1 Je fais une tournée aux Petites Granges, en voiture bien entendu. 25 gamines de l’école libre font par ordre, une tournée dans les champs de pommes de terre pour ramasser les doryphores. Au passage, Marcelle leur offre un fromage blanc.
2 Pluie. Depuis quelque temps, je perds à Callot et à Tâches des veaux de 14 à 15 mois. Nous mettions cela sur le compte de l’entérite. J’en ai parlé à mon vétérinaire Richard, qui a envoyé de la fiente de deux taures qui n’ont pas fait leur poil et qui n’ont pas profité depuis leur mise au pré, à son collègue Mongy qui a installé à Nevers un laboratoire très moderne pour en faire l’analyse. Celle-ci a trouvé de cesophagostomose, maladie inconnue jusqu’à ce jour et pour laquelle, ils ne connaissent pas de remède. Ils vont chercher. C’est gai ! Le même Richard est humilié, car après avoir traité le cheval Negro pour un effort de tendon, le maréchal Mérot lui a trouvé un abcès dans le pied. Reçu lettre très touchante de la Marquise de Chargères.
3 Pluie glaciale. Ascension. Pas mal d’hommes à la messe. Marcelle va faire une visite à la Chasseigne, où elle trouve la comtesse ramassant les doryphores dans son jardin.
4 Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table. Louis, Yvonne, André et Philippe Roullet nous font part de la naissance de leur sœur Anne. Je loue la maison du Pied Prot, à un vieux ménage, Grisotte, hors d’âge qui ferait mieux chez les petites sœurs des pauvres que chez moi, mais ils doivent amener une vache bien que je leur ai fait observer qu’il n’y avait pas d’eau. Louis Pinet en tournée d’assurances s’arrête en passant. Nous le gardons à dîner, repas qui lui coute moins cher que son déjeuner à St Pierre chez Burdin, cout 200 dont la bouteille de vin 65.
5 Beau temps, je bine le maïs planté dans le jardin du Pied Prot par Marcelle qui entreprend trop de choses pour les entretenir convenablement.
6 Dimanche. Temps gris. Notre cuisinière qui devait aller passer quelque temps à La Baratte pendant que nous avons Michelin et venir au secours des du Verne qui n’ont personne, ne peut partir, elle a un très fort mal de gorge.
7 Lundi. Décidément notre maison de Nevers était destinée à une bonne œuvre, ce matin l’abbé Bucheton me la demande pour y installer ses services. Mon métayer Michel qui ne bouche jamais ses clôtures a laissé ses juments aller manger l’avoine de Taillardat qui vient se plaindre à moi, je n’y peux rien qu’en souffrir plus souvent que lui.
8 Antoine vient au ravitaillement et cherche des œufs frais pour Hubert. Madame de Montrichard vient gouter avec Marcelle.
9 Marcelle se paye une petite folie, elle achète six agneaux pesant 21 kilos à 680 F la pièce, elle en laisse deux à Michel qui les nourrira pour 600 l’un, les 4 autres lui reviendront à 720 pièce, c’est pour rien ! Madame de Saint Blanquat a vendu pour 1200 F une oie engraissée en Périgord.
10 C’est Jeanne de Mollins venu passer la journée avec nous qui nous raconte ça. Elle arrive du bord de la Garonne, où ses parents ont des châteaux tous plus grands les uns que les autres.
11 Lavergne vient badigeonner la maison du Pied Prot qui se blanchit bien mal.
12 Marcelle va à Nevers par le car. Elle dit à Madame de Sansal, au sujet de la clinique de la rue Hoche où Simone doit aller pour ses couches, ses craintes sur cette maison d’où Madame Dervault née Candolle est sortie avec de l’infection et la chose se renouvelle ces jours ci pour Aline Bertin.
13 Pentecôte. Première communion à St Parize. A 1 h ¾ mon vétérinaire Richard à défaut de toute autre voiture roulant le dimanche, nous amène de la gare de St Pierre, Roger retour de Vichy où il a été présenté au Maréchal avec les 10 plus vieux Maires du département dont d’Anchald est le doyen. Il nous raconte longuement cette réception et nous parle du discours de Laval prononcé pendant le banquet. Celui est très laid, commun, mais très énergique et disposé à corriger sévèrement les 22 ans qui ne se sont pas présentés quand on les a appelés.
14 Je passe une agréable journée avec Roger, car avec lui je peux parler de l’autrefois.
15 Marie Thérèse de Buy m’envoie Etienne et sa ponette pour conduire Roger prendre le train de 13 h à St Pierre. Nous avons à dîner un père chapelain de Paray le Monial venu à St Parize pour une journée de récollection prêchée aux ligueuses. Il constate que dans l’ensemble de la France, la foi est en décadence.
16 Marcelle va à St Pierre suivre la journée de récollection. Hervé m’écrit aussi que dans son milieu, la foi progresse en sens inverse de ce qu’il désire.
17 Pluie 30 mm. Sous une pluie battante, les du Part nous arrivent à bicyclette pour déjeuner. Peu après eux, l’abbé Jean du Verne et Simone descendent de l’autobus. Ce n’est pas sans crainte que je vois arriver cette dernière qui est sur le point d’accoucher, car ce n’est pas avec mon âne que je pourrai la conduire à la clinique. Lettre de Dédette qui nous dit, sans donner de date, qu’Yvonne a su que Jean était à Rabat.
18 Une carte du Lt de la Chapelle prisonnier, adressé ici à Yvonne dit que le 20/4 Jean allait très bien. Ces deux nouvelles me font plaisir.
19 Lettre d’Yvonne qui entend aussi parler de Jean par le Colonel de Contenson mais sans date. Après dîner, je fais une tournée dans les Craies avec mon âne, accompagné de Marcelle. Grâce aux dernières ondées, l’ensemble des récoltes est bon. Le ménage Grisolle prend possession de la maison du Pied Prot.(Mention marginale : Normande 19 mars)
20 La Trinité. Peu de monde à la messe, mais beaucoup de maîtres et de valets sur la place.
21 Pluie. Je vais à l’enterrement du père Barillet mort à 82 ans après une longue maladie, c’était un bien brave et très honnête homme avec lequel je n’ai eu que des rapports agréables pendant les nombreuses années où il a été mon métayer. Guite de Sansal déjeune avec nous et emporte des framboises pour faire des confitures.
22 Roy fauche le pré de la Joie où il y a beaucoup d’herbe.
23 Marcelle va à Nevers par le train de 7 h ¼ pour suivre une journée de retraite prêchée chez les Petites Sœurs de l’Assomption. Elle déjeune chez Marie Antoinette avec la Comtesse Lafond et Mériem de Martinprey. On me rentre du foin qui est rien moins que sec, mais maintenant tout se fait à la galope.
24 Saint Jean. Lettre d’Hervé qui est bien découragé, parce qu’on emmène tous ses jeunes gens en Allemagne. Lettre d’Yvonne qui a eu des nouvelles de Jean du 29 mai par les Contenson via Suisse. Les René Musnier nous font part du mariage de leur fils Serge avec Melle Claire Bourdet Pléville. On me rentre 4 chariots de foin pour l’hiver, Roy 2, Chicon 1, Michel 1. Il y en a 8 dans le fond du pré de la Joie.
25 Lettre d’Hervé, qui m’envoie deux photos de ses jeunes travaillant dans les bois. Il est bien découragé parce que 34 d’entre eux partent pour l’Allemagne.
26 Suzanne Le Sueur vient manger avec nous une excellente pintade aux choux, elle est très inquiète sur le sort de son fils revenu à Villars après avoir été réfractaire à l’appel par les Boches des jeunes gens nés en 1922. Nous recevons une lettre de part du baron Yves Jallot mort à 51 ans, il laisse 8 enfants. Château de La Vrolais. Le Louroux Béconnais Maine et Loire.
27 Dimanche. Vent Nord Est desséchant qui souffle trop souvent. Suzanne Le Sueur et ses filles allant à Libourne marier un cousin, sont descendues chez les Georges. Elles prétendent que c’est la mère d’Agnès qui est la cuisinière et sa sœur la femme de chambre et qu’elle accepte bien le pourboire qu’on lui donne en partant. Agnès a dit à Suzanne : quand vous verrez la femme d’Antoine, vous lui direz que si elle veut ravoir ses draps de lit, il faut qu’elle vienne les chercher. Il paraît qu’ils sont très fins, ceux qui étaient plus communs ont été renvoyés il y a quelque temps. Les dits draps sont à Libourne depuis l’exode de 1940. Quant au jeune Michel, on ne parle que de ses bonnes fortunes, qui sont nombreuses, paraît-il. Nous pouvons être fiers de ce côté de famille.
28 Roy fauche (4 chariots) le pré de l’étang qui ne l’avait jamais été. Lettre de Cécile qui dit qu’à Rennes, on tremble toujours. J’écris à André.
29 Vent desséchant. Dans la Varenne Callot, betteraves et pommes de terre sont dévorées par les vers blancs. On en a trouvé 14 au même pied. Les Boches font encore une rafle, une rafle de chevaux dans notre canton.
30 Je taille la haie du pré de l’étang le long du chemin qui va au domaine. Visite de Mesdames Soulot et Boursin qui me disent que Tassain est venu relouer son domaine de Moiry à Arbaut.
30.8.10
29.8.10
MAI 1943
1. Pluie 10 millimètres. Marie-Thérèse, le ménage Maurice et leurs filles déjeunent avec nous. Ils nous quittent à trois heures et demie pour aller au cirque à Nevers. Gabrielle de Rouville et sa sœur Braive viennent nous voir entre deux autobus. L’un d’eux m apporte un fut de vin de soixante litres d’Aïn Kala. Les enfants de la propriété commencent le mois de Marie dans le bureau tout fleuri.
2. Pluie. Dimanche. Seize hommes seulement à la Messe, sans compter les Jocistes qui sont très fidèles. La nuit dernière, il est venu des sangliers bouler dans l’avenue. Pour le 11 mai 1943, prix de la viande de bœuf de première qualité, 16 Francs quatre vingt donné par le journal ( La Terre Nivernaise ).
3. Je fais une tournée aux Petites Granges ce qui ne m’arrive pas souvent, car je n’ai aucun plaisir à voir mon métayer. Dans la Roche, il y a vingt deux grosses bêtes et quatre veaux dont l’un d’une taure de deux ans. Dans le pré des Langes, il y a neuf taures d’un an, dont deux bien mauvaises. Une truie a neuf petits, une autre jeune est pleine. On tire neuf vaches dont sept ont des veaux. Les récoltes sont claires mais les tiges d’un bon vert. Un hectare est labouré dans les Prolles pour y mettre de la moutarde, mais la graine n’arrive pas. Chaque domaine est mis dans l’obligation de faire un produit oléagineux pour avoir de l’huile. La réquisition en prendra soixante pour cent et vous laisse le reste pour la salade. Mention marginale : Petites Granges.
4. Yvonne prend ses deux ainées dans sa remorque et les emmène déjeuner au Colombier pour retrouver les quatre petites Henri de Martimprey et Mimi Baraudon. Marcelle déjeune à Planchevienne et goûte au Colombier. Je trouve un nid de pintade garni de vingt cinq œufs. J’ai la visite des Antoine Robert. H. Bouchacourt entend à la radio d’Alger Bernard de La Brosse né le 20 juillet (bien portant).
5. Pluie, orage. Deux contrôleurs convoquent à la mairie tous les cultivateurs de la commune, petits et grands, pour les interroger pour savoir s’il leur reste encore quelques grains de blé à livrer pour permettre de faire la soudure. Bien rares sont ceux qui n’en ont pas une dizaine de kilos à livrer et que les ménagères avaient mis de côté pour nourrir les petits poulets. Je sème trente pieds de maïs devant la salle de bain. Yvonne part pour Beaumont avec Kiki, mais elle rencontre Mme Seeplinck et sa fille dans les rues de Saint Pierre et c’est là que se fait la visite. Retour par Fontallier où elles retrouvent Marcelle. Madame Grincour est assez fatiguée et bien maigre.
6. Pluie. J’achète quarante kilos de pommes de terre allemandes pour changer ma semence, ce qui est indispensable si on veut une bonne récolte. Marcelle et Yvonne partent de bonne heure à bicyclette pour Nevers où elles trouvent dans notre maison quatre hommes envoyés par M. Schlecq pour les aider à déménager les chambres du premier étage et à mettre les meubles dans la lingerie et la mansarde qui regarde la place. Les déménageurs cassent la glace de l’armoire de la chambre de Miette. Dans l’étang des Buzonnières, on trouve le cadavre de Roger de Soultrait leur gendre, qui s’y était noyé mystérieusement il y a quatre mois en revenant du Maroc où il avait laissé sa femme et ses enfants.
7. Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table et je fais planter dans la varenne Calot des pommes de terre boches.
8. Pluie. Monsieur le Curé déjeune avec nous. Chicon me rentre quatre petites cordes de charbon venant de la coupe vendue à Libaut. Je devais en payer la façon, il m’en fait cadeau, probablement parce qu’il estime que je lui ai payé la coupe trop bon marché, c’est possible.
9. Pluie. Dimanche. Réunion du Conseil de Fabrique à la sacristie après la messe. Le budget est florissant. On paye généreusement les places à l’église, on porte à mille deux cent francs le traitement de madame Baste, la sacristaine, qui était à neuf cent, et à trois cent celui de l’organiste qui était à deux cent. Il fait un temps glacial. Fassier de Bonay, sachant que ma provision de pommes de terre à manger était basse, m’en apporte un peu. C’est un homme de cheval, il vient avec une pouliche de sang attelée pour la quatrième fois. Sa fille et lui-même ont pour un demi-million de chevaux, peut-être plus.
10. Gelée. Bringault vient me payer son terme et m’apporter un sac de pommes de terre. Il y a quelques haricots gelés dans le jardin. Marcelle et Yvonne goutent au Manoir avec Mme Gabriel Mathieu. Je perds mon chapelet.
11. Pluie. Saint de Glace. Les Clayeux viennent déjeuner en amenant André qui se fait vieux. Ils m’annoncent la naissance d’un cinquième Roulet, ce qui lui fait quatorze petits enfants. Marcelle profite de la bonne occasion pour aller passer quarante huit heures aux Gouttes pour voir la vieille tante, et Geneviève emmène Kiki pour qu’elle fasse la connaissance de ses cousins. Tous font honneur à notre déjeuner. Je n’en reviens pas de tout ce que chacun mange. Et à gouter, on croirait que personne n’a déjeuné. Renée Massias nous fait part des fiançailles de sa fille avec un jeune de Chalvron dont la mère née Richard habite Laval.
12. Journée radieuse qui n’a rien du Saint de Glace. Jean Le Sueur me prête un très joli album qui lui a été donné pour ses vingt ans par la fidèle Tintin qui est femme de ménage au Manoir depuis toujours, il est intitulé « Manoirs et gentilhommières en Nivernais et en Bourbonnais ». Je l’ai feuilleté avec plaisir car j’ai retrouvé dedans des vieux châteaux dans lesquels j’ai eu le plaisir d’être reçu.
13. Tout pousse. Il y a plus vingt cinq degrés. On m’avise de l’abattoir de Nevers que la génisse que j’ai livrée il y a deux jours pour faire du saucisson est tuberculeuse. Elle a quinze mois. Roi ne va pas la reconnaître. Yvonne va pécher aux étangs Américains. Elle prend une vingtaine de gardons mais les carpes ne mordent pas. Je mets en bouteilles (soixante dix) le vin que j’ai reçu d’Aïn Kala, aidé par Micheline.
14. Vingt quatre degrés. Marcelle et Kiki débarquent à Saint Pierre par le train du jour, et Yvonne va au devant d’elles pour ramener sa fille sur sa bicyclette. Je mouille ma chemise en bêchant dans le jardin du Pied Prot. Je fais semer des haricots envoyés par Cécile dans le Clou.
15. Madame de Sansal, Simone et Hubert passent la journée avec nous. Le jeune homme est bien plus grand qu’Alyette sa contemporaine, il ne tient pas cela de son grand père Sansal. Anne Chenet accompagnée de sa cousine Tardy, s’installe au Pied Prot pour quelques jours, elle attend son fils pour emporter son mobilier dans la maison de Moiry. Paul Château vient me payer son terme, je reviendrai là-dessus après explication avec Cécile.
16. Dimanche. Tous les agriculteurs doivent venir déclarer à la mairie la composition de leur cheptel et la grandeur de leurs emblavures. On n’a pas fini de les embêter. Renaud du Lieu Maslin me paye et m’apporte un peu de farine bien blanche.
17. Madame Thierry me coupe les cheveux ainsi qu’à Monique. Monsieur Ventrin, gendre Minard, vient avec huit fusils chasser les sangliers, ils n’attaquent pas. Je vends à Taillardat six cadets et un moderne. Je lui dis qu’il me paiera en venant me scier deux garndes cordes de bois à la longueur de mon fourneau de cuisine.
18. Suzanne Le Sueur déjeune avec nous. Et Antoine Chérut arrive pour emmener son mobilier à Moiry. Un taxi lui prend 300 F pour l’amener de Nevers et autant au retour.
19. Marcelle et Yvonne vont finir de monter tous les meubles de la maison de Nevers au second dans les deux chambres que nous nous sommes réservés pour cela. Elles déjeunent chez les Sansal. Arthur est plus paradoxal que jamais. Les Chérut emportent tout leur mobilier dans leur maison de Moiry. J’achète un modeste cadeau pour Gérard de Martimprey qui se marie le 22 en Normandie. La nuit dernière on a vidé le canal pour empêcher deux péniches chargées de farine de partir pour l’Allemagne. Les gens de plusieurs villages dont St Parize sont furieux parce que depuis deux jours, ils n’ont pas de pain. Il paraît que notre boulanger Lafond a reçu de la farine hier soir.
20. Je comptais sur la P.E.N., société d’Antoine Clayeux pour me donner du pétrole, ils m’écrivent qu’il n’y faut pas compter, qu’il est introuvable. Cette perspective est gaie, en pensant à l’hiver. Richard vient voir Negro qui a un effort de tendon. Le jeune Valence qui a un emploi dans la confiture à Clermont en envoie une douzaine de boites à Yvonne pour 217 F, elle est bonne.
21. Moreau a la bonté de conduire à la gare de St Pierre, Yvonne et ses filles qui partent pour Bulhon. M. Mathieu les prendra à la gare de Clermont pour les y conduire. Sans ces deux hommes aimables, je ne sais pas comment le voyage aurait pu se faire. Madame Hélène de Valence écrit à Yvonne qu’elle a su que le 8 mars son mari allait bien. Tournée aux Petites Granges. Michel a semé 75 ares de moutarde. Tout a soif. J’écris à la marquise de Chargères en lui envoyant un mémento de ma chère Edith, de même qu’à Jeanne de Soultrait et à Berthe.
22. Je vais jusqu’au Paturail Mâle, il n’y a que 7 génisses et pas mal d’herbe. La Varennes Callot toujours luxuriante, le champ Procureur toujours médiocre. Dans les Champs Blonds, 4 fours métalliques qui font du charbon.
23. St Didier. Dimanche. Nous mangeons les premiers petits pois. Grand régal pour Marcelle. Emmanuel Riant qui s’est fait opérer à Vichy de la cataracte va rentrer chez lui et trouver Petit Bois occupé par un poste de D.C.A.
24. Pluie. Mes métayers ont pris la nuit dernière dans un piège tendu près d’un terrier sur le talus de l’étang Américain un renardeau. Je téléphone à Couturier de venir chasser la mère. Lettre d’Augustin qui a fait très bon voyage pour aller près de Toulouse afin de baptiser la fille de son neveu André. Il a poussé jusqu’à Lourdes. Garnet vient me payer le terme du Mou. Il a 10 chevaux. Cela doit représenter 6 ou 700 000 F au cours du jour. Roger de Bouillé qui a perdu deux juments a dû débourser 180 000 F pour les remplacer.
25. Pluie. Lettre de Jeanne de Soultrait, son petit fils Pierre de Froment est en prison à Fresne, où il ne peut voir sa mère que rarement et encore derrière une grille. Je peux toujours faucher les orties dans le pré Blond et tailler un peu les haies vives. Le Paris Centre manque souvent, ce n’est pas qu’il est bien intéressant, parce que tout Boche, mais on l’attend tout de même.
26. Lettre de Cécile qui nous apprend la mort subite d’Yves Jallot dans sa propriété de Touraine. Elle nous envoie du blé noir que Marcelle sème dans le jardin du Pied Prot, afin d’en avoir pour empoisonner les courtilières. Je reçois de ma belle sœur une veste en Vussar de mon vieux beau frère. Je la mettrai quand il fera plus chaud qu’aujourd’hui. J’envoie aux Marquises de Faverges des mémentos d’Edith. Le jeune ménage Croizier nous fait part de la naissance d’un héritier.
27. Je fais en voiture une tournée dans les Craies. Les récoltes ont plutôt bonne apparence. Dans notre pays, c’est le mois de mai qui règle tout et la dernière pluie a fait allonger les pailles des blés et avoines qui sont en train de mettre en épis. Guite et Simone de Sansal passent la journée avec nous.
28. Journée radieuse. Mon jardinier a un fort accès de fièvre causé par une angine. Il garde le lit. Je rentre les vaches et Marcelle les tire.
29. Jeanne et Louise Delamalle Mabire passent la journée avec nous. C’est amusant de voir les gens de la ville dévorer tout ce qu’on leur sert, surtout le laitage. Mon métayer des Petites Granges vient me demander dix mille francs, comme dans le temps on venait chercher 200 francs.
30. Pluie. Dimanche. Fête des mères, procession assez nombreuse avant la messe. Cécile nous téléphone que Rennes a été bombardé hier à 4 heures du soir. On parle de plus de 160 morts. Une de ses amies gît sous les décombres de sa maison. M. Pierre Chabret et Madame, fille des basse-couriers de la Seigneurie nous font part sur un imprimé de la naissance de leur fils Alain.
31. Lettre de Roger de La Brosse qui me dit qu’il viendra nous voir retour de Vichy, où le préfet va aller le présenter au Maréchal comme une bête curieuse puisqu’il est maire depuis 43 ans. Les propriétaires de Vauban, détiennent la mairie de Bazoches depuis le 2 Frimaire An II. En voila la liste : Charles Christophe Millereau, Maire An II, décédé maire en 1830, son fils Alphonse décédé maire en 1880, son gendre Gaston de La Brosse décédé maire en 1900, Roger maire depuis 43 ans, ce qui doit être un record. En 151 ans, il n’y aura eu que 4 maires à Bazoches et tous de grand père à petit fils. Marcelle plante dans le jardin du Pied Prot 12 kilos de pommes de terre achetées à Martinat. Je vais à Moiry faire ferrer mon âne. J’achète chez feu Morin une bêche à dents pour 50 francs. Rencontré Jean Le Sueur qui me dit avoir reçu l’ordre de se présenter demain à Nevers pour être envoyé en Allemagne avec tous les jeunes gens qui comme lui ont 22 ans quelque métier qu’ils fassent. Ils sont 9 à St Parize.
2. Pluie. Dimanche. Seize hommes seulement à la Messe, sans compter les Jocistes qui sont très fidèles. La nuit dernière, il est venu des sangliers bouler dans l’avenue. Pour le 11 mai 1943, prix de la viande de bœuf de première qualité, 16 Francs quatre vingt donné par le journal ( La Terre Nivernaise ).
3. Je fais une tournée aux Petites Granges ce qui ne m’arrive pas souvent, car je n’ai aucun plaisir à voir mon métayer. Dans la Roche, il y a vingt deux grosses bêtes et quatre veaux dont l’un d’une taure de deux ans. Dans le pré des Langes, il y a neuf taures d’un an, dont deux bien mauvaises. Une truie a neuf petits, une autre jeune est pleine. On tire neuf vaches dont sept ont des veaux. Les récoltes sont claires mais les tiges d’un bon vert. Un hectare est labouré dans les Prolles pour y mettre de la moutarde, mais la graine n’arrive pas. Chaque domaine est mis dans l’obligation de faire un produit oléagineux pour avoir de l’huile. La réquisition en prendra soixante pour cent et vous laisse le reste pour la salade. Mention marginale : Petites Granges.
4. Yvonne prend ses deux ainées dans sa remorque et les emmène déjeuner au Colombier pour retrouver les quatre petites Henri de Martimprey et Mimi Baraudon. Marcelle déjeune à Planchevienne et goûte au Colombier. Je trouve un nid de pintade garni de vingt cinq œufs. J’ai la visite des Antoine Robert. H. Bouchacourt entend à la radio d’Alger Bernard de La Brosse né le 20 juillet (bien portant).
5. Pluie, orage. Deux contrôleurs convoquent à la mairie tous les cultivateurs de la commune, petits et grands, pour les interroger pour savoir s’il leur reste encore quelques grains de blé à livrer pour permettre de faire la soudure. Bien rares sont ceux qui n’en ont pas une dizaine de kilos à livrer et que les ménagères avaient mis de côté pour nourrir les petits poulets. Je sème trente pieds de maïs devant la salle de bain. Yvonne part pour Beaumont avec Kiki, mais elle rencontre Mme Seeplinck et sa fille dans les rues de Saint Pierre et c’est là que se fait la visite. Retour par Fontallier où elles retrouvent Marcelle. Madame Grincour est assez fatiguée et bien maigre.
