12.5.10

DECEMBRE 1942

1 Les Le Sueur emmènent Marcelle à Nevers avant déjeuner. Le dentiste ne veut pas encore arracher la dent dont elle souffre toujours beaucoup. J’ai la visite de Jean de Marne bien content d’être débarrassé de sa prostate. Il est accompagné d’un de ses métayers, je leur vends un veau de Callot. Il m’apprend la mort de François de Rasilly, c’était un bon voisin, toujours en train. A nos déjeuners de chasse à l’auberge d’Azy, il n’y en avait que pour lui.

2 Il nous en faudrait bien un nouveau. Bringault m’apporte son terme du 11 novembre et une miche de pain blanc comme du lait fabriqué avec du blé de son domaine. Garnet m’apporte à signer un sous-seing établissant que dorénavant son fils qui cultive avec lui le Mou sera son associé, ceci pour l’empêcher de partir en Allemagne. N’y voyant pas d’inconvénient, je signe.

3 +9°. Les Massias viennent goûter. J’accompagne Gaston à Villars où Le Sueur lui fait la grâce de remplir sa voiture de 250 k de charbon. Toujours pas de nouvelles d’Aix. A Toulon, l’Ecole Navale a été licenciée pour 3 mois dit-on. Les élèves sont restés 36 heures sans manger. A Montluçon, les Boches sont entrés au milieu de la nuit dans les chambrées et ont fait descendre les soldats dans la cour à moitié vêtus.

4 1er Vendredi du mois, je m’approche de la Sainte Table. Téléphone de Jacquemart disant qu’il viendra nous voir la semaine prochaine pendant 48 heures en revenant de Vichy. Carte d’Hervé m’annonçant la grossesse de sa femme, mais ne disant rien des événements ni de ce qu’ils deviennent.

5 Temps très doux, il fait plus chaud dehors que dedans. Marcelle envoie 4 oies et 2 pintades à Gabrielle de Rouville et moi 4 paquets de cigarettes à sa soeur pour 30 francs. Je pourrais les vendre 240 francs au marché noir.

6 Dimanche. Marcelle déjeune à Planchevienne.

7 Marcelle va à Nevers à bicyclette et en revient avec une grosse dent en moins à sa grande satisfaction. Pendant ce temps, j’ai pour la première fois de ma vie, la visite de l’huissier de St Pierre qui m’apporte une assignation à comparaître vendredi prochain à l’audience du juge de paix, ceci à la requête de Gaudat, parce que les vaches des Petites Granges lui ont mangé 1200 kilos de navets et piétiné son blé. Il demande pour ces dégâts 4 000 F d’indemnités. J’écris au juge de paix, que ne me sentant nullement coupable, je ne me présenterai pas à l’audience, car j’estime que seul mon métayer est responsable. Je finis de ramasser les feuilles mortes dans les allées. Carte d’Hervé qui est bien désappointé, il ne sait pas ce qu’il va devenir. Il a fait une demande pour entrer dans les eaux et forêts. Carte d’Yvonne qui ne sait rien de Jean. Carte de Dédette qui nous dit que Miette est aux Gouttes pour 5 jours. Lettre de Louis Monnier remerciant de l’oie et des pommes que Marcelle lui a envoyées.

8 Dernier jour de la neuvaine. Je vais à la messe et je communie. Marcelle ne m’accompagne pas parce qu’elle a une fluxion. Nous avons à déjeuner les fiancés Martimprey du Part et leurs parents. Nous leur faisons manger une oie. Guy me raconte la façon brutale avec laquelle les Allemands les ont mis hors de leurs lits d’abord et du quartier ensuite. Ils se sont emparés de tous les chevaux et du matériel. Toutes les villes de garnison française ont été dépouillées en même temps. Comme tous les autres, le jeune Massias est rentré dans ses foyers.

9 Un coup de téléphone de Moulins envoyé par Jacquemart nous annonce qu’il arrivera 7 h 10 du soir à Mars. J’attelle Jaurès et je vais le chercher. Nous bavardons agréablement avec lui jusqu’à 11 h.

10 Nous avons à déjeuner Marie Thérèse Guillemain, Simone d’Assigny et sa plus jeune fille, avec laquelle elle va à Chantenay voir son aînée. Nous avons la visite de deux grands séminaristes venus à bicyclette chercher deux dindes, l’une pour le séminaire, l’autre pour l’archiprêtre de la cathédrale. Cadeaux que je fais chaque année.

11 Pluie. Jacquemart va le matin visiter la vacherie de Moreau et le soir celle de Condamine à la Beurrière. Il en revient trempé comme une soupe.

12 Moreau vient nous prendre Jacquemart et moi pour nous conduire à Nevers. Fred pour prendre le train et moi pour parler avec le notaire des droits de succession qui vont être énormes. Un monde fou dans la rue du Commerce. Je me demande comment tout ce monde peut se transporter en ville, d’autant plus que l’on ne trouve rien dans les magasins. Carmen, m’apprend que Marie Antoinette est partie pour la Comaille marier les d’Orgeval et que son fils Jean démobilisé est entré dans les bureaux des eaux et forêts, grâce à Villenaut. Vu Edme de Villaine, sa grand-mère va mal.

13 Dimanche. Marcelle ne peut pas venir à la messe parce qu’elle souffre toujours des dents. Les Anglais ont bombardé Rouen très sévèrement, ce qui n’empêche pas de nombreux Français de faire des vœux pour eux. Carte d’Edmond bien désolé d’être obligé de remettre son fusil à la gendarmerie de Jaligny, les deux zones seront logées à la même enseigne.

14 +12°. Marcelle souffre toujours de ses dents. Elle a la visite de Suzanne Le Sueur. Il fait plus chaud dehors que dans la maison.

15 Pluie. Marcelle souffre un peu moins. Pendant la pluie je fais des margotins.

16 Mon rosaire. Les Thonnier célèbrent aujourd’hui leurs noces d’or. Je leur écris un mot. Marcelle envoie 3 dindes et deux à Gabrielle de Rouville à Paris. La coopérative fait venir des pommes de terre de semence qu’elle nous vend 450F les 100K et il faut lui en livrer le même poids qu’elle nous paye 170 F.

17 Pluie. A 4 h du matin, le jardinier réveille Marcelle pour lui dire de demander le médecin parce que sa femme attend Didier qui arrive en ce monde assez facilement à 8 h ½ à bon port. Les lapins du bois Renard aux Le Sueur mangent le blé semé dans la Noirie. On ne peut rien y faire : ni chiens ni fusils.

18 Pluie. Je fais mettre dans la cave aux vins 90 kilos de pomme de terre qu’on ne touchera qu’au mois d’avril si possible. Roy vend deux veaux reproducteurs au Vendéen Michot 3 800 F pièce et Chicon, 3 au même pour 4 000. Nous avons la visite de Coudant, marchand de bois à Cercy. Nous ne pouvons pas nous entendre pour lui vendre la coupe de St Ouen. Les prétentions de Marcelle sont un peu fortes et l’estimation du garde un peu haute. On en verra un autre (216 000).

19 Pluie. Marcelle a repris du poil de la bête, elle va à Saint Parize le matin et à Moiry le soir et ne rentre qu’à nuit noire selon son habitude.

20 Dimanche. Jean de Sansal vient déjeuner. Il engloutit le plat de pommes de terre comme les Monnier. Il est du reste gras et frais. Il a fini sa carrière militaire aux environs de Toulon où son régiment fabriquait des baraquements. Les Boches les ont chassés de leurs lits par surprise à 4 h du matin.

21 -2°. Les Massias allant chercher du charbon de bois au Manoir s’arrêtent pour goûter ici.

22 Pluie. La Mairie m’ayant donné un bon pour un complet, je vais à Nevers conduit par Moreau et après avoir vu trois boutiques, je trouve rue Fonmorigny, un tailleur en chambre qui pour 2800 F consent à me faire un vêtement. Rencontré Mollins qui n’a plus que la peau sur les os. Marcelle achète des cadeaux pour les jeunes ménages d’Orgeval et du Cray Delamalle (ce dernier sera célébré le 30 au Banlay). Marcelle donne aux contributions indirectes ma signature pour sa caution à la cave de Guillaume du Verne.

23 Marcelle assiste à l’école libre de St Parize à un goûter offert à 22 enfants de prisonniers de la commune. Paulette Le Sueur et Madame Moreau ont envoyé d’excellents gâteaux. Marcelle fait la crèche de Noël dans l’église. Lettre de Cécile qui a de nouveau un boche chez elle. J’envoie les étrennes en argent à tous mes enfants petits et grands.

24 Marcelle va goûter chez les Le Sueur qui nous invitent à manger demain une dinde truffée. Je refuse. La messe de minuit se dit à 9 h du soir, ordre de la commandantur. A 9 h ½ Cécile nous téléphone de Vitré. Elle passe Noël chez sa grande amie d’Héliand.

25 Noël. Je m’approche de la sainte table. Notre cuisinière étant en permission pour 48 h, Marcelle nous fait pour déjeuner une excellente pintade aux choux et le soir une non moins bonne soupe aux navets que nous mangeons au coin du feu du petit salon avec des crêpes. La radio annonce que l’amiral Darlan a été tué hier à Alger d’un coup de pistolet tiré à bout portant.

26 Saint Etienne priez pour nous. Les Guillaume du Verne viennent passer 48 h avec nous, c’est une joie pour la maison, d’autant qu’ils n’arrivent pas les mains vides car ils nous apportent 5 litres de pétrole et une bonbonne de vin.

27 Dimanche. Guillaume nous mène à la messe dans son auto qui part bien difficilement à cause du froid.

28 -7°C. Les Guillaume nous quittent avec peine au propre et au figuré, parce que leur auto est gelée. C’est un ménage qu’on a du plaisir à recevoir. Comme exercice, je mets 25 bouteilles de vin en carafe et 3 du fond de tonneau dans le vinaigrier. A la veillée je fais des allumettes en papier, les boîtes se font rares. Marcelle va au ravitaillement à Moiry, elle en revient bredouille.

29 Neige. La neige tombe, cela ne va pas faciliter les allers et venus pour le mariage Delamalle du Cray qui a lieu aujourd’hui au Banlay. Je reçois des lettres de bonne année de Roger de La Brosse, d’André et de Louis de la Brosse, ce dernier a de bonnes nouvelles d’Hubert qui dit qu’à Batna après une semaine assez pénible, la vie a repris son cours normal et qu’Odette à Oran continue son service à la croix rouge où elle a si bien fait son service pendant les journées tragiques qu’elle a été proposée pour la croix de guerre, ce dont il est très fier. Son optimisme est toujours très grand. Il n’est pas difficile, je suis moins rassuré que lui.

30 Neige. J’entre aujourd’hui dans ma 88 ème année, je suis né à Nevers le 30 décembre 1854 à 10 h du soir, le lendemain étant un dimanche les bureaux de l’état civil étant fermés, je n’ai été déclaré que le premier janvier 1855. J’écris à Aline, à Cécile à André et à Gabrielle de Rouville qui m’a souhaité la bonne année.

31 Neige. Saint Sylvestre. Voilà terminée cette année qui aura été pour moi une des plus tristes de ma longue existence, car en dehors du chagrin que j’ai éprouvé en perdant ma chère Edith, il y a l’humiliation ressentie pour la France qui est tombée plus bas que jamais.

11.5.10

NOVEMBRE 1942

1 La Toussaint. Je m’approche de la Sainte Table. L’évêché nous envoie l’abbé Guédon pour 48 h pour remplacer notre curé. Suzanne Le Sueur vient goûter.

2 Beaucoup, beaucoup de monde à la messe. Notre population a le respect de ses morts.

3 Saint Hubert, plus triste pour moi que certaines d’antan. Melle Valois devait venir gouter. Elle n’est pas venue, je ne sais pourquoi. Marcelle se rend à Planchevienne avant déjeuner. Elle trouve la maison et les écuries pleines de Boches. Elle paye à Henri la taure Normande qu’elle lui a achetée 7 000 F, qui n’est pas encore livrée et qui n’a pas encore son veau.

4 Cécile nous écrit qu’elle a reçue chez elle Madame de Wendel venue à Rennes pour une réunion de la ligue. Elle a un appétit formidable. Roy ramasse 40 000 kg de betteraves dans 1 hectare environ du Clou. Ce champ conservant bien sa fraîcheur, amène bien ce genre de légume.

5 Pluie 15 mm. Guite de Villeneuve nous apprend que Béatrice de la Brosse, après 10 ans de repos attend son N° 5. Les Miklo Delamalle nous font part des fiançailles de leur fille Odette avec un terrien limousin Serge du Cray, cousin de leur gendre.

