avec nous et à gouter nous avons la charmante Melle Valois. Je termine ma chaussée d’étang et je constate avec peine que la bonde est trop élevée d’une dizaine de centimètres. Cécile nous envoie ½ livre de beurre qui est la bienvenue. Elle ne sera pas dans la zone interdite.

26 Marcelle loue à Naudin pour 400 F une chambre attenant à sa maison pour y installer une pharmacie. Bertrand, apothicaire à Nevers lui ayant procuré à prix coutant des remèdes utiles que les gens du pays trouveront là sans aller les chercher au loin. Pour y mettre aussi les provisions que propriétaires et fermiers voudront bien leur envoyer : haricots, farine, sucre etc. pour faire des colis pour les prisonniers de la commune qui sont peu fortunés. Je vends à Dufour à la scierie de St Pierre un orme loupé pour 800 F et un autre qui ne l’est pas 400 F le stère. De Moulins, Edmond nous téléphone qu’Augustin nous fait dire qu’avec Hervé, il viendra nous voir en bicyclette la semaine prochaine et qu’ils feront escale aux Gouttes.

27 Je perds la parole pendant quelques heures avec assez violent mal de tête, ça se passe pendant la nuit. Marcelle me fait une piqure d’arécoline. Cécile nous téléphone que Rennes a été bombardé, mais qu’elle n’a pas de mal. Carte d’Hervé nous annonçant que la ligne de démarcation allant être supprimée le 4 mars à Moulins, il viendrait nous voir avec son père à bicyclette.

28 Dimanche. En allant à la messe, je porte différentes choses dans l’officine de Marcelle.

2.6.10

JANVIER 1943

1 Dégel. Les chemins sont si mauvais que je ne peux pas aller à la messe. Au coin du feu je demande au Bon Dieu d’envoyer une paix prochaine à notre malheureuse France. J’ai des lettres de tous mes petits enfants sauf Valence, Kiki m’écrit son premier mot, Yvonne me dit qu’elle travaille bien. Téléphone de Cécile. Lettre de Pierre Tassain qui ne m’oublie jamais. Il vit seul à Nevers, fait son marché, sa cuisine et des économies. Pour qui ?

2 Journée sans histoire.

3 Dimanche. Messe, pas de Vêpres. Lettre de la Mse de Chargères qui déplore de voir tant de Français se diviser. Moi qui suis très panache, je garde mes préférences au chef que nous avons et non à ces Anglais qui ont toujours désiré notre ruine dans tous les siècles de notre histoire.

4 J’ai la visite du garde Joly qui me parle de la réquisition du bois de chauffage et de la difficulté de trouver des ouvriers pour le faire faire. Je vais en prévenir le Maire. Visite des Massias qui emmènent Marcelle goûter chez les Le Sueur. Nous tuons un cochon de 80 kilos mis au saloir par le boucher Renaud. Marcelle envoie un jambon à Monnier et une épaule aux Jacquemard. Suzanne de Rouville me comble, je reçois une boîte de chocolats de chez Marquis, ceci pour reconnaître l’abandon que je fais en sa faveur du tabac que je touche chaque mois et qui n’est pas une privation pour moi.

5 +6°. Il fait plus chaud dehors que dans ma chambre. La buée est à l’extérieur. Suzanne Le Sueur et Jean viennent nous souhaiter la bonne année. Leclercq me fait espérer qu’il pourra me donner les 40 stères de bois qu’on me demande à St Ouen pour la réquisition.

6 Jean Le Sueur devait nous conduire à Nevers, son gazo n’a pas voulu partir. Je fais rouler de la pierre cassée provenant des baraques du camp sur le chemin du domaine qui est complètement défoncé. Le père Michel l’écarte.

7 Les Le Sueur emmènent Marcelle à Nevers avant déjeuner et Moreau m’y conduit après. Je visite le concours agricole. Dosson de La Grace a tous les premiers prix. Les ventes vont vite et tous les veaux partent pour de gros prix. Je passe chez Picard mon homme d’affaires qui est mon intermédiaire avec mon locataire Gonin qui me paye en retard et prétend que je ne peux pas le mettre à la porte. Je patiente ayant très peur de voir entrer les Allemands chez moi, s’ils voyaient la maison libre car il la leur signalerait. Visite à Jeanne de Mollins. Les Gabriel Mathieu nous amènent M.A. du Verne qui vient très aimablement passer 48 h avec nous.