6. Pluie. J’achète quarante kilos de pommes de terre allemandes pour changer ma semence, ce qui est indispensable si on veut une bonne récolte. Marcelle et Yvonne partent de bonne heure à bicyclette pour Nevers où elles trouvent dans notre maison quatre hommes envoyés par M. Schlecq pour les aider à déménager les chambres du premier étage et à mettre les meubles dans la lingerie et la mansarde qui regarde la place. Les déménageurs cassent la glace de l’armoire de la chambre de Miette. Dans l’étang des Buzonnières, on trouve le cadavre de Roger de Soultrait leur gendre, qui s’y était noyé mystérieusement il y a quatre mois en revenant du Maroc où il avait laissé sa femme et ses enfants.
7. Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table et je fais planter dans la varenne Calot des pommes de terre boches.
8. Pluie. Monsieur le Curé déjeune avec nous. Chicon me rentre quatre petites cordes de charbon venant de la coupe vendue à Libaut. Je devais en payer la façon, il m’en fait cadeau, probablement parce qu’il estime que je lui ai payé la coupe trop bon marché, c’est possible.
9. Pluie. Dimanche. Réunion du Conseil de Fabrique à la sacristie après la messe. Le budget est florissant. On paye généreusement les places à l’église, on porte à mille deux cent francs le traitement de madame Baste, la sacristaine, qui était à neuf cent, et à trois cent celui de l’organiste qui était à deux cent. Il fait un temps glacial. Fassier de Bonay, sachant que ma provision de pommes de terre à manger était basse, m’en apporte un peu. C’est un homme de cheval, il vient avec une pouliche de sang attelée pour la quatrième fois. Sa fille et lui-même ont pour un demi-million de chevaux, peut-être plus.
10. Gelée. Bringault vient me payer son terme et m’apporter un sac de pommes de terre. Il y a quelques haricots gelés dans le jardin. Marcelle et Yvonne goutent au Manoir avec Mme Gabriel Mathieu. Je perds mon chapelet.
11. Pluie. Saint de Glace. Les Clayeux viennent déjeuner en amenant André qui se fait vieux. Ils m’annoncent la naissance d’un cinquième Roulet, ce qui lui fait quatorze petits enfants. Marcelle profite de la bonne occasion pour aller passer quarante huit heures aux Gouttes pour voir la vieille tante, et Geneviève emmène Kiki pour qu’elle fasse la connaissance de ses cousins. Tous font honneur à notre déjeuner. Je n’en reviens pas de tout ce que chacun mange. Et à gouter, on croirait que personne n’a déjeuné. Renée Massias nous fait part des fiançailles de sa fille avec un jeune de Chalvron dont la mère née Richard habite Laval.
12. Journée radieuse qui n’a rien du Saint de Glace. Jean Le Sueur me prête un très joli album qui lui a été donné pour ses vingt ans par la fidèle Tintin qui est femme de ménage au Manoir depuis toujours, il est intitulé « Manoirs et gentilhommières en Nivernais et en Bourbonnais ». Je l’ai feuilleté avec plaisir car j’ai retrouvé dedans des vieux châteaux dans lesquels j’ai eu le plaisir d’être reçu.
13. Tout pousse. Il y a plus vingt cinq degrés. On m’avise de l’abattoir de Nevers que la génisse que j’ai livrée il y a deux jours pour faire du saucisson est tuberculeuse. Elle a quinze mois. Roi ne va pas la reconnaître. Yvonne va pécher aux étangs Américains. Elle prend une vingtaine de gardons mais les carpes ne mordent pas. Je mets en bouteilles (soixante dix) le vin que j’ai reçu d’Aïn Kala, aidé par Micheline.
14. Vingt quatre degrés. Marcelle et Kiki débarquent à Saint Pierre par le train du jour, et Yvonne va au devant d’elles pour ramener sa fille sur sa bicyclette. Je mouille ma chemise en bêchant dans le jardin du Pied Prot. Je fais semer des haricots envoyés par Cécile dans le Clou.
15. Madame de Sansal, Simone et Hubert passent la journée avec nous. Le jeune homme est bien plus grand qu’Alyette sa contemporaine, il ne tient pas cela de son grand père Sansal. Anne Chenet accompagnée de sa cousine Tardy, s’installe au Pied Prot pour quelques jours, elle attend son fils pour emporter son mobilier dans la maison de Moiry. Paul Château vient me payer son terme, je reviendrai là-dessus après explication avec Cécile.
16. Dimanche. Tous les agriculteurs doivent venir déclarer à la mairie la composition de leur cheptel et la grandeur de leurs emblavures. On n’a pas fini de les embêter. Renaud du Lieu Maslin me paye et m’apporte un peu de farine bien blanche.
17. Madame Thierry me coupe les cheveux ainsi qu’à Monique. Monsieur Ventrin, gendre Minard, vient avec huit fusils chasser les sangliers, ils n’attaquent pas. Je vends à Taillardat six cadets et un moderne. Je lui dis qu’il me paiera en venant me scier deux garndes cordes de bois à la longueur de mon fourneau de cuisine.
18. Suzanne Le Sueur déjeune avec nous. Et Antoine Chérut arrive pour emmener son mobilier à Moiry. Un taxi lui prend 300 F pour l’amener de Nevers et autant au retour.
19. Marcelle et Yvonne vont finir de monter tous les meubles de la maison de Nevers au second dans les deux chambres que nous nous sommes réservés pour cela. Elles déjeunent chez les Sansal. Arthur est plus paradoxal que jamais. Les Chérut emportent tout leur mobilier dans leur maison de Moiry. J’achète un modeste cadeau pour Gérard de Martimprey qui se marie le 22 en Normandie. La nuit dernière on a vidé le canal pour empêcher deux péniches chargées de farine de partir pour l’Allemagne. Les gens de plusieurs villages dont St Parize sont furieux parce que depuis deux jours, ils n’ont pas de pain. Il paraît que notre boulanger Lafond a reçu de la farine hier soir.
20. Je comptais sur la P.E.N., société d’Antoine Clayeux pour me donner du pétrole, ils m’écrivent qu’il n’y faut pas compter, qu’il est introuvable. Cette perspective est gaie, en pensant à l’hiver. Richard vient voir Negro qui a un effort de tendon. Le jeune Valence qui a un emploi dans la confiture à Clermont en envoie une douzaine de boites à Yvonne pour 217 F, elle est bonne.
21. Moreau a la bonté de conduire à la gare de St Pierre, Yvonne et ses filles qui partent pour Bulhon. M. Mathieu les prendra à la gare de Clermont pour les y conduire. Sans ces deux hommes aimables, je ne sais pas comment le voyage aurait pu se faire. Madame Hélène de Valence écrit à Yvonne qu’elle a su que le 8 mars son mari allait bien. Tournée aux Petites Granges. Michel a semé 75 ares de moutarde. Tout a soif. J’écris à la marquise de Chargères en lui envoyant un mémento de ma chère Edith, de même qu’à Jeanne de Soultrait et à Berthe.
22. Je vais jusqu’au Paturail Mâle, il n’y a que 7 génisses et pas mal d’herbe. La Varennes Callot toujours luxuriante, le champ Procureur toujours médiocre. Dans les Champs Blonds, 4 fours métalliques qui font du charbon.
23. St Didier. Dimanche. Nous mangeons les premiers petits pois. Grand régal pour Marcelle. Emmanuel Riant qui s’est fait opérer à Vichy de la cataracte va rentrer chez lui et trouver Petit Bois occupé par un poste de D.C.A.
24. Pluie. Mes métayers ont pris la nuit dernière dans un piège tendu près d’un terrier sur le talus de l’étang Américain un renardeau. Je téléphone à Couturier de venir chasser la mère. Lettre d’Augustin qui a fait très bon voyage pour aller près de Toulouse afin de baptiser la fille de son neveu André. Il a poussé jusqu’à Lourdes. Garnet vient me payer le terme du Mou. Il a 10 chevaux. Cela doit représenter 6 ou 700 000 F au cours du jour. Roger de Bouillé qui a perdu deux juments a dû débourser 180 000 F pour les remplacer.
25. Pluie. Lettre de Jeanne de Soultrait, son petit fils Pierre de Froment est en prison à Fresne, où il ne peut voir sa mère que rarement et encore derrière une grille. Je peux toujours faucher les orties dans le pré Blond et tailler un peu les haies vives. Le Paris Centre manque souvent, ce n’est pas qu’il est bien intéressant, parce que tout Boche, mais on l’attend tout de même.
26. Lettre de Cécile qui nous apprend la mort subite d’Yves Jallot dans sa propriété de Touraine. Elle nous envoie du blé noir que Marcelle sème dans le jardin du Pied Prot, afin d’en avoir pour empoisonner les courtilières. Je reçois de ma belle sœur une veste en Vussar de mon vieux beau frère. Je la mettrai quand il fera plus chaud qu’aujourd’hui. J’envoie aux Marquises de Faverges des mémentos d’Edith. Le jeune ménage Croizier nous fait part de la naissance d’un héritier.
27. Je fais en voiture une tournée dans les Craies. Les récoltes ont plutôt bonne apparence. Dans notre pays, c’est le mois de mai qui règle tout et la dernière pluie a fait allonger les pailles des blés et avoines qui sont en train de mettre en épis. Guite et Simone de Sansal passent la journée avec nous.
28. Journée radieuse. Mon jardinier a un fort accès de fièvre causé par une angine. Il garde le lit. Je rentre les vaches et Marcelle les tire.
29. Jeanne et Louise Delamalle Mabire passent la journée avec nous. C’est amusant de voir les gens de la ville dévorer tout ce qu’on leur sert, surtout le laitage. Mon métayer des Petites Granges vient me demander dix mille francs, comme dans le temps on venait chercher 200 francs.
30. Pluie. Dimanche. Fête des mères, procession assez nombreuse avant la messe. Cécile nous téléphone que Rennes a été bombardé hier à 4 heures du soir. On parle de plus de 160 morts. Une de ses amies gît sous les décombres de sa maison. M. Pierre Chabret et Madame, fille des basse-couriers de la Seigneurie nous font part sur un imprimé de la naissance de leur fils Alain.
31. Lettre de Roger de La Brosse qui me dit qu’il viendra nous voir retour de Vichy, où le préfet va aller le présenter au Maréchal comme une bête curieuse puisqu’il est maire depuis 43 ans. Les propriétaires de Vauban, détiennent la mairie de Bazoches depuis le 2 Frimaire An II. En voila la liste : Charles Christophe Millereau, Maire An II, décédé maire en 1830, son fils Alphonse décédé maire en 1880, son gendre Gaston de La Brosse décédé maire en 1900, Roger maire depuis 43 ans, ce qui doit être un record. En 151 ans, il n’y aura eu que 4 maires à Bazoches et tous de grand père à petit fils. Marcelle plante dans le jardin du Pied Prot 12 kilos de pommes de terre achetées à Martinat. Je vais à Moiry faire ferrer mon âne. J’achète chez feu Morin une bêche à dents pour 50 francs. Rencontré Jean Le Sueur qui me dit avoir reçu l’ordre de se présenter demain à Nevers pour être envoyé en Allemagne avec tous les jeunes gens qui comme lui ont 22 ans quelque métier qu’ils fassent. Ils sont 9 à St Parize.
5.8.10
AVRIL 1943
1 Guite de Sansal passe la journée avec nous.
2 Pluie. Premier Vendredi. Je m’approche de la Sainte Table. Yvonne, ses trois filles et sa petite bonne arrivent à 5 h ½ du soir en gare de Nevers où les Montrichard nous rendent le grand service d’aller les chercher. Mes petites filles sont superbes. Monique et Aliette ont des joues comme des lunes en plein. Lettre d’Hervé qui a été reçu très convenablement par Ballot à Châtelguyon qui lui dit que son poste serait à Pontgibaud.
3 Simone et Hubert prennent le car à 6 h ½ pour retourner à Nevers.
4 Dimanche. J’emmène Kiki à la messe, où elle fait semblant de lire son livre avec recueillement. Monique reste s’amuser dans le tas de sable d’avoir toujours près de la maison, c’est le meilleur et le moins couteux des joujoux. Madame Boursin prête à Yvonne un parc pour y mettre Aliette.
5 Yvonne pêche dans l’étang du jardin cinq petites carpes d’Aramont qui font notre déjeuner du 6. J’écris à Louis de La Brosse dont nous n’entendons jamais parler.
7 Marcelle et Yvonne vont à Nevers dès le matin pour ranger dans la maison et attendre Cécile qui arrive à midi après avoir couché à Paris. Toutes trois elles débarquent à Mars à 6 h 45 où je vais les attendre avec mon âne, bien content de revoir mon aînée. Vent violent.
8 – 4°, froid désagréable et désastreux. Simone vient passer la journée avec nous pour voir sa tante Cécile, elle est toujours bien gentille.
9 – 2°. Je paye à Lavergne une note de 5 200 F pour réparation aux domaines. Il me compte l’heure 12 F. Les travaux de la maison de Nevers dont jJe parle avec Cécile qui est beaucoup plus compétente que moi et qui me conseille de mettre le confort moderne. Je demande à M. Sonnet architecte de venir nous donner son avis et conseil.
10 Mériem de Martimprey déjeune avec nous, elle m’apporte le dernier livre de son beau frère sous l’égide de St Hubert et le même jour, Madame de Savigny, m’envoie un livre qu’elle me dit intéressant (La route des Indes de Paul Morand). Ces dames en se promenant entendent une bête crier dans la haie qui sépare Le Clou du pré de la Joie. C’est un lièvre qui vient de se prendre dans un piège certainement tendu par mon jardinier qui s’entend à braconner et qui sera bien désolé en ne voyant rien dans son engin, mais nous verrons le civet sur notre table ce qui n’est pas arrivé depuis longtemps.
11 Dimanche. Je mène Cécile et Kiki à la messe où nous rencontrons Armand de Montrichard qui a bien mauvaise mine. Il invite Yvonne à venir goûter avec sa femme, c’est ce qu’elle fait. Elle la trouve agréable, mais elle constate avec peine que son fils aîné a un bec de lièvre. Je fais des observations très justifiées à mon métayer des Petites Granges. Il s’emporte car il prétend avoir raison et me dit qu’il quittera le domaine pour la Saint Martin 1944. S’il en vient là, je ne le regretterai pas.
12 Je râpe les allées avec acharnement, c’est une diversion pendant laquelle, je broie moins de noir.
13 Les du Part viennent manger avec nous le civet du lièvre et Marie Antoinette du Verne vient dîner et coucher pour voir Cécile et s’entretenir avec nous des travaux à faire rue de l’Oratoire. C’est un gros souci pour moi car je les considère comme très difficiles à exécuter à une époque où tout manque.
14 Jean Le Sueur toujours complaisant conduit Cécile à Nevers pour y prendre l’express pour Paris, où elle se couchera et d’où elle partira pour Rennes le lendemain matin. Edmond nous téléphone qu’ils ont reçu une carte de Simone du 12 février disant : François et Maurice vont bien et Nathalie Jourdier femme de Paul a eu un enfant (garçon). Roger de Bouillé grâce à sa qualité de syndic a pu avoir pour Marcelle une paire de bottes en caoutchouc, il les lui apporte. Depuis bien des années, il n’était pas entré dans notre salon. Coût 350 F
15 On plante mes pommes de terre dans la Varennes. Enterrement de madame Eyzies à St Parize, une des rares femmes allant à la messe dans la semaine. Yvonne va à Nevers faire des nettoyages dans la maison, elle revient tard, car elle traine sa remorque un peu trop chargée. Nous mangeons le premier plat d’asperges. Marcelle fait à Moiry le chemin de la croix. Il y vient plus de monde qu’à celui de St Parize.
16 Anne de Rouville nous arrive pour 48h attendant ici ses parents qui viennent le 16 à Planchevienne, son oncle Pierre a été opéré hier de la prostate.
17 Dimanche des rameaux, beaucoup de monde à la procession, en revenant frapper à la porte de l’église tous les cultivateurs regardent le coq pour voir la direction du vent, il est du sud-est, c’est de lui qu’on dit : vent de salaire matinal ramène la pluie à cheval. Qu’il en soit ainsi mon Dieu ! Aliette a aujourd’hui un an, et avec cela il arrive une bonne nouvelle. Un message de son père venu par la croix rouge et passant par le Portugal daté de Temara 16 février dit ( Jean bonne santé, capitaine de Valence) nommé par lui !
18 Anne nous quitte à la première heure. Je mène un tombereau de cendres dans un carré du jardin de pied Prot que j’ai bêché avec Marcelle et où elle veut planter différents légumes s’il pleut. Yvonne visite la Seigneurie, où il y a 150 bêtes à cornes et beaucoup de poulains. De 8h à 11h du soir j’ai un malaise général, bonne nuit ensuite.
19 Marcelle et Yvonne vont diner à Buy. La bonne des petites revient de Thionne où la sécheresse est peut être plus désastreuse que ici, où elle l’est déjà trop. Les œufs sont si rares et si chers que tout est permis aux poules, aussi elles entrent dans le vestibule et sortent la paille qui est dans mes sabots et chaque jour je suis obligé de nettoyer le perron .
20 Pluie. Enfin la pluie, grâce à Dieu tout va renaitre. Marcelle et Yvonne partent à la première heure pour Nevers où elles arrivent trempées comme des soupes. Elles ont rendez vous rue de l’Oratoir avec Sonnet architecte pour voir avec lui les réparations à faire. M. Schleq vient les retrouver et ensembles ils conviennent de bien des choses dont je parlerais quand j’aurais vu le devis. Marcelle revient seule à 8h du soir. Yvonne reste diner et coucher chez Marie-Antoinette. Elle reste pour continuer à nettoyer la maison demain. Lettre d’Hervé qui continue à être content de son sort et de ses élèves. Simone est très en forme et Guite est partie aujourd’hui pour Bulhon.
21 Pluie. Jeudi saint. Je vais à la messe avec Kiki, une cinquantaine de femmes y font leurs Pâques avec pas mal de gamines. Ma jument grise met bas, mais ne se délivre pas. Le vétérinaire vient la débarrasser. A la première heure un chevreuil traverse la pelouse et monte au pied Prot.
22 Pluie. Vendredi saint. Je vais à l’office, où les quatre châteaux sont représentés, mais personne du peuple pour adorer la croix. Jean le Sueur a acheté à M. Motte une jument de quatre ans 67 000 Francs, c’est pour la mettre le 11 Novembre au domaine de la Vignonerie de Buy qu’il a affermé. La Vayssière son cousin a acheté un âne 29 000 Francs à Fourchambault. Lettre de Cécile qui a fait bon retour. Elle a trouvé sur son bureau du secours national un beau bouquet mis là par ses secrétaires.
23 Samedi saint. Marcelle sème du trèfle pour ses lapins sous les Ormes, là où l’on avait coutume de brûler les détritus du jardin. J’y repasse après elle pour enlever toutes les mauvaises herbes qu’elle a laissées, car comme elle veut faire beaucoup trop de choses à la fois fatalement elle en oublie. Grâce à la pluie tout pousse à vue d’œil.
24 Pâques. St Marc. A neuf heures et demie messe de communion, je vois avec plaisir que mes trois métayers et mon jardinier s’approchent de la sainte table, ainsi que de nombreux jeunes gens de 14 à 17 ans. J’oublie de souhaiter fête et anniversaire de Marcelle.
25 Hervé nous arrive pour déjeuner, il est à Nevers pour cinq jours. Il me donne la traduction des CJF Chantier Jeunesse Française groupe 9 à Pontgibaud. Uniforme vert olive. On appelle Chef tous les directeurs vieux ou jeunes, ce sont généralement des officiers de l’armée active démobilisés. Les recrues pris seulement dans la zone libre sont appelées pour huit mois et travaillent généralement dans les bois. Tous les jeunes gens de 20 ans défilent comme quand il y avait la conscription. Nous avons la visite de Jacques de La Brosse et d’Alain de Rouville de passage à Planchevienne. Joséfa nous annonce la naissance de sa petite fille Chantal à Rabat. Marcelle et Yvonne prennent à Planchevienne un diner d’avant guerre avec Mme Braive.
26 Yvonne va à Nevers et rencontre Guiguite de Villeneuve et sa fille se rendant aux Fougis sur le quai de la gare. Elle travaille ensuite à ranger dans la maison et goûte chez Mme de Sansal. Le jeune Taillardat âgé de 14 ans bêche le jardin du pied Prot et le père Michel nettoie les allées qui en ont besoin.
27 Auguste Vernin meurt à son château des Bordes à l’âge de 75 ans, d’une vieille famille bourbonnaise, il aurait pu tenir le haut du pavé à Moulin mais sa grande modestie l’en a empêchée. Comme l’était son père lui aussi était forestier.
28 Jean de La Brosse me fait part de la naissance de son fils Hubert. Sa joie est plus grande que celle de son père qui voyait venir sans enthousiasme ce cinquième héritier après dix ans de repos. Blois vient enfin faire une soudure à ma pompe et arranger la cheminée de la chambre qui est au dessus de la cuisine. Il y a 6 mois que je l’attendais. Marcelle et Yvonne goûtent à Buy où elles trouvent les Tonniers, le Sueur, Mathieu et Grincour. Gâteaux abondants.
29 Augelard vient faire avec moi le classement de mes quatre domaines pour que chacun trouve sa place dans la matrice cadastral qu’il est en train de réviser. Je lui fais mettre à mon nom pour que mes métayers n’aient pas à les payer les champs qui dorénavant seront considérés comme landes ou broussailles : le Dépotoir, le champ d’Orgeats, et la Chaume de la Blonde. En 1944 au 11 Novembre le pied Prot passera au domaine de ce nom et le Champ Guérin actuellement aux Petites Granges passera au domaine de Tâches qui leur abandonnera la terre qu’il a actuellement dans les baraques. Je plante dans la cour d’honneur en avant des lauriers du lupin envoyé par Cécile, on dit que ça remplace le café. Visite d’Henri de Rouville qui a bien maigri, 20 kilos. Son frère Pierre rentré chez lui à la suite d’une opération à la vessie a une phlébite et de la fièvre. Mes dames et Kiki goûtent à Villars où elles trouvent Mme Seeplinck nièce de Ratheau qui habite le vieux château de Beaumont (Seeplinck son mari officier est prisonnier.)
30 Journée calme. Je vais auprès de la fontaine où je vois une taure de 14 mois en train de crever de l’entérite. C’est la troisième atteinte de cette maladie dans ce domaine depuis deux mois et demi.
2 Pluie. Premier Vendredi. Je m’approche de la Sainte Table. Yvonne, ses trois filles et sa petite bonne arrivent à 5 h ½ du soir en gare de Nevers où les Montrichard nous rendent le grand service d’aller les chercher. Mes petites filles sont superbes. Monique et Aliette ont des joues comme des lunes en plein. Lettre d’Hervé qui a été reçu très convenablement par Ballot à Châtelguyon qui lui dit que son poste serait à Pontgibaud.
3 Simone et Hubert prennent le car à 6 h ½ pour retourner à Nevers.
4 Dimanche. J’emmène Kiki à la messe, où elle fait semblant de lire son livre avec recueillement. Monique reste s’amuser dans le tas de sable d’avoir toujours près de la maison, c’est le meilleur et le moins couteux des joujoux. Madame Boursin prête à Yvonne un parc pour y mettre Aliette.
5 Yvonne pêche dans l’étang du jardin cinq petites carpes d’Aramont qui font notre déjeuner du 6. J’écris à Louis de La Brosse dont nous n’entendons jamais parler.
7 Marcelle et Yvonne vont à Nevers dès le matin pour ranger dans la maison et attendre Cécile qui arrive à midi après avoir couché à Paris. Toutes trois elles débarquent à Mars à 6 h 45 où je vais les attendre avec mon âne, bien content de revoir mon aînée. Vent violent.
8 – 4°, froid désagréable et désastreux. Simone vient passer la journée avec nous pour voir sa tante Cécile, elle est toujours bien gentille.
9 – 2°. Je paye à Lavergne une note de 5 200 F pour réparation aux domaines. Il me compte l’heure 12 F. Les travaux de la maison de Nevers dont jJe parle avec Cécile qui est beaucoup plus compétente que moi et qui me conseille de mettre le confort moderne. Je demande à M. Sonnet architecte de venir nous donner son avis et conseil.
10 Mériem de Martimprey déjeune avec nous, elle m’apporte le dernier livre de son beau frère sous l’égide de St Hubert et le même jour, Madame de Savigny, m’envoie un livre qu’elle me dit intéressant (La route des Indes de Paul Morand). Ces dames en se promenant entendent une bête crier dans la haie qui sépare Le Clou du pré de la Joie. C’est un lièvre qui vient de se prendre dans un piège certainement tendu par mon jardinier qui s’entend à braconner et qui sera bien désolé en ne voyant rien dans son engin, mais nous verrons le civet sur notre table ce qui n’est pas arrivé depuis longtemps.
11 Dimanche. Je mène Cécile et Kiki à la messe où nous rencontrons Armand de Montrichard qui a bien mauvaise mine. Il invite Yvonne à venir goûter avec sa femme, c’est ce qu’elle fait. Elle la trouve agréable, mais elle constate avec peine que son fils aîné a un bec de lièvre. Je fais des observations très justifiées à mon métayer des Petites Granges. Il s’emporte car il prétend avoir raison et me dit qu’il quittera le domaine pour la Saint Martin 1944. S’il en vient là, je ne le regretterai pas.
12 Je râpe les allées avec acharnement, c’est une diversion pendant laquelle, je broie moins de noir.
13 Les du Part viennent manger avec nous le civet du lièvre et Marie Antoinette du Verne vient dîner et coucher pour voir Cécile et s’entretenir avec nous des travaux à faire rue de l’Oratoire. C’est un gros souci pour moi car je les considère comme très difficiles à exécuter à une époque où tout manque.