6 Marcelle part à la première heure pour assister à la messe de Magny-Cours et se rendre à 10 h ½ à Challuy où elle retrouve le maire. La commune ayant besoin d’un terrain de sport, pense à louer ou acheter environ un hectare de terre dans le pré du Mou qui est en face de l’Eglise. Nous allons étudier la chose avec Augustin et le notaire. La location ne peut pas se faire pour moins de 15 ans, quant à une vente prochaine, en en demandant cher ce qui serait naturel, le fisc pourrait se baser là-dessus pour réclamer de gros droits pour l’évaluation du Mou pour ceux à payer dans la succession de la pauvre Edith avant le 24 janvier.

7 Nous envoyons un grand matelas fait à neuf aux Hervé, des légumes à Yvonne à Boutavent et autres légumes à Monnier à Paris. Anne Chenut qui ne peut s’habituer à Vendôme est arrivée hier soir amenée par sa cousine Tardy qui est allée la chercher. Elle est heureuse de revoir le Pied Prot. Je ne la trouve pas changée. Arrivé à la gare, le matelas ne peut pas partir parce que depuis 24 h on ne peut plus faire voyager un colis pesant plus de 20 kg. Il n’y a plus de wagon disponible.

8 Dimanche. Le curé de Magny-Cours vient nous dire une messe basse à 9 h bien que le notre soit rentré hier de la clinique où l’opération de sa hernie a bien réussi. La population est très émue car on vient d’apprendre que les Américains ont débarqué sur toute la côte méditerranéenne du Maroc à la Tunisie. Que pouvons- nous en penser. 90 pour 100 des Français sont partisans des Anglo Américains. Heureusement Hervé n’est plus là bas. Mais Valence à Oujda, Bernard de La Brosse à Alger, Les Jourdier à Rabat, Hubert de La Brosse aussi. Va-t-on se battre entre frères, c’est affreux ! Les Allemands ayant besoin de bois de chauffage, en réclament 170 stères à St Parize. Les gros propriétaires devront en fournir chacun 15 stères, les fermiers et métayers 2 stères. J’ai été oublié sur la liste. Je vais faire le mort en attendant les événements. La livraison devra être faite le 31 janvier et pour notre secteur déposé au domaine Légaré. J’achète pour André 5 litres de haricots à 30 F l’un = 150 F. La commune de Saint Parize achète dans les Poirats 1 hectare de terre pour les exercices de sport moyennant la somme de 22 000 F. C’est une indication pour le Mou.

9 -2°. Il gèle à glace pour la première fois de la saison. Les prés sont bien blancs et les animaux souffrent. Autrefois on les aurait rentrés. Je prête mon âne à la Nanne, afin qu’elle puisse aller prier sur la tombe de son vieux.

10 -4°. L’invasion Anglo-Américaine dans l’Afrique du Nord devient inquiétante car le Maréchal ordonne la résistance. Heureusement Hervé n’y est plus, mais Valence est à Oujda et je compte que j’ai sur la côte une trentaine de parents, maris, femmes et enfants. Bernard de La Brosse et Hubert avec toute leur famille, François Jourdier, Simone et 4 enfants, Du Cray Delamalle, Chantepie, Raymond Clayeux, Jean de Laboulaye, Louis de Champeaux avec sa femme, Odette de La Brosse croix rouge à Oran etc.

11 -5°. Saint Martin. Cécile et Miette me souhaitent ma fête. Les Château viennent me payer leur fermage. Les bruits les plus contradictoires circulent par tout le pays. Darlan est prisonnier des Américains disent les uns. Il est de mèche avec eux disent les autres. Mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’Hitler fait passer ses troupes dans les deux zones et qu’aucun Français ne peut sortir de la sienne. Les Château me payent leur terme et j’ai la visite de Melle Valois. Si mes fermiers abusent un peu de moi, les siens lui envoient l’huissier. Les S ont envoyé 1 500 F à Augustin pour avoir hébergé leurs enfants. C’est raisonnable.

12 Que Saint René nous protège, la France en a bien besoin. De même qu’hier, les troupes Allemandes armées jusqu’aux dents passent sans arrêt à Moiry, direction Moulins. Les gens du pays prétendent qu’ils se sentent battus. Je ne partage pas leur opinion, en voyant leur grand nombre. Hitler avait bien raison d’être à la recherche d’un espace vital pour nourrir une pareille fourmilière humaine. Anne Chenut quitte le Pied Prot pour aller s’ installer à St Benin des Bois chez sa cousine Tardy. A Vendôme, sa belle fille lui rend la vie trop dure. Vente des veaux reproducteurs à l’Isle chez Blond. 27 sujets. Le plus cher fait 37 000 F, le plus bas 2 600, moyenne 16 000 ce qui est déjà beau.

13 Temps froid, maussade, triste comme moi.

14 Moreau a la bonté de me conduire à Nevers, où je passe la journée et où je déjeune chez Marie Antoinette. Je passe chez le notaire et je m’entretiens avec lui des droits à payer pour la succession de ma pauvre fille et je suis effrayé de la somme qu’il y aura à donner au fisc, car les droits ne se payent pas sur ce que valaient les immeubles au moment où j’ai partagé ma fortune entre mes filles, mais sur ce qu’ils valent au moment du décès. Ainsi la maison de la place ducale qu’Edith a eue pour 60 000 F peut être estimée 2 ou 300 000 aujourd’hui. Pour les domaines, la même chose. Je passe au Crédit Agricole et je fais mettre au compte courant de Marcelle à vue, ce qui était encore au mien. Elle y a 216 et 174 à moi, 390 620 en tout. Elle-même conduite par Jean Le Sueur et son gazo va à Maumigny acheter des pommes. Ils en rapportent 7 double décalitres pour eux deux à 80 F l’un. Au retour nous dépassons sur la grande route, des quantités de voitures légères et des camions réquisitionnés pour emmener direction du midi des Boches et leur matériel. Les Anglophiles de plus en plus nombreux jubilent, moi je suis de plus en plus angoissé. Impôts sur le revenu. Prendre sur la matrice cadastrale le revenu de la propriété pour l’année 1941 et le multiplier par 10,05. Exemple : 10 000 F de revenu cadastral donne un bénéfice agricole de 105 000 F, sur lequel lorsqu’il n’y a pas de charges de famille, l’Etat prélève 21%, 105 000 X 21 = 3 150 F. Moreau me donne pour ma lampe Pigeon 1 litre d’essence, avec ce que j’avais déjà, cela pourra faire pour l’hiver, d’autant que le colonel m’en donne lui aussi un litre. Il est effrayé de ce qu’il y aura à payer pour la succession de sa mère qui n’est pas encore morte mais qui est plus qu’octogénaire, car elle a 500 hectares à Raffigny. La fortune de Madame Vuillemain peut être évaluée à 25 millions, à peu près tous en capitaux.

15 Dimanche. Un peu de monde à la messe pour entendre notre curé qui est revenu rajeuni de la clinique. J’achette un briquet et 4 boîtes d’allumettes, car celle-ci deviennent très rares. A Nevers on n’en trouve plus du tout.

16 -2°. Il passe sur la grande route beaucoup de chevaux provenant probablement de la réquisition et conduits au licol par des soldats Allemands qui ont l’air d’enfants de troupe.

17 Bobards de toutes sortes, se contredisant.

18 Cartes d’Augustin et d’Hervé. Marcelle déjeune à Buy. Marie Thérèse qui a pêché son étang la veille, lui fait emporter une carpe qu’elle lui fait payer. Goûter à Fontallier. Marie Grincour qui est très anglophile trouve que tout va très bien. 90 % des Français pensent comme elle. Le Général de Gaulle nommé gouverneur de Madagascar ne me dit rien qui vaille. Avec mon jardinier et Gonin nous plaçons une bonde métallique dans l’étang Américain des Chaumes Vieilles.

19 On enterre à St Parize mon vieux métayer Denis qui m’avait quitté en 1919 profitant comme beaucoup d’autres de la plus value des cheptels et des 50 000 F que j’ai été obligé de lui donner. Je ne lui en ai du reste pas voulu, il a profité d’une loi funeste pour les propriétaires, comme elles le sont souvent.

20 Rien à signaler.

21 Renaud vient me payer et apporter ses menus suffrages et ceux des Bringault : 4 dindes, 6 poulets et 6 pintades. Nous téléphonons à Cécile pour lui souhaiter sa fête. Elle n’a pas de nouvelles des Valence. Elle nous dit que Weigand a été emprisonné en zone libre par les Allemands et que Saint Nazaire a été sérieusement bombardé par les Anglais. Mille morts.

22 Ste Cécile, priez pour nous. Dimanche. Je donne rendez-vous aux Queudres aux hommes de Moiry pour leur distribuer un carré de bois qu’ils exploiteront l’hiver. Il en vient 20. Je leur fais tirer leur place au sort et leur donne à partir de la route côté midi un carré de 3 hectares environ angle Nord Ouest de cette magnifique forêt. Ils me donnent chacun 15 F ce qui fait ressortir l’hectare à 100 F. Il faut avoir pitié des gens qui n’ont pas de bois pour se chauffer quand comme moi on écrit cela devant un bon feu. Au retour nous trouvons les du Part retour de Paris où ils sont allés en prévision de la noce chez les fournisseurs. On n’a pas une chemise à moins de deux mille francs, un complet homme 4 000, une paire de souliers 1 200 F. Quant aux bijoux ce sont des prix astronomiques. Un bijoutier voyant la bague de fiançailles de Marie Louise lui dit : « Savez-vous Madame que vous avez un objet de valeur, un diamant entouré d’émeraudes, il vaut bien un million et si vous voulez vous en défaire, je vous en offre 700 000. » D’un autre diamant plus petit et d’une moins belle eau, il donne 300 000. Au restaurant on sort de table ayant faim après avoir payé son déjeuner de 50 à 60 F. Un jour Antoine dit au garçon : « il n’y a que ça ? » « Oui Monsieur, mais si vous voulez je peux vous servir en supplément une côtelette de veau sans ticket. » « Apportez en deux, une pour moi, une pour ma fille. » Coût 70 F l’une, donc 140 F à ajouter au prix du déjeuner. Antoine à bicyclette avec un magnifique veston noir coupé dans la redingote qu’il portait le jour de son mariage. J’ai un regret amer d’avoir donné la mienne au secours national.

23 -7°. J’envoie chercher à Planchevienne la taure Normande achetée par Marcelle, qui n’a pas l’air de se préparer à avoir un veau de sitôt. J’en profite pour faire conduire à Gabrielle 3 dindes vendues 28 F la livre et deux pintades. Geneviève Clayeux nous téléphone qu’elle viendra nous voir du 26 au 29. Cartes de Simone et de Dédette.

24 Marcelle qui souffre beaucoup d’une dent de sagesse, part à bicyclette pour Nevers afin de la faire arracher, mais elle revient avec elle, le dentiste lui ayant trouvé la gencive trop enflammée pour tenter l’opération. Jean Le Sueur la ramène dans son auto. J’ai la visite de Garnet qui vient payer son terme, il trouve amer d’avoir à payer dix mille francs d’impôts sur le revenu pour ses bénéfices agricoles. Madame Thiery étant malade, je fais venir un jeune coiffeur nouvellement installé à St Parize pour me couper les cheveux. On me raconte qu’à la vente des veaux reproducteurs de l’écurie Goby, deux amateurs ayant envie du même animal l’ont poussé jusqu’à 90 000 avec 10 % de décime il a donc fait 99 000 F.

25 -7°. J’envoie à Augustin par chèque postal le terme du Mou. J’y joins 2 000 F de la part d’Hervé sur ce que je devrais lui donner pour Noël, ceci en avance. Il souffle un vent de bise glacial. Mes métayers rentrent leurs animaux qui sont en mauvais état, manque d’herbe et cheptels trop nombreux.

26 -8°. A 3 heures Marie Thérèse Guillemain vient nous voir à bicyclette, peu après Guite de Villeneuve arrive avec la même monture empruntée à Guite de Sansal. Ayant appris hier à Tours par une lettre de Marcelle que sa mère venait nous voir, elle a sauté dans le train pour la rencontrer. A 9 h, les Antoine amenaient Geneviève bien surprise de trouver sa fille ici. Antoine part pour Nevers conduire sa femme qui part pour Paris et il nous revient pour dîner et coucher. A Thionne – 14 °.

27 -9°. Grâce à une de mes juments qui traîne le gazo jusqu’au bout de l’avenue, Antoine peut partir et aller déjeuner à Chatillon où il vend les bois de Cuy 16 hectares pour un prix rémunérateur, il ramène Fulgence avec lui, nous le gardons à dîner et à coucher, il est un peu gêné de se mettre à table avec nous, il est plus à son aise pour m’aider à mettre dans un bidon 18 litres de pétrole qu’un collègue d’Antoine a pu me procurer et qui vont me permettre de vivre un peu moins dans l’obscurité. A 10 h ¼ téléphone de Gabrielle de Rouville qui nous annonce que les Boches ont bombardé notre flotte à Toulon et que des Ctr ont sabordé leurs bateaux et que le plus grand désarroi règne partout. D’autre part Hitler a spécifié au Maréchal d’avoir à démobiliser l’armée. Ces tristes nouvelles nous plongent dans une très grande inquiétude.