8 Carte de Dédette qui nous annonce qu’avec Miette, elle viendra nous voir le 12. Lettre de Berthe qui accuse réception à Marcelle d’un chèque de 2 500 F qu’elle lui a envoyé, Aline, Geneviève et Edmond l’ayant prié de le lui faire parvenir pour venir au secours de sa détresse. C’est bien généreux et gentil de leur part. Paulette Le Sueur est venu apprendre à ma fille à faire de la galette à la grignaude. On enterre aujourd’hui le Ct Bouchacourt âgé de 78 ans, mort à la suite d’une courte maladie. Ses derniers jours ont été très attristés, le ménage de son fils marchant très mal. Mgr Fillon, archevêque de Bourges est enterré également aujourd’hui, victime des Boches. Un jour où il avait besoin de changer de zone, ils l’ont fait déshabiller et l’ont laissé tout nu pendant un ¼ d’heure dans une pièce froide d’où pneumonie et mort.

9 Tournée des agents du S.H.C. qu’on voit rarement.

10 Pluie. Dimanche. Bien peu de monde à la messe. Les femmes brillent par leur absence. Paulette Le Sueur vient manger des pieds de cochon avec nous. Elle est agréable, avec l’exubérance de son père. Madigner me paye l’écornage des arbres de lisière du bois des Antes. Les prés sont à blanc d’eau.

11 Pluie. Les fossés débordent partout. Il a encore plu toute la nuit. J’espère que le puits du Lieu Maslin que l’on voussait chaque matin est enfin rempli. Carte d’Yvonne qui n’a toujours pas de nouvelles de Jean.

12 Orage, grêle, pluie, tempête. A 6 h ½ Marcelle prend Jaurès et descend à Mars au devant de Miette et Dédette qui nous viennent pour quelque temps et pour rapporter les valises pendant qu’elles montent sur leurs bicyclettes. Elles arrivent trempées mais avec bonne mine. Nous gibernons jusqu’à 11 h. J’ai la visite de Bongrand, marchand de bois, accompagné de mon garde Joly. Nous ébauchons un marché pour ma coupe mais ne concluons pas.

13 Tempête qui découvre en partie la grange du domaine du petit château. Pourrais-je la réparer car on ne trouve plus ni tuiles ni lattes. Le côté couchant avait été fait il y a quelques années et j’attendais des jours meilleurs pour refaire l’autre côté. J’ai eu tort.

14 La tempête continue jusqu’à midi. Paulette Le Sueur vient voir mes petites filles. La conversation ne chôme pas. J’envoie au notaire Gallicher un chèque de 134 000 francs pour payer les droits de succession de ma chère fille. Jeanne de Mollins téléphone à Marcelle pour lui demander si elle n’aurait pas quelque chose à lui envoyer à manger. Ils meurent de faim.

15 Nous avons la visite des Gabriel Mathieu, toujours très agréables. Lettre de Cécile qui attend ses nièces. Ses amies la ravitaillent copieusement.

16 Mon rosaire. J’ai un peu de trouble dans la vue et la parole pendant une heure. Miette me fait une piqure d’Arécoline. André Robert va un peu mieux. A la suite d’une congestion pulmonaire, on l’a cru perdu. Pendant 48 h sa fille Jalenques est près de lui. Ceci écrit de Moulins par Edmond qui dit que l’assistance au concours agricole est très brillante. Marcelle, Miette et Dédette vont à Nevers à bicyclette. Les petites déjeunent avec Paule de Villaine à qui elles ont donné rendez-vous.

17 Jacques de La Brosse de passage dans la Nièvre en se rendant à Paris, s’arrête ici pour déjeuner et manger notre dernière dinde.

18 Mes petites filles vont coucher chez les Sansal pour prendre demain le train à 5 h 45 pour Paris, où elles doivent passer 3 jours à Asnières chez leur amie Madame Brucy et aller ensuite à Rennes. J’envoie à la réquisition une vache de Calot pesant 560 kg et ma vieille Bretonne pesant 380 kg.

19 +8°. Madame de Montrichard vient nous voir à pied. Le plus jeune des petits Michel se casse une jambe en tombant d’une échelle. Il fait un temps de printemps.

20 Je fais faire un fossé le long de la clôture qui sépare le pré de la Joie de celui des Petites Granges pour empêcher les animaux de se mélanger. Pierre Lavergne commence à réparer la grange du domaine. Il met le peu de tuiles mécaniques qui lui restent à la place des vieilles petites tuiles. Il est loin d’en avoir assez.