14 Jean Le Sueur toujours complaisant conduit Cécile à Nevers pour y prendre l’express pour Paris, où elle se couchera et d’où elle partira pour Rennes le lendemain matin. Edmond nous téléphone qu’ils ont reçu une carte de Simone du 12 février disant : François et Maurice vont bien et Nathalie Jourdier femme de Paul a eu un enfant (garçon). Roger de Bouillé grâce à sa qualité de syndic a pu avoir pour Marcelle une paire de bottes en caoutchouc, il les lui apporte. Depuis bien des années, il n’était pas entré dans notre salon. Coût 350 F
15 On plante mes pommes de terre dans la Varennes. Enterrement de madame Eyzies à St Parize, une des rares femmes allant à la messe dans la semaine. Yvonne va à Nevers faire des nettoyages dans la maison, elle revient tard, car elle traine sa remorque un peu trop chargée. Nous mangeons le premier plat d’asperges. Marcelle fait à Moiry le chemin de la croix. Il y vient plus de monde qu’à celui de St Parize.
16 Anne de Rouville nous arrive pour 48h attendant ici ses parents qui viennent le 16 à Planchevienne, son oncle Pierre a été opéré hier de la prostate.
17 Dimanche des rameaux, beaucoup de monde à la procession, en revenant frapper à la porte de l’église tous les cultivateurs regardent le coq pour voir la direction du vent, il est du sud-est, c’est de lui qu’on dit : vent de salaire matinal ramène la pluie à cheval. Qu’il en soit ainsi mon Dieu ! Aliette a aujourd’hui un an, et avec cela il arrive une bonne nouvelle. Un message de son père venu par la croix rouge et passant par le Portugal daté de Temara 16 février dit ( Jean bonne santé, capitaine de Valence) nommé par lui !
18 Anne nous quitte à la première heure. Je mène un tombereau de cendres dans un carré du jardin de pied Prot que j’ai bêché avec Marcelle et où elle veut planter différents légumes s’il pleut. Yvonne visite la Seigneurie, où il y a 150 bêtes à cornes et beaucoup de poulains. De 8h à 11h du soir j’ai un malaise général, bonne nuit ensuite.
19 Marcelle et Yvonne vont diner à Buy. La bonne des petites revient de Thionne où la sécheresse est peut être plus désastreuse que ici, où elle l’est déjà trop. Les œufs sont si rares et si chers que tout est permis aux poules, aussi elles entrent dans le vestibule et sortent la paille qui est dans mes sabots et chaque jour je suis obligé de nettoyer le perron .
20 Pluie. Enfin la pluie, grâce à Dieu tout va renaitre. Marcelle et Yvonne partent à la première heure pour Nevers où elles arrivent trempées comme des soupes. Elles ont rendez vous rue de l’Oratoir avec Sonnet architecte pour voir avec lui les réparations à faire. M. Schleq vient les retrouver et ensembles ils conviennent de bien des choses dont je parlerais quand j’aurais vu le devis. Marcelle revient seule à 8h du soir. Yvonne reste diner et coucher chez Marie-Antoinette. Elle reste pour continuer à nettoyer la maison demain. Lettre d’Hervé qui continue à être content de son sort et de ses élèves. Simone est très en forme et Guite est partie aujourd’hui pour Bulhon.
21 Pluie. Jeudi saint. Je vais à la messe avec Kiki, une cinquantaine de femmes y font leurs Pâques avec pas mal de gamines. Ma jument grise met bas, mais ne se délivre pas. Le vétérinaire vient la débarrasser. A la première heure un chevreuil traverse la pelouse et monte au pied Prot.
22 Pluie. Vendredi saint. Je vais à l’office, où les quatre châteaux sont représentés, mais personne du peuple pour adorer la croix. Jean le Sueur a acheté à M. Motte une jument de quatre ans 67 000 Francs, c’est pour la mettre le 11 Novembre au domaine de la Vignonerie de Buy qu’il a affermé. La Vayssière son cousin a acheté un âne 29 000 Francs à Fourchambault. Lettre de Cécile qui a fait bon retour. Elle a trouvé sur son bureau du secours national un beau bouquet mis là par ses secrétaires.
23 Samedi saint. Marcelle sème du trèfle pour ses lapins sous les Ormes, là où l’on avait coutume de brûler les détritus du jardin. J’y repasse après elle pour enlever toutes les mauvaises herbes qu’elle a laissées, car comme elle veut faire beaucoup trop de choses à la fois fatalement elle en oublie. Grâce à la pluie tout pousse à vue d’œil.
24 Pâques. St Marc. A neuf heures et demie messe de communion, je vois avec plaisir que mes trois métayers et mon jardinier s’approchent de la sainte table, ainsi que de nombreux jeunes gens de 14 à 17 ans. J’oublie de souhaiter fête et anniversaire de Marcelle.
25 Hervé nous arrive pour déjeuner, il est à Nevers pour cinq jours. Il me donne la traduction des CJF Chantier Jeunesse Française groupe 9 à Pontgibaud. Uniforme vert olive. On appelle Chef tous les directeurs vieux ou jeunes, ce sont généralement des officiers de l’armée active démobilisés. Les recrues pris seulement dans la zone libre sont appelées pour huit mois et travaillent généralement dans les bois. Tous les jeunes gens de 20 ans défilent comme quand il y avait la conscription. Nous avons la visite de Jacques de La Brosse et d’Alain de Rouville de passage à Planchevienne. Joséfa nous annonce la naissance de sa petite fille Chantal à Rabat. Marcelle et Yvonne prennent à Planchevienne un diner d’avant guerre avec Mme Braive.
26 Yvonne va à Nevers et rencontre Guiguite de Villeneuve et sa fille se rendant aux Fougis sur le quai de la gare. Elle travaille ensuite à ranger dans la maison et goûte chez Mme de Sansal. Le jeune Taillardat âgé de 14 ans bêche le jardin du pied Prot et le père Michel nettoie les allées qui en ont besoin.
27 Auguste Vernin meurt à son château des Bordes à l’âge de 75 ans, d’une vieille famille bourbonnaise, il aurait pu tenir le haut du pavé à Moulin mais sa grande modestie l’en a empêchée. Comme l’était son père lui aussi était forestier.
28 Jean de La Brosse me fait part de la naissance de son fils Hubert. Sa joie est plus grande que celle de son père qui voyait venir sans enthousiasme ce cinquième héritier après dix ans de repos. Blois vient enfin faire une soudure à ma pompe et arranger la cheminée de la chambre qui est au dessus de la cuisine. Il y a 6 mois que je l’attendais. Marcelle et Yvonne goûtent à Buy où elles trouvent les Tonniers, le Sueur, Mathieu et Grincour. Gâteaux abondants.
29 Augelard vient faire avec moi le classement de mes quatre domaines pour que chacun trouve sa place dans la matrice cadastral qu’il est en train de réviser. Je lui fais mettre à mon nom pour que mes métayers n’aient pas à les payer les champs qui dorénavant seront considérés comme landes ou broussailles : le Dépotoir, le champ d’Orgeats, et la Chaume de la Blonde. En 1944 au 11 Novembre le pied Prot passera au domaine de ce nom et le Champ Guérin actuellement aux Petites Granges passera au domaine de Tâches qui leur abandonnera la terre qu’il a actuellement dans les baraques. Je plante dans la cour d’honneur en avant des lauriers du lupin envoyé par Cécile, on dit que ça remplace le café. Visite d’Henri de Rouville qui a bien maigri, 20 kilos. Son frère Pierre rentré chez lui à la suite d’une opération à la vessie a une phlébite et de la fièvre. Mes dames et Kiki goûtent à Villars où elles trouvent Mme Seeplinck nièce de Ratheau qui habite le vieux château de Beaumont (Seeplinck son mari officier est prisonnier.)
30 Journée calme. Je vais auprès de la fontaine où je vois une taure de 14 mois en train de crever de l’entérite. C’est la troisième atteinte de cette maladie dans ce domaine depuis deux mois et demi.
17.6.10
MARS 1943
1 A 7 h du soir, j’entends frapper. C’est Marie Thérèse Guillemain qui étant venu voir les Minard pensait mettre son vélo dans l’autobus et rentrer à Nevers comme cela. Malheureusement, il ne marche pas le lundi, alors elle est venue nous demander à dîner et nous l’avons gardée à coucher. Très agréablement, nous avons gibernéavec elle.
2 Marie Thérèse et Marcelle partent de bonne heure pour la ville. L’une offre à déjeuner à l’autre. J’achète un bon veau à Le Sueur pour Calot pour 7 100 F.
3 A 7 h du soir, nous voyons arriver Augustin débarquant de la gare de Mars. Parti de Bulhon, hier avec Hervé à bicyclette, ils prennent à Maringues un car qui les conduit à Vichy, où ils remontent à cheval, direction St Géraud de Vaux où ils déjeunent. Ils goutent et couchent aux Gouttes, partent le lendemain à 2 heures pour Moulins où ils prennent le train, Augustin pour Mars et Hervé pour Nevers où il va retrouver sa femme. Il paraît qu’Edmond souffre assez sérieusement de névralgies.
4 Cheveux coupés par Mr Thierry. Marcelle accompagnée des Le Sueur, part à Chevenon au mariage Martimprey du Part. Le temps est un peu froid, mais superbe. Naturellement, Antoine arrive un peu avant 11 h, deux minutes avant Monseigneur, qui bénit l’union et fait un très beau discours. Nombreuse assistance dont toute la famille Bardin côtoyant les Damas, Montrichard, Nadaillac, Gindre etc. Lunch au château mi partie assis et debout dans 4 pièces. Fermiers et tenanciers es 2 familles déjeunaient dans l’orangerie. Un traiteur de Bourges était venu faire la cuisine. Guillaume du Verne avait rempli la camionnette d’Aïn Kala qui amène son vin à découvert de nombreux invités endimanchés, cela ressemblait à une mascarade de Mardi gras. Quant aux habitants du Colombier, ils étaient venus dans un autobus de ville d’eau. Gérard de Martinprey était là avec sa fiancée. A 6 h Hervé nous arrive à bicyclette et à 6 h ½ Simone et Hubert par le car. Il est superbe, grand pour son âge me dit-on et l’air malin, sa mère énorme, mais très en beauté. Hervé a deux furoncles sur la figure qui ne l’empêchent pas de dîner.
5 Le Colonel de Lécluse meurt à Nevers à l’âge de 85 ans, on l’enterre le 8 à Pazy près Corbigny. Mrg Chatelux meurt à Lyon où il s’était retiré près de Fourvière et on l’enterre aujourd’hui dans la cathédrale de Nevers. L’assistance est très grande. Hervé grimpé en haut de mon échelle double à 6 mètres 50 de haut pour couper une grosse branche d’orme, tombe en même temps que la branche sans rien se casser heureusement, seule l’échelle est en deux morceaux. Robet demandé ne trouve qu’un coup peu grave au ventre et ordonne un repos étendu pendant deux ou trois jours. Je profite du passage du docteur pour faire prendre ma tension qui est normale 17 et le cœur est bon, mais je dois continuer la digitaline et l’iodalose.
6 Augustin va à Nevers, il donne de l’eau bénite au Colonel de Lécluse, passe chez le notaire et le pharmacien.
7 Dimanche. Je conduis Simone à la messe avec mon âne. Hervé va bien. Antoine de Sansal déjeune avec nous. Maigre menu, notre boucher n’a pas la moindre viande. On se rabat sur un morceau de salé. Il fait un vent du Nord glacial. Nous nous régalons avec des chocolats envoyés de la Mse de Sévigné par G de Rouville.
8 Augustin va à Nevers voir le notaire et déjeuner chez les Sansal. Marcelle montre à Hervé nos limites de bois y compris le Ravin. Ils rencontrent Couturier qui était venu pour chasser le sanglier et qui a tué un renard.
9 Mardi gras. Beau soleil. Glace le matin. Poule au riz.
10 Je vais recevoir les Cendres. Augustin va à Nevers à bicyclette pour se faire arracher une dent chez Magdinier.
11 Hervé va à Nevers, où il achète une remorque pour sa bicyclette chez Morizot pour mille francs. Visite des Antoine Robert et de Marie Thérèse. Suzanne Le Sueur vient goûter. Téléphone de Cécile qui nous dit que le 7 le bombardement Anglo américain sur Rennes a été terrible. Près de 300 morts dans le quartier de la gare.
12 Augustin nous quitte, il a hâte de retourner à Bulhon, une lettre de Miette lui annonçant deux mauvaises nouvelles. Le jardinier est malade et une de leurs vaches Bretonnes a dû être abattue. Dédette après avoir subi une petite opération dans une clinique est en convalescence chez les Léotard. Marcelle et Hervé vont faire une visite à Gy au père Barillet qui est assez fatigué.
13 Marcelle va à Nevers assister à une messe de quarantaine pour Geneviève de Maumigny., déjeuner chez les Mollins et trouver à 2 h ½ madame Clech 42 rue de l’Oratoire pour lui louer le 1er étage de notre maison, Marie Antoinette du Verne ayant retenu le rez-de-chaussée pour ses œuvres.
14 Dimanche. Je conduis Simone à la messe que je ne peux pas lire, on m’a pris les lunettes que je laisse habituellement dans le banc de fabrique pour cet usage.
15 Marcelle et Hervé vont visiter nos bois de St Ouen, où les coupes de 40 et 41 ne sont pas encore terminées et dans celle de cette année il n’y a que deux vieux ouvriers. Ils reviennent par chez les du Part qui attendent les jeunes mariés demain. Il fait nuit depuis une heure quand ils rentrent pour dîner. Je me fâche contre ma chère fille qui adore les promenades après le coucher du soleil. Lettre de Roger qui tue des quantités de sangliers et qui se plaint de la grande sécheresse. Il attend sans enthousiasme son 5 éme petit fils. Bien des gens me demandent des nouvelles de Cécile après le bombardement de Rennes.
16 J’oublie mon rosaire, Marcelle aussi.
17 Hervé va se faire couper les cheveux à Magny. Il en revient avec une coupe nouvelle mode, comme un pelé. Nous lui rions au nez en nous moquant de lui. Visite du ménage Chleq, qui vient nous demander à louer le 1er étage de notre maison de Nevers, rendez-vous est pris pour le 24 pour examiner sur place les réparations qu’ils demandent.
18 Aux Champs blonds, Chassagnon paye la corde de cimiot à Camille Moquera 120 F et la vend prise au bois 300 F (2 stères 33). Richard et Michel la mènent à Nevers pour 350, ce qui fait 650 F plus l’octroi. (mention marginale : bois) A 6 h du soir, une dépêche nous annonce la mort du Général du Part.
19 St Joseph. Je m’approche de la Sainte Table. Il y a peu de monde à la messe, qui du reste est célébrée avec une grande simplicité et sans enfant de chœur. Visite de Paulette qui parle avec volubilité. Toujours la fâcheuse sécheresse. Tournée du contrôleur dans les greniers poulaillers et clapiers pour vérifier les déclarations de chacun.
20 Marcelle emmène Hervé visiter les domaines d’Azy. Chez Renaud tout va bien, il a 16 veaux. Chez Bringault, il y a 8 vaches qui sont vides, mais on leur offre à goûter et on leur donne une belle miche de pain blanc et de la farine à rapporter. J’ai la visite de Jean Guillemain. Anne de Rouville nous arrive pour dîner et passer 48 h. Le chien Farino n’étant en rien bon pour signaler le passage des intrus, je le noie dans l’étang. Lettre de Dédette qui tient compagnie à Madame de Léotard qui n’a aucune nouvelle de son mari emmené il y a une dizaine de jours par la Gestapo avec son chef, le colonel de La Roque dans une destination inconnue d’elle. Hervé a reçu d’Aix une proposition pour entrer dans la D.C.A. Il ne sait que répondre.
21 Dimanche. Je conduis Simone à la messe. Ma Normande met son premier veau au monde. Il est énorme. Je suis tout triste, tant de choses contribuent à assombrir l’avenir, cette horrible guerre qui ne veut pas finir, le brave Maréchal critiqué par bien des gens, le désaccord entre amis, les uns sont pour les Anglo américains, les autres contre, les communistes qui relèvent la tête, les difficultés que j’ai à faire ma déclaration d’impôts sur le revenu pour remplir les nouveaux imprimés auxquels je ne comprends rien, la sècheresse qui règne depuis le 14 février, plus de foin sur les lassies, pas d’herbe dans les prés, les avoines ne peuvent pas naître, que vont devenir mes petits fils, pas de nouvelles de Valence, hésitation d’Hervé pour savoir s’il va répondre à l’offre qui lui est faite d’entrer dans la DCA dans l’état de sa femme qui attend prochainement un second enfant ce qui ne l’empêche pas d’aller à pied goûter à Villard manoir. Hervé va à St Ouen relever sur la matrice cadastrale les numéros de nos bois, car nous payons pour 5 hectares qui ne nous appartiennent plus, pour réclamer au contrôleur.
23 Montrichard a la complaisance de nous conduire à Nevers Simone Hervé et moi. Nous déjeunons chez Madame de Sansal. Le contrôleur des contributions veut bien me recevoir et préparer avec moi ma déclaration d’impôt sur le revenu à laquelle je ne comprends rien et j’ai vu qu’il n’y comprenait pas beaucoup plus que moi. Passé chez Adenot pour assurer deux juments poulinières pour la mise bas, coût 2 900 F. Visite à Madame de Pardieu qui est peinte comme un vieux tableau et à la toujours aimable Jeanne de Mollins qui avait chez elle Germaine de Savigny, qui m’a dit que son frère Henri prisonnier en Allemagne était assez gravement malade. J’essaie un complet chez le tailleur Bourcicot. En rentrant à Tâches je trouve les petites sœurs des pauvres avec cocher et cheval qui viennent nous demander à dîner et à coucher. Il n’y a plus d’eau dans la Loire.
24 Marcelle et Hervé partent de bonne heure, passent par Le Mou où ils sont retenus par le fermier Garnet qui leur offre un bon déjeuner. A Nevers, ils retrouvent rue de l’Oratoire Mme Chleq et Marie Antoinette pour s’entendre au sujet de la location. Il tombe 25 gouttes de pluie dans la soirée.
25 Mon jardinier achète pour 750 F un petit cochon à Calot. Il n’a rien pour le nourrir, ce sont mes faibles réserves qui vont y passer. Lettre d’Augustin qui a toute la guigne possible, il a été obligé d’abattre une vache qui n’a pas pu mettre bas, il en achète une autre qui fait veau en arrivant et qui est prise d’une pneumonie infectieuse dont elle va probablement crever. Hervé va à Nevers et commence à ranger dans la maison différentes choses dans la lingerie qui va faire le garde meubles.
26 Légère pluie. Michel met ses vaches au pré, c’est un mois trop tôt. Avec Hervé qui est beaucoup plus fort que moi, nous faisons ma déclaration d’impôt sur le revenu. C’est un casse tête dont j’aurais eu de la peine à sortir tout seul. Hervé apprend qu’il est nommé aux chantiers de la jeunesse à Pontgibaud. Gérard Clayeux est arrivé la nuit dernière aux Fougis, la série des garçons continue.
27 Pluie. Dimanche. Nous attaquons un excellent jambon préparé par Marcelle. Les Hervé lui font honneur car l’un et l’autre sont de gros appétits.
28 Avant de me coucher, j’avance ma pendule d’une heure. Hervé s’embarque à 12 h 40 à St Pierre , direction Riom et Châtelguyon pour voir ses futurs chefs, c’est ainsi que l’on nomme ceux qui commandent dans les chantiers de jeunesse et gagner ensuite Bulhon. Marcelle passe sa journée à Nevers pour ranger dans la maison. Mesdames de Mollins et Mabire viennent bien aimablement changer la poussière de place. Quant à moi, je bêche un des 4 carrés du rond.
29 Nous dînons sans lumière.
30 Les Massias et Suzanne Le Sueur viennent goûter.
31 M. Mauban me fait une visite pendant que sa femme accompagnée de 3 dames de Nevers fait une conférence aux ligueuses de St Parize et leur apprend à faire des escalopes de veau, sans viande mais avec du fromage caillé. Une cinquantaine de femmes assistaient à cette réunion qui avait été organisée par ma fille dans la salle de l’école libre.
2 Marie Thérèse et Marcelle partent de bonne heure pour la ville. L’une offre à déjeuner à l’autre. J’achète un bon veau à Le Sueur pour Calot pour 7 100 F.
3 A 7 h du soir, nous voyons arriver Augustin débarquant de la gare de Mars. Parti de Bulhon, hier avec Hervé à bicyclette, ils prennent à Maringues un car qui les conduit à Vichy, où ils remontent à cheval, direction St Géraud de Vaux où ils déjeunent. Ils goutent et couchent aux Gouttes, partent le lendemain à 2 heures pour Moulins où ils prennent le train, Augustin pour Mars et Hervé pour Nevers où il va retrouver sa femme. Il paraît qu’Edmond souffre assez sérieusement de névralgies.
4 Cheveux coupés par Mr Thierry. Marcelle accompagnée des Le Sueur, part à Chevenon au mariage Martimprey du Part. Le temps est un peu froid, mais superbe. Naturellement, Antoine arrive un peu avant 11 h, deux minutes avant Monseigneur, qui bénit l’union et fait un très beau discours. Nombreuse assistance dont toute la famille Bardin côtoyant les Damas, Montrichard, Nadaillac, Gindre etc. Lunch au château mi partie assis et debout dans 4 pièces. Fermiers et tenanciers es 2 familles déjeunaient dans l’orangerie. Un traiteur de Bourges était venu faire la cuisine. Guillaume du Verne avait rempli la camionnette d’Aïn Kala qui amène son vin à découvert de nombreux invités endimanchés, cela ressemblait à une mascarade de Mardi gras. Quant aux habitants du Colombier, ils étaient venus dans un autobus de ville d’eau. Gérard de Martinprey était là avec sa fiancée. A 6 h Hervé nous arrive à bicyclette et à 6 h ½ Simone et Hubert par le car. Il est superbe, grand pour son âge me dit-on et l’air malin, sa mère énorme, mais très en beauté. Hervé a deux furoncles sur la figure qui ne l’empêchent pas de dîner.
5 Le Colonel de Lécluse meurt à Nevers à l’âge de 85 ans, on l’enterre le 8 à Pazy près Corbigny. Mrg Chatelux meurt à Lyon où il s’était retiré près de Fourvière et on l’enterre aujourd’hui dans la cathédrale de Nevers. L’assistance est très grande. Hervé grimpé en haut de mon échelle double à 6 mètres 50 de haut pour couper une grosse branche d’orme, tombe en même temps que la branche sans rien se casser heureusement, seule l’échelle est en deux morceaux. Robet demandé ne trouve qu’un coup peu grave au ventre et ordonne un repos étendu pendant deux ou trois jours. Je profite du passage du docteur pour faire prendre ma tension qui est normale 17 et le cœur est bon, mais je dois continuer la digitaline et l’iodalose.
6 Augustin va à Nevers, il donne de l’eau bénite au Colonel de Lécluse, passe chez le notaire et le pharmacien.
7 Dimanche. Je conduis Simone à la messe avec mon âne. Hervé va bien. Antoine de Sansal déjeune avec nous. Maigre menu, notre boucher n’a pas la moindre viande. On se rabat sur un morceau de salé. Il fait un vent du Nord glacial. Nous nous régalons avec des chocolats envoyés de la Mse de Sévigné par G de Rouville.
8 Augustin va à Nevers voir le notaire et déjeuner chez les Sansal. Marcelle montre à Hervé nos limites de bois y compris le Ravin. Ils rencontrent Couturier qui était venu pour chasser le sanglier et qui a tué un renard.
9 Mardi gras. Beau soleil. Glace le matin. Poule au riz.
10 Je vais recevoir les Cendres. Augustin va à Nevers à bicyclette pour se faire arracher une dent chez Magdinier.
11 Hervé va à Nevers, où il achète une remorque pour sa bicyclette chez Morizot pour mille francs. Visite des Antoine Robert et de Marie Thérèse. Suzanne Le Sueur vient goûter. Téléphone de Cécile qui nous dit que le 7 le bombardement Anglo américain sur Rennes a été terrible. Près de 300 morts dans le quartier de la gare.
12 Augustin nous quitte, il a hâte de retourner à Bulhon, une lettre de Miette lui annonçant deux mauvaises nouvelles. Le jardinier est malade et une de leurs vaches Bretonnes a dû être abattue. Dédette après avoir subi une petite opération dans une clinique est en convalescence chez les Léotard. Marcelle et Hervé vont faire une visite à Gy au père Barillet qui est assez fatigué.
13 Marcelle va à Nevers assister à une messe de quarantaine pour Geneviève de Maumigny., déjeuner chez les Mollins et trouver à 2 h ½ madame Clech 42 rue de l’Oratoire pour lui louer le 1er étage de notre maison, Marie Antoinette du Verne ayant retenu le rez-de-chaussée pour ses œuvres.
14 Dimanche. Je conduis Simone à la messe que je ne peux pas lire, on m’a pris les lunettes que je laisse habituellement dans le banc de fabrique pour cet usage.