28 Antoine va chercher sa femme à Nevers retour de Paris et ils nous quittent après déjeuner. Guitte part à 3 heures pour Tours. Joly notre garde à St Ouen m’apporte l’estimation qu’il vient de faire de 20 ha 50 de la 3éme coupe de Challuy et qui dépasse de 1/3 celle de l’année dernière. J’écris à Coudant de Cery pour la lui proposer. Leclerc qui avait acheté en 1940 la première coupe de Challuy et qui devait avoir fini l’exploitation au mois d’avril dernier, est loin d’être à hauteur. Il n’y a que la moitié du taillis de coupé et pas un arbre abattu. Je lui demande vingt mille francs d’indemnités pour la pousse perdue d’une année.

29 Dimanche. Messe et quête pour les prisonniers. Assistance peu nombreuse. Marcelle déjeune à Planchevienne : rognons sautés et dinde rôtie. Je finis de régler avec mes métayers. Callot fait une grosse année grâce à la vente des chevaux. Les Boches réclament 1 pour cent des habitants pour les envoyer travailler en Allemagne, c’est à qui n’ira pas. Je plains beaucoup les maires qui sont obligés de désigner les partants. Les Anglo-Amécicains ont toute la faveur, malgré leur brigandage à notre égard.

30 J’envoie à la Mairie ma demande pour toucher mes 500 grammes de pain, il faut la renouveler chaque mois. Un bidon de 5 litres de pétrole me tombe du ciel venant de la Seigneurie. Je suppose que c’est André qui me l’envoie par les Château qui lui ont donné des haricots de ma part.

26.4.10

LE LAVOIR et SA BONDE

En 1889, j’ai été moi aussi maire de St Parize nommé à peu près à l’unanimité des suffrages. Je n’ai conservé que pendant 4ans l’affection de mes électeurs,… Mon passage au pouvoir restera cependant marqué par quelque chose de durable, j’ai fait construire un lavoir couvert près de la magnifique et abondante source qui sort des fondations du presbytère, et mon nom est gravé sur une des pierres de taille de la façade.
En avril 2010, la mairie a dû faire refaire la bonde de ce lavoir. Sur la photo ci-dessous on voit l’ancienne et la nouvelle confectionnée par le conseiller municipal Bernard Saint Arromand qui la tient. Les bondes des pièces d’eau préoccupaient Réné Robert qui écrit plusieurs fois sur ce sujet et signale comme un gros progrès les bondes métalliques.

17.4.10

SEPTEMBRE 1942

1 Marcelle va goûter à Planchevienne et moi visiter les Petites Granges où les animaux crèvent de faim. M. le curé faisant sa tournée du culte de notre côté, nous le gardons à déjeuner. Il appelle cela le dîner du culte. Je lui donne 700 F + 100 F pour les bancs à l’église et la propagation de la foi.

2 Marcelle va à La Chasseigne. Chicon met 4 veaux mâles avec leur mère dans le pré Maupilet. C’est un mois en retard, mais il y a peu d’herbe et pas du tout d’eau. On apporte une bâche contenant 400 litres qu’il faudra remplir tous les jours. Tout cela me plonge dans le marasme. A 9 h ½ du soir, téléphone de Cécile, les Valence avec leurs deux aînées sont arrivées à Rennes où ils passeront 8 jours et ils s’arrêteront ici au retour le 9.

3 Marie Antoinette du Verne, Guite de V. et sa fille nous viennent par le car pour déjeuner. M.A. repart à 7 h du soir toujours par le même car et aussi entassée. A 3 h Jean Le Sueur vient me prendre avec Dédette pour me conduire à Planchevienne voir des génisses Normandes envoyées par le frère aîné des Rouville, parce que Marcelle veut en acheter une. Je ne la contrarie pas dans son choix, car pour les vaches laitières je n’y connais rien. Nous revenons par La Seigneurie, là comme ailleurs ni eau ni herbe. Je ne me rappelle pas depuis 1893 avoir vu les prés aussi râpés. Seul le canal sert pour abreuver les animaux des Bardins, de l’Ouche, du Guérimbats et des prés qui sont au Sud et au couchant par rapport au domaine y compris le Boyau.

4 Roy met 4 vaches avec leurs veaux mâles dans le pré de la Joie. Guite et Geneviève prennent à Mars le train de 6 h 40. Premier vendredi du mois. Notre curé étant souffrant, Marcelle va à la messe à Magny quant à moi j’en suis privé. Sept bêtes à cornes qui errent depuis plusieurs jours dans le taillis d’Orgeat ont sauté dans le Paturail Mâle, ils vont faire sortir mes animaux,.autre méfait de la sécheresse. Blois vient pour arranger la pompe qui se dégrène. Il ne peut le faire faute de cuir pour remplacer celui de la soupape qui est dans le puits.

5 Les bêtes des Petites Granges au nombre d’une trentaine entrent dans le pré de la Joie, je passe ma matinée à les mettre dehors, j’en suis éreinté. Le soir, les mêmes bêtes viennent dans l’avenue et avec peine, je les empêche d’aller dans le jardin. Pendant ce temps mon métayer est en train de faire des roulages pour lui au bois de Bord. J’en suis malade.

6 J’inscris ma cuisinière aux allocations familiales, ce qui est obligatoire d’après une loi nouvelle concernant les domestiques de maison.

7 Le facteur nous arrive à 3 h du soir, le train du matin Nevers-Mars est supprimé.

8 Pas de Paris Centre ce matin à cause de cela. Fête de la Sainte Vierge, je m’approche de la Ste Table pour cette fête. Nous avons la visite des Massias et de Robert de Bacquencourt qui habite Aix et qui nous dit que les Hervé auront beaucoup de peine à trouver un logement dans cette ville envahie par les Juifs. Visite des Pierre de Rouville.

9 Messe pour Edith. Les Valence avec leurs deux aînées partis de Rennes à 11 h du soir le 8 passant par Paris arrivent le 9 à midi ½ en gare de St Pierre où le gazo de Moine va les chercher. C’est un rayon de soleil qui passe sur la maison.

10 Jean va à St Pierre dans la matinée pour faire signer sa permission. C’est à Nevers que cela doit se faire, aussi il est obligé d’y aller après midi. Toutes ces promenades à bicyclette par une grosse chaleur et la désespérante sécheresse qui tourne à la calamité. Mention marginale : Barillet 7 st bois.

11 Alain de Villenaut vient nous présenter sa femme née de La Motte-Rouge, une bretonne qui est vraiment très bien. Augustin nous arrive par Mars à 7 h du soir.

12 Les Valence partent pour Boutavent où ils laisseront leurs filles pour aller passer 24 h à Lourdes. Marcelle les accompagne à St Pierre et revient par Buy. Augustin va à Nevers à bicyclette pour s’entretenir avec le notaire. Il ne trouve pas Madame de Sansal partie pour voir sa mère qui s’est cassée le col du fémur. Autre gros ennui causé par la sécheresse, les vaches des Petites Granges sont entrées pendant la nuit dans les betteraves de Gaudat et les ont mises à mal. Ce dégât ne sera pas facile à régler. Tout cela me plonge dans un noir sombre.

13 Dimanche. Beaucoup de monde à la messe, une trentaine d’hommes sans compter la douzaine de jocistes qui y viennent très régulièrement. Marie Thérèse de Champeaux est fiancée au capitaine Dorgeval. A la Comaille M. A. du Verne a vu ses jeunes neveux Doué qui ont 1m80 de taille. Que doivent en penser leurs grands parents du Part. Marcelle et Augustin vont aux Vêpres à Magny et en visite à Planchevienne. Orage à l’Est, mais rien pour nous, que le désastre.

14 Encore des orages autour de nous qui abattent à peine la poussière chez nous. Marcelle et Augustin vont aux domaines des Lieux. Ils rapportent de chez Bringault 4 livres de belle et blanche farine.


15 Augustin part de bonne heure pour Nevers à bicyclette. Il retire de l’argent du Crédit Agricole qui est au nom de Marcelle pour faire un envoi à Cécile, on verra dans mon livre répertoire, nos conventions de règlements de comptes.

16 Mon rosaire. Augustin va le matin à Gy voir Albert Barillet qui est souffrant et le soir Suzanne Le Sueur. Mes vaches à lait mangent les marrons d’Inde que je leur ai ramassés. Guillaume du Verne m’envoie 55 litres de vin à 5F25.

17 Jeanne Mabire et Louise Delamalle viennent manger un canard avec nous et dans l’après midi, les du Part goûtent avec elles. Je leur fais une triste figure car je suis démoralisé par la continuation du temps.

18 Marcelle et Augustin déjeunent à Planchevienne, ce dernier va ensuite au Mou, voir ses nouveaux fermiers. Je mène avec mes métayers de Calot les animaux qui sont dans le Pré de la Joie boire dans l’étang où il y a encore de l’eau pour quelques jours. Mais après !

19 Richard de Parizy vient avec son gazo nous prendre Marcelle et moi pour nous conduire à Nevers, où Augustin se rend à bicyclette. A 10 h il y a un service pour ma chère Edith à la cathédrale, malgré la difficulté des transports, il y vient pas mal de monde. J’y vois M. Th Guillemain rentrée depuis peu dans ses foyers. J’écris à M. Sablé entrepreneur, qui vend la pierre qu’il a fait extraire de ma carrière avant de me l’avoir payée et je lui dis que s’il continue sans venir s’entendre avec moi, je m’emparerai de la pierre qu’il a fait casser dans ma carrière. La pierre qu’il livre aujourd’hui à M. Brunet maçon à Magny, c’est du moellon. Mention marginale : 374 000.

20 Dimanche. Il y a à Challuy parc du Vernay, une kermesse pour les prisonniers qui produit plus de 100 000 F. Il y a eu pour 40 000 F de billets de loterie à 5 F l’un. St Parize est bien pâle à côté des communes qui nous touchent. Le pays malgré la triste sécheresse se montre généreux là où les dirigeants savent faire.

21 Le pauvre Augustin nous quitte la larme à l’œil, il va à bicyclette prendre à St Pierre le train de midi 40. Bringault m’apporte son terme du mois de mai, en s’excusant d’être si en retard. Je suis coulant car il est malheureux. Garnet à qui j’avais parlé de faire une porcherie pour le Mou, m’arrive avec un devis fait par un maçon de Bourges qui monte à 57 000 F. Ce chiffre n’a pas l’air de l’étonner, je le trouve un peu fort. Il prétend que le génie rural paierait la moitié de la dépense. C’est à voir. Dans tous les cas, je lui dis qu’étant donné les grosses sommes à verser au fisc pour la succession d’Edith, nous ne pouvions nous engager à rien pour le moment. Marcelle réunit dans la salle de l’école libre les femmes des prisonniers de la commune. Sur une trentaine convoquées, il en vient 26 ce qui est bien beau. Elles écoutent avec attention la modeste conférencière qui les encourage à se grouper et à s’entendre pour envoyer des colis aux plus pauvres. On mange des gâteaux apportés par Mesdames de Montrichard et Le Sueur. Un chapelet est ensuite récité à l’église par M. le Curé. Le baromètre baisse beaucoup, le vent est Sud Ouest, les nuages sont très noirs, mais il ne tombe rien. C’est désespérant !

22 Temps gris, maussade, triste comme moi-même.

23 Marcelle devait aller déjeuner à Limont, le mauvais temps la fait reculer. Alexandre commence à curer l’abreuvoir du pré Blond, qui en a bien besoin car l’eau est remplacée par de la vase.

24 Pluie 20 mm. Les Rouville viennent déjeuner avec nous et Gabrielle m’apporte deux litres de précieux pétrole, qu’elle ne veut pas que je lui paye. Notre cuisinière nous quitte pour aller soigner son fils. Nous la regrettons. Lettre d’Yvonne de Lourdes.

25 J’écris à Gonin pour qu’il fasse la déclaration relativement à la location du 42 de la rue de l’oratoire au contrôleur des contributions directes. Les Edmond Clayeux avec deux neveux qu’ils mènent à Nevers pour prendre le train, viennent nous surprendre à l’heure du déjeuner en apportant de quoi se nourrir. Le plâtrier Bureau me présente sa note, il va fort en se faisant payer 14 F de l’heure. Je lui fais remarquer qu’à ce prix là, il gagnera 4200 F par an, ce qu’il trouve tout naturel.

26 Je mets des perches au fond du pré de la Joie, parallèlement aux fils de fer pour tacher d’empêcher les bovins des Petites Granges de passer de mon côté. Je vends 13 châtrons de 18 mois à Chateau, moins chers que l’an dernier, mais je suis bien aise d’en être débarrassé par le temps de famine que nous traversons. Cécile nous arrive gelée par le car de 6 h ½, je lui fais du feu, c’est la première fois de l’année que j’en allume, bien plus tard qu’habituellement.