21 Cholette de Sandol et Bernadette de Noblet viennent à bicyclette déjeuner avec nous. Cette dernière est une superbe fille. A 2 h je vais à St Parize enterrer la femme Couillard née Bignolet. A 4 h ½, Marcelle prend part à un grand gouter donné au manoir de Villar pour fêter les 18 ans de Guite Le Sueur. Tout le voisinage était là : Grincour, Gozard, de Fontenay Thonnier et deux camarades de pension. Anne de Rouville et Solange de Barrau que Marcelle qui aime toujours avoir du monde amène dîner et coucher ici.

22 +12°. Temps doux, idéal. J’ai la tête un peu lourde, aussi Marcelle me fait une autre piqure d’Ascéoline.

23 Moreau m’amène à Nevers où j’essaye mon complet chez le tailleur Bourriquat. La maison de Marie Antoinette du Verne est fermée, mais je suis reçu par Marguerite Pinet qui m’apprend que sa fille a réintégré le domicile conjugal où elle a trouvé Madame Dugas qui a 98 ans. A Nevers ni fromage ni chocolat auquel j’ai droit.

24 Dimanche. Je marque dans la carrière des Chétives Vignes 50 pieux d’acacias pour faire une clôture dans les craies du domaine du Pied Prot. Dervault de St Parize revenu de captivité a l’impression que les Boches se considèrent comme ayant perdu la guerre.

25 Marcelle déjeune à Buy avec Ginette Jalenques venue pour voir son père qui va mieux. Carte d’Hervé qui a été à Châtel Guyon voir mon cousin Ballot qui est chargé du recrutement des officiers démobilisés pour les mettre dans les chantiers de jeunesse, où il voudrait trouver une situation.

26 Les Le Sueur nous emmènent à Poiseux à l’enterrement de ma vieille amie Marie de Marcy, morte après une assez longue maladie. Plus de monde que je n’aurai cru avec la rareté des voitures. Marcelle n’a jamais pu trouver de voiture pour les Chargères. Les d’Aux étaient venus la veille et Villeneuve était allé les chercher avec sa voiture à Nevers. Riquette a beaucoup maigri et ressemble énormément à sa mère. Mon ami d’Anchald a 100 ans. Nous nous sommes embrassés. En passant à Nevers, Marcelle a vu Simone et Hubert arrivés hier rue du Sort.

27 Marcelle déjeune à Chevenon, où elle apprend que le mariage est fixé au 4 mars et qu’il sera bénit par notre évêque. Elle manque la visite des démarcheurs de la Société Générale.

28 Foire de St Pierre à peu près nulle. Avec mon âne, je vais jusqu’aux Champs Blonds de Tassain, où je me suis réservé 6 cordes de bois qui auraient dû m’être livrées il y a un an, mais là comme ailleurs, on ne trouve pas d’ouvriers. Madinier m’offre un peu plus cher que Bongard du bois de St Ouen, j’attends encore.

29 Les Edmond Clayeux et Geneviève viennent passer la journée avec nous et nous apprennent une nouvelle qui me fait grand plaisir, c’est que quelqu’un a entendu à la radio qu’un M. de Valence faisait dire du Maroc à sa famille de France, qu’il se portait bien. Mes petites filles nous arrivent pour déjeuner retour de Rennes, où elles ont laissé leur tante Cécile en bonne santé. Sa maison est toujours aussi hospitalière. Elles y ont vu Mesdames Le Gonidec, d’Héliant et Nénette Feuchère sans compter un Boche. A Paris, les petites ont passé 48 h chez leur amie Brucy. Edmond Clayeux à qui les Boches ont retiré son fusil comme à tous les autres, ne veut plus garder que 2 bassets, amène le chien Farino à Marcelle qui espère qu’il aboiera quand un intrus traversera la cour. A Rennes Madame Hubert, femme du docteur invite mes petites filles à gouter, est-ce dans un but intéressé ?

30 Pluie. Les petites vont à Nevers par l’autobus pour assister à une conférence indépendante qui se tient chez Melle Franc Bernard, tous les mois et présidée par Monseigneur et se retrouvent les jeunes filles du monde : Melles de Croy, de Damas, de Nadaillac, de Villaines, Le Sueur, de La Brière, de St Germain qui est leur présidente. Miette part pour La Belouze passer 48 h. Les Le Sueur ramènent Dédette.

31 Dimanche. Mon métayer de Tâches achète une vache Normande pour avoir du lait, ceci à ses frais pour 8 500 F avec un veau d’un mois. Je discuterai plus tard les conditions dont il la gardera.