15 Marcelle et Hervé vont visiter nos bois de St Ouen, où les coupes de 40 et 41 ne sont pas encore terminées et dans celle de cette année il n’y a que deux vieux ouvriers. Ils reviennent par chez les du Part qui attendent les jeunes mariés demain. Il fait nuit depuis une heure quand ils rentrent pour dîner. Je me fâche contre ma chère fille qui adore les promenades après le coucher du soleil. Lettre de Roger qui tue des quantités de sangliers et qui se plaint de la grande sécheresse. Il attend sans enthousiasme son 5 éme petit fils. Bien des gens me demandent des nouvelles de Cécile après le bombardement de Rennes.
16 J’oublie mon rosaire, Marcelle aussi.
17 Hervé va se faire couper les cheveux à Magny. Il en revient avec une coupe nouvelle mode, comme un pelé. Nous lui rions au nez en nous moquant de lui. Visite du ménage Chleq, qui vient nous demander à louer le 1er étage de notre maison de Nevers, rendez-vous est pris pour le 24 pour examiner sur place les réparations qu’ils demandent.
18 Aux Champs blonds, Chassagnon paye la corde de cimiot à Camille Moquera 120 F et la vend prise au bois 300 F (2 stères 33). Richard et Michel la mènent à Nevers pour 350, ce qui fait 650 F plus l’octroi. (mention marginale : bois) A 6 h du soir, une dépêche nous annonce la mort du Général du Part.
19 St Joseph. Je m’approche de la Sainte Table. Il y a peu de monde à la messe, qui du reste est célébrée avec une grande simplicité et sans enfant de chœur. Visite de Paulette qui parle avec volubilité. Toujours la fâcheuse sécheresse. Tournée du contrôleur dans les greniers poulaillers et clapiers pour vérifier les déclarations de chacun.
20 Marcelle emmène Hervé visiter les domaines d’Azy. Chez Renaud tout va bien, il a 16 veaux. Chez Bringault, il y a 8 vaches qui sont vides, mais on leur offre à goûter et on leur donne une belle miche de pain blanc et de la farine à rapporter. J’ai la visite de Jean Guillemain. Anne de Rouville nous arrive pour dîner et passer 48 h. Le chien Farino n’étant en rien bon pour signaler le passage des intrus, je le noie dans l’étang. Lettre de Dédette qui tient compagnie à Madame de Léotard qui n’a aucune nouvelle de son mari emmené il y a une dizaine de jours par la Gestapo avec son chef, le colonel de La Roque dans une destination inconnue d’elle. Hervé a reçu d’Aix une proposition pour entrer dans la D.C.A. Il ne sait que répondre.
21 Dimanche. Je conduis Simone à la messe. Ma Normande met son premier veau au monde. Il est énorme. Je suis tout triste, tant de choses contribuent à assombrir l’avenir, cette horrible guerre qui ne veut pas finir, le brave Maréchal critiqué par bien des gens, le désaccord entre amis, les uns sont pour les Anglo américains, les autres contre, les communistes qui relèvent la tête, les difficultés que j’ai à faire ma déclaration d’impôts sur le revenu pour remplir les nouveaux imprimés auxquels je ne comprends rien, la sècheresse qui règne depuis le 14 février, plus de foin sur les lassies, pas d’herbe dans les prés, les avoines ne peuvent pas naître, que vont devenir mes petits fils, pas de nouvelles de Valence, hésitation d’Hervé pour savoir s’il va répondre à l’offre qui lui est faite d’entrer dans la DCA dans l’état de sa femme qui attend prochainement un second enfant ce qui ne l’empêche pas d’aller à pied goûter à Villard manoir. Hervé va à St Ouen relever sur la matrice cadastrale les numéros de nos bois, car nous payons pour 5 hectares qui ne nous appartiennent plus, pour réclamer au contrôleur.
23 Montrichard a la complaisance de nous conduire à Nevers Simone Hervé et moi. Nous déjeunons chez Madame de Sansal. Le contrôleur des contributions veut bien me recevoir et préparer avec moi ma déclaration d’impôt sur le revenu à laquelle je ne comprends rien et j’ai vu qu’il n’y comprenait pas beaucoup plus que moi. Passé chez Adenot pour assurer deux juments poulinières pour la mise bas, coût 2 900 F. Visite à Madame de Pardieu qui est peinte comme un vieux tableau et à la toujours aimable Jeanne de Mollins qui avait chez elle Germaine de Savigny, qui m’a dit que son frère Henri prisonnier en Allemagne était assez gravement malade. J’essaie un complet chez le tailleur Bourcicot. En rentrant à Tâches je trouve les petites sœurs des pauvres avec cocher et cheval qui viennent nous demander à dîner et à coucher. Il n’y a plus d’eau dans la Loire.
24 Marcelle et Hervé partent de bonne heure, passent par Le Mou où ils sont retenus par le fermier Garnet qui leur offre un bon déjeuner. A Nevers, ils retrouvent rue de l’Oratoire Mme Chleq et Marie Antoinette pour s’entendre au sujet de la location. Il tombe 25 gouttes de pluie dans la soirée.
25 Mon jardinier achète pour 750 F un petit cochon à Calot. Il n’a rien pour le nourrir, ce sont mes faibles réserves qui vont y passer. Lettre d’Augustin qui a toute la guigne possible, il a été obligé d’abattre une vache qui n’a pas pu mettre bas, il en achète une autre qui fait veau en arrivant et qui est prise d’une pneumonie infectieuse dont elle va probablement crever. Hervé va à Nevers et commence à ranger dans la maison différentes choses dans la lingerie qui va faire le garde meubles.
26 Légère pluie. Michel met ses vaches au pré, c’est un mois trop tôt. Avec Hervé qui est beaucoup plus fort que moi, nous faisons ma déclaration d’impôt sur le revenu. C’est un casse tête dont j’aurais eu de la peine à sortir tout seul. Hervé apprend qu’il est nommé aux chantiers de la jeunesse à Pontgibaud. Gérard Clayeux est arrivé la nuit dernière aux Fougis, la série des garçons continue.
27 Pluie. Dimanche. Nous attaquons un excellent jambon préparé par Marcelle. Les Hervé lui font honneur car l’un et l’autre sont de gros appétits.
28 Avant de me coucher, j’avance ma pendule d’une heure. Hervé s’embarque à 12 h 40 à St Pierre , direction Riom et Châtelguyon pour voir ses futurs chefs, c’est ainsi que l’on nomme ceux qui commandent dans les chantiers de jeunesse et gagner ensuite Bulhon. Marcelle passe sa journée à Nevers pour ranger dans la maison. Mesdames de Mollins et Mabire viennent bien aimablement changer la poussière de place. Quant à moi, je bêche un des 4 carrés du rond.
29 Nous dînons sans lumière.
30 Les Massias et Suzanne Le Sueur viennent goûter.
31 M. Mauban me fait une visite pendant que sa femme accompagnée de 3 dames de Nevers fait une conférence aux ligueuses de St Parize et leur apprend à faire des escalopes de veau, sans viande mais avec du fromage caillé. Une cinquantaine de femmes assistaient à cette réunion qui avait été organisée par ma fille dans la salle de l’école libre.
3.6.10
FEVRIER 1943
1 Marcelle enfourche sa bicyclette pour aller à St Pierre prendre le train de 12 h 40 direction les Gouttes où elle veut aller voir sa vieille tante et ensuite si possible à Boutavent pour embrasser Yvonne et ses trois filles. Son train a deux heures de retard. Les gardes du SHC font un procès à Asselineau qu’ils prennent surveillant une tente de collets.
2 La Chandeleur. Edmond a aujourd’hui 64 ans. Miette nous revient par le train de 18 h 40. Elle est accompagnée d’Eliane Villedey qui vient passer quelques jours ici. La conversation ne chôme pas jusqu’à 11 h du soir.
3 Les gardes du SHC prennent Dupré surveillant une tente de collet dans le champ de Nevers, où il râpe de l’épine, d’où nouveau procès. Mes 3 filles déjeunent chez leur amie Paulette Le Sueur.
4 Pluie. Marcelle revient pour dîner après trois dures journées en chemin de fer, car, autos et surtout bicyclette dont 25 kilomètres sous une pluie battante. Enfin elle est venue à bout de son programme, c'est-à-dire Les Gouttes le 1 et le 2, Boutavent le 3. Elle y va par Le Donjon, Marigny et Cluny. Elle trouve Yvonne assez maigre et les petites en bon état. Madame de Valence l’accueille très aimablement, mais bien simplement. Elle n’a pas de domestique et sa fille Yvonne et elle-même font le service. Il y a de très beaux meubles dans le salon. Pour le retour, Marcelle et sa nièce vont à Cluny à bicyclette, là elles prennent un taxi qui les mène à La Clayette. Là elles se séparent. Marcelle prend sa monture jusqu’à Roanne où elle prend pour Nevers, d’où elle nous arrive encore à vélo, pas trop fatiguée.
5 Premier vendredi. Je m’approche de la Ste Table avec mes petites filles et Eliane. A midi, téléphone de Geneviève Clayeux disant que le Lt Plessart qui tenait garnison avec Jean a été fait prisonnier et rapatrié en France par les Boches en avion. Il est à Roanne et prie d’avertir sa femme qui est à Rennes. C’est ce que nous faisons. Il nous apprend que Jean après s’être battu en Novembre est maintenant à Oudjda. Paulette Le Sueur arrive pour gouter, en apportant des gâteaux. On fait l’obscurité dans la salle à manger, où sont allumées 25 bougies en l’honneur des 25 ans d’Eliane Villedey. Je fais remplacer dans l’avenue 3 érables qui sont morts. Plusieurs hommes de la Commune passent une visite médicale en vue d’être envoyés en Allemagne comme travailleurs, dont le domestique des Petites Granges. Il ne nous restera personne dans les champs.
6 La commandantur se charge de faire elle-même les réquisitions de pommes de terre d’œufs et d’avoine, même où il n’y en a pas. Elle exige que chaque commune garde pendant les nuits les voies de chemin de fer qui les traversent. Les hommes de 18 à 60 ans devront assurer ce service. Ils seront payés 7 francs par heure et chaque équipe veillera 3 nuits de suite. Mes trois filles vont déjeuner à Nevers où elles retrouvent Paule de Villaines à la Dame Blanche. Elles goutent chez Melle Franc Bernard avec les Sansal. A 2 h, Marcelle accompagnée de Picard, mon homme d’affaires, font avec Gonin, le locataire de notre maison, l’inventaire de celle-ci, qu’il quitte. Marie Antoinette du Verne, nous la demande pour ses œuvres.
7 St Blaise. Beaucoup d’hommes de la confrérie à la Messe. Je me fais inscrire dans ses rangs, j’aurais dû le faire depuis longtemps. Eliane Villedey nous quitte pour aller voir sa jeune sœur qui est en pension à Chantenay.
8 Mes petites filles retournent à Bulhon. C’est toujours avec un gros serrement de cœur que je vois un des miens me quitter, car je me demande si ce n’est pas pour la dernière fois. J’ai dit plus haut qu’à Rennes, elles avaient été invitées à gouter chez Madame Hubert. Cécile nous écrit que Miette avait été remarquée par un de ses fils qui demande à la revoir. Celle-ci interrogée, dit qu’elle n’y tenait pas. C’est toujours flatteur.
9 Pluie. Le chien Farinot s’étant sauvé et réfugié au Colombier, Marcelle va y déjeuner pour le ramener. Pendant ce temps, je vends la coupe de St Ouen à Magdinier, que je ne connais guère, mais il me donne un gros acompte en signant le marché, ce qui est la meilleure des garanties.
10 Journée sans histoire. Carte d’Yvonne.
11 Madame de Lépinière et sa fille Marie Thérèse viennent passer la journée avec nous par l’autobus.
12 Gabriel Dervault se remarie avec une veuve de 65 ans qui a un château, Mme de La Thibaudière, très bien de sa personne. Cet animal a eu le talent d’épouser deux jolies veuves. Les Guillemain viennent de vendre salle Drouot une bergère Louis XV qui était dans leur salon de Corbigny pour 220 000 F. La tapisserie était très râpée et il lui manquait un pied. Téléphone de Cécile qui a eu la visite du Ct Pressard dont la mère habite Rennes et dont la femme et les enfants sont à Oujda avec Jean. Il a été ramené en France le 19 janvier avec un avion Boche. Marcelle goute chez les Le Sueur qui lui vendent une épaule de mouton, 20 F la livre, celle du cochon en vaut 25 poids vif. Je dis à Faucher de me faire une corde sciée à 0,33 pour qu’il entre dans le poêle du vestibule.
13 Monsieur de Costa étant chez son coiffeur à Morlaix a été tué par un éclat d’obus lancé par les Anglais.
14 Dimanche. Marcelle va gouter à La Chasseigne. C’est elle qui lui apprend la mort de son cousin germain.
15 Pluie. Carte d’Augustin. Farino apporte à la cuisine un lapin qui a un collet au cou.
16 Neige. Suzanne Le Sueur déjeune et passe la journée avec nous. Elle est vraiment très agréable. Jean m’emmène voir des veaux à Chéron et à Dérhé.
17 La loi sur les successions ayant été mal interprétée par le notaire d’Yvonne, celle-ci a encore à verser au fisc 207 000 F et cependant parce que son père a été tué au champ d’honneur, les droits à payer pour l’héritage de son grand père ne sont que ceux de père à fille. Heureusement que je peux lui venir en aide de même que je viens de le faire en faveur des Riberolles pour la succession d’Edith. Marcelle trouvera sa part sur la valeur du cheptel qui a monté considérablement ces années dernières et sur celle des bois.
18 -5°. Carmen et Simone passent la journée avec nous. Cette dernière qui attend dans 3 mois est énorme. Nous leur faisons manger notre dernière dinde et un fromage à la crème, ce qu’on mesure au compte gouttes car le lait devient une rareté (Mention marginale : St Ouen) Les Soultrait ont 183 hectares de bois et la Commune ne leur demande que 40 stères de chauffage à fournir aux Allemands, le même nombre qu’à mes filles qui n’en ont que 95. Les Féligonde nous téléphonent la mort de Geneviève de Maumigny.
19 -5°. Moreau nous emmène à Nevers. J’en profite pour donner l’ordre au Crédit Agricole d’envoyer 150 000 F au notaire d’Yvonne pour payer au fisc un supplément aux droits de succession qu’elle a déjà payés pour son grand père. Ils sont énormes et cependant ils ne sont que de père à enfant parce que le sien a été tué à l’autre guerre. J’envoie aussi à Augustin leur part dans le premier versement du bois de St Ouen. Je vais voir Hubert qui fait honneur à sa nourrice. C’est un superbe gars aux yeux bleus et aux cheveux blonds qui a 7 dents et qui commence à marcher. Marcelle revient à bicyclette et va à 2 h retrouver Picard dans notre maison pour parler de la location. Marie Antoinette du Verne prendra le rez-de-chaussée pour ses œuvres. Lettre de Roger de La Brosse qui a été assez fatigué.
20 -3°. Marcelle va en bécane jusqu’à Limont rendre un dernier devoir à sa bonne amie Geneviève de Maumigny, morte à 56 ans après une longue maladie. Elle déjeune avec la famille et goute au Chazeau en revenant.
21 Dimanche. En l’absence de sa femme, Montrichard vient déjeuner avec nous par un temps radieux.
22 J’envoie à Maître Lefeuvre notaire à Rennes, un chèque postal de 150 000 F pour payer les droits de succession qu’Yvonne doit verser pour l’héritage de son grand père. Ils sont énormes n’étant cependant que ceux de père à fille, parce que le sien est mort en 1914 au champ d’honneur. Avec Gonin et mon jardinier, je fais dégager la bonde métallique de l’étang Américain à l’aide d’un tombereau. Je voudrais changer mon vieil âne contre un jeune. On m’en offre un à Mars pour 30 000 F. Je recule devant ce prix astronomique. Il fait un temps d’été.
23 J’envoie à Madame de Brezé et de Villaine une offrande pour la quête des petites sœurs des pauvres. Il fait un temps idéal, on peut rester assis dehors comme hier.
24 Koutchi nous fait part des fiançailles de Gérard avec Monique de Foulque. Guite nous écrit que Tours a été bombardé par les Anglais 3 jours de suite, plusieurs morts et de nombreuses machines de chemin de fer détruites. Je finis d’aménager la chaussée de l’étang des Chaumes Vieilles. La ligne de démarcation entre les zones prendra fin le premier mars.
25 Monsieur le curé déjeune avec nous et à gouter nous avons la charmante Melle Valois. Je termine ma chaussée d’étang et je constate avec peine que la bonde est trop élevée d’une dizaine de centimètres. Cécile nous envoie ½ livre de beurre qui est la bienvenue. Elle ne sera pas dans la zone interdite.
26 Marcelle loue à Naudin pour 400 F une chambre attenant à sa maison pour y installer une pharmacie. Bertrand, apothicaire à Nevers lui ayant procuré à prix coutant des remèdes utiles que les gens du pays trouveront là sans aller les chercher au loin. Pour y mettre aussi les provisions que propriétaires et fermiers voudront bien leur envoyer : haricots, farine, sucre etc. pour faire des colis pour les prisonniers de la commune qui sont peu fortunés. Je vends à Dufour à la scierie de St Pierre un orme loupé pour 800 F et un autre qui ne l’est pas 400 F le stère. De Moulins, Edmond nous téléphone qu’Augustin nous fait dire qu’avec Hervé, il viendra nous voir en bicyclette la semaine prochaine et qu’ils feront escale aux Gouttes.
27 Je perds la parole pendant quelques heures avec assez violent mal de tête, ça se passe pendant la nuit. Marcelle me fait une piqure d’arécoline. Cécile nous téléphone que Rennes a été bombardé, mais qu’elle n’a pas de mal. Carte d’Hervé nous annonçant que la ligne de démarcation allant être supprimée le 4 mars à Moulins, il viendrait nous voir avec son père à bicyclette.
28 Dimanche. En allant à la messe, je porte différentes choses dans l’officine de Marcelle.
2 La Chandeleur. Edmond a aujourd’hui 64 ans. Miette nous revient par le train de 18 h 40. Elle est accompagnée d’Eliane Villedey qui vient passer quelques jours ici. La conversation ne chôme pas jusqu’à 11 h du soir.
3 Les gardes du SHC prennent Dupré surveillant une tente de collet dans le champ de Nevers, où il râpe de l’épine, d’où nouveau procès. Mes 3 filles déjeunent chez leur amie Paulette Le Sueur.
4 Pluie. Marcelle revient pour dîner après trois dures journées en chemin de fer, car, autos et surtout bicyclette dont 25 kilomètres sous une pluie battante. Enfin elle est venue à bout de son programme, c'est-à-dire Les Gouttes le 1 et le 2, Boutavent le 3. Elle y va par Le Donjon, Marigny et Cluny. Elle trouve Yvonne assez maigre et les petites en bon état. Madame de Valence l’accueille très aimablement, mais bien simplement. Elle n’a pas de domestique et sa fille Yvonne et elle-même font le service. Il y a de très beaux meubles dans le salon. Pour le retour, Marcelle et sa nièce vont à Cluny à bicyclette, là elles prennent un taxi qui les mène à La Clayette. Là elles se séparent. Marcelle prend sa monture jusqu’à Roanne où elle prend pour Nevers, d’où elle nous arrive encore à vélo, pas trop fatiguée.
5 Premier vendredi. Je m’approche de la Ste Table avec mes petites filles et Eliane. A midi, téléphone de Geneviève Clayeux disant que le Lt Plessart qui tenait garnison avec Jean a été fait prisonnier et rapatrié en France par les Boches en avion. Il est à Roanne et prie d’avertir sa femme qui est à Rennes. C’est ce que nous faisons. Il nous apprend que Jean après s’être battu en Novembre est maintenant à Oudjda. Paulette Le Sueur arrive pour gouter, en apportant des gâteaux. On fait l’obscurité dans la salle à manger, où sont allumées 25 bougies en l’honneur des 25 ans d’Eliane Villedey. Je fais remplacer dans l’avenue 3 érables qui sont morts. Plusieurs hommes de la Commune passent une visite médicale en vue d’être envoyés en Allemagne comme travailleurs, dont le domestique des Petites Granges. Il ne nous restera personne dans les champs.
6 La commandantur se charge de faire elle-même les réquisitions de pommes de terre d’œufs et d’avoine, même où il n’y en a pas. Elle exige que chaque commune garde pendant les nuits les voies de chemin de fer qui les traversent. Les hommes de 18 à 60 ans devront assurer ce service. Ils seront payés 7 francs par heure et chaque équipe veillera 3 nuits de suite. Mes trois filles vont déjeuner à Nevers où elles retrouvent Paule de Villaines à la Dame Blanche. Elles goutent chez Melle Franc Bernard avec les Sansal. A 2 h, Marcelle accompagnée de Picard, mon homme d’affaires, font avec Gonin, le locataire de notre maison, l’inventaire de celle-ci, qu’il quitte. Marie Antoinette du Verne, nous la demande pour ses œuvres.
7 St Blaise. Beaucoup d’hommes de la confrérie à la Messe. Je me fais inscrire dans ses rangs, j’aurais dû le faire depuis longtemps. Eliane Villedey nous quitte pour aller voir sa jeune sœur qui est en pension à Chantenay.
8 Mes petites filles retournent à Bulhon. C’est toujours avec un gros serrement de cœur que je vois un des miens me quitter, car je me demande si ce n’est pas pour la dernière fois. J’ai dit plus haut qu’à Rennes, elles avaient été invitées à gouter chez Madame Hubert. Cécile nous écrit que Miette avait été remarquée par un de ses fils qui demande à la revoir. Celle-ci interrogée, dit qu’elle n’y tenait pas. C’est toujours flatteur.
9 Pluie. Le chien Farinot s’étant sauvé et réfugié au Colombier, Marcelle va y déjeuner pour le ramener. Pendant ce temps, je vends la coupe de St Ouen à Magdinier, que je ne connais guère, mais il me donne un gros acompte en signant le marché, ce qui est la meilleure des garanties.
10 Journée sans histoire. Carte d’Yvonne.
11 Madame de Lépinière et sa fille Marie Thérèse viennent passer la journée avec nous par l’autobus.
12 Gabriel Dervault se remarie avec une veuve de 65 ans qui a un château, Mme de La Thibaudière, très bien de sa personne. Cet animal a eu le talent d’épouser deux jolies veuves. Les Guillemain viennent de vendre salle Drouot une bergère Louis XV qui était dans leur salon de Corbigny pour 220 000 F. La tapisserie était très râpée et il lui manquait un pied. Téléphone de Cécile qui a eu la visite du Ct Pressard dont la mère habite Rennes et dont la femme et les enfants sont à Oujda avec Jean. Il a été ramené en France le 19 janvier avec un avion Boche. Marcelle goute chez les Le Sueur qui lui vendent une épaule de mouton, 20 F la livre, celle du cochon en vaut 25 poids vif. Je dis à Faucher de me faire une corde sciée à 0,33 pour qu’il entre dans le poêle du vestibule.
13 Monsieur de Costa étant chez son coiffeur à Morlaix a été tué par un éclat d’obus lancé par les Anglais.
14 Dimanche. Marcelle va gouter à La Chasseigne. C’est elle qui lui apprend la mort de son cousin germain.
15 Pluie. Carte d’Augustin. Farino apporte à la cuisine un lapin qui a un collet au cou.
16 Neige. Suzanne Le Sueur déjeune et passe la journée avec nous. Elle est vraiment très agréable. Jean m’emmène voir des veaux à Chéron et à Dérhé.
17 La loi sur les successions ayant été mal interprétée par le notaire d’Yvonne, celle-ci a encore à verser au fisc 207 000 F et cependant parce que son père a été tué au champ d’honneur, les droits à payer pour l’héritage de son grand père ne sont que ceux de père à fille. Heureusement que je peux lui venir en aide de même que je viens de le faire en faveur des Riberolles pour la succession d’Edith. Marcelle trouvera sa part sur la valeur du cheptel qui a monté considérablement ces années dernières et sur celle des bois.
18 -5°. Carmen et Simone passent la journée avec nous. Cette dernière qui attend dans 3 mois est énorme. Nous leur faisons manger notre dernière dinde et un fromage à la crème, ce qu’on mesure au compte gouttes car le lait devient une rareté (Mention marginale : St Ouen) Les Soultrait ont 183 hectares de bois et la Commune ne leur demande que 40 stères de chauffage à fournir aux Allemands, le même nombre qu’à mes filles qui n’en ont que 95. Les Féligonde nous téléphonent la mort de Geneviève de Maumigny.
19 -5°. Moreau nous emmène à Nevers. J’en profite pour donner l’ordre au Crédit Agricole d’envoyer 150 000 F au notaire d’Yvonne pour payer au fisc un supplément aux droits de succession qu’elle a déjà payés pour son grand père. Ils sont énormes et cependant ils ne sont que de père à enfant parce que le sien a été tué à l’autre guerre. J’envoie aussi à Augustin leur part dans le premier versement du bois de St Ouen. Je vais voir Hubert qui fait honneur à sa nourrice. C’est un superbe gars aux yeux bleus et aux cheveux blonds qui a 7 dents et qui commence à marcher. Marcelle revient à bicyclette et va à 2 h retrouver Picard dans notre maison pour parler de la location. Marie Antoinette du Verne prendra le rez-de-chaussée pour ses œuvres. Lettre de Roger de La Brosse qui a été assez fatigué.
20 -3°. Marcelle va en bécane jusqu’à Limont rendre un dernier devoir à sa bonne amie Geneviève de Maumigny, morte à 56 ans après une longue maladie. Elle déjeune avec la famille et goute au Chazeau en revenant.