27 Dimanche. Je conduis Cécile à la messe avec mon âne qui se fait bien vieux. Pourvu qu’il dure aussi longtemps que moi. Lavergne vient me demander un acompte de dix mille francs pour les travaux de ma grange. Cela fait soixante mille francs qu’il a touchés à ce jour.

28 Pas de Paris Centre, parce que pas de train, les transports deviennent impossibles. Il fait froid.

29 Pluie. Nous avons à déjeuner Mériem de Martinprey et son fils Guy engagé depuis 9 ans au 7 éme Chasseurs à cheval, où il est maréchal des logis chef. Bien que sérieusement blessé en mai 1940, il a peu d’espoir d’avancement. Logé, nourri, habillé, il touche 22 000 F de traitement. Un simple soldat touche 10 F par jour.

30 Il fait doux : 20°. Mes filles vont gouter à Planchevienne et rentrent pour me faire un plat de champignons de rosée.

12.4.10

AOUT 1942

1 Les Chateau refont avec Cécile un bail de trois ans payable en nature 4500 kilo de viande net de 1ère qualité, à dater du 11 novembre prochain.

2 Pluie dimanche, une pluie très bienfaisante va faire revivre les jardins, c’est peut-être un peu tard pour les légumes, particulièrement les haricots. Je conduis Cécile à la messe avec Jaurès qui peine à prendre le trot.

3 Nous mettons Marie Berthelot à la porte, nous la savions ivrogne et menteuse, mais comme en dehors de cela elle était propre et bonne cuisinière nous fermions les yeux, quand nous nous sommes aperçus qu’elle était voleuse, il a fallu sévir. Cécile nous quitte, Montrichard nous rend le grand service de la conduire à Nevers où Marcelle l’accompagne. Elle passera quelques heures à Tours. J’ai la visite des du Part.

4 Je suis convenu avec Flandre, de Moiry, que s’il vient couper du bois chez moi je lui paierai la façon des cordes comme dans le pays, s’il en fait deux, j’en garderai une pour moi et s’il prend l’autre, il me la paiera comme à Saint-Parize. (façon 70F, vente 200F) Marie-Thérèse vient nous voir avec sa petite jument qui est bien attelée à un petit break.

5 A la première heure nous avons la visite des Antoine Robert allant déjeuner à Buy.

6 Visite des Massias qui nous amènent Gabrielle de Rouville et Alain qui n’a pas une mine bien brillante.

7 Premier vendredi, je communie. Mériem de Martinprey déjeune avec nous, c’est une femme pleine de cœur. Par les Goutte, nous apprenons qu’Hervé est nommé instructeur à l’Ecole militaire de Saint-Cyr, actuellement à Aix en Provence. Tous, nous nous en réjouissons.

8 Je fais tailler le bord des allées, qui tous les jours diminuaient de largeurs. Visite des G. Mathieu.

9 Une demi-heure de pluie insignifiante. Dimanche. Visite de Suzanne Le Sueur, qui nous demande des renseignements sur Gérard de Martinprey. Koutchy ayant demandé à Marthe Robert de le marier, elle a indiqué Paulette d’où enquête ! Ce garçon est actuellement régisseur de sa grand-mère aux Marembert, il a fait ses études agricoles à Fribourg, il voudrait trouver une femme ayant une propriété qu’il ferait valoir.

10 Lettre de condoléances reçue par Marcelle : 1 Nénette de Toytot, 2 J de Mollins, 3 Jeanne de Loger, 4 madame Bayle, 5 Chenut, 6 M. de Balloy, 7 Suzanne de Rouville, 8 Sam René, 9 L.Monnier, 10 B. de Folleney, 11 Claire du Part, 12 S. de Brémond, 13 Recquet, 14 M. de Féligonde, 15 E. de Vassal, 16 Dezautières, 17 A.M. de Lenfermat, 18 M.J. de Saint Péreuse, 19 de Vannoise, 20 V. de Goy, 21 madame Bodart, 22 J. de Salvert, 23 madame Duffré, 24 Joséfa, 25 B. de La Goutte, 26 madame Talabot, 27 G. de Villaines, 28 G. Jourdier, 29 baronne Le Pelletier, 30 Maurice Tiersonnier, 31 Jacque d’Assigny, 32 M. de Ganay, 33 G. Adenot, 34 de La Ronde, 35 Ghislain P.E., 36 de Pazzis, 38 C H. de Fontenay, 39 J d’Assigny, 40 Mériem de Martinprey, 41 madame Cointe, 42 mademoiselle Valois, 43 Anne de Champeaux, 44 Barrière, 45 Paule de Faverges, 46 de Sandol, 47 M.L. du Part, 48 Ducrot, 49 de Lescure, 50 Chenton, 51 d’Ambly, 52 de La Veyssière, 53 A de Faverges, 54 Braive, 55 de Perthuis, 56 mademoiselle Janiel, 57 mademoiselle du Boÿs, 58 madame Praslon, 59 Solange de Barrau, 60 de La Chapelle, 61 Anne de Rouville, 61 Marcel Gozard, 62 monsieur de Ruberay, 63 madame de Chalvron, 64 du Passage, 65 Mangerel, 66 Sam Colette, 67 Simone du Verne, 68 madame Bouquillard, 69 madame Guittard, 70 Charles de Fontenay.
Lettres de condoléances reçues par moi : 1 madame Grincour, 2 Michon, 3 Mik Delamalle, 4 de Bellescize, 5 madame Pinet des Ecots, 6 de La Boutresse, 7 Jean de La Motte, 8 de Roüalle, 9 Simone Jourdier, 10 A. de Faverges, 11 M. Mertheurat, 12 G. de Villeneuve, 13 comtesse de Marcy, 14 de Mollins, 15 M. TH. Anginieur, 16 de La Boulaye, 17 J. de Soultrait, 18 de Pazzis, 19 J de Marne, 20 L de Savigny, 21 A de Savigny, 22 M.L. du Part, 23 Antoine, 24 Antoinette Jourdier, 25 monsieur de Balloy, 26 comte Diard, 27 Berthe Tiersonnier, 28 de Nadaillac, 29 Tassin, 30 d’Anchald, 31 D Mabire, 32 de La Goutte, 33 M. de La Motte, 34 M Th Pinet, 35 Gabrielle de Rouville, 36 Roger de La Brosse, 37 Vernin, 38 P. de Barrau, 39 H. de Villaines, 40 Pierre de Rouville, 41 E Riant, 42 A Chateau, 43 de La Boullaye, 44 de l’Ecluse, 45 Maurice Robert, 46 baronne du Part, 47 Guiguitte de Villeneuve, 48 J Michon, 49 Ct Bouchacourt, 50 G Dervault, 51 Pierre Denis, 52 vicomtesse Delamalle, 52 D Boigues, 53 comtesse de Villeneuve Allix, 54 comtesse Vallombrosa Lafond, 55 marquise de Chargères, 56 M. Dervault, 57 Olivier de Valence, 58 Ratheau, 59 Cle Andriot, 60 Chanoine Baudat, 61 Collet, 62 Boursin, 63 Galliche, 64 Monseigneur, 65 Provoit, 66 Coursier, 67 R des Gesnais, 68 Koutchy, 69 comtesse de Sampigny, 70 Joseph Jalenques, 71 Hubert de La Brosse, 72 comtesse de Charnaie, 73 Anne-Marie de Lumferma, 73 Dézautières, 74 Baillaudin Maria, 75 comte de Damas, 76 G Bossut, 77 Marguerite Tallu, 78 Blandin, 74 Roger de La Brosse, 75 madame Paul de Chatelperron, 76 Fouret, 77 Alain de Villenaut, 78 Jacquemard, 79 de Longevialle, 80 Macquart Moulin, 81 madame Roche, 82 docteur et madame Subert, 83 René Musnier, 84 Pierre de Montrichard, 85 Maubec, 86 Paul Chavane, 87 Carlo de Chargères, 88 comtesse de Valmont, 89 Joseph Godemel.

11 J’effile des haricots vert pour les mettre en conserve et je porte à la gare une caisse de livres militaires pesant 42 kilos pour l’envoyer à Hervé à Lezoux coût 33F.

12 Carte de Dédette du 6, c’est un gros serrement de cœur pour moi, quand je reçois un mot de Bulhon où je vois une si grande tristesse. Les 38 bêtes qui sont dans le pré des Petites Granges où elles meurent de faim passent quoique l’on fasse dans le pré de la Joie où il y a un tout petit peu de ravivre. De tous temps j’ai souffert de ce voisinage.

13 Les Guillaume du Verne viennent déjeuner, je les quitte à deux heure parce que Moreau peut m’emmener à Nevers. J’en profite pour aller parler avec le notaire Gallicher de la succession d’Edith. Visite à Marguerite Pinet et à madame de Sansal.

14 Marcelle va à Nevers où elle nous retient une bonne à tout faire qui nous viendra le 20. Elle ramène Guitte de Villeneuve qui a la bonté de passer 24h avec nous, encore une qui a bon cœur. Gabi l’attend à Luanges.

15 Assomption. Beaucoup de communions, dont moi-même. Monsieur le curé dit un mot charmant sur l’Ave Maria et la dévotion à la Sainte Vierge. Beaucoup de monde à la grande messe. Après les vêpres et la procession du vœu de Louis XIII, j’ai la visite d’Henri de Rouville et d’Anne. Des scouts viennent de Nevers faire un feu de camps sur le champ de foire, sous les ordres de Bonnet.

16 Dimanche très monotone. Guiguitte nous quitte pour aller retrouver son mari à Luanges. Paris-Centre nous dit qu’hier les courses ont été plus brillantes que jamais. P du Verne en a gagné deux.

17 Marcelle partage un agneau avec les Petites Granges et fait venir Antoine de Sansal pour chercher les côtelettes, le gigot va à Planchevienne, nous mangerons l’épaule.

18 La machine de Nocent commence à battre aux Petites Granges. Elle marche très mal, le lien se détraque et les ouvriers perdent un temps précieux. Anne de Rouville déjeune avec nous. Le thermomètre monte à 27° et comme toujours, il y a de l’orage , mais sur Nevers et non sur nous.

19 Pluie 8 mm. Carte d’Augustin du 13. Simone, Guite et Hubert sont arrivés à bon port. On finit de battre aux Petites Granges par 29°, aussi il y a de l’orage à 11 h du soir.

20 Je vais à l’enterrement de Dam… , beau père de Philippot de Gy. La cuisinière qui devait nous arriver ne donne pas signe de vie. On bat à Calot où il y a plus de 800 doubles d’avoine.

21 Vendredi. Toujours pas de nouvelles de la cuisinière, cependant son fils lui adresse une carte ici. Carte d’Hervé qui doit gagner demain près de Clermont un camp où il retrouvera pendant trois semaines les instructeurs nommés comme lui à Saint Cyr.

22 Pluie 6 mm. Koutchy devait venir déjeuner avec nous. Nous la décommandons faute de cuisinière qui ne donne pas signe de vie. On finit la troisième journée de battage à Calot qui donne une bonne récolte.

23 Dimanche. Antonin Moreau qui a pitié de moi, me donne 1 litre d’essence pour ma lampe Pigeon. J’ai un dérangement d’estomac qui pour la troisième répétition me permet tout juste de sortir de la messe. Il continue plusieurs fois la nuit suivante. On tire à Saint Parize une tombola en faveur des prisonniers. Elle a un plein succès.

24 Marcelle me fait prendre de l’élixir parégorique et une purée de pommes de terre pour déjeuner. La machine à battre commence à Tâches. Les hommes sont noirs de poussière parce qu’il y a beaucoup de blé pourri.

25 Koutchy vient déjeuner avec nous et nous avons la visite des Montrichard. La Kermesse organisée dans le parc du Colombier en faveur des prisonniers a produit plus de soixante dix mille francs.

26 On finit de battre à Tâches et le camion de la coopérative emmène le blé à Nevers. Carte d’Augustin, de Miette et d’Yvonne qui est à Boutavent. Mon thermomètre monte à 27° sans orage. La sécheresse est générale, c’est désespérant. Téléphone de Cécile qui va bien.

27 Antoinette Jourdier, Berthe, Janot, Guillaume avec sa femme et trois enfants viennent déjeuner avec nous. Les petits sont charmants physiquement et bien élevés. Alice Perrier, veuve, 40 ans, entre à notre service comme bonne à tout faire.

28 Il y a + 30° et pas d’orage, tout grille, plus d’herbe ni eau dans beaucoup d’abreuvoirs, celui des chaumes vieilles est à sec. J’ai quarante bêtes à vendre, personne ne me les demande. Cela tourne au désastre !