21 Dimanche. En l’absence de sa femme, Montrichard vient déjeuner avec nous par un temps radieux.
22 J’envoie à Maître Lefeuvre notaire à Rennes, un chèque postal de 150 000 F pour payer les droits de succession qu’Yvonne doit verser pour l’héritage de son grand père. Ils sont énormes n’étant cependant que ceux de père à fille, parce que le sien est mort en 1914 au champ d’honneur. Avec Gonin et mon jardinier, je fais dégager la bonde métallique de l’étang Américain à l’aide d’un tombereau. Je voudrais changer mon vieil âne contre un jeune. On m’en offre un à Mars pour 30 000 F. Je recule devant ce prix astronomique. Il fait un temps d’été.
23 J’envoie à Madame de Brezé et de Villaine une offrande pour la quête des petites sœurs des pauvres. Il fait un temps idéal, on peut rester assis dehors comme hier.
24 Koutchi nous fait part des fiançailles de Gérard avec Monique de Foulque. Guite nous écrit que Tours a été bombardé par les Anglais 3 jours de suite, plusieurs morts et de nombreuses machines de chemin de fer détruites. Je finis d’aménager la chaussée de l’étang des Chaumes Vieilles. La ligne de démarcation entre les zones prendra fin le premier mars.
25 Monsieur le curé déjeune avec nous et à gouter nous avons la charmante Melle Valois. Je termine ma chaussée d’étang et je constate avec peine que la bonde est trop élevée d’une dizaine de centimètres. Cécile nous envoie ½ livre de beurre qui est la bienvenue. Elle ne sera pas dans la zone interdite.
26 Marcelle loue à Naudin pour 400 F une chambre attenant à sa maison pour y installer une pharmacie. Bertrand, apothicaire à Nevers lui ayant procuré à prix coutant des remèdes utiles que les gens du pays trouveront là sans aller les chercher au loin. Pour y mettre aussi les provisions que propriétaires et fermiers voudront bien leur envoyer : haricots, farine, sucre etc. pour faire des colis pour les prisonniers de la commune qui sont peu fortunés. Je vends à Dufour à la scierie de St Pierre un orme loupé pour 800 F et un autre qui ne l’est pas 400 F le stère. De Moulins, Edmond nous téléphone qu’Augustin nous fait dire qu’avec Hervé, il viendra nous voir en bicyclette la semaine prochaine et qu’ils feront escale aux Gouttes.
27 Je perds la parole pendant quelques heures avec assez violent mal de tête, ça se passe pendant la nuit. Marcelle me fait une piqure d’arécoline. Cécile nous téléphone que Rennes a été bombardé, mais qu’elle n’a pas de mal. Carte d’Hervé nous annonçant que la ligne de démarcation allant être supprimée le 4 mars à Moulins, il viendrait nous voir avec son père à bicyclette.
28 Dimanche. En allant à la messe, je porte différentes choses dans l’officine de Marcelle.
2.6.10
JANVIER 1943
1 Dégel. Les chemins sont si mauvais que je ne peux pas aller à la messe. Au coin du feu je demande au Bon Dieu d’envoyer une paix prochaine à notre malheureuse France. J’ai des lettres de tous mes petits enfants sauf Valence, Kiki m’écrit son premier mot, Yvonne me dit qu’elle travaille bien. Téléphone de Cécile. Lettre de Pierre Tassain qui ne m’oublie jamais. Il vit seul à Nevers, fait son marché, sa cuisine et des économies. Pour qui ?
2 Journée sans histoire.
3 Dimanche. Messe, pas de Vêpres. Lettre de la Mse de Chargères qui déplore de voir tant de Français se diviser. Moi qui suis très panache, je garde mes préférences au chef que nous avons et non à ces Anglais qui ont toujours désiré notre ruine dans tous les siècles de notre histoire.
4 J’ai la visite du garde Joly qui me parle de la réquisition du bois de chauffage et de la difficulté de trouver des ouvriers pour le faire faire. Je vais en prévenir le Maire. Visite des Massias qui emmènent Marcelle goûter chez les Le Sueur. Nous tuons un cochon de 80 kilos mis au saloir par le boucher Renaud. Marcelle envoie un jambon à Monnier et une épaule aux Jacquemard. Suzanne de Rouville me comble, je reçois une boîte de chocolats de chez Marquis, ceci pour reconnaître l’abandon que je fais en sa faveur du tabac que je touche chaque mois et qui n’est pas une privation pour moi.
5 +6°. Il fait plus chaud dehors que dans ma chambre. La buée est à l’extérieur. Suzanne Le Sueur et Jean viennent nous souhaiter la bonne année. Leclercq me fait espérer qu’il pourra me donner les 40 stères de bois qu’on me demande à St Ouen pour la réquisition.
6 Jean Le Sueur devait nous conduire à Nevers, son gazo n’a pas voulu partir. Je fais rouler de la pierre cassée provenant des baraques du camp sur le chemin du domaine qui est complètement défoncé. Le père Michel l’écarte.
7 Les Le Sueur emmènent Marcelle à Nevers avant déjeuner et Moreau m’y conduit après. Je visite le concours agricole. Dosson de La Grace a tous les premiers prix. Les ventes vont vite et tous les veaux partent pour de gros prix. Je passe chez Picard mon homme d’affaires qui est mon intermédiaire avec mon locataire Gonin qui me paye en retard et prétend que je ne peux pas le mettre à la porte. Je patiente ayant très peur de voir entrer les Allemands chez moi, s’ils voyaient la maison libre car il la leur signalerait. Visite à Jeanne de Mollins. Les Gabriel Mathieu nous amènent M.A. du Verne qui vient très aimablement passer 48 h avec nous.
8 Carte de Dédette qui nous annonce qu’avec Miette, elle viendra nous voir le 12. Lettre de Berthe qui accuse réception à Marcelle d’un chèque de 2 500 F qu’elle lui a envoyé, Aline, Geneviève et Edmond l’ayant prié de le lui faire parvenir pour venir au secours de sa détresse. C’est bien généreux et gentil de leur part. Paulette Le Sueur est venu apprendre à ma fille à faire de la galette à la grignaude. On enterre aujourd’hui le Ct Bouchacourt âgé de 78 ans, mort à la suite d’une courte maladie. Ses derniers jours ont été très attristés, le ménage de son fils marchant très mal. Mgr Fillon, archevêque de Bourges est enterré également aujourd’hui, victime des Boches. Un jour où il avait besoin de changer de zone, ils l’ont fait déshabiller et l’ont laissé tout nu pendant un ¼ d’heure dans une pièce froide d’où pneumonie et mort.
9 Tournée des agents du S.H.C. qu’on voit rarement.
10 Pluie. Dimanche. Bien peu de monde à la messe. Les femmes brillent par leur absence. Paulette Le Sueur vient manger des pieds de cochon avec nous. Elle est agréable, avec l’exubérance de son père. Madigner me paye l’écornage des arbres de lisière du bois des Antes. Les prés sont à blanc d’eau.
11 Pluie. Les fossés débordent partout. Il a encore plu toute la nuit. J’espère que le puits du Lieu Maslin que l’on voussait chaque matin est enfin rempli. Carte d’Yvonne qui n’a toujours pas de nouvelles de Jean.
12 Orage, grêle, pluie, tempête. A 6 h ½ Marcelle prend Jaurès et descend à Mars au devant de Miette et Dédette qui nous viennent pour quelque temps et pour rapporter les valises pendant qu’elles montent sur leurs bicyclettes. Elles arrivent trempées mais avec bonne mine. Nous gibernons jusqu’à 11 h. J’ai la visite de Bongrand, marchand de bois, accompagné de mon garde Joly. Nous ébauchons un marché pour ma coupe mais ne concluons pas.
13 Tempête qui découvre en partie la grange du domaine du petit château. Pourrais-je la réparer car on ne trouve plus ni tuiles ni lattes. Le côté couchant avait été fait il y a quelques années et j’attendais des jours meilleurs pour refaire l’autre côté. J’ai eu tort.
14 La tempête continue jusqu’à midi. Paulette Le Sueur vient voir mes petites filles. La conversation ne chôme pas. J’envoie au notaire Gallicher un chèque de 134 000 francs pour payer les droits de succession de ma chère fille. Jeanne de Mollins téléphone à Marcelle pour lui demander si elle n’aurait pas quelque chose à lui envoyer à manger. Ils meurent de faim.
15 Nous avons la visite des Gabriel Mathieu, toujours très agréables. Lettre de Cécile qui attend ses nièces. Ses amies la ravitaillent copieusement.
16 Mon rosaire. J’ai un peu de trouble dans la vue et la parole pendant une heure. Miette me fait une piqure d’Arécoline. André Robert va un peu mieux. A la suite d’une congestion pulmonaire, on l’a cru perdu. Pendant 48 h sa fille Jalenques est près de lui. Ceci écrit de Moulins par Edmond qui dit que l’assistance au concours agricole est très brillante. Marcelle, Miette et Dédette vont à Nevers à bicyclette. Les petites déjeunent avec Paule de Villaine à qui elles ont donné rendez-vous.
17 Jacques de La Brosse de passage dans la Nièvre en se rendant à Paris, s’arrête ici pour déjeuner et manger notre dernière dinde.
18 Mes petites filles vont coucher chez les Sansal pour prendre demain le train à 5 h 45 pour Paris, où elles doivent passer 3 jours à Asnières chez leur amie Madame Brucy et aller ensuite à Rennes. J’envoie à la réquisition une vache de Calot pesant 560 kg et ma vieille Bretonne pesant 380 kg.
19 +8°. Madame de Montrichard vient nous voir à pied. Le plus jeune des petits Michel se casse une jambe en tombant d’une échelle. Il fait un temps de printemps.
20 Je fais faire un fossé le long de la clôture qui sépare le pré de la Joie de celui des Petites Granges pour empêcher les animaux de se mélanger. Pierre Lavergne commence à réparer la grange du domaine. Il met le peu de tuiles mécaniques qui lui restent à la place des vieilles petites tuiles. Il est loin d’en avoir assez.
21 Cholette de Sandol et Bernadette de Noblet viennent à bicyclette déjeuner avec nous. Cette dernière est une superbe fille. A 2 h je vais à St Parize enterrer la femme Couillard née Bignolet. A 4 h ½, Marcelle prend part à un grand gouter donné au manoir de Villar pour fêter les 18 ans de Guite Le Sueur. Tout le voisinage était là : Grincour, Gozard, de Fontenay Thonnier et deux camarades de pension. Anne de Rouville et Solange de Barrau que Marcelle qui aime toujours avoir du monde amène dîner et coucher ici.
22 +12°. Temps doux, idéal. J’ai la tête un peu lourde, aussi Marcelle me fait une autre piqure d’Ascéoline.
23 Moreau m’amène à Nevers où j’essaye mon complet chez le tailleur Bourriquat. La maison de Marie Antoinette du Verne est fermée, mais je suis reçu par Marguerite Pinet qui m’apprend que sa fille a réintégré le domicile conjugal où elle a trouvé Madame Dugas qui a 98 ans. A Nevers ni fromage ni chocolat auquel j’ai droit.
24 Dimanche. Je marque dans la carrière des Chétives Vignes 50 pieux d’acacias pour faire une clôture dans les craies du domaine du Pied Prot. Dervault de St Parize revenu de captivité a l’impression que les Boches se considèrent comme ayant perdu la guerre.
25 Marcelle déjeune à Buy avec Ginette Jalenques venue pour voir son père qui va mieux. Carte d’Hervé qui a été à Châtel Guyon voir mon cousin Ballot qui est chargé du recrutement des officiers démobilisés pour les mettre dans les chantiers de jeunesse, où il voudrait trouver une situation.
26 Les Le Sueur nous emmènent à Poiseux à l’enterrement de ma vieille amie Marie de Marcy, morte après une assez longue maladie. Plus de monde que je n’aurai cru avec la rareté des voitures. Marcelle n’a jamais pu trouver de voiture pour les Chargères. Les d’Aux étaient venus la veille et Villeneuve était allé les chercher avec sa voiture à Nevers. Riquette a beaucoup maigri et ressemble énormément à sa mère. Mon ami d’Anchald a 100 ans. Nous nous sommes embrassés. En passant à Nevers, Marcelle a vu Simone et Hubert arrivés hier rue du Sort.
27 Marcelle déjeune à Chevenon, où elle apprend que le mariage est fixé au 4 mars et qu’il sera bénit par notre évêque. Elle manque la visite des démarcheurs de la Société Générale.
28 Foire de St Pierre à peu près nulle. Avec mon âne, je vais jusqu’aux Champs Blonds de Tassain, où je me suis réservé 6 cordes de bois qui auraient dû m’être livrées il y a un an, mais là comme ailleurs, on ne trouve pas d’ouvriers. Madinier m’offre un peu plus cher que Bongard du bois de St Ouen, j’attends encore.
29 Les Edmond Clayeux et Geneviève viennent passer la journée avec nous et nous apprennent une nouvelle qui me fait grand plaisir, c’est que quelqu’un a entendu à la radio qu’un M. de Valence faisait dire du Maroc à sa famille de France, qu’il se portait bien. Mes petites filles nous arrivent pour déjeuner retour de Rennes, où elles ont laissé leur tante Cécile en bonne santé. Sa maison est toujours aussi hospitalière. Elles y ont vu Mesdames Le Gonidec, d’Héliant et Nénette Feuchère sans compter un Boche. A Paris, les petites ont passé 48 h chez leur amie Brucy. Edmond Clayeux à qui les Boches ont retiré son fusil comme à tous les autres, ne veut plus garder que 2 bassets, amène le chien Farino à Marcelle qui espère qu’il aboiera quand un intrus traversera la cour. A Rennes Madame Hubert, femme du docteur invite mes petites filles à gouter, est-ce dans un but intéressé ?
30 Pluie. Les petites vont à Nevers par l’autobus pour assister à une conférence indépendante qui se tient chez Melle Franc Bernard, tous les mois et présidée par Monseigneur et se retrouvent les jeunes filles du monde : Melles de Croy, de Damas, de Nadaillac, de Villaines, Le Sueur, de La Brière, de St Germain qui est leur présidente. Miette part pour La Belouze passer 48 h. Les Le Sueur ramènent Dédette.
31 Dimanche. Mon métayer de Tâches achète une vache Normande pour avoir du lait, ceci à ses frais pour 8 500 F avec un veau d’un mois. Je discuterai plus tard les conditions dont il la gardera.
2 Journée sans histoire.
3 Dimanche. Messe, pas de Vêpres. Lettre de la Mse de Chargères qui déplore de voir tant de Français se diviser. Moi qui suis très panache, je garde mes préférences au chef que nous avons et non à ces Anglais qui ont toujours désiré notre ruine dans tous les siècles de notre histoire.
4 J’ai la visite du garde Joly qui me parle de la réquisition du bois de chauffage et de la difficulté de trouver des ouvriers pour le faire faire. Je vais en prévenir le Maire. Visite des Massias qui emmènent Marcelle goûter chez les Le Sueur. Nous tuons un cochon de 80 kilos mis au saloir par le boucher Renaud. Marcelle envoie un jambon à Monnier et une épaule aux Jacquemard. Suzanne de Rouville me comble, je reçois une boîte de chocolats de chez Marquis, ceci pour reconnaître l’abandon que je fais en sa faveur du tabac que je touche chaque mois et qui n’est pas une privation pour moi.
5 +6°. Il fait plus chaud dehors que dans ma chambre. La buée est à l’extérieur. Suzanne Le Sueur et Jean viennent nous souhaiter la bonne année. Leclercq me fait espérer qu’il pourra me donner les 40 stères de bois qu’on me demande à St Ouen pour la réquisition.
6 Jean Le Sueur devait nous conduire à Nevers, son gazo n’a pas voulu partir. Je fais rouler de la pierre cassée provenant des baraques du camp sur le chemin du domaine qui est complètement défoncé. Le père Michel l’écarte.
7 Les Le Sueur emmènent Marcelle à Nevers avant déjeuner et Moreau m’y conduit après. Je visite le concours agricole. Dosson de La Grace a tous les premiers prix. Les ventes vont vite et tous les veaux partent pour de gros prix. Je passe chez Picard mon homme d’affaires qui est mon intermédiaire avec mon locataire Gonin qui me paye en retard et prétend que je ne peux pas le mettre à la porte. Je patiente ayant très peur de voir entrer les Allemands chez moi, s’ils voyaient la maison libre car il la leur signalerait. Visite à Jeanne de Mollins. Les Gabriel Mathieu nous amènent M.A. du Verne qui vient très aimablement passer 48 h avec nous.
8 Carte de Dédette qui nous annonce qu’avec Miette, elle viendra nous voir le 12. Lettre de Berthe qui accuse réception à Marcelle d’un chèque de 2 500 F qu’elle lui a envoyé, Aline, Geneviève et Edmond l’ayant prié de le lui faire parvenir pour venir au secours de sa détresse. C’est bien généreux et gentil de leur part. Paulette Le Sueur est venu apprendre à ma fille à faire de la galette à la grignaude. On enterre aujourd’hui le Ct Bouchacourt âgé de 78 ans, mort à la suite d’une courte maladie. Ses derniers jours ont été très attristés, le ménage de son fils marchant très mal. Mgr Fillon, archevêque de Bourges est enterré également aujourd’hui, victime des Boches. Un jour où il avait besoin de changer de zone, ils l’ont fait déshabiller et l’ont laissé tout nu pendant un ¼ d’heure dans une pièce froide d’où pneumonie et mort.
9 Tournée des agents du S.H.C. qu’on voit rarement.
10 Pluie. Dimanche. Bien peu de monde à la messe. Les femmes brillent par leur absence. Paulette Le Sueur vient manger des pieds de cochon avec nous. Elle est agréable, avec l’exubérance de son père. Madigner me paye l’écornage des arbres de lisière du bois des Antes. Les prés sont à blanc d’eau.
11 Pluie. Les fossés débordent partout. Il a encore plu toute la nuit. J’espère que le puits du Lieu Maslin que l’on voussait chaque matin est enfin rempli. Carte d’Yvonne qui n’a toujours pas de nouvelles de Jean.
12 Orage, grêle, pluie, tempête. A 6 h ½ Marcelle prend Jaurès et descend à Mars au devant de Miette et Dédette qui nous viennent pour quelque temps et pour rapporter les valises pendant qu’elles montent sur leurs bicyclettes. Elles arrivent trempées mais avec bonne mine. Nous gibernons jusqu’à 11 h. J’ai la visite de Bongrand, marchand de bois, accompagné de mon garde Joly. Nous ébauchons un marché pour ma coupe mais ne concluons pas.
13 Tempête qui découvre en partie la grange du domaine du petit château. Pourrais-je la réparer car on ne trouve plus ni tuiles ni lattes. Le côté couchant avait été fait il y a quelques années et j’attendais des jours meilleurs pour refaire l’autre côté. J’ai eu tort.
14 La tempête continue jusqu’à midi. Paulette Le Sueur vient voir mes petites filles. La conversation ne chôme pas. J’envoie au notaire Gallicher un chèque de 134 000 francs pour payer les droits de succession de ma chère fille. Jeanne de Mollins téléphone à Marcelle pour lui demander si elle n’aurait pas quelque chose à lui envoyer à manger. Ils meurent de faim.
15 Nous avons la visite des Gabriel Mathieu, toujours très agréables. Lettre de Cécile qui attend ses nièces. Ses amies la ravitaillent copieusement.
16 Mon rosaire. J’ai un peu de trouble dans la vue et la parole pendant une heure. Miette me fait une piqure d’Arécoline. André Robert va un peu mieux. A la suite d’une congestion pulmonaire, on l’a cru perdu. Pendant 48 h sa fille Jalenques est près de lui. Ceci écrit de Moulins par Edmond qui dit que l’assistance au concours agricole est très brillante. Marcelle, Miette et Dédette vont à Nevers à bicyclette. Les petites déjeunent avec Paule de Villaine à qui elles ont donné rendez-vous.
17 Jacques de La Brosse de passage dans la Nièvre en se rendant à Paris, s’arrête ici pour déjeuner et manger notre dernière dinde.
18 Mes petites filles vont coucher chez les Sansal pour prendre demain le train à 5 h 45 pour Paris, où elles doivent passer 3 jours à Asnières chez leur amie Madame Brucy et aller ensuite à Rennes. J’envoie à la réquisition une vache de Calot pesant 560 kg et ma vieille Bretonne pesant 380 kg.
19 +8°. Madame de Montrichard vient nous voir à pied. Le plus jeune des petits Michel se casse une jambe en tombant d’une échelle. Il fait un temps de printemps.
20 Je fais faire un fossé le long de la clôture qui sépare le pré de la Joie de celui des Petites Granges pour empêcher les animaux de se mélanger. Pierre Lavergne commence à réparer la grange du domaine. Il met le peu de tuiles mécaniques qui lui restent à la place des vieilles petites tuiles. Il est loin d’en avoir assez.
21 Cholette de Sandol et Bernadette de Noblet viennent à bicyclette déjeuner avec nous. Cette dernière est une superbe fille. A 2 h je vais à St Parize enterrer la femme Couillard née Bignolet. A 4 h ½, Marcelle prend part à un grand gouter donné au manoir de Villar pour fêter les 18 ans de Guite Le Sueur. Tout le voisinage était là : Grincour, Gozard, de Fontenay Thonnier et deux camarades de pension. Anne de Rouville et Solange de Barrau que Marcelle qui aime toujours avoir du monde amène dîner et coucher ici.
22 +12°. Temps doux, idéal. J’ai la tête un peu lourde, aussi Marcelle me fait une autre piqure d’Ascéoline.
23 Moreau m’amène à Nevers où j’essaye mon complet chez le tailleur Bourriquat. La maison de Marie Antoinette du Verne est fermée, mais je suis reçu par Marguerite Pinet qui m’apprend que sa fille a réintégré le domicile conjugal où elle a trouvé Madame Dugas qui a 98 ans. A Nevers ni fromage ni chocolat auquel j’ai droit.
24 Dimanche. Je marque dans la carrière des Chétives Vignes 50 pieux d’acacias pour faire une clôture dans les craies du domaine du Pied Prot. Dervault de St Parize revenu de captivité a l’impression que les Boches se considèrent comme ayant perdu la guerre.
25 Marcelle déjeune à Buy avec Ginette Jalenques venue pour voir son père qui va mieux. Carte d’Hervé qui a été à Châtel Guyon voir mon cousin Ballot qui est chargé du recrutement des officiers démobilisés pour les mettre dans les chantiers de jeunesse, où il voudrait trouver une situation.
26 Les Le Sueur nous emmènent à Poiseux à l’enterrement de ma vieille amie Marie de Marcy, morte après une assez longue maladie. Plus de monde que je n’aurai cru avec la rareté des voitures. Marcelle n’a jamais pu trouver de voiture pour les Chargères. Les d’Aux étaient venus la veille et Villeneuve était allé les chercher avec sa voiture à Nevers. Riquette a beaucoup maigri et ressemble énormément à sa mère. Mon ami d’Anchald a 100 ans. Nous nous sommes embrassés. En passant à Nevers, Marcelle a vu Simone et Hubert arrivés hier rue du Sort.
27 Marcelle déjeune à Chevenon, où elle apprend que le mariage est fixé au 4 mars et qu’il sera bénit par notre évêque. Elle manque la visite des démarcheurs de la Société Générale.
28 Foire de St Pierre à peu près nulle. Avec mon âne, je vais jusqu’aux Champs Blonds de Tassain, où je me suis réservé 6 cordes de bois qui auraient dû m’être livrées il y a un an, mais là comme ailleurs, on ne trouve pas d’ouvriers. Madinier m’offre un peu plus cher que Bongard du bois de St Ouen, j’attends encore.
29 Les Edmond Clayeux et Geneviève viennent passer la journée avec nous et nous apprennent une nouvelle qui me fait grand plaisir, c’est que quelqu’un a entendu à la radio qu’un M. de Valence faisait dire du Maroc à sa famille de France, qu’il se portait bien. Mes petites filles nous arrivent pour déjeuner retour de Rennes, où elles ont laissé leur tante Cécile en bonne santé. Sa maison est toujours aussi hospitalière. Elles y ont vu Mesdames Le Gonidec, d’Héliant et Nénette Feuchère sans compter un Boche. A Paris, les petites ont passé 48 h chez leur amie Brucy. Edmond Clayeux à qui les Boches ont retiré son fusil comme à tous les autres, ne veut plus garder que 2 bassets, amène le chien Farino à Marcelle qui espère qu’il aboiera quand un intrus traversera la cour. A Rennes Madame Hubert, femme du docteur invite mes petites filles à gouter, est-ce dans un but intéressé ?
30 Pluie. Les petites vont à Nevers par l’autobus pour assister à une conférence indépendante qui se tient chez Melle Franc Bernard, tous les mois et présidée par Monseigneur et se retrouvent les jeunes filles du monde : Melles de Croy, de Damas, de Nadaillac, de Villaines, Le Sueur, de La Brière, de St Germain qui est leur présidente. Miette part pour La Belouze passer 48 h. Les Le Sueur ramènent Dédette.
31 Dimanche. Mon métayer de Tâches achète une vache Normande pour avoir du lait, ceci à ses frais pour 8 500 F avec un veau d’un mois. Je discuterai plus tard les conditions dont il la gardera.
12.5.10
DECEMBRE 1942
1 Les Le Sueur emmènent Marcelle à Nevers avant déjeuner. Le dentiste ne veut pas encore arracher la dent dont elle souffre toujours beaucoup. J’ai la visite de Jean de Marne bien content d’être débarrassé de sa prostate. Il est accompagné d’un de ses métayers, je leur vends un veau de Callot. Il m’apprend la mort de François de Rasilly, c’était un bon voisin, toujours en train. A nos déjeuners de chasse à l’auberge d’Azy, il n’y en avait que pour lui.
2 Il nous en faudrait bien un nouveau. Bringault m’apporte son terme du 11 novembre et une miche de pain blanc comme du lait fabriqué avec du blé de son domaine. Garnet m’apporte à signer un sous-seing établissant que dorénavant son fils qui cultive avec lui le Mou sera son associé, ceci pour l’empêcher de partir en Allemagne. N’y voyant pas d’inconvénient, je signe.
3 +9°. Les Massias viennent goûter. J’accompagne Gaston à Villars où Le Sueur lui fait la grâce de remplir sa voiture de 250 k de charbon. Toujours pas de nouvelles d’Aix. A Toulon, l’Ecole Navale a été licenciée pour 3 mois dit-on. Les élèves sont restés 36 heures sans manger. A Montluçon, les Boches sont entrés au milieu de la nuit dans les chambrées et ont fait descendre les soldats dans la cour à moitié vêtus.
4 1er Vendredi du mois, je m’approche de la Sainte Table. Téléphone de Jacquemart disant qu’il viendra nous voir la semaine prochaine pendant 48 heures en revenant de Vichy. Carte d’Hervé m’annonçant la grossesse de sa femme, mais ne disant rien des événements ni de ce qu’ils deviennent.
5 Temps très doux, il fait plus chaud dehors que dedans. Marcelle envoie 4 oies et 2 pintades à Gabrielle de Rouville et moi 4 paquets de cigarettes à sa soeur pour 30 francs. Je pourrais les vendre 240 francs au marché noir.
6 Dimanche. Marcelle déjeune à Planchevienne.
7 Marcelle va à Nevers à bicyclette et en revient avec une grosse dent en moins à sa grande satisfaction. Pendant ce temps, j’ai pour la première fois de ma vie, la visite de l’huissier de St Pierre qui m’apporte une assignation à comparaître vendredi prochain à l’audience du juge de paix, ceci à la requête de Gaudat, parce que les vaches des Petites Granges lui ont mangé 1200 kilos de navets et piétiné son blé. Il demande pour ces dégâts 4 000 F d’indemnités. J’écris au juge de paix, que ne me sentant nullement coupable, je ne me présenterai pas à l’audience, car j’estime que seul mon métayer est responsable. Je finis de ramasser les feuilles mortes dans les allées. Carte d’Hervé qui est bien désappointé, il ne sait pas ce qu’il va devenir. Il a fait une demande pour entrer dans les eaux et forêts. Carte d’Yvonne qui ne sait rien de Jean. Carte de Dédette qui nous dit que Miette est aux Gouttes pour 5 jours. Lettre de Louis Monnier remerciant de l’oie et des pommes que Marcelle lui a envoyées.
8 Dernier jour de la neuvaine. Je vais à la messe et je communie. Marcelle ne m’accompagne pas parce qu’elle a une fluxion. Nous avons à déjeuner les fiancés Martimprey du Part et leurs parents. Nous leur faisons manger une oie. Guy me raconte la façon brutale avec laquelle les Allemands les ont mis hors de leurs lits d’abord et du quartier ensuite. Ils se sont emparés de tous les chevaux et du matériel. Toutes les villes de garnison française ont été dépouillées en même temps. Comme tous les autres, le jeune Massias est rentré dans ses foyers.
9 Un coup de téléphone de Moulins envoyé par Jacquemart nous annonce qu’il arrivera 7 h 10 du soir à Mars. J’attelle Jaurès et je vais le chercher. Nous bavardons agréablement avec lui jusqu’à 11 h.
10 Nous avons à déjeuner Marie Thérèse Guillemain, Simone d’Assigny et sa plus jeune fille, avec laquelle elle va à Chantenay voir son aînée. Nous avons la visite de deux grands séminaristes venus à bicyclette chercher deux dindes, l’une pour le séminaire, l’autre pour l’archiprêtre de la cathédrale. Cadeaux que je fais chaque année.
11 Pluie. Jacquemart va le matin visiter la vacherie de Moreau et le soir celle de Condamine à la Beurrière. Il en revient trempé comme une soupe.
12 Moreau vient nous prendre Jacquemart et moi pour nous conduire à Nevers. Fred pour prendre le train et moi pour parler avec le notaire des droits de succession qui vont être énormes. Un monde fou dans la rue du Commerce. Je me demande comment tout ce monde peut se transporter en ville, d’autant plus que l’on ne trouve rien dans les magasins. Carmen, m’apprend que Marie Antoinette est partie pour la Comaille marier les d’Orgeval et que son fils Jean démobilisé est entré dans les bureaux des eaux et forêts, grâce à Villenaut. Vu Edme de Villaine, sa grand-mère va mal.
13 Dimanche. Marcelle ne peut pas venir à la messe parce qu’elle souffre toujours des dents. Les Anglais ont bombardé Rouen très sévèrement, ce qui n’empêche pas de nombreux Français de faire des vœux pour eux. Carte d’Edmond bien désolé d’être obligé de remettre son fusil à la gendarmerie de Jaligny, les deux zones seront logées à la même enseigne.
14 +12°. Marcelle souffre toujours de ses dents. Elle a la visite de Suzanne Le Sueur. Il fait plus chaud dehors que dans la maison.
15 Pluie. Marcelle souffre un peu moins. Pendant la pluie je fais des margotins.
16 Mon rosaire. Les Thonnier célèbrent aujourd’hui leurs noces d’or. Je leur écris un mot. Marcelle envoie 3 dindes et deux à Gabrielle de Rouville à Paris. La coopérative fait venir des pommes de terre de semence qu’elle nous vend 450F les 100K et il faut lui en livrer le même poids qu’elle nous paye 170 F.
17 Pluie. A 4 h du matin, le jardinier réveille Marcelle pour lui dire de demander le médecin parce que sa femme attend Didier qui arrive en ce monde assez facilement à 8 h ½ à bon port. Les lapins du bois Renard aux Le Sueur mangent le blé semé dans la Noirie. On ne peut rien y faire : ni chiens ni fusils.
18 Pluie. Je fais mettre dans la cave aux vins 90 kilos de pomme de terre qu’on ne touchera qu’au mois d’avril si possible. Roy vend deux veaux reproducteurs au Vendéen Michot 3 800 F pièce et Chicon, 3 au même pour 4 000. Nous avons la visite de Coudant, marchand de bois à Cercy. Nous ne pouvons pas nous entendre pour lui vendre la coupe de St Ouen. Les prétentions de Marcelle sont un peu fortes et l’estimation du garde un peu haute. On en verra un autre (216 000).
19 Pluie. Marcelle a repris du poil de la bête, elle va à Saint Parize le matin et à Moiry le soir et ne rentre qu’à nuit noire selon son habitude.
20 Dimanche. Jean de Sansal vient déjeuner. Il engloutit le plat de pommes de terre comme les Monnier. Il est du reste gras et frais. Il a fini sa carrière militaire aux environs de Toulon où son régiment fabriquait des baraquements. Les Boches les ont chassés de leurs lits par surprise à 4 h du matin.
21 -2°. Les Massias allant chercher du charbon de bois au Manoir s’arrêtent pour goûter ici.
22 Pluie. La Mairie m’ayant donné un bon pour un complet, je vais à Nevers conduit par Moreau et après avoir vu trois boutiques, je trouve rue Fonmorigny, un tailleur en chambre qui pour 2800 F consent à me faire un vêtement. Rencontré Mollins qui n’a plus que la peau sur les os. Marcelle achète des cadeaux pour les jeunes ménages d’Orgeval et du Cray Delamalle (ce dernier sera célébré le 30 au Banlay). Marcelle donne aux contributions indirectes ma signature pour sa caution à la cave de Guillaume du Verne.
23 Marcelle assiste à l’école libre de St Parize à un goûter offert à 22 enfants de prisonniers de la commune. Paulette Le Sueur et Madame Moreau ont envoyé d’excellents gâteaux. Marcelle fait la crèche de Noël dans l’église. Lettre de Cécile qui a de nouveau un boche chez elle. J’envoie les étrennes en argent à tous mes enfants petits et grands.
24 Marcelle va goûter chez les Le Sueur qui nous invitent à manger demain une dinde truffée. Je refuse. La messe de minuit se dit à 9 h du soir, ordre de la commandantur. A 9 h ½ Cécile nous téléphone de Vitré. Elle passe Noël chez sa grande amie d’Héliand.
25 Noël. Je m’approche de la sainte table. Notre cuisinière étant en permission pour 48 h, Marcelle nous fait pour déjeuner une excellente pintade aux choux et le soir une non moins bonne soupe aux navets que nous mangeons au coin du feu du petit salon avec des crêpes. La radio annonce que l’amiral Darlan a été tué hier à Alger d’un coup de pistolet tiré à bout portant.
26 Saint Etienne priez pour nous. Les Guillaume du Verne viennent passer 48 h avec nous, c’est une joie pour la maison, d’autant qu’ils n’arrivent pas les mains vides car ils nous apportent 5 litres de pétrole et une bonbonne de vin.
27 Dimanche. Guillaume nous mène à la messe dans son auto qui part bien difficilement à cause du froid.
28 -7°C. Les Guillaume nous quittent avec peine au propre et au figuré, parce que leur auto est gelée. C’est un ménage qu’on a du plaisir à recevoir. Comme exercice, je mets 25 bouteilles de vin en carafe et 3 du fond de tonneau dans le vinaigrier. A la veillée je fais des allumettes en papier, les boîtes se font rares. Marcelle va au ravitaillement à Moiry, elle en revient bredouille.
29 Neige. La neige tombe, cela ne va pas faciliter les allers et venus pour le mariage Delamalle du Cray qui a lieu aujourd’hui au Banlay. Je reçois des lettres de bonne année de Roger de La Brosse, d’André et de Louis de la Brosse, ce dernier a de bonnes nouvelles d’Hubert qui dit qu’à Batna après une semaine assez pénible, la vie a repris son cours normal et qu’Odette à Oran continue son service à la croix rouge où elle a si bien fait son service pendant les journées tragiques qu’elle a été proposée pour la croix de guerre, ce dont il est très fier. Son optimisme est toujours très grand. Il n’est pas difficile, je suis moins rassuré que lui.
30 Neige. J’entre aujourd’hui dans ma 88 ème année, je suis né à Nevers le 30 décembre 1854 à 10 h du soir, le lendemain étant un dimanche les bureaux de l’état civil étant fermés, je n’ai été déclaré que le premier janvier 1855. J’écris à Aline, à Cécile à André et à Gabrielle de Rouville qui m’a souhaité la bonne année.
31 Neige. Saint Sylvestre. Voilà terminée cette année qui aura été pour moi une des plus tristes de ma longue existence, car en dehors du chagrin que j’ai éprouvé en perdant ma chère Edith, il y a l’humiliation ressentie pour la France qui est tombée plus bas que jamais.
2 Il nous en faudrait bien un nouveau. Bringault m’apporte son terme du 11 novembre et une miche de pain blanc comme du lait fabriqué avec du blé de son domaine. Garnet m’apporte à signer un sous-seing établissant que dorénavant son fils qui cultive avec lui le Mou sera son associé, ceci pour l’empêcher de partir en Allemagne. N’y voyant pas d’inconvénient, je signe.
3 +9°. Les Massias viennent goûter. J’accompagne Gaston à Villars où Le Sueur lui fait la grâce de remplir sa voiture de 250 k de charbon. Toujours pas de nouvelles d’Aix. A Toulon, l’Ecole Navale a été licenciée pour 3 mois dit-on. Les élèves sont restés 36 heures sans manger. A Montluçon, les Boches sont entrés au milieu de la nuit dans les chambrées et ont fait descendre les soldats dans la cour à moitié vêtus.
4 1er Vendredi du mois, je m’approche de la Sainte Table. Téléphone de Jacquemart disant qu’il viendra nous voir la semaine prochaine pendant 48 heures en revenant de Vichy. Carte d’Hervé m’annonçant la grossesse de sa femme, mais ne disant rien des événements ni de ce qu’ils deviennent.
5 Temps très doux, il fait plus chaud dehors que dedans. Marcelle envoie 4 oies et 2 pintades à Gabrielle de Rouville et moi 4 paquets de cigarettes à sa soeur pour 30 francs. Je pourrais les vendre 240 francs au marché noir.
6 Dimanche. Marcelle déjeune à Planchevienne.
7 Marcelle va à Nevers à bicyclette et en revient avec une grosse dent en moins à sa grande satisfaction. Pendant ce temps, j’ai pour la première fois de ma vie, la visite de l’huissier de St Pierre qui m’apporte une assignation à comparaître vendredi prochain à l’audience du juge de paix, ceci à la requête de Gaudat, parce que les vaches des Petites Granges lui ont mangé 1200 kilos de navets et piétiné son blé. Il demande pour ces dégâts 4 000 F d’indemnités. J’écris au juge de paix, que ne me sentant nullement coupable, je ne me présenterai pas à l’audience, car j’estime que seul mon métayer est responsable. Je finis de ramasser les feuilles mortes dans les allées. Carte d’Hervé qui est bien désappointé, il ne sait pas ce qu’il va devenir. Il a fait une demande pour entrer dans les eaux et forêts. Carte d’Yvonne qui ne sait rien de Jean. Carte de Dédette qui nous dit que Miette est aux Gouttes pour 5 jours. Lettre de Louis Monnier remerciant de l’oie et des pommes que Marcelle lui a envoyées.
8 Dernier jour de la neuvaine. Je vais à la messe et je communie. Marcelle ne m’accompagne pas parce qu’elle a une fluxion. Nous avons à déjeuner les fiancés Martimprey du Part et leurs parents. Nous leur faisons manger une oie. Guy me raconte la façon brutale avec laquelle les Allemands les ont mis hors de leurs lits d’abord et du quartier ensuite. Ils se sont emparés de tous les chevaux et du matériel. Toutes les villes de garnison française ont été dépouillées en même temps. Comme tous les autres, le jeune Massias est rentré dans ses foyers.
9 Un coup de téléphone de Moulins envoyé par Jacquemart nous annonce qu’il arrivera 7 h 10 du soir à Mars. J’attelle Jaurès et je vais le chercher. Nous bavardons agréablement avec lui jusqu’à 11 h.
10 Nous avons à déjeuner Marie Thérèse Guillemain, Simone d’Assigny et sa plus jeune fille, avec laquelle elle va à Chantenay voir son aînée. Nous avons la visite de deux grands séminaristes venus à bicyclette chercher deux dindes, l’une pour le séminaire, l’autre pour l’archiprêtre de la cathédrale. Cadeaux que je fais chaque année.
11 Pluie. Jacquemart va le matin visiter la vacherie de Moreau et le soir celle de Condamine à la Beurrière. Il en revient trempé comme une soupe.
12 Moreau vient nous prendre Jacquemart et moi pour nous conduire à Nevers. Fred pour prendre le train et moi pour parler avec le notaire des droits de succession qui vont être énormes. Un monde fou dans la rue du Commerce. Je me demande comment tout ce monde peut se transporter en ville, d’autant plus que l’on ne trouve rien dans les magasins. Carmen, m’apprend que Marie Antoinette est partie pour la Comaille marier les d’Orgeval et que son fils Jean démobilisé est entré dans les bureaux des eaux et forêts, grâce à Villenaut. Vu Edme de Villaine, sa grand-mère va mal.
13 Dimanche. Marcelle ne peut pas venir à la messe parce qu’elle souffre toujours des dents. Les Anglais ont bombardé Rouen très sévèrement, ce qui n’empêche pas de nombreux Français de faire des vœux pour eux. Carte d’Edmond bien désolé d’être obligé de remettre son fusil à la gendarmerie de Jaligny, les deux zones seront logées à la même enseigne.
14 +12°. Marcelle souffre toujours de ses dents. Elle a la visite de Suzanne Le Sueur. Il fait plus chaud dehors que dans la maison.
15 Pluie. Marcelle souffre un peu moins. Pendant la pluie je fais des margotins.
16 Mon rosaire. Les Thonnier célèbrent aujourd’hui leurs noces d’or. Je leur écris un mot. Marcelle envoie 3 dindes et deux à Gabrielle de Rouville à Paris. La coopérative fait venir des pommes de terre de semence qu’elle nous vend 450F les 100K et il faut lui en livrer le même poids qu’elle nous paye 170 F.
17 Pluie. A 4 h du matin, le jardinier réveille Marcelle pour lui dire de demander le médecin parce que sa femme attend Didier qui arrive en ce monde assez facilement à 8 h ½ à bon port. Les lapins du bois Renard aux Le Sueur mangent le blé semé dans la Noirie. On ne peut rien y faire : ni chiens ni fusils.
18 Pluie. Je fais mettre dans la cave aux vins 90 kilos de pomme de terre qu’on ne touchera qu’au mois d’avril si possible. Roy vend deux veaux reproducteurs au Vendéen Michot 3 800 F pièce et Chicon, 3 au même pour 4 000. Nous avons la visite de Coudant, marchand de bois à Cercy. Nous ne pouvons pas nous entendre pour lui vendre la coupe de St Ouen. Les prétentions de Marcelle sont un peu fortes et l’estimation du garde un peu haute. On en verra un autre (216 000).
19 Pluie. Marcelle a repris du poil de la bête, elle va à Saint Parize le matin et à Moiry le soir et ne rentre qu’à nuit noire selon son habitude.
20 Dimanche. Jean de Sansal vient déjeuner. Il engloutit le plat de pommes de terre comme les Monnier. Il est du reste gras et frais. Il a fini sa carrière militaire aux environs de Toulon où son régiment fabriquait des baraquements. Les Boches les ont chassés de leurs lits par surprise à 4 h du matin.
21 -2°. Les Massias allant chercher du charbon de bois au Manoir s’arrêtent pour goûter ici.
22 Pluie. La Mairie m’ayant donné un bon pour un complet, je vais à Nevers conduit par Moreau et après avoir vu trois boutiques, je trouve rue Fonmorigny, un tailleur en chambre qui pour 2800 F consent à me faire un vêtement. Rencontré Mollins qui n’a plus que la peau sur les os. Marcelle achète des cadeaux pour les jeunes ménages d’Orgeval et du Cray Delamalle (ce dernier sera célébré le 30 au Banlay). Marcelle donne aux contributions indirectes ma signature pour sa caution à la cave de Guillaume du Verne.
23 Marcelle assiste à l’école libre de St Parize à un goûter offert à 22 enfants de prisonniers de la commune. Paulette Le Sueur et Madame Moreau ont envoyé d’excellents gâteaux. Marcelle fait la crèche de Noël dans l’église. Lettre de Cécile qui a de nouveau un boche chez elle. J’envoie les étrennes en argent à tous mes enfants petits et grands.
24 Marcelle va goûter chez les Le Sueur qui nous invitent à manger demain une dinde truffée. Je refuse. La messe de minuit se dit à 9 h du soir, ordre de la commandantur. A 9 h ½ Cécile nous téléphone de Vitré. Elle passe Noël chez sa grande amie d’Héliand.
25 Noël. Je m’approche de la sainte table. Notre cuisinière étant en permission pour 48 h, Marcelle nous fait pour déjeuner une excellente pintade aux choux et le soir une non moins bonne soupe aux navets que nous mangeons au coin du feu du petit salon avec des crêpes. La radio annonce que l’amiral Darlan a été tué hier à Alger d’un coup de pistolet tiré à bout portant.
26 Saint Etienne priez pour nous. Les Guillaume du Verne viennent passer 48 h avec nous, c’est une joie pour la maison, d’autant qu’ils n’arrivent pas les mains vides car ils nous apportent 5 litres de pétrole et une bonbonne de vin.
27 Dimanche. Guillaume nous mène à la messe dans son auto qui part bien difficilement à cause du froid.
28 -7°C. Les Guillaume nous quittent avec peine au propre et au figuré, parce que leur auto est gelée. C’est un ménage qu’on a du plaisir à recevoir. Comme exercice, je mets 25 bouteilles de vin en carafe et 3 du fond de tonneau dans le vinaigrier. A la veillée je fais des allumettes en papier, les boîtes se font rares. Marcelle va au ravitaillement à Moiry, elle en revient bredouille.
29 Neige. La neige tombe, cela ne va pas faciliter les allers et venus pour le mariage Delamalle du Cray qui a lieu aujourd’hui au Banlay. Je reçois des lettres de bonne année de Roger de La Brosse, d’André et de Louis de la Brosse, ce dernier a de bonnes nouvelles d’Hubert qui dit qu’à Batna après une semaine assez pénible, la vie a repris son cours normal et qu’Odette à Oran continue son service à la croix rouge où elle a si bien fait son service pendant les journées tragiques qu’elle a été proposée pour la croix de guerre, ce dont il est très fier. Son optimisme est toujours très grand. Il n’est pas difficile, je suis moins rassuré que lui.
30 Neige. J’entre aujourd’hui dans ma 88 ème année, je suis né à Nevers le 30 décembre 1854 à 10 h du soir, le lendemain étant un dimanche les bureaux de l’état civil étant fermés, je n’ai été déclaré que le premier janvier 1855. J’écris à Aline, à Cécile à André et à Gabrielle de Rouville qui m’a souhaité la bonne année.
31 Neige. Saint Sylvestre. Voilà terminée cette année qui aura été pour moi une des plus tristes de ma longue existence, car en dehors du chagrin que j’ai éprouvé en perdant ma chère Edith, il y a l’humiliation ressentie pour la France qui est tombée plus bas que jamais.
11.5.10
NOVEMBRE 1942
1 La Toussaint. Je m’approche de la Sainte Table. L’évêché nous envoie l’abbé Guédon pour 48 h pour remplacer notre curé. Suzanne Le Sueur vient goûter.
2 Beaucoup, beaucoup de monde à la messe. Notre population a le respect de ses morts.
3 Saint Hubert, plus triste pour moi que certaines d’antan. Melle Valois devait venir gouter. Elle n’est pas venue, je ne sais pourquoi. Marcelle se rend à Planchevienne avant déjeuner. Elle trouve la maison et les écuries pleines de Boches. Elle paye à Henri la taure Normande qu’elle lui a achetée 7 000 F, qui n’est pas encore livrée et qui n’a pas encore son veau.
4 Cécile nous écrit qu’elle a reçue chez elle Madame de Wendel venue à Rennes pour une réunion de la ligue. Elle a un appétit formidable. Roy ramasse 40 000 kg de betteraves dans 1 hectare environ du Clou. Ce champ conservant bien sa fraîcheur, amène bien ce genre de légume.
5 Pluie 15 mm. Guite de Villeneuve nous apprend que Béatrice de la Brosse, après 10 ans de repos attend son N° 5. Les Miklo Delamalle nous font part des fiançailles de leur fille Odette avec un terrien limousin Serge du Cray, cousin de leur gendre.
6 Marcelle part à la première heure pour assister à la messe de Magny-Cours et se rendre à 10 h ½ à Challuy où elle retrouve le maire. La commune ayant besoin d’un terrain de sport, pense à louer ou acheter environ un hectare de terre dans le pré du Mou qui est en face de l’Eglise. Nous allons étudier la chose avec Augustin et le notaire. La location ne peut pas se faire pour moins de 15 ans, quant à une vente prochaine, en en demandant cher ce qui serait naturel, le fisc pourrait se baser là-dessus pour réclamer de gros droits pour l’évaluation du Mou pour ceux à payer dans la succession de la pauvre Edith avant le 24 janvier.
7 Nous envoyons un grand matelas fait à neuf aux Hervé, des légumes à Yvonne à Boutavent et autres légumes à Monnier à Paris. Anne Chenut qui ne peut s’habituer à Vendôme est arrivée hier soir amenée par sa cousine Tardy qui est allée la chercher. Elle est heureuse de revoir le Pied Prot. Je ne la trouve pas changée. Arrivé à la gare, le matelas ne peut pas partir parce que depuis 24 h on ne peut plus faire voyager un colis pesant plus de 20 kg. Il n’y a plus de wagon disponible.
8 Dimanche. Le curé de Magny-Cours vient nous dire une messe basse à 9 h bien que le notre soit rentré hier de la clinique où l’opération de sa hernie a bien réussi. La population est très émue car on vient d’apprendre que les Américains ont débarqué sur toute la côte méditerranéenne du Maroc à la Tunisie. Que pouvons- nous en penser. 90 pour 100 des Français sont partisans des Anglo Américains. Heureusement Hervé n’est plus là bas. Mais Valence à Oujda, Bernard de La Brosse à Alger, Les Jourdier à Rabat, Hubert de La Brosse aussi. Va-t-on se battre entre frères, c’est affreux ! Les Allemands ayant besoin de bois de chauffage, en réclament 170 stères à St Parize. Les gros propriétaires devront en fournir chacun 15 stères, les fermiers et métayers 2 stères. J’ai été oublié sur la liste. Je vais faire le mort en attendant les événements. La livraison devra être faite le 31 janvier et pour notre secteur déposé au domaine Légaré. J’achète pour André 5 litres de haricots à 30 F l’un = 150 F. La commune de Saint Parize achète dans les Poirats 1 hectare de terre pour les exercices de sport moyennant la somme de 22 000 F. C’est une indication pour le Mou.
9 -2°. Il gèle à glace pour la première fois de la saison. Les prés sont bien blancs et les animaux souffrent. Autrefois on les aurait rentrés. Je prête mon âne à la Nanne, afin qu’elle puisse aller prier sur la tombe de son vieux.