29 Pluie 7 mm. Lettre d’Hervé du camp de Cheix, qui se trouve à 15 km de Clermont dans la montagne. Carte d’Augustin du 24. Koutchy qui grille du désir de marier son fils Gérard en avait parlé à Marthe Robert. Celle-ci ayant pensé pour lui à Paulette Le Sueur, avait organisé une entrevue pour les intéressés aux courses de Nevers. Celle-ci a eu lieu, mais le jeune homme n’a pas plu à la demoiselle. C’est humiliant pour un Cte de Martimprey. Marcelle va voir Melle Valois et de là au Veurdre. Orage à minuit. Je vends neuf châtrons de 18 mois à des Vendéens de passage. Ce sont de bons clients pour nous. Chez nous la sécheresse arrête tout commerce.

30 Dimanche. Visite de Suzanne Le Sueur qui est vraiment bien gentille.

31 Madame Thiéry me coupe les cheveux. Jean de Bricourt me fait part des fiançailles de sa fille Marie avec M. René Fresneau. Hier, monde fou aux courses de La Guerche où Pierre du Verne s’adjuge trois prix.

5.4.10

JUILLET 1942

1 Lettre de Cécile, ses amies St Germain, de Langle, La Villarmois, la ravitaillent. Carte d’Hervé de Tunisie où il fait des manœuvres, met 16 jours pour me parvenir. Le temps menace, aussi je mets les trois métayers à contribution pour me rentrer les 4 voitures de foin réglementaires. Marcelle ce matin en descendant de bicyclette, se blesse au dessus du talon, Bonnichon appelé, lave la plaie, teinture d’iode, compresse humide, 48 h jambe allongée. Qu’elle se souvienne que 4 hommes avec deux chariots de 3 h ½ à 8 h du soir ont rentré 4 voitures du pré de la Joie dans la grange de la maison.

2 Pluie très bienfaisante. Il n’en était pas tombé depuis le 14 juin. Marcelle et Michel tuent leur plus gros agneau qui fait 40 livres de viande. Elle envoie des côtelettes aux Mollins, une épaule à Louis Monnier et Guite de Sansal vient chercher les autres côtelettes. Nous gardons le gigot.

3 Premier vendredi du mois. Je communie. A 7 h du soir nous arrivent par Mars, deux jeunes Monnier, l’aîné en soutane, il est séminariste depuis quelques mois. Son frère ira le rejoindre au Grand Séminaire à la rentrée. L’un et l’autre sont charmants.

4 Les Edmond Clayeux nous arrivent pour déjeuner et passer 48 h avec leurs neveux. Après midi, ils nous amènent à Chevenon où on nous offre un copieux goûter auquel la jeunesse fait honneur. Chantal est refusée à son bachot.

5 28° Orage. Dimanche. Montrichard réunit le comité de l’école libre, il vient juste deux personnes, Marcelle et M. Danjean. La mère Michel meurt à 7 h du matin après une longue maladie. Nous mangeons le gigot. Depuis la guerre, il n’en était pas entré à la maison.

6 Pluie. Les Clayeux nous quittent après déjeuner. J’ai rarement vu des appétits comme celui de leurs neveux. Ce matin, il y avait comme menu une gougère, une poule au pot et des pommes de terre. Ce dernier aurait pu à lui seul nourrir dix personnes, il n’en est rien resté.

7 Enterrement de la mère Michel, beaucoup de monde, couronne de perles volumineuse. Marcelle emmène les jeunes abbés visiter sa chapelle de Moiry. On coupe l’orge d’hiver qui est belle.

8 Carte d’Edith qui a eu en séjour à Bulhon Madame de Provenchères qui ne pèse plus que 48 kg ce qui ne l’empêche pas de travailler dans le jardin et de faire des chapeaux pour mes petites filles. Edith trouve Hubert amusant par sa laideur. Carte de Jacques de La Brosse de Clermont où il a trouvé un portefeuille d’assurances au Phénix, pas intéressant dit-il. Les jeunes Monnier font venir le taxi de Durafly pour les conduire prendre le train qui les ramène à Paris. Ils ne partent pas à jeun.

9 Les Massias nous amènent Thérèse de Follenay qui est en séjour à Luanges et pendant qu’il va au ravitaillement à Moulins, le Baron nous laisse les dames. J’ai été bien aise de giberner avec Thérèse que je n’avais pas vue depuis au moins 20 ans. C’est le portrait de sa mère. Elle est née en novembre 1873.

10 Carte d’Edith qui nous annonce que Simone et Hubert arrivent aujourd’hui à Nevers et que Jean de Valence viendra à la fin du mois. Je commence une tapisserie pour recouvrir un fauteuil à Madame Massias.

11 Gabrielle de Rouville devait s’installer aujourd’hui à Planchevienne avec ses enfants. Alain étant tombé malade, elle est obligée de rester à Paris pour le soigner et elle nous prie de prendre Anne en pension jusqu’à son retour, c’est ce que nous faisons avec plaisir, cette petite est gentille et facile à vivre. Simone et Hubert sont arrivés hier soir à Nevers.

12 Dimanche. Les du Part viennent gouter et bridger. Crachin insignifiant, il le faudrait plus sérieux. Il n’y a plus d’herbe dans les prés.

13 Rien à signaler.

14 Pas de journal, pas de fête, on travaille dans les champs. J’augmente à l’assurance incendie et foudre la valeur de mes cheptels. Anne de Rouville déjeune chez les Le Sueur, et nous amène Guite pour dîner. Jean se promène avec la jument Dédette attelée à une charrette Américaine repeinte à neuf. Avec son gazogène et sa moto, il ne lui manque rien. Plus modestement, je me promène avec mon âne, au pas, il me conduit à la varenne Calot et une fois de plus, je constate que c’est le meilleur champ de la propriété. Légumes, orge et blé sont magnifiques. Ce n’est pas comme dans les Craies où cette année les récoltes sont nulles.

15 Anne de Champeaux me fait part des fiançailles de Louis avec Melle Feudeler, fille du Secrétaire Général de la préfecture de Constantine. Ils iront à Tlemcen après le mariage. Marcelle déjeune à Luanges.

16 Mon rosaire. L’autobus nous amène Carmen, Simone et Hubert. Je trouve mon arrière petit fils beaucoup moins laid que me l’avait signalé sa grand-mère Edith. Quant à sa mère, c’est une superbe nourrice. Je lui ai payé sa rente du dernier semestre. Blois vient enfin réparer le fourneau de la cuisine et le lavabo.

17 Il fait un vent qui dessèche tout et pas de pluie. C’est un peu partout comme cela, principalement aux Gouttes. Marcelle a son laissez-passer pour 3 mois. Elle en profite pour aller au Veurdre.

18 Roy coupe du beau blé dans les Champs Jamboux. Michel va chercher à la Seigneurie deux chariots de foin que j’avais demandés aux Château de me vendre.
Il me rapporte deux voitures de rougeons coupés dans lesFromenteries laissés par les animaux. C’est une honte ! J’espère que c’est Bertier le basse-courier qui est le coupable. J’éclaircirai la chose.

19 Pluie. Dimanche. Le syndic distribue à la mairie la contribution que chaque propriétaire, petits ou grands, fermiers, métayers, doit fournir à la réquisition comme foin, paille, orge, avoine etc. Je suis taxé pour ma réserve à 155 kg de foin. Je les ferai donner par Calot qui fauche mon pré de la Joie. Cécile nous écrit qu’un grand scandale a éclaté à Rennes, où 14 jeunes gens de la meilleure société ont dérobé à la Croix Rouge des paquets de tabac destinés aux prisonniers de guerre et les ont vendus au marché noir, le prix fort, au dessus de 40 F l’un me dit-on. Où allons-nous ! Si ceux qui doivent donner le bon exemple méritent le cachot. Anne de Rouville part de bonne heure pour Nevers où elle va chercher son amie d’Almont. Elle la ramène déjeuner à Villars manoir à 7 h du soir. Elles vont ensembles à Mars attendre Solange de Barrau, à qui nous donnons à dîner et à coucher. Ces jeunes filles se rassemblent pour aller avec 70 camarades de la région faire du camping demain et pendant 15 jours dans le parc de Neureux appartenant à M. Maurice, maire de Lurcy-Lévis. Cette perspective les comble de joie, mais si le temps ne se réchauffe pas, il ne fera pas bon de coucher dehors, car il n’y a que 12 degrés, aussi je fais mettre un cruchon dans mon lit. Meilleures nouvelles d’Alain.

20 Pluie. Marcelle va à Luthenay porter une layette offerte par la Ligue à une femme qui a eu des jumeaux. A 7 h du soir un téléphone de Dompierre nous apprend qu’Edith a eu une congestion et qu’on demande Marcelle à Bulhon. Geneviève Clayeux y est partie. Les Le Sueur qui sont d’une extrême complaisance se mettent en quatre pour aider Marcelle à partir. Jean vient la prendre avec son gazo après dîner pour demander à Montrichard une autorisation de sortir une auto pour un cas urgent. Il est absent, le secrétaire de mairie donne l’imprimé nécessaire que Jean fait signer par l’adjoint.

21 Et le lendemain, il arrive à 6 h1/2 du matin, chercher ma fille pour la conduire à La Madeleine Moulins où elle espère trouver un car qui la conduira à Clermont. Avec anxiété j’attends des nouvelles. J’ai dit que Montrichard était absent, le malheureux avait été appelé en Bretagne près de son fils Pierre très gravement malade. Suzanne à qui je donne mon tabac de chaque mois qu’elle me rembourse du reste, m’envoie une énorme boîte de chocolat de la Marquise de Sévigné, rien que le port a couté 14 francs, j’en suis confus. Je vais lui écrire pour la gronder. Je reçois mes bordereaux d’imposition. Je suis augmenté de 1/3 environ par rapport à l’année dernière. A 3 h téléphone d’…. chargé de me prévenir de l’état d’Edith par Madame Martineau prévenue elle-même par les Larouzière . Un instant après je reçois une dépêche signée Riberolles ainsi conçue : « Edith très gravement malade danger de mort » Ces deux derniers mots mis j’espère pour que la dépêche ait plus de poids pour un laissez-passer. Simone téléphone qu’elle viendra déjeuner avec moi. A 9 h Cécile me téléphone qu’elle arrivera demain à minuit à Nevers coucher chez les Sansal et viendra à Tâches par le car de midi.

22 Je reçois une carte d’Edith du 15 qui ne laisse rien prévoir de ce qu’il va advenir cinq jours après. Je téléphone à M. de Montrichard pour avoir des nouvelles de Pierre. Il va mieux et son père revient demain. Bien gentiment, Simone vient à bicyclette déjeuner avec moi. Comme nous sortions de table, de Moulins Zabette nous téléphone que ma chère fille est morte ce matin à 8 h ½. Je m’attendais à cette triste nouvelle après les dépêches alarmantes déjà reçues mais ce n’est pas moins dur. Le Bon Dieu m’avait donné trois filles, dont je n’ai eu que de la satisfaction. Je lui en suis bien reconnaissant. Edith était une grande chrétienne, je ne doute pas qu’elle trouve au ciel sa chère maman, qui elle-même avait fait sur la terre tout ce qu’il faut pour le mériter. Madame Le Sueur qui est la bonté même vient avec Jean me dire la part bien vive qu’elle prend à mon chagrin. Gabriel Mathieu vient également. C’est un homme plein de cœur et très serviable. A 7 h ½ M. A. du Verne arrive par Mars. Pour dîner, coucher et me tenir compagnie. Je reconnais bien là son bon cœur.

23 A 8 h du matin, Cécile entre dans ma chambre, elle a passé une partie de la nuit dans la gare de Saincaize. A 11 h, c’est Edmond avec son gazogène qui très aimablement vient nous chercher. Une fois de plus, je reconnais son bon cœur. Montrichard nous amène de Nevers Simone et Hubert. Nous déjeunons de bonne heure et nous partons pour Moulins. Grâce à Edmond qui fait pour moi les démarches à la Commandantur, je peux avoir mon laissez-passer et à 5 h nous étions aux Gouttes. Je trouve Aline moins vieille que je ne le supposais et elle voit mieux qu’elle ne le dit. A 6 h, Antoine nous prenait dans son auto très charitablement et à 8 h nous arrivions à Bulhon. Ma chère Edith n’était pas encore en bière, j’ai pu une dernière fois, voir sa douce et calme physionomie qui n’était pas du tout changée, ma prière pour elle a été de demander au Bon Dieu de la recevoir dans son Saint Paradis, et d’y retrouver sa chère maman. L’une et l’autre ont fait sur la terre tout ce qui est humainement possible pour gagner le ciel. Edith est morte en sortant de la messe où elle avait communié. Sa dernière parole a été « Comme Perette », sentant bien qu’elle avait une congestion qui allait l’emporter comme l’avait été sa voisine, Madame Fain. Le pauvre Augustin est effondré, il a vieilli et beaucoup maigri. Ses filles sont très courageuses, et Miette commande tout avec une assurance qui fait mon étonnement. Une bande de 40 scouts campe sur le bord du ruisseau. Leur abbé loge au château et le lendemain de la mort d’Edith, il dit sa messe en plein air pour elle.