10 -4°. L’invasion Anglo-Américaine dans l’Afrique du Nord devient inquiétante car le Maréchal ordonne la résistance. Heureusement Hervé n’y est plus, mais Valence est à Oujda et je compte que j’ai sur la côte une trentaine de parents, maris, femmes et enfants. Bernard de La Brosse et Hubert avec toute leur famille, François Jourdier, Simone et 4 enfants, Du Cray Delamalle, Chantepie, Raymond Clayeux, Jean de Laboulaye, Louis de Champeaux avec sa femme, Odette de La Brosse croix rouge à Oran etc.
11 -5°. Saint Martin. Cécile et Miette me souhaitent ma fête. Les Château viennent me payer leur fermage. Les bruits les plus contradictoires circulent par tout le pays. Darlan est prisonnier des Américains disent les uns. Il est de mèche avec eux disent les autres. Mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’Hitler fait passer ses troupes dans les deux zones et qu’aucun Français ne peut sortir de la sienne. Les Château me payent leur terme et j’ai la visite de Melle Valois. Si mes fermiers abusent un peu de moi, les siens lui envoient l’huissier. Les S ont envoyé 1 500 F à Augustin pour avoir hébergé leurs enfants. C’est raisonnable.
12 Que Saint René nous protège, la France en a bien besoin. De même qu’hier, les troupes Allemandes armées jusqu’aux dents passent sans arrêt à Moiry, direction Moulins. Les gens du pays prétendent qu’ils se sentent battus. Je ne partage pas leur opinion, en voyant leur grand nombre. Hitler avait bien raison d’être à la recherche d’un espace vital pour nourrir une pareille fourmilière humaine. Anne Chenut quitte le Pied Prot pour aller s’ installer à St Benin des Bois chez sa cousine Tardy. A Vendôme, sa belle fille lui rend la vie trop dure. Vente des veaux reproducteurs à l’Isle chez Blond. 27 sujets. Le plus cher fait 37 000 F, le plus bas 2 600, moyenne 16 000 ce qui est déjà beau.
13 Temps froid, maussade, triste comme moi.
14 Moreau a la bonté de me conduire à Nevers, où je passe la journée et où je déjeune chez Marie Antoinette. Je passe chez le notaire et je m’entretiens avec lui des droits à payer pour la succession de ma pauvre fille et je suis effrayé de la somme qu’il y aura à donner au fisc, car les droits ne se payent pas sur ce que valaient les immeubles au moment où j’ai partagé ma fortune entre mes filles, mais sur ce qu’ils valent au moment du décès. Ainsi la maison de la place ducale qu’Edith a eue pour 60 000 F peut être estimée 2 ou 300 000 aujourd’hui. Pour les domaines, la même chose. Je passe au Crédit Agricole et je fais mettre au compte courant de Marcelle à vue, ce qui était encore au mien. Elle y a 216 et 174 à moi, 390 620 en tout. Elle-même conduite par Jean Le Sueur et son gazo va à Maumigny acheter des pommes. Ils en rapportent 7 double décalitres pour eux deux à 80 F l’un. Au retour nous dépassons sur la grande route, des quantités de voitures légères et des camions réquisitionnés pour emmener direction du midi des Boches et leur matériel. Les Anglophiles de plus en plus nombreux jubilent, moi je suis de plus en plus angoissé. Impôts sur le revenu. Prendre sur la matrice cadastrale le revenu de la propriété pour l’année 1941 et le multiplier par 10,05. Exemple : 10 000 F de revenu cadastral donne un bénéfice agricole de 105 000 F, sur lequel lorsqu’il n’y a pas de charges de famille, l’Etat prélève 21%, 105 000 X 21 = 3 150 F. Moreau me donne pour ma lampe Pigeon 1 litre d’essence, avec ce que j’avais déjà, cela pourra faire pour l’hiver, d’autant que le colonel m’en donne lui aussi un litre. Il est effrayé de ce qu’il y aura à payer pour la succession de sa mère qui n’est pas encore morte mais qui est plus qu’octogénaire, car elle a 500 hectares à Raffigny. La fortune de Madame Vuillemain peut être évaluée à 25 millions, à peu près tous en capitaux.
15 Dimanche. Un peu de monde à la messe pour entendre notre curé qui est revenu rajeuni de la clinique. J’achette un briquet et 4 boîtes d’allumettes, car celle-ci deviennent très rares. A Nevers on n’en trouve plus du tout.
16 -2°. Il passe sur la grande route beaucoup de chevaux provenant probablement de la réquisition et conduits au licol par des soldats Allemands qui ont l’air d’enfants de troupe.
17 Bobards de toutes sortes, se contredisant.
18 Cartes d’Augustin et d’Hervé. Marcelle déjeune à Buy. Marie Thérèse qui a pêché son étang la veille, lui fait emporter une carpe qu’elle lui fait payer. Goûter à Fontallier. Marie Grincour qui est très anglophile trouve que tout va très bien. 90 % des Français pensent comme elle. Le Général de Gaulle nommé gouverneur de Madagascar ne me dit rien qui vaille. Avec mon jardinier et Gonin nous plaçons une bonde métallique dans l’étang Américain des Chaumes Vieilles.
19 On enterre à St Parize mon vieux métayer Denis qui m’avait quitté en 1919 profitant comme beaucoup d’autres de la plus value des cheptels et des 50 000 F que j’ai été obligé de lui donner. Je ne lui en ai du reste pas voulu, il a profité d’une loi funeste pour les propriétaires, comme elles le sont souvent.
20 Rien à signaler.
21 Renaud vient me payer et apporter ses menus suffrages et ceux des Bringault : 4 dindes, 6 poulets et 6 pintades. Nous téléphonons à Cécile pour lui souhaiter sa fête. Elle n’a pas de nouvelles des Valence. Elle nous dit que Weigand a été emprisonné en zone libre par les Allemands et que Saint Nazaire a été sérieusement bombardé par les Anglais. Mille morts.
22 Ste Cécile, priez pour nous. Dimanche. Je donne rendez-vous aux Queudres aux hommes de Moiry pour leur distribuer un carré de bois qu’ils exploiteront l’hiver. Il en vient 20. Je leur fais tirer leur place au sort et leur donne à partir de la route côté midi un carré de 3 hectares environ angle Nord Ouest de cette magnifique forêt. Ils me donnent chacun 15 F ce qui fait ressortir l’hectare à 100 F. Il faut avoir pitié des gens qui n’ont pas de bois pour se chauffer quand comme moi on écrit cela devant un bon feu. Au retour nous trouvons les du Part retour de Paris où ils sont allés en prévision de la noce chez les fournisseurs. On n’a pas une chemise à moins de deux mille francs, un complet homme 4 000, une paire de souliers 1 200 F. Quant aux bijoux ce sont des prix astronomiques. Un bijoutier voyant la bague de fiançailles de Marie Louise lui dit : « Savez-vous Madame que vous avez un objet de valeur, un diamant entouré d’émeraudes, il vaut bien un million et si vous voulez vous en défaire, je vous en offre 700 000. » D’un autre diamant plus petit et d’une moins belle eau, il donne 300 000. Au restaurant on sort de table ayant faim après avoir payé son déjeuner de 50 à 60 F. Un jour Antoine dit au garçon : « il n’y a que ça ? » « Oui Monsieur, mais si vous voulez je peux vous servir en supplément une côtelette de veau sans ticket. » « Apportez en deux, une pour moi, une pour ma fille. » Coût 70 F l’une, donc 140 F à ajouter au prix du déjeuner. Antoine à bicyclette avec un magnifique veston noir coupé dans la redingote qu’il portait le jour de son mariage. J’ai un regret amer d’avoir donné la mienne au secours national.
23 -7°. J’envoie chercher à Planchevienne la taure Normande achetée par Marcelle, qui n’a pas l’air de se préparer à avoir un veau de sitôt. J’en profite pour faire conduire à Gabrielle 3 dindes vendues 28 F la livre et deux pintades. Geneviève Clayeux nous téléphone qu’elle viendra nous voir du 26 au 29. Cartes de Simone et de Dédette.
24 Marcelle qui souffre beaucoup d’une dent de sagesse, part à bicyclette pour Nevers afin de la faire arracher, mais elle revient avec elle, le dentiste lui ayant trouvé la gencive trop enflammée pour tenter l’opération. Jean Le Sueur la ramène dans son auto. J’ai la visite de Garnet qui vient payer son terme, il trouve amer d’avoir à payer dix mille francs d’impôts sur le revenu pour ses bénéfices agricoles. Madame Thiery étant malade, je fais venir un jeune coiffeur nouvellement installé à St Parize pour me couper les cheveux. On me raconte qu’à la vente des veaux reproducteurs de l’écurie Goby, deux amateurs ayant envie du même animal l’ont poussé jusqu’à 90 000 avec 10 % de décime il a donc fait 99 000 F.
25 -7°. J’envoie à Augustin par chèque postal le terme du Mou. J’y joins 2 000 F de la part d’Hervé sur ce que je devrais lui donner pour Noël, ceci en avance. Il souffle un vent de bise glacial. Mes métayers rentrent leurs animaux qui sont en mauvais état, manque d’herbe et cheptels trop nombreux.
26 -8°. A 3 heures Marie Thérèse Guillemain vient nous voir à bicyclette, peu après Guite de Villeneuve arrive avec la même monture empruntée à Guite de Sansal. Ayant appris hier à Tours par une lettre de Marcelle que sa mère venait nous voir, elle a sauté dans le train pour la rencontrer. A 9 h, les Antoine amenaient Geneviève bien surprise de trouver sa fille ici. Antoine part pour Nevers conduire sa femme qui part pour Paris et il nous revient pour dîner et coucher. A Thionne – 14 °.
27 -9°. Grâce à une de mes juments qui traîne le gazo jusqu’au bout de l’avenue, Antoine peut partir et aller déjeuner à Chatillon où il vend les bois de Cuy 16 hectares pour un prix rémunérateur, il ramène Fulgence avec lui, nous le gardons à dîner et à coucher, il est un peu gêné de se mettre à table avec nous, il est plus à son aise pour m’aider à mettre dans un bidon 18 litres de pétrole qu’un collègue d’Antoine a pu me procurer et qui vont me permettre de vivre un peu moins dans l’obscurité. A 10 h ¼ téléphone de Gabrielle de Rouville qui nous annonce que les Boches ont bombardé notre flotte à Toulon et que des Ctr ont sabordé leurs bateaux et que le plus grand désarroi règne partout. D’autre part Hitler a spécifié au Maréchal d’avoir à démobiliser l’armée. Ces tristes nouvelles nous plongent dans une très grande inquiétude.
28 Antoine va chercher sa femme à Nevers retour de Paris et ils nous quittent après déjeuner. Guitte part à 3 heures pour Tours. Joly notre garde à St Ouen m’apporte l’estimation qu’il vient de faire de 20 ha 50 de la 3éme coupe de Challuy et qui dépasse de 1/3 celle de l’année dernière. J’écris à Coudant de Cery pour la lui proposer. Leclerc qui avait acheté en 1940 la première coupe de Challuy et qui devait avoir fini l’exploitation au mois d’avril dernier, est loin d’être à hauteur. Il n’y a que la moitié du taillis de coupé et pas un arbre abattu. Je lui demande vingt mille francs d’indemnités pour la pousse perdue d’une année.
29 Dimanche. Messe et quête pour les prisonniers. Assistance peu nombreuse. Marcelle déjeune à Planchevienne : rognons sautés et dinde rôtie. Je finis de régler avec mes métayers. Callot fait une grosse année grâce à la vente des chevaux. Les Boches réclament 1 pour cent des habitants pour les envoyer travailler en Allemagne, c’est à qui n’ira pas. Je plains beaucoup les maires qui sont obligés de désigner les partants. Les Anglo-Amécicains ont toute la faveur, malgré leur brigandage à notre égard.
30 J’envoie à la Mairie ma demande pour toucher mes 500 grammes de pain, il faut la renouveler chaque mois. Un bidon de 5 litres de pétrole me tombe du ciel venant de la Seigneurie. Je suppose que c’est André qui me l’envoie par les Château qui lui ont donné des haricots de ma part.
2 Beaucoup, beaucoup de monde à la messe. Notre population a le respect de ses morts.
3 Saint Hubert, plus triste pour moi que certaines d’antan. Melle Valois devait venir gouter. Elle n’est pas venue, je ne sais pourquoi. Marcelle se rend à Planchevienne avant déjeuner. Elle trouve la maison et les écuries pleines de Boches. Elle paye à Henri la taure Normande qu’elle lui a achetée 7 000 F, qui n’est pas encore livrée et qui n’a pas encore son veau.
4 Cécile nous écrit qu’elle a reçue chez elle Madame de Wendel venue à Rennes pour une réunion de la ligue. Elle a un appétit formidable. Roy ramasse 40 000 kg de betteraves dans 1 hectare environ du Clou. Ce champ conservant bien sa fraîcheur, amène bien ce genre de légume.
5 Pluie 15 mm. Guite de Villeneuve nous apprend que Béatrice de la Brosse, après 10 ans de repos attend son N° 5. Les Miklo Delamalle nous font part des fiançailles de leur fille Odette avec un terrien limousin Serge du Cray, cousin de leur gendre.
6 Marcelle part à la première heure pour assister à la messe de Magny-Cours et se rendre à 10 h ½ à Challuy où elle retrouve le maire. La commune ayant besoin d’un terrain de sport, pense à louer ou acheter environ un hectare de terre dans le pré du Mou qui est en face de l’Eglise. Nous allons étudier la chose avec Augustin et le notaire. La location ne peut pas se faire pour moins de 15 ans, quant à une vente prochaine, en en demandant cher ce qui serait naturel, le fisc pourrait se baser là-dessus pour réclamer de gros droits pour l’évaluation du Mou pour ceux à payer dans la succession de la pauvre Edith avant le 24 janvier.
7 Nous envoyons un grand matelas fait à neuf aux Hervé, des légumes à Yvonne à Boutavent et autres légumes à Monnier à Paris. Anne Chenut qui ne peut s’habituer à Vendôme est arrivée hier soir amenée par sa cousine Tardy qui est allée la chercher. Elle est heureuse de revoir le Pied Prot. Je ne la trouve pas changée. Arrivé à la gare, le matelas ne peut pas partir parce que depuis 24 h on ne peut plus faire voyager un colis pesant plus de 20 kg. Il n’y a plus de wagon disponible.
8 Dimanche. Le curé de Magny-Cours vient nous dire une messe basse à 9 h bien que le notre soit rentré hier de la clinique où l’opération de sa hernie a bien réussi. La population est très émue car on vient d’apprendre que les Américains ont débarqué sur toute la côte méditerranéenne du Maroc à la Tunisie. Que pouvons- nous en penser. 90 pour 100 des Français sont partisans des Anglo Américains. Heureusement Hervé n’est plus là bas. Mais Valence à Oujda, Bernard de La Brosse à Alger, Les Jourdier à Rabat, Hubert de La Brosse aussi. Va-t-on se battre entre frères, c’est affreux ! Les Allemands ayant besoin de bois de chauffage, en réclament 170 stères à St Parize. Les gros propriétaires devront en fournir chacun 15 stères, les fermiers et métayers 2 stères. J’ai été oublié sur la liste. Je vais faire le mort en attendant les événements. La livraison devra être faite le 31 janvier et pour notre secteur déposé au domaine Légaré. J’achète pour André 5 litres de haricots à 30 F l’un = 150 F. La commune de Saint Parize achète dans les Poirats 1 hectare de terre pour les exercices de sport moyennant la somme de 22 000 F. C’est une indication pour le Mou.
9 -2°. Il gèle à glace pour la première fois de la saison. Les prés sont bien blancs et les animaux souffrent. Autrefois on les aurait rentrés. Je prête mon âne à la Nanne, afin qu’elle puisse aller prier sur la tombe de son vieux.
10 -4°. L’invasion Anglo-Américaine dans l’Afrique du Nord devient inquiétante car le Maréchal ordonne la résistance. Heureusement Hervé n’y est plus, mais Valence est à Oujda et je compte que j’ai sur la côte une trentaine de parents, maris, femmes et enfants. Bernard de La Brosse et Hubert avec toute leur famille, François Jourdier, Simone et 4 enfants, Du Cray Delamalle, Chantepie, Raymond Clayeux, Jean de Laboulaye, Louis de Champeaux avec sa femme, Odette de La Brosse croix rouge à Oran etc.
11 -5°. Saint Martin. Cécile et Miette me souhaitent ma fête. Les Château viennent me payer leur fermage. Les bruits les plus contradictoires circulent par tout le pays. Darlan est prisonnier des Américains disent les uns. Il est de mèche avec eux disent les autres. Mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’Hitler fait passer ses troupes dans les deux zones et qu’aucun Français ne peut sortir de la sienne. Les Château me payent leur terme et j’ai la visite de Melle Valois. Si mes fermiers abusent un peu de moi, les siens lui envoient l’huissier. Les S ont envoyé 1 500 F à Augustin pour avoir hébergé leurs enfants. C’est raisonnable.
12 Que Saint René nous protège, la France en a bien besoin. De même qu’hier, les troupes Allemandes armées jusqu’aux dents passent sans arrêt à Moiry, direction Moulins. Les gens du pays prétendent qu’ils se sentent battus. Je ne partage pas leur opinion, en voyant leur grand nombre. Hitler avait bien raison d’être à la recherche d’un espace vital pour nourrir une pareille fourmilière humaine. Anne Chenut quitte le Pied Prot pour aller s’ installer à St Benin des Bois chez sa cousine Tardy. A Vendôme, sa belle fille lui rend la vie trop dure. Vente des veaux reproducteurs à l’Isle chez Blond. 27 sujets. Le plus cher fait 37 000 F, le plus bas 2 600, moyenne 16 000 ce qui est déjà beau.
13 Temps froid, maussade, triste comme moi.
14 Moreau a la bonté de me conduire à Nevers, où je passe la journée et où je déjeune chez Marie Antoinette. Je passe chez le notaire et je m’entretiens avec lui des droits à payer pour la succession de ma pauvre fille et je suis effrayé de la somme qu’il y aura à donner au fisc, car les droits ne se payent pas sur ce que valaient les immeubles au moment où j’ai partagé ma fortune entre mes filles, mais sur ce qu’ils valent au moment du décès. Ainsi la maison de la place ducale qu’Edith a eue pour 60 000 F peut être estimée 2 ou 300 000 aujourd’hui. Pour les domaines, la même chose. Je passe au Crédit Agricole et je fais mettre au compte courant de Marcelle à vue, ce qui était encore au mien. Elle y a 216 et 174 à moi, 390 620 en tout. Elle-même conduite par Jean Le Sueur et son gazo va à Maumigny acheter des pommes. Ils en rapportent 7 double décalitres pour eux deux à 80 F l’un. Au retour nous dépassons sur la grande route, des quantités de voitures légères et des camions réquisitionnés pour emmener direction du midi des Boches et leur matériel. Les Anglophiles de plus en plus nombreux jubilent, moi je suis de plus en plus angoissé. Impôts sur le revenu. Prendre sur la matrice cadastrale le revenu de la propriété pour l’année 1941 et le multiplier par 10,05. Exemple : 10 000 F de revenu cadastral donne un bénéfice agricole de 105 000 F, sur lequel lorsqu’il n’y a pas de charges de famille, l’Etat prélève 21%, 105 000 X 21 = 3 150 F. Moreau me donne pour ma lampe Pigeon 1 litre d’essence, avec ce que j’avais déjà, cela pourra faire pour l’hiver, d’autant que le colonel m’en donne lui aussi un litre. Il est effrayé de ce qu’il y aura à payer pour la succession de sa mère qui n’est pas encore morte mais qui est plus qu’octogénaire, car elle a 500 hectares à Raffigny. La fortune de Madame Vuillemain peut être évaluée à 25 millions, à peu près tous en capitaux.
15 Dimanche. Un peu de monde à la messe pour entendre notre curé qui est revenu rajeuni de la clinique. J’achette un briquet et 4 boîtes d’allumettes, car celle-ci deviennent très rares. A Nevers on n’en trouve plus du tout.
16 -2°. Il passe sur la grande route beaucoup de chevaux provenant probablement de la réquisition et conduits au licol par des soldats Allemands qui ont l’air d’enfants de troupe.
17 Bobards de toutes sortes, se contredisant.
18 Cartes d’Augustin et d’Hervé. Marcelle déjeune à Buy. Marie Thérèse qui a pêché son étang la veille, lui fait emporter une carpe qu’elle lui fait payer. Goûter à Fontallier. Marie Grincour qui est très anglophile trouve que tout va très bien. 90 % des Français pensent comme elle. Le Général de Gaulle nommé gouverneur de Madagascar ne me dit rien qui vaille. Avec mon jardinier et Gonin nous plaçons une bonde métallique dans l’étang Américain des Chaumes Vieilles.
19 On enterre à St Parize mon vieux métayer Denis qui m’avait quitté en 1919 profitant comme beaucoup d’autres de la plus value des cheptels et des 50 000 F que j’ai été obligé de lui donner. Je ne lui en ai du reste pas voulu, il a profité d’une loi funeste pour les propriétaires, comme elles le sont souvent.
20 Rien à signaler.
21 Renaud vient me payer et apporter ses menus suffrages et ceux des Bringault : 4 dindes, 6 poulets et 6 pintades. Nous téléphonons à Cécile pour lui souhaiter sa fête. Elle n’a pas de nouvelles des Valence. Elle nous dit que Weigand a été emprisonné en zone libre par les Allemands et que Saint Nazaire a été sérieusement bombardé par les Anglais. Mille morts.
22 Ste Cécile, priez pour nous. Dimanche. Je donne rendez-vous aux Queudres aux hommes de Moiry pour leur distribuer un carré de bois qu’ils exploiteront l’hiver. Il en vient 20. Je leur fais tirer leur place au sort et leur donne à partir de la route côté midi un carré de 3 hectares environ angle Nord Ouest de cette magnifique forêt. Ils me donnent chacun 15 F ce qui fait ressortir l’hectare à 100 F. Il faut avoir pitié des gens qui n’ont pas de bois pour se chauffer quand comme moi on écrit cela devant un bon feu. Au retour nous trouvons les du Part retour de Paris où ils sont allés en prévision de la noce chez les fournisseurs. On n’a pas une chemise à moins de deux mille francs, un complet homme 4 000, une paire de souliers 1 200 F. Quant aux bijoux ce sont des prix astronomiques. Un bijoutier voyant la bague de fiançailles de Marie Louise lui dit : « Savez-vous Madame que vous avez un objet de valeur, un diamant entouré d’émeraudes, il vaut bien un million et si vous voulez vous en défaire, je vous en offre 700 000. » D’un autre diamant plus petit et d’une moins belle eau, il donne 300 000. Au restaurant on sort de table ayant faim après avoir payé son déjeuner de 50 à 60 F. Un jour Antoine dit au garçon : « il n’y a que ça ? » « Oui Monsieur, mais si vous voulez je peux vous servir en supplément une côtelette de veau sans ticket. » « Apportez en deux, une pour moi, une pour ma fille. » Coût 70 F l’une, donc 140 F à ajouter au prix du déjeuner. Antoine à bicyclette avec un magnifique veston noir coupé dans la redingote qu’il portait le jour de son mariage. J’ai un regret amer d’avoir donné la mienne au secours national.
23 -7°. J’envoie chercher à Planchevienne la taure Normande achetée par Marcelle, qui n’a pas l’air de se préparer à avoir un veau de sitôt. J’en profite pour faire conduire à Gabrielle 3 dindes vendues 28 F la livre et deux pintades. Geneviève Clayeux nous téléphone qu’elle viendra nous voir du 26 au 29. Cartes de Simone et de Dédette.
24 Marcelle qui souffre beaucoup d’une dent de sagesse, part à bicyclette pour Nevers afin de la faire arracher, mais elle revient avec elle, le dentiste lui ayant trouvé la gencive trop enflammée pour tenter l’opération. Jean Le Sueur la ramène dans son auto. J’ai la visite de Garnet qui vient payer son terme, il trouve amer d’avoir à payer dix mille francs d’impôts sur le revenu pour ses bénéfices agricoles. Madame Thiery étant malade, je fais venir un jeune coiffeur nouvellement installé à St Parize pour me couper les cheveux. On me raconte qu’à la vente des veaux reproducteurs de l’écurie Goby, deux amateurs ayant envie du même animal l’ont poussé jusqu’à 90 000 avec 10 % de décime il a donc fait 99 000 F.
25 -7°. J’envoie à Augustin par chèque postal le terme du Mou. J’y joins 2 000 F de la part d’Hervé sur ce que je devrais lui donner pour Noël, ceci en avance. Il souffle un vent de bise glacial. Mes métayers rentrent leurs animaux qui sont en mauvais état, manque d’herbe et cheptels trop nombreux.
26 -8°. A 3 heures Marie Thérèse Guillemain vient nous voir à bicyclette, peu après Guite de Villeneuve arrive avec la même monture empruntée à Guite de Sansal. Ayant appris hier à Tours par une lettre de Marcelle que sa mère venait nous voir, elle a sauté dans le train pour la rencontrer. A 9 h, les Antoine amenaient Geneviève bien surprise de trouver sa fille ici. Antoine part pour Nevers conduire sa femme qui part pour Paris et il nous revient pour dîner et coucher. A Thionne – 14 °.