24 A 10 h ½ les gens venant pour l’enterrement, commencent à arriver, de Montaigu, Collin, de Provenchères, les Ravel, Mme Siraudin, Voillaume, Mis de Montgon, de Larouzière, Les Gaspard Soultrait, Touttée, Wagner, Faure, J. de La Brosse etc. Les pompiers en tenue descendent la bière et le cortège se forme, enfants de chœur, 4 prêtres, en tête marchent les scouts, sur tout le parcours des groupes de femmes forment la haie. A l’église où la chère défunte venait chaque jour, la cérémonie est très touchante, le défilé à l’offerte est long et l’émotion est peinte sur tous les visages. Je ne reste pas à la porte du cimetière pour serrer la main, c’est trop fatiguant pour moi. Augustin retient 26 personnes pour le déjeuner qui a lieu dans la galerie.

25 Samedi, visite de M. Fain qui est de passage à la Terrasse. Je fais la connaissance de mon arrière petite fille Aliette qui est un superbe poupon sans un cheveu. J’admire Monique qui a beaucoup profité, cette petite est la passion d’Augustin qui s’occupe d’elle toute la journée, c’est très heureux c’est une diversion pour sa grande douleur. Jacqueline et sa mère toujours comme chez elles à Bulhon.

26 Dimanche. Je vais voir, M. Mathieu, le nouveau venu dans le village. Il est industriel à Clermont et rend souvent service à mes enfants avec son auto. A 9 h ½, feu de camp des scouts devant l’église.

27 Lundi. Téléphone d’Hervé, arrivé à St Etienne où il passe une partie de la journée pour attendre un train qui l’amène à 9 h moins le quart à Lezoux. Augustin va au devant de lui à bicyclette et ils reviennent ensembles dans la voiture du marchand de vin. L’émotion est grande pour Hervé qui avait une grande passion pour sa mère, la vue de son fils fait une heureuse diversion.

28 Mardi. Nous passons la journée sur la terrasse, d’où on descend à plusieurs reprises pour aller ramasser prunes, pêches, abricots qui abondent. C’est toujours le pays de cocagne qui est bien grillé cette année. Le jardin est rempli de légumes, mais aussi de mauvaises herbes. Il faudrait deux jardiniers et il n’y a qu’un malheureux Espagnol. Marcelle quitte Bulhon à la première heure pour gagner Vichy où elle a emprunté à l’aller une bicyclette à la petite Nolot de St Parize qu’elle a beaucoup de peine à retrouver. Elle fait une visite à la très charmante femme du Colonel de La Bretèche et prend un car qui l’amène à la Madeleine où elle retrouve sa bécane que Jean Le Sueur avait disposée dans le couvent. Elle l’enfourche et gagne Le Veurdre et ensuite Tâches où elle arrive au soleil couchant, n’en pouvant plus et morte de faim. Dans la soirée un coup de téléphone à Hervé lui dit que puisqu’il a fait une demande pour aller comme instructeur à St Cyr, il faut aller de suite à Royat parler aux grosses légumes pour plaider sa cause.

29 Mercredi. A 7 h ½ Mathieu de Maringues vient avec son auto prendre Cécile, Simone et moi-même nous prendre pour nous conduire chez lui, où nous montons dans un car qui une heure plus tard nous dépose à Vichy où nous trouvons un gazogène venu de Varennes pour nous chercher (coût 400 F). Nous traversons le pays de Boucé et Tréteau qui a été ravagé par la grêle. Au Plot, il n’y a plus d’ardoises et de vieilles petites tuiles intactes sur les toits. Seules les Montchanin ont résisté. Les arbres n’ont plus de feuilles, c’est un vrai désastre. A 11 h nous débarquons aux Gouttes. Pendant le déjeuner, Hervé qui est parti de bonne heure pour Clermont téléphone à sa femme pour lui dire qu’il y aura peut être encore une place d’instructeur à prendre à Aix (St Cyr) et que de suite elle appelle le Général commandant l’école pour lui demander s’il n’a pas besoin de son mari. Dans la soirée, elle peut l’atteindre et lui parler d’Hervé. Il répond de ne pas perdre tout espoir et qu’il va étudier le dossier. Simone a parlé au général avec une assurance qui a fait l’admiration d’Edmond. Il faut dire que le Général est un ami d’enfance de Madame de Sansal à St Germain en Laye. Les Clayeux reçoivent aux Gouttes pendant les vacances 5 jeunes Monnier dont Madame de Léotard. Tous mangent comme des ogres, j’ai vu disparaître un plat de pommes de terre haut comme une montagne. Marguerite me montre les améliorations faites dans la maison, peintures, papiers, lavabos, eau chaude, eau froide partout. J’en profite pour prendre un bain, ce qui ne m’arrive pas chez moi. La tenue de maison est irréprochable, maître d’hôtel bien stylé qui sert en veste blanche, deux femmes à la cuisine.

30 Après déjeuner, Edmond nous conduit à Moulins où Simone et Hubert prennent le train à 4 h pour Nevers. Cécile et moi à 6 h ½ pour Mars. Je passe l’après midi chez André qui a chez lui Guite Roullet. Mère et enfants sont charmants, bien habillés, propres, polis. A Tâches, on rentre la récolte très facilement car la fâcheuse sécheresse règne toujours et les prés n’ont plus apparence d’herbe, du reste tout le Bourbonnais est horriblement grillé. Marcelle est remise de sa fatigue. Je trouve un monceau de lettres et de dépêches de condoléances. Je répondrai plus tard.

31 Nous avons la visite de Montrichard, sa femme est malade et celle de Guillemain qui a ramené Marie Thérèse à Nevers depuis 2 jours en bonne santé. Que Dieu la garde. Je fais une tournée de domaines, on rentre la récolte et on se plaint de la sécheresse qui est grande. Une vache de Tâches avortée est paralysée. Je vais l’envoyer à la réquisition.

1.4.10

JUIN 1942

1 M. le curé vient administrer la mère Michel qui s’en va grand train.

2 Cécile nous envoie les articles des journaux de Bretagne parlant des funérailles de son beau père. Il avait demandé à ce qu’aucun discours ne soit prononcé sur sa tombe. Mme de Mévolhon née Guipon meurt à Nevers dans la peau d’une baronne. Pendant une heure je fauche des orties et des chardons dans le pré Blond.

3 Bien que j’aie peu de sympathie pour Léon Daudet, je me délecte en lisant son livre au temps de Judas. Marcelle déjeune au Colombier avec les Brémond et fait une visite à Fertot en revenant. La Comtesse se réjouit de voir les Anglais nous bombarder. Renaud apporte à Marcelle un peu de blé pour ses poulets et une bonne brioche pour la remercier du souvenir qu’elle a envoyé à son garçon qui fait sa première communion pour la Fête Dieu.

4 Fête Dieu qui n’est plus guère respectée. Je vais cependant à la messe. J’en reviens furieux, j’avais une paire de lunettes que je laissais depuis deux ou trois ans dans le tiroir du banc de fabrique, on me les a volées. Marcelle déjeune à Dornes. A 3 h téléphone des Edmond Clayeux disant : sommes en panne à Nevers, pouvez-vous nous donner à dîner et à coucher. Ils m’arrivent à 5 h un peu déçus de ne pas trouver ma fille qui ne rentre qu’à 8 h 1/4. Ils me racontent qu’étant à Tours, ils devaient en revenir il y a quarante huit heures mais que les Anglais ont copieusement bombardé la ville et que la gare de St Pierre des Corps est complètement détruite, d’où pagaïe dans le service. Ils sont venus par un train de fortune jusqu’à Saincaize. Pendant les trois jours passés à Paris, ils avaient déjà subi les bombardements de Colombes et d’Asnières, aussi après plusieurs mauvaises nuits, ils se reposent bien ici. A Dornes, Marcelle a trouvé sa tante pas mal moralement, mais elle ne quitte pas encore son lit, la plaie de son pied n’étant pas encore cicatrisée. Longue lettre de Roger de La Brosse.

5 Premier vendredi du mois. Je m’approche de la Sainte Table. Vu Montrichard qui croit au succès des Anglais. Les Edmond Clayeux déjeunent en revenant de la messe et à Midi, Philippe Moine, vient les prendre pour les conduire à la gare de St Pierre. Lettre du Marquis de Roüalle qui me dit qu’il a loué en 1942 pour 14 000 F une prairie qui ne l’était que pour 8 000 en 1941, je poursuis mon enquête pour le renouvellement du bail de la Seigneurie.

6 Lettre de Cécile qui nous annonce Yvonne du jeudi au samedi de la semaine prochaine. Bulhon est toujours la maison du Bon Dieu, on y reçoit pour le moment M. de Léotard et Jean de Sansal et on attend prochainement Simone et Hubert. Aujourd’hui, il y a à la Baratte un gouter pour fêter les fiançailles de Villenaut avec Melle de La Motte-Rouge. Foin (en mention marginale) est payé par la réquisition 720 F les mille kilos livrés à St Pierre.

7 Fête Dieu. Par un temps étouffant, procession, 4 reposoirs, assistance assez nombreuse, une centaine d’enfants, une trentaine d’hommes et une quinzaine de Jocistes. Marie Antoinette du Verne nous arrive pour déjeuner à bicyclette. Elle est coiffée d’une résille comme une petite pensionnaire. J’ai beaucoup de plaisir à la voir. Elle connaît son département mieux que personne et sait quelque chose sur chacun et le dit sans méchanceté.

8 St Médard. Marie Antoinette nous quitte après déjeuner. Je lui donne une certaine somme à déposer au compte de Marcelle au Crédit Agricole. Guite de Sansal vient passer la journée avec nous. Elle rafistole une robe de Marcelle d’avant guerre. M. A. me laisse à trier et à faire la barbe à des milliers de timbres oblitérés qui lui ont été envoyés par Bernamont. Il y en a 1/3 d’étrangers.

9 Pluie très bienfaisante pour légumes et avoines. Je descends à Moiry, porter à Mme Vaillot un veston dont je fais retourner le col. Je porte des habits dont mes domestiques n’auraient pas voulu autrefois.

10 Pluie. Madame René Marandat née de Villeneuve meurt à Nevers. Elle laisse un fils unique employé de banque Société Générale à Sens. Je taille la haie vive de l’avenue.

11 St Barnabé. Pluie. A bicyclette, Marcelle va à l’enterrement de Mme Marandat. Elle espérait trouver Yvonne à Nevers venant de Rennes et de Tours. A 2 h un téléphone nous dit qu’elle ne viendra que le 13.

12 Pluie. Orage. Il grêle à Chantenay. La St Barnabé n’a pas ramené le beau temps et le vieux dicton (Tout temps qui dure, est mauvais en agriculture) une fois de plus est vrai.

13 Pluie. A 1 h ½ j’ai la joie de voir Yvonne descendre de l’autobus. Elle arrive de Rennes et a couché à Tours chez les Villeneuve. Je la trouve en très bonne forme. Je ne l’avais pas vue depuis novembre 1940. La venue au monde d’Aliette, lui fait faire une économie de 75 pour cent, pour l’héritage de son grand père, parce qu’elle a trois enfants. Cécile, grâce à son grade au secours national a titre de sous préfet, on lui paye ses voyages à Paris en 1ére classe et on lui donne 200 F par jour pour ses déplacements dans la capitale.

14 Pluie. Dimanche. Montrichard réunit quelques notables en vue de préparer une fête au profit des prisonniers de la commune. M. le curé Moyen trouve bon de dire que celle de Moiry a été ridicule. C’était aimable pour Marcelle qui en avait été l’organisatrice, mais tout ce qui est fait en dehors de lui ne peut être bien. Dans la généalogie Robert, il y en a eu un qui s’est appelé R de Chevannes, un R de Villeneuve, un R de Neuville. Les miens descendaient de la branche Chevannes, mais ils n’ont pas porté le nom. Celui de Robert tout court est plus répandu que Durand ou Dupont. Ainsi à St Parize, il y a 3 familles Robert, n’ayant aucun lien de parenté. Il y a aussi R de Gesnay.

15 Yvonne nous quitte. Nous téléphonons dans 3 garages pour avoir un taxi afin de gagner la gare de St Pierre. Rien à faire. En désespoir de cause, nous empruntons une remorque et avec sa bicyclette, mon jardinier mène les deux lourdes valises d’Yvonne à la gare.

16 Mon rosaire. J’envoie à la réquisition à St Pierre, le veau de ma Bretonne qui a 7 semaines. Il pèse 85 kg à 10 F = 850 F. Les bons veaux sont payés, 11,80 F le kilo vif.

17 Edmond m’envoie des photos d’Hubert, que Simone lui a adressées pour nous les faire parvenir, ainsi qu’à ses parents. Je trouve que ce petit est plus Sansal que Riberolles. Edmond me parle du désastre causé par la grêle dans leur pays le 11. Les récoltes qui étaient très belles sont anéanties. Au château des Fougis, 50 carreaux brisés aux fenêtres, sur tous les toits des milliers de tuiles cassées, Jaligny, Tréteau Bouée très éprouvés. Geneviève nous arrive par Mars, venant de Tours. Elle a passé à Nevers la journée avec Marie Antoinette. Ensembles, elles ont longuement parlé du mariage de Paul qui a épousé il y a 6 mois Melle Nathalie de Bilderling d’une grande famille Russe émigrée en France. Son père qui était colonel a été fusillé par les bolchevistes. Elle est depuis 7 ou 8 ans à Ismaïlia chez Madame Honny dont le mari a une situation au Canal de Suez. Paul a fait la connaissance de cette Nathalie chez Madame Honny née Rey, fille du Colonel. Un de ses frères et un beau frère sont naturalisés Français. Ils ont fait la guerre comme officiers de réserve. Madame de Bilderling habite Paris. Antoinette a fait sa connaissance. Elle est remariée à M. Boutoroff, elle est née Stroukoff et sa mère est princesse Wiazensky, elle est agréable. Geneviève connaît la sœur de Nathalie qui a épousé le comte de Ben…ingsen et qu’elle a vue à Moulins ou ils sont réfugiés. On dit Nathalie distinguée et très jolie. Actuellement personne ne sait où est le jeune ménage. Les Saint Péreuse nous font part des fiançailles de leur fille Jehanne avec le comte d’Orsetti.

19 Geneviève prend à Mars le train de 6 h 40 du matin. On rentre les foins de la pelouse coupés depuis la St Médard.

20 Les Guillaume du Verne passent la journée avec nous et font honneur au déjeuner. Suzanne est très en forme, Guillaume un peu nerveux. Le métier de maire lui porte sur le système. Carte d’Edith. Jacques de La Brosse lui a écrit qu’il revient d’Alger et il la prie de lui chercher une chambre à Clermont où il a trouvé un portefeuille d’assurances.

21 Marcelle devait aller faire une conférence aux ligueuses de Luthenay, sur la demande de Mme Sanglé Ferrière leur présidente. Celle-ci ayant eu une congestion, la conférence n’a pas lieu. J’ai la visite des du Part, pendant que Marcelle assiste à st Parize à une comédie jouée par JOC et les JAC au profit des prisonniers de la Commune. Salle comble, places payées 20 F et 10 F.

22 Cheveux. Marcelle va à Nevers pour rapporter dans ma chambre, qui n’est pas occupée par les locataires, les meubles et objets que nous avions mis chez nos voisins Le Droumaguet. Le Cel d’Assigny va très mal et Mme Sanglé Ferrière est morte. On a mis 200 Boches dans la maison de Marie de Balloy, avec deux cochons qu’ils voulaient lâcher dans le jardin. La concierge s’y est opposée. La pauvre Geneviève Tiersonnier est incontinente. Elle a une sœur pour la garder.

23 Le Cel d’Assigny est mort. C’est une haute personnalité Nivernaise qui disparaît. Pendant la guerre, il avait brillamment commandé le 213 éme, il était président de la Croix Rouge, président de la Société Savante, Président de la DRAC, Homme du monde charmant, comme l’était son père, brillant cavalier, conducteur de cotillons dans sa jeunesse et un de mes meilleurs amis. Membre du Conseil de fabrique de la Cathédrale où son absence va faire un grand vide. A midi, téléphone d’Antoine Clayeux nous annonçant que Simone et Hubert sont arrivés à Bulhon. Nous recevons une invitation au mariage du futur amiral du Part le 30 juin à Belley. Le père de Melle de Gouvello est Lt Colonel et son père encore vivant est général. Je lis un livre charmant (L’officier sans nom) de Guy des Cars, je me demande si c’est un neveu de mon ami Louis Lafond, dont la sœur avait épousé le Duc des Cars, en tout cas le livre a du succès, car il est à la 81 éme édition en peu de temps. C’est bien le neveu de Lafond.

24 St Jean. Marcelle va à l’enterrement de madame Sanglé Ferrière à Luthenay. Elle y rencontre la très aimable Madame Charles de Fontenay. Après dîner nous allons aux Queudres où les noisettes abondent, mais où les layons ont bien besoin d’être entretenus. Avoine de printemps assez bonne dans le champ Niéper, mais avoine d’hiver dans le Galichard en partie grêlée.

25 Montrichard nous mène à l’enterrement du Cel d’Assigny. Tous ses amis étaient là sauf Jeanne Clayeux. Vu la Mse de Chargères avec Carla et deux de ses filles dont l’une vient d’hériter du Mis du Crozet qui était son parrain. Vu la Mse de Pracomtal qui ne change pas, toujours aussi aimable et aussi peinte. Vu Roger amené par Nadaillac. Jean de Pazzis vieilli et maigri, Jean de La Motte qui a 100 ans, Raoul d’Anchald qui en 200, Robert de Gesnais 300. Passé à la Société Générale donner l’ordre de vendre mes 14 actions de Vichy, et Marcelle celui de les acheter. Après cet échange, je n’aurai plus rien, donc plus de droits de succession à payer après moi. Lettre de Cécile, retour de Paris où elle a vu les Louis de La Brosse revenant du grand steeple. Les tribunes pleines à craquer, 50 000 personnes. Auteuil n’avait jamais vu autant de monde. Josefa devait être dans la tribune du Jockey. Odette est à Paris. Tournée à Calot, les trèfles du champ de la vache et des Fraillons donnent et les grains sont bons.

26 Avec Marcelle traînés par Jaurès nous allons au Paturail Mâle où il y a les taures de 18 mois qui n’ont pas profité bien qu’il y ait de l’herbe, mais de mauvaise qualité. Il faudrait pour la rendre bonne mille kilos de scories Thomas, mais il n’y en a plus. J’écris à Aline.

27 Par le beau temps, le foin se fait facilement, il n’a pas plu depuis le 14

28 Dimanche. De moins en moins de monde à la messe. N’assistant pas à la comédie jouée en faveur des prisonniers, je donne un billet à M. le curé. L’autre jour à Nevers, j’ai croisé dans la rue un Monsieur, genre capitaine d’infanterie décoré, qui avait sur la poitrine une plaque en étoffe jaune, large comme la main sur laquelle était écrit en noir le mot Juif. Je me demande si ces gens là sont fiers ou ennuyés qu’on sache qu’elle est leur religion.

29 Geneviève Tiersonnier meurt à Nevers dans sa 81 éme année. C’est une charmante cousine que je perds. En 1884, j’étais allé la marier au château de Chenevières en Gâtinais, le Maréchal de Mac Mahon, voisin des Filleul était son témoin. Cette femme très intelligente était depuis quelques mois en enfance. Elle laisse deux neveux Filleul qui n’ont d’enfants ni l’un ni l’autre. Marcelle va à St Pierre pour faire renouveler son laissez-passer au Veurdre. Elle déjeune à Buy et goûte chez les Le Sueur.

30 Les Montrichard nous emmènent à Gimouille à l’enterrement de Geneviève Tiersonnier, peu de gens de la société, mais pas mal de gens du peuple. Marie de Balloy, insiste beaucoup pour nous retenir à déjeuner. Gabriel aurait bien voulu accepter, mais sa femme qui est au régime a mieux aimé rentrer. Vu Armand, ce qui ne m’était pas arrivé depuis 35 ans et il en a 38. Vu Antoinette Jourdier qui se fait vieille. Retour par Nevers, où j’achète chez Fiot, un cadeau pour le marin du Part.

28.3.10

MAI 1942

1 Gelée. Je m’approche de la Sainte Table car le mois commence un vendredi. La réquisition ne se contente pas de nous prendre des œufs, elle veut maintenant du lait, les vaches Charollaises devant donner 400 litres par an et les Normandes et Bretonnes 1250 litres. Si le vent glacial qui souffle depuis deux jours continue, les laitières ne pourront pas assurer cette fourniture, il est vrai que c’est celui de la lune rousse. Marcelle fait le mois de Marie dans le bureau, les nombreux enfants de la terre de Tâches y viennent avec empressement.

2 Gelée. Je descends à la gare pour y chercher ma chère fille Cécile qui a pu obtenir un laissez passer pour venir faire la connaissance d’Aliette. Elle est venue par Tours et a couché chez les Villeneuve. Nous causons longuement au coin du feu car on gèle.

3 Dimanche. Je mène Cécile à la messe avec mon âne. Chicon prend 5 petits renardeaux dans les chaumes vieilles sur le talus du trou d’eau.

4 Chabret qui pose l’électricité à la Chasseigne passe prendre Cécile avec son auto pour la conduire à la gare de St Pierre où elle s’embarquera pour Bulhon. Il nous apporte une lampe électrique qui coûte 300 francs et qui doit éclairer 400 heures. Carte d’Hervé du 19.Il a eu la visite de ses amis de Thé et Tézenas. Marcelle accompagne sa sœur à la gare et revient par nos fermes d’Azy. Bringant a acheté une paire de bœufs qui font bon ménage avec la pouliche qui lui reste. Marcelle rapporte de l’un et l’autre domaine une belle miche de pain blanc fait à la maison.

5 Gelée. Je vais voir l’étang américain des Chaumes Vieilles en vue d’y mettre la bonde métallique. Ce ne sera pas facile à cause de la cuvette pleine d’eau qui reste au milieu.

6 Lettre d’Edmond qui a vendu sa Baratte un prix fabuleux, il va faire un remploi en achetant un immeuble à Paris où les cours ont moins monté. Lettre de Louis qui a été reçu au Jockey, où le bridge est moins intéressant qu’au Nouveau Cercle qui est toujours fermé. Lettre de Dédette de la clinique, m’annonçant qu’elles rentrent à Bulhon le 1 er mai. C’est elle qui est marraine d’Aliette et le jeune Valence le parrain.

7 Marcelle prend le train de 7 h pour aller suivre une retraite chez les sœurs de l’Assomption à Nevers, quand à 10 h pendant que je lisais mon journal, je vois entrer Geneviève et Antoine Clayeux. Ce dernier devant se rendre à Nevers devait nous laisser sa mère et la reprendre en revenant. Je conseille à Geneviève d’aller chercher Marcelle et de revenir ensembles par le car pour déjeuner, c’est ce qui est arrivé. Antoine vient reprendre sa mère à 2 h ½. Celle-ci nous laisse une lettre d’Edith leur apprenant que Jean de Valence a le typhus contracté en soignant son cousin de Javel, atteint de cette maladie. Aux dernières nouvelles, la fièvre baissait. Je vais à la mairie faire un tas de déclarations, veaux, vaches, couvées, arbres fruitiers etc. On me porte réserve et bois 93 hectares.

8 Garnet, fermier au Mou, a deux pouliches de ½ sang primées au concours. Marcelle part à la première heure à bicyclette pour sa retraite à Nevers. Couturier vient chasser les renards, je ne sais pas s’il en a tués. Il me naît deux poulains, un à Tâches, un à Calot.

9 Roy est bien ennuyé, ses deux domestiques Espagnols dont il était content le quittent, celui de Chicon également Espagnol le plaque aussi.

10 Pluie Orage. Fête de Ste Jeanne d’Arc, à peu près personne à la messe. Anne de Rouville et Solange de Barrau viennent à bicyclette de leur couvent de Chantenay passer la journée avec nous. Guite Le Sueur les rejoint dans l’après midi. Après elle arrive Marie L. du Part et ensuite les Antoine Robert venant de Buy avec la voiture à âne. Pendant qu’ils sont là, un orage très violent se déclara, une pluie torrentielle avec quelques grêlons s’abat sur nous et quand Marie-Louise veut remonter sur sa bicyclette, elle trouve ses sacoches pleines d’eau.

11 Premier jour des Rogations. Vent Sud Ouest. Marcelle déjeune chez Melle Valois, va au Veurdre d’où elle ne peut téléphoner à Bulhon, les fils étant brisés par l’orage d’hier. Elle goute au retour à Fontallier. Fassier de Bonay loue des prés à Passot pour mille francs l’hectare. J’en prends bonne note. Il les louait 500 francs l’année dernière. Gonin me rentre du bois d’orme fendu, j’en ai environ 30 stères dans le garage près de la voiture à âne. J’espère que les Boches ne s’en apercevront pas car j’ai lu ce matin dans Paris Centre que l’approvisionnement familial ne devait pas dépasser cinq stères, que déclaration de ce que l’on détenait devait être faite. Ma commune n’est pas encore de celles visées.

12 Pluie. 2éme journée des Rogations à la Croix Aubert. J’ai la visite de Marion Voisin venue me demander un certificat attestant que son mari était resté à mon service de 1907 à 1932 afin qu’il puisse toucher la pension des vieillards.