27 -9°. Grâce à une de mes juments qui traîne le gazo jusqu’au bout de l’avenue, Antoine peut partir et aller déjeuner à Chatillon où il vend les bois de Cuy 16 hectares pour un prix rémunérateur, il ramène Fulgence avec lui, nous le gardons à dîner et à coucher, il est un peu gêné de se mettre à table avec nous, il est plus à son aise pour m’aider à mettre dans un bidon 18 litres de pétrole qu’un collègue d’Antoine a pu me procurer et qui vont me permettre de vivre un peu moins dans l’obscurité. A 10 h ¼ téléphone de Gabrielle de Rouville qui nous annonce que les Boches ont bombardé notre flotte à Toulon et que des Ctr ont sabordé leurs bateaux et que le plus grand désarroi règne partout. D’autre part Hitler a spécifié au Maréchal d’avoir à démobiliser l’armée. Ces tristes nouvelles nous plongent dans une très grande inquiétude.
28 Antoine va chercher sa femme à Nevers retour de Paris et ils nous quittent après déjeuner. Guitte part à 3 heures pour Tours. Joly notre garde à St Ouen m’apporte l’estimation qu’il vient de faire de 20 ha 50 de la 3éme coupe de Challuy et qui dépasse de 1/3 celle de l’année dernière. J’écris à Coudant de Cery pour la lui proposer. Leclerc qui avait acheté en 1940 la première coupe de Challuy et qui devait avoir fini l’exploitation au mois d’avril dernier, est loin d’être à hauteur. Il n’y a que la moitié du taillis de coupé et pas un arbre abattu. Je lui demande vingt mille francs d’indemnités pour la pousse perdue d’une année.
29 Dimanche. Messe et quête pour les prisonniers. Assistance peu nombreuse. Marcelle déjeune à Planchevienne : rognons sautés et dinde rôtie. Je finis de régler avec mes métayers. Callot fait une grosse année grâce à la vente des chevaux. Les Boches réclament 1 pour cent des habitants pour les envoyer travailler en Allemagne, c’est à qui n’ira pas. Je plains beaucoup les maires qui sont obligés de désigner les partants. Les Anglo-Amécicains ont toute la faveur, malgré leur brigandage à notre égard.
30 J’envoie à la Mairie ma demande pour toucher mes 500 grammes de pain, il faut la renouveler chaque mois. Un bidon de 5 litres de pétrole me tombe du ciel venant de la Seigneurie. Je suppose que c’est André qui me l’envoie par les Château qui lui ont donné des haricots de ma part.
26.4.10
LE LAVOIR et SA BONDE
En 1889, j’ai été moi aussi maire de St Parize nommé à peu près à l’unanimité des suffrages. Je n’ai conservé que pendant 4ans l’affection de mes électeurs,… Mon passage au pouvoir restera cependant marqué par quelque chose de durable, j’ai fait construire un lavoir couvert près de la magnifique et abondante source qui sort des fondations du presbytère, et mon nom est gravé sur une des pierres de taille de la façade.
En avril 2010, la mairie a dû faire refaire la bonde de ce lavoir. Sur la photo ci-dessous on voit l’ancienne et la nouvelle confectionnée par le conseiller municipal Bernard Saint Arromand qui la tient. Les bondes des pièces d’eau préoccupaient Réné Robert qui écrit plusieurs fois sur ce sujet et signale comme un gros progrès les bondes métalliques.
En avril 2010, la mairie a dû faire refaire la bonde de ce lavoir. Sur la photo ci-dessous on voit l’ancienne et la nouvelle confectionnée par le conseiller municipal Bernard Saint Arromand qui la tient. Les bondes des pièces d’eau préoccupaient Réné Robert qui écrit plusieurs fois sur ce sujet et signale comme un gros progrès les bondes métalliques.
17.4.10
SEPTEMBRE 1942
1 Marcelle va goûter à Planchevienne et moi visiter les Petites Granges où les animaux crèvent de faim. M. le curé faisant sa tournée du culte de notre côté, nous le gardons à déjeuner. Il appelle cela le dîner du culte. Je lui donne 700 F + 100 F pour les bancs à l’église et la propagation de la foi.
2 Marcelle va à La Chasseigne. Chicon met 4 veaux mâles avec leur mère dans le pré Maupilet. C’est un mois en retard, mais il y a peu d’herbe et pas du tout d’eau. On apporte une bâche contenant 400 litres qu’il faudra remplir tous les jours. Tout cela me plonge dans le marasme. A 9 h ½ du soir, téléphone de Cécile, les Valence avec leurs deux aînées sont arrivées à Rennes où ils passeront 8 jours et ils s’arrêteront ici au retour le 9.
3 Marie Antoinette du Verne, Guite de V. et sa fille nous viennent par le car pour déjeuner. M.A. repart à 7 h du soir toujours par le même car et aussi entassée. A 3 h Jean Le Sueur vient me prendre avec Dédette pour me conduire à Planchevienne voir des génisses Normandes envoyées par le frère aîné des Rouville, parce que Marcelle veut en acheter une. Je ne la contrarie pas dans son choix, car pour les vaches laitières je n’y connais rien. Nous revenons par La Seigneurie, là comme ailleurs ni eau ni herbe. Je ne me rappelle pas depuis 1893 avoir vu les prés aussi râpés. Seul le canal sert pour abreuver les animaux des Bardins, de l’Ouche, du Guérimbats et des prés qui sont au Sud et au couchant par rapport au domaine y compris le Boyau.
4 Roy met 4 vaches avec leurs veaux mâles dans le pré de la Joie. Guite et Geneviève prennent à Mars le train de 6 h 40. Premier vendredi du mois. Notre curé étant souffrant, Marcelle va à la messe à Magny quant à moi j’en suis privé. Sept bêtes à cornes qui errent depuis plusieurs jours dans le taillis d’Orgeat ont sauté dans le Paturail Mâle, ils vont faire sortir mes animaux,.autre méfait de la sécheresse. Blois vient pour arranger la pompe qui se dégrène. Il ne peut le faire faute de cuir pour remplacer celui de la soupape qui est dans le puits.
5 Les bêtes des Petites Granges au nombre d’une trentaine entrent dans le pré de la Joie, je passe ma matinée à les mettre dehors, j’en suis éreinté. Le soir, les mêmes bêtes viennent dans l’avenue et avec peine, je les empêche d’aller dans le jardin. Pendant ce temps mon métayer est en train de faire des roulages pour lui au bois de Bord. J’en suis malade.
6 J’inscris ma cuisinière aux allocations familiales, ce qui est obligatoire d’après une loi nouvelle concernant les domestiques de maison.
7 Le facteur nous arrive à 3 h du soir, le train du matin Nevers-Mars est supprimé.
8 Pas de Paris Centre ce matin à cause de cela. Fête de la Sainte Vierge, je m’approche de la Ste Table pour cette fête. Nous avons la visite des Massias et de Robert de Bacquencourt qui habite Aix et qui nous dit que les Hervé auront beaucoup de peine à trouver un logement dans cette ville envahie par les Juifs. Visite des Pierre de Rouville.
9 Messe pour Edith. Les Valence avec leurs deux aînées partis de Rennes à 11 h du soir le 8 passant par Paris arrivent le 9 à midi ½ en gare de St Pierre où le gazo de Moine va les chercher. C’est un rayon de soleil qui passe sur la maison.
10 Jean va à St Pierre dans la matinée pour faire signer sa permission. C’est à Nevers que cela doit se faire, aussi il est obligé d’y aller après midi. Toutes ces promenades à bicyclette par une grosse chaleur et la désespérante sécheresse qui tourne à la calamité. Mention marginale : Barillet 7 st bois.
11 Alain de Villenaut vient nous présenter sa femme née de La Motte-Rouge, une bretonne qui est vraiment très bien. Augustin nous arrive par Mars à 7 h du soir.
12 Les Valence partent pour Boutavent où ils laisseront leurs filles pour aller passer 24 h à Lourdes. Marcelle les accompagne à St Pierre et revient par Buy. Augustin va à Nevers à bicyclette pour s’entretenir avec le notaire. Il ne trouve pas Madame de Sansal partie pour voir sa mère qui s’est cassée le col du fémur. Autre gros ennui causé par la sécheresse, les vaches des Petites Granges sont entrées pendant la nuit dans les betteraves de Gaudat et les ont mises à mal. Ce dégât ne sera pas facile à régler. Tout cela me plonge dans un noir sombre.
13 Dimanche. Beaucoup de monde à la messe, une trentaine d’hommes sans compter la douzaine de jocistes qui y viennent très régulièrement. Marie Thérèse de Champeaux est fiancée au capitaine Dorgeval. A la Comaille M. A. du Verne a vu ses jeunes neveux Doué qui ont 1m80 de taille. Que doivent en penser leurs grands parents du Part. Marcelle et Augustin vont aux Vêpres à Magny et en visite à Planchevienne. Orage à l’Est, mais rien pour nous, que le désastre.
14 Encore des orages autour de nous qui abattent à peine la poussière chez nous. Marcelle et Augustin vont aux domaines des Lieux. Ils rapportent de chez Bringault 4 livres de belle et blanche farine.
15 Augustin part de bonne heure pour Nevers à bicyclette. Il retire de l’argent du Crédit Agricole qui est au nom de Marcelle pour faire un envoi à Cécile, on verra dans mon livre répertoire, nos conventions de règlements de comptes.
16 Mon rosaire. Augustin va le matin à Gy voir Albert Barillet qui est souffrant et le soir Suzanne Le Sueur. Mes vaches à lait mangent les marrons d’Inde que je leur ai ramassés. Guillaume du Verne m’envoie 55 litres de vin à 5F25.
17 Jeanne Mabire et Louise Delamalle viennent manger un canard avec nous et dans l’après midi, les du Part goûtent avec elles. Je leur fais une triste figure car je suis démoralisé par la continuation du temps.
18 Marcelle et Augustin déjeunent à Planchevienne, ce dernier va ensuite au Mou, voir ses nouveaux fermiers. Je mène avec mes métayers de Calot les animaux qui sont dans le Pré de la Joie boire dans l’étang où il y a encore de l’eau pour quelques jours. Mais après !
19 Richard de Parizy vient avec son gazo nous prendre Marcelle et moi pour nous conduire à Nevers, où Augustin se rend à bicyclette. A 10 h il y a un service pour ma chère Edith à la cathédrale, malgré la difficulté des transports, il y vient pas mal de monde. J’y vois M. Th Guillemain rentrée depuis peu dans ses foyers. J’écris à M. Sablé entrepreneur, qui vend la pierre qu’il a fait extraire de ma carrière avant de me l’avoir payée et je lui dis que s’il continue sans venir s’entendre avec moi, je m’emparerai de la pierre qu’il a fait casser dans ma carrière. La pierre qu’il livre aujourd’hui à M. Brunet maçon à Magny, c’est du moellon. Mention marginale : 374 000.
20 Dimanche. Il y a à Challuy parc du Vernay, une kermesse pour les prisonniers qui produit plus de 100 000 F. Il y a eu pour 40 000 F de billets de loterie à 5 F l’un. St Parize est bien pâle à côté des communes qui nous touchent. Le pays malgré la triste sécheresse se montre généreux là où les dirigeants savent faire.
21 Le pauvre Augustin nous quitte la larme à l’œil, il va à bicyclette prendre à St Pierre le train de midi 40. Bringault m’apporte son terme du mois de mai, en s’excusant d’être si en retard. Je suis coulant car il est malheureux. Garnet à qui j’avais parlé de faire une porcherie pour le Mou, m’arrive avec un devis fait par un maçon de Bourges qui monte à 57 000 F. Ce chiffre n’a pas l’air de l’étonner, je le trouve un peu fort. Il prétend que le génie rural paierait la moitié de la dépense. C’est à voir. Dans tous les cas, je lui dis qu’étant donné les grosses sommes à verser au fisc pour la succession d’Edith, nous ne pouvions nous engager à rien pour le moment. Marcelle réunit dans la salle de l’école libre les femmes des prisonniers de la commune. Sur une trentaine convoquées, il en vient 26 ce qui est bien beau. Elles écoutent avec attention la modeste conférencière qui les encourage à se grouper et à s’entendre pour envoyer des colis aux plus pauvres. On mange des gâteaux apportés par Mesdames de Montrichard et Le Sueur. Un chapelet est ensuite récité à l’église par M. le Curé. Le baromètre baisse beaucoup, le vent est Sud Ouest, les nuages sont très noirs, mais il ne tombe rien. C’est désespérant !
22 Temps gris, maussade, triste comme moi-même.
23 Marcelle devait aller déjeuner à Limont, le mauvais temps la fait reculer. Alexandre commence à curer l’abreuvoir du pré Blond, qui en a bien besoin car l’eau est remplacée par de la vase.
24 Pluie 20 mm. Les Rouville viennent déjeuner avec nous et Gabrielle m’apporte deux litres de précieux pétrole, qu’elle ne veut pas que je lui paye. Notre cuisinière nous quitte pour aller soigner son fils. Nous la regrettons. Lettre d’Yvonne de Lourdes.
25 J’écris à Gonin pour qu’il fasse la déclaration relativement à la location du 42 de la rue de l’oratoire au contrôleur des contributions directes. Les Edmond Clayeux avec deux neveux qu’ils mènent à Nevers pour prendre le train, viennent nous surprendre à l’heure du déjeuner en apportant de quoi se nourrir. Le plâtrier Bureau me présente sa note, il va fort en se faisant payer 14 F de l’heure. Je lui fais remarquer qu’à ce prix là, il gagnera 4200 F par an, ce qu’il trouve tout naturel.
26 Je mets des perches au fond du pré de la Joie, parallèlement aux fils de fer pour tacher d’empêcher les bovins des Petites Granges de passer de mon côté. Je vends 13 châtrons de 18 mois à Chateau, moins chers que l’an dernier, mais je suis bien aise d’en être débarrassé par le temps de famine que nous traversons. Cécile nous arrive gelée par le car de 6 h ½, je lui fais du feu, c’est la première fois de l’année que j’en allume, bien plus tard qu’habituellement.
27 Dimanche. Je conduis Cécile à la messe avec mon âne qui se fait bien vieux. Pourvu qu’il dure aussi longtemps que moi. Lavergne vient me demander un acompte de dix mille francs pour les travaux de ma grange. Cela fait soixante mille francs qu’il a touchés à ce jour.
28 Pas de Paris Centre, parce que pas de train, les transports deviennent impossibles. Il fait froid.
29 Pluie. Nous avons à déjeuner Mériem de Martinprey et son fils Guy engagé depuis 9 ans au 7 éme Chasseurs à cheval, où il est maréchal des logis chef. Bien que sérieusement blessé en mai 1940, il a peu d’espoir d’avancement. Logé, nourri, habillé, il touche 22 000 F de traitement. Un simple soldat touche 10 F par jour.
30 Il fait doux : 20°. Mes filles vont gouter à Planchevienne et rentrent pour me faire un plat de champignons de rosée.
2 Marcelle va à La Chasseigne. Chicon met 4 veaux mâles avec leur mère dans le pré Maupilet. C’est un mois en retard, mais il y a peu d’herbe et pas du tout d’eau. On apporte une bâche contenant 400 litres qu’il faudra remplir tous les jours. Tout cela me plonge dans le marasme. A 9 h ½ du soir, téléphone de Cécile, les Valence avec leurs deux aînées sont arrivées à Rennes où ils passeront 8 jours et ils s’arrêteront ici au retour le 9.
3 Marie Antoinette du Verne, Guite de V. et sa fille nous viennent par le car pour déjeuner. M.A. repart à 7 h du soir toujours par le même car et aussi entassée. A 3 h Jean Le Sueur vient me prendre avec Dédette pour me conduire à Planchevienne voir des génisses Normandes envoyées par le frère aîné des Rouville, parce que Marcelle veut en acheter une. Je ne la contrarie pas dans son choix, car pour les vaches laitières je n’y connais rien. Nous revenons par La Seigneurie, là comme ailleurs ni eau ni herbe. Je ne me rappelle pas depuis 1893 avoir vu les prés aussi râpés. Seul le canal sert pour abreuver les animaux des Bardins, de l’Ouche, du Guérimbats et des prés qui sont au Sud et au couchant par rapport au domaine y compris le Boyau.
4 Roy met 4 vaches avec leurs veaux mâles dans le pré de la Joie. Guite et Geneviève prennent à Mars le train de 6 h 40. Premier vendredi du mois. Notre curé étant souffrant, Marcelle va à la messe à Magny quant à moi j’en suis privé. Sept bêtes à cornes qui errent depuis plusieurs jours dans le taillis d’Orgeat ont sauté dans le Paturail Mâle, ils vont faire sortir mes animaux,.autre méfait de la sécheresse. Blois vient pour arranger la pompe qui se dégrène. Il ne peut le faire faute de cuir pour remplacer celui de la soupape qui est dans le puits.
5 Les bêtes des Petites Granges au nombre d’une trentaine entrent dans le pré de la Joie, je passe ma matinée à les mettre dehors, j’en suis éreinté. Le soir, les mêmes bêtes viennent dans l’avenue et avec peine, je les empêche d’aller dans le jardin. Pendant ce temps mon métayer est en train de faire des roulages pour lui au bois de Bord. J’en suis malade.
6 J’inscris ma cuisinière aux allocations familiales, ce qui est obligatoire d’après une loi nouvelle concernant les domestiques de maison.
7 Le facteur nous arrive à 3 h du soir, le train du matin Nevers-Mars est supprimé.
8 Pas de Paris Centre ce matin à cause de cela. Fête de la Sainte Vierge, je m’approche de la Ste Table pour cette fête. Nous avons la visite des Massias et de Robert de Bacquencourt qui habite Aix et qui nous dit que les Hervé auront beaucoup de peine à trouver un logement dans cette ville envahie par les Juifs. Visite des Pierre de Rouville.
9 Messe pour Edith. Les Valence avec leurs deux aînées partis de Rennes à 11 h du soir le 8 passant par Paris arrivent le 9 à midi ½ en gare de St Pierre où le gazo de Moine va les chercher. C’est un rayon de soleil qui passe sur la maison.
10 Jean va à St Pierre dans la matinée pour faire signer sa permission. C’est à Nevers que cela doit se faire, aussi il est obligé d’y aller après midi. Toutes ces promenades à bicyclette par une grosse chaleur et la désespérante sécheresse qui tourne à la calamité. Mention marginale : Barillet 7 st bois.
11 Alain de Villenaut vient nous présenter sa femme née de La Motte-Rouge, une bretonne qui est vraiment très bien. Augustin nous arrive par Mars à 7 h du soir.
12 Les Valence partent pour Boutavent où ils laisseront leurs filles pour aller passer 24 h à Lourdes. Marcelle les accompagne à St Pierre et revient par Buy. Augustin va à Nevers à bicyclette pour s’entretenir avec le notaire. Il ne trouve pas Madame de Sansal partie pour voir sa mère qui s’est cassée le col du fémur. Autre gros ennui causé par la sécheresse, les vaches des Petites Granges sont entrées pendant la nuit dans les betteraves de Gaudat et les ont mises à mal. Ce dégât ne sera pas facile à régler. Tout cela me plonge dans un noir sombre.
13 Dimanche. Beaucoup de monde à la messe, une trentaine d’hommes sans compter la douzaine de jocistes qui y viennent très régulièrement. Marie Thérèse de Champeaux est fiancée au capitaine Dorgeval. A la Comaille M. A. du Verne a vu ses jeunes neveux Doué qui ont 1m80 de taille. Que doivent en penser leurs grands parents du Part. Marcelle et Augustin vont aux Vêpres à Magny et en visite à Planchevienne. Orage à l’Est, mais rien pour nous, que le désastre.
14 Encore des orages autour de nous qui abattent à peine la poussière chez nous. Marcelle et Augustin vont aux domaines des Lieux. Ils rapportent de chez Bringault 4 livres de belle et blanche farine.
15 Augustin part de bonne heure pour Nevers à bicyclette. Il retire de l’argent du Crédit Agricole qui est au nom de Marcelle pour faire un envoi à Cécile, on verra dans mon livre répertoire, nos conventions de règlements de comptes.
16 Mon rosaire. Augustin va le matin à Gy voir Albert Barillet qui est souffrant et le soir Suzanne Le Sueur. Mes vaches à lait mangent les marrons d’Inde que je leur ai ramassés. Guillaume du Verne m’envoie 55 litres de vin à 5F25.
17 Jeanne Mabire et Louise Delamalle viennent manger un canard avec nous et dans l’après midi, les du Part goûtent avec elles. Je leur fais une triste figure car je suis démoralisé par la continuation du temps.
18 Marcelle et Augustin déjeunent à Planchevienne, ce dernier va ensuite au Mou, voir ses nouveaux fermiers. Je mène avec mes métayers de Calot les animaux qui sont dans le Pré de la Joie boire dans l’étang où il y a encore de l’eau pour quelques jours. Mais après !
19 Richard de Parizy vient avec son gazo nous prendre Marcelle et moi pour nous conduire à Nevers, où Augustin se rend à bicyclette. A 10 h il y a un service pour ma chère Edith à la cathédrale, malgré la difficulté des transports, il y vient pas mal de monde. J’y vois M. Th Guillemain rentrée depuis peu dans ses foyers. J’écris à M. Sablé entrepreneur, qui vend la pierre qu’il a fait extraire de ma carrière avant de me l’avoir payée et je lui dis que s’il continue sans venir s’entendre avec moi, je m’emparerai de la pierre qu’il a fait casser dans ma carrière. La pierre qu’il livre aujourd’hui à M. Brunet maçon à Magny, c’est du moellon. Mention marginale : 374 000.
20 Dimanche. Il y a à Challuy parc du Vernay, une kermesse pour les prisonniers qui produit plus de 100 000 F. Il y a eu pour 40 000 F de billets de loterie à 5 F l’un. St Parize est bien pâle à côté des communes qui nous touchent. Le pays malgré la triste sécheresse se montre généreux là où les dirigeants savent faire.
21 Le pauvre Augustin nous quitte la larme à l’œil, il va à bicyclette prendre à St Pierre le train de midi 40. Bringault m’apporte son terme du mois de mai, en s’excusant d’être si en retard. Je suis coulant car il est malheureux. Garnet à qui j’avais parlé de faire une porcherie pour le Mou, m’arrive avec un devis fait par un maçon de Bourges qui monte à 57 000 F. Ce chiffre n’a pas l’air de l’étonner, je le trouve un peu fort. Il prétend que le génie rural paierait la moitié de la dépense. C’est à voir. Dans tous les cas, je lui dis qu’étant donné les grosses sommes à verser au fisc pour la succession d’Edith, nous ne pouvions nous engager à rien pour le moment. Marcelle réunit dans la salle de l’école libre les femmes des prisonniers de la commune. Sur une trentaine convoquées, il en vient 26 ce qui est bien beau. Elles écoutent avec attention la modeste conférencière qui les encourage à se grouper et à s’entendre pour envoyer des colis aux plus pauvres. On mange des gâteaux apportés par Mesdames de Montrichard et Le Sueur. Un chapelet est ensuite récité à l’église par M. le Curé. Le baromètre baisse beaucoup, le vent est Sud Ouest, les nuages sont très noirs, mais il ne tombe rien. C’est désespérant !
22 Temps gris, maussade, triste comme moi-même.
23 Marcelle devait aller déjeuner à Limont, le mauvais temps la fait reculer. Alexandre commence à curer l’abreuvoir du pré Blond, qui en a bien besoin car l’eau est remplacée par de la vase.
24 Pluie 20 mm. Les Rouville viennent déjeuner avec nous et Gabrielle m’apporte deux litres de précieux pétrole, qu’elle ne veut pas que je lui paye. Notre cuisinière nous quitte pour aller soigner son fils. Nous la regrettons. Lettre d’Yvonne de Lourdes.
25 J’écris à Gonin pour qu’il fasse la déclaration relativement à la location du 42 de la rue de l’oratoire au contrôleur des contributions directes. Les Edmond Clayeux avec deux neveux qu’ils mènent à Nevers pour prendre le train, viennent nous surprendre à l’heure du déjeuner en apportant de quoi se nourrir. Le plâtrier Bureau me présente sa note, il va fort en se faisant payer 14 F de l’heure. Je lui fais remarquer qu’à ce prix là, il gagnera 4200 F par an, ce qu’il trouve tout naturel.
26 Je mets des perches au fond du pré de la Joie, parallèlement aux fils de fer pour tacher d’empêcher les bovins des Petites Granges de passer de mon côté. Je vends 13 châtrons de 18 mois à Chateau, moins chers que l’an dernier, mais je suis bien aise d’en être débarrassé par le temps de famine que nous traversons. Cécile nous arrive gelée par le car de 6 h ½, je lui fais du feu, c’est la première fois de l’année que j’en allume, bien plus tard qu’habituellement.
27 Dimanche. Je conduis Cécile à la messe avec mon âne qui se fait bien vieux. Pourvu qu’il dure aussi longtemps que moi. Lavergne vient me demander un acompte de dix mille francs pour les travaux de ma grange. Cela fait soixante mille francs qu’il a touchés à ce jour.
28 Pas de Paris Centre, parce que pas de train, les transports deviennent impossibles. Il fait froid.
29 Pluie. Nous avons à déjeuner Mériem de Martinprey et son fils Guy engagé depuis 9 ans au 7 éme Chasseurs à cheval, où il est maréchal des logis chef. Bien que sérieusement blessé en mai 1940, il a peu d’espoir d’avancement. Logé, nourri, habillé, il touche 22 000 F de traitement. Un simple soldat touche 10 F par jour.
30 Il fait doux : 20°. Mes filles vont gouter à Planchevienne et rentrent pour me faire un plat de champignons de rosée.
Inscription à :
Articles (Atom)