13 Pluie. Carte d’Hervé du 26, ils vont bien, mais Hubert ne prend que 25 grammes par jour. Carte de Cécile du 5. Elle a fait bon voyage et a trouvé tout Bulhon bien portant. Gallicher m’écrit que l’enregistrement va me rendre l’argent que je lui avais versé indument pour renoncer à mon usufruit. J’ai eu mal à l’œil droit toute la nuit et au réveil je le vois très rouge. Comme il va mieux le soir je descends à sept heures à la gare chercher Cécile retour de Bulhon où tout va bien. Jean est sorti de l’hôpital et ses filles sont superbes. A Vichy elle a vu le Maréchal toujours jeune et Pierre Laval toujours laid, et ses amies Mesdames de La Moneray et de La Breteche, cette dernière est venue la voir un jour à Bulhon où Edith n’a pas pu jouir de sa présence car elle était aux prises avec une crise de foie.

14 Ascension. A la messe, plus d’hommes que de femmes.

15 Après avoir téléphoné à cinq garagistes, nous trouvons Ducuffy qui veut bien venir chercher Cécile et la conduire à Nevers à cinq heures et demie du soir où elle prend un train pour Tours. Elle couchera chez les Gaby et partira demain à la première heure pour Rennes d’où elle ne peut pas s’éloigner bien longtemps. Roger du Part nous annonce la naissance d’un quatrième enfant, Philippe. Je plante 550 betteraves à sucre dans le plus grand carré du jardin du Pied Prot et des haricots dans le carré le long de la haie.

16 Pluie. Mon rosaire. Le docteur Bonnichon vient voir la mère Michel. Il la considère comme perdue, elle a un cancer au foie. Carte d’Hervé, ils ont beaucoup de mondanités et ils reçoivent Mesdemoiselles de La Brosse.

17 Par beau temps, l’herbe pousse. Madame de La Ronde nous demande des renseignements sur Melle de Chavigné.

18 Les Antoine Robert nous amènent Marie Thérèse en visite. Dans son exploitation de bois à Sermoise, Antoine paye la façon du stère 30 francs et il la vend à Nevers, la moulée 155 francs et la charbonnette 120. Mention marginale : bonde. Lavergne, avec son niveau d’eau, constate que pour vider complètement l’étang américain, il faudra que je mette la bonde 0,5 mètres plus bas que le niveau actuel à la chaussée.

19 Jeanne de Soultrait est rentrée à Dornes. Marcelle va à Chevenon où elle ne trouve personne. Je fais une tournée dans les Craies, ce n’est pas leur année, seul le ramiot a prospéré avec abondance.

20 Je sème dans le Clou haricots de Rennes, betteraves et rutabagas. Cartes de Cécile qui a fait un bon retour, d’Edith qui est remise de sa crise de foie, d’Edmond qui n’obtient pas son laissez-passer pour aller à Paris. Marcelle va à Nevers avec les Le Sueur. Elle passe dans les banques pour faire mettre nos carnets à jour, ce qui est toujours une corvée pour elle. La cheminée des Petites Granges est remontée. Maintenant, je vais faire nettoyer la maison intérieurement pour m’attirer les bonnes grâces de ma métayère.

21 La fille de mes jardiniers doit faire sa Première Communion le jour de la Pentecôte et depuis quinze jours on parle du repas, des invités et des toilettes. Ce matin, ils sont allés à Nevers, où Alexandre a acheté un complet pour 1 500 francs et une ceinture en organdi pour la robe de la petite, 100 francs. C’est fou !

22 Le jeune Dupré me creuse le fossé qui doit vider l’étang américain à raison de 7 francs de l’heure. Chicon tue un cochon que nous partageons.

23 A la première heure, Cécile nous téléphone que son beau-père vient de mourir subitement. Par André, nous faisons prévenir Yvonne, l’enterrement aura lieu le 27. Maurice Robert nous amène sa mère, sa femme et ses filles. Marie Thérèse est furieuse contre Georges qui leur a soulevé les basse-couriers de Buy pour les emmener en Périgord où il a acheté du domaine avec la forte somme qu’il a retiré en vendant l’île verte. Odette de Lamalle passe la journée avec nous. Elle est vraiment très agréable.

24 Pentecôte. Première communion dans la paroisse, beaucoup de monde et de belles toilettes. En l’honneur de leur fille, mes jardiniers invitent parents et amis. Ils sont seize à table. Ils empruntent notre cuisinière en disant nous vous enverrons votre déjeuner. En effet, ils nous envoient du poulet à la crème, du filet de bœuf sauce madère, rôti de veau, pâté, entremet au chocolat, biscuit de Savoie et compote de prunes. Tout cela excellent. A 9 h du soir on se remet à table pour manger du ris de veau et de magnifiques poulets rôtis, suivis d’un baba fortement arrosé de rhum et d’un biscuit de Savoie recouvert de chocolat. De tout cela, nous avons eu notre part. La fête s’est terminée à minuit. Cécile nous téléphone pour savoir si nous savons quelque chose d’Yvonne. Rien.

25 Marcelle téléphone partout pour savoir si Yvonne a pu partir. Elle envoie Jean Le Sueur au Veurdre qui n’a pas pu correspondre avec Bulhon. Aux Gouttes, ils ne savent rien. En désespoir de cause, pour ne pas laisser Cécile toute seule le jour de l’enterrement, à quatre heures elle enfourche sa bicyclette et part pour Nevers où elle prendra le train pour Tours. Sur la voie en face d’elle s’arrête l’express Paris dans lequel elle aperçoit Yvonne. A la hâte, elle descend pour aller embrasser sa nièce qui lui donne de bonnes nouvelles de Bulhon, et au lieu de remonter dans son train, elle revient dîner avec moi, ce dont je suis bien aise. Berthe apprend à Marcelle que Paul Jourdier est marié depuis janvier avec la fille d’un officier français ou anglais, elle l’ignore. Villenaut, le veuf et forestier est fiancé avec Mademoiselle de La Motte-Rouge.

26 Garnet vient me payer son terme. Il me demande de lui faire faire une porcherie. Je vais étudier la chose.

27 Pluie. J’estime qu’aujourd’hui, c’est bien placer son argent que d’améliorer les bâtiments, bien que cela coûte terriblement cher. Avec Marcelle, nous allons au Paturail Male où il y a pas mal d’herbe. Un essaim d’abeilles se pose dans le jardin, Chicon nous le met dans une ruche. Je vends à M. Robinot pour Mont la jument Caprice de Callot pour 36 000 francs, elle a quinze ans. Le prix des chevaux est exagéré et cette vente ne me fait aucun plaisir, j’aimais beaucoup mieux l’époque ou j’aurais vendu pour huit cent francs une jument de cette âge la. (Carte intéressante d’Edith du 22). Je donne mille francs d’étrenne à mon métayer Roy. Guite de Sansal qui devait venir déjeuner avec nous y renonce à cause de la pluie.

28 A deux heures, Massias vient me prendre et laisse ici sa femme et Jeanne de Mollins, il me conduit à Moulins où il m’abandonne pendant trois heures pendant qu’il va à Bourbon. Je passe ce temps avec André que je n’avais pas vu depuis deux ans. Il a beaucoup vieilli mais peut encore s’occuper activement de ses œuvres. Madame de Montrichard vient goûter avec sa voiture à âne. D’Aramon venu dernièrement à Moulins pour un concours de chevaux a dit à André qu’il venait de vendre à un marchand une jument de trait pour soixante dix neuf mille francs.

29 Pluie. Journée sans histoire. Lavergne commence à remonter le toit du poulailler abattu par l’ouragan du 15 août.

30 Pluie. Jeanne Mabire qui va avoir soixante dix ans, ce que j’ai de la peine à croire, vient avec Louise passer la journée. J’ai toujours beaucoup de plaisir à les voir. Elles partent chargées de fleurs, de laitages, de légumes. Marcelle, avec tous les enfants qui fréquentent son mois de Marie, descend aux Petites Granges pour la fête des mères pour porter des gâteaux et un cadeau à Thérèse. L’ainé de ses cinq enfants lui récite un compliment et les autres lui offrent des fleurs.

31 Pluie. Marcelle avec mon métayer des Petites Granges fait une spéculation qui ne les enrichira pas, mais qui leur permettra peut être de manger un jour une bonne côtelette. Ils achètent chez les Le Sueur quatre petits agneaux pesant en tout quatre-vingt dix sept kilos pour deux mille quatre cent francs, cela fait cher la livre. Aujourd’hui, fête des mères dans toute la France, à Saint Parize, M. le Curé fait tout son possible pour la rendre édifiante. Malheureusement le temps n’est pas beau et la procession n’a pas lieu. L’après midi est réservée à Moiry où l’on couronne non pas une rosière mais la mère de dix sept enfants, la femme Dupré. M. le Curé l’invite à déjeuner à l’hôtel Blasco avec une de ses filles et un de ses fils. Comme autres convives, Martinat adjoint, Roger de Bouillé syndic agricole et Roy mon métayer, conseiller municipal. A trois heures et demie, réunion dans la salle de l’école. Le maire et sa femme sont présents, on donne une récompense à la mère Dupré et une autre à la femme Chenut qui a trois fils prisonniers. A cinq heures, on se rend en procession à la chapelle de secours dont Marcelle est le chapelain, et une fervente prière est récitée par la nombreuse assistance, nombreuses parce que tout le monde était debout.

27.3.10

AVRIL 1942


1 Marcelle devant aller à Rennes et emmener Kiki pour qu’elle voit sa grand mère et son arrière grand père, dans l’impossibilité de trouver un véhicule pour la conduire à la gare de Nevers emprunte un moyen de fortune. Elle monte sur sa bicyclette, le jardinier sur la sienne avec Kiki sur le guidon et en route. C’est de la folie. Avant de partir Marcelle voulant savoir ce que le Dr pensait de ma jambe, prie Jean Le Sueur d’aller chercher Robet qui n’a pas d’essence. Il dit que ma jambe a un peu d’infection et qu’il faut continuer les compresses avec les jambes étendues. Je me couche après dîner.

2 Jeudi Saint. Hier le voyage à Nevers s’est bien effectué et les voyageuses ont trouvé en seconde une place pour s’assoir. Miette revient de la Belouze à 8 heures. Elle va à la messe de communion des femmes qui est très longue. J’ai une lettre intéressante de Roger de La Brosse. Je me lève tard pour laisser reposer ma jambe qui ne m’a pas fait mal, mais elle est plus enflée qu’hier. Nous déjeunons dans le petit salon et toutes les deux heures on me met des compresses chaudes, sauf la nuit.

3 Vendredi Saint. J’ai bien dormi, mais au réveil mes chevilles sont encore bien enflées. Je reçois une lettre de Marcelle qui a fait bon voyage jusqu’à Paris où elle a subi un bombardement des Anglais sur Passy. Les La Brosse lui ont donné l’hospitalité avec joie. Ils n’ont toujours pas de domestique. Lettre de Cécile qui vient d’être élevée à la dignité de sous déléguée du Secours National pour Rennes et l’arrondissement. C’est très flatteur. Chemins de la Croix à 4 h à Moiry, à 9 h ½ à St Parize. Nombreuse assistance.

4 Samedi Saint. J’ai bien dormi, lever à 10h ½, mes chevilles toujours enflées, mais la jambe moins raide. Lettre d’Edith et Hervé. Guite de Sansal passe la journée avec nous. Maurice en vacances à Buy m’amène en visite sa mère sa femme et ses filles. A 9 h ½ du soir Marcelle nous téléphone qu’elle a fait bon voyage, c’est tout ce qu’on a pu comprendre tellement il y a de la friture dans l’appareil.

5 Pluie. Pâques. Une centaine d’hommes ou jeunes gens, me dit Miette communient. J’ai bien dormi et je marche plus facilement. Pendant que ma cuisinière assiste à la Grande messe, ma petite fille me prépare un excellent poulet à la crème et une salade de pommes de terre. Madame Brucy lui téléphone de Paris, que les journaux ne le disent pas, mais que l’on est sans cesse bombardé. J’ai la visite de mon curé qui est bien courageux pour promener ses 70 ans.

6 Lundi. Lettre de Cécile qui me dit que les voyageuses ne sont arrivées qu’à 3 h du matin, Marcelle ayant manqué le premier train. Pendant la nuit passée à Paris, elles ont subi le bombardement qui n’a pas réveillé Kiki. M. de Rubercy est mort à la suite d’une insolation attrapée dans le Thabor où il s’était endormi. Aujourd’hui Cécile doit conduire sa sœur à Vitré chez sa grande amie d’Héliaut et Mme Le Gonidec et demain la faire déjeuner avec Henriette de Bouillé La Villarmois. J’ai la visite de Louise Vaillot qui m’apporte l’argent du bois que j’ai vendu à sa tante à Nevers. Son père qui travaille chez M. Demay à Roussy, lui a dit qu’il avait perdu 20 veaux sur 24 de l’avortement. La fille aînée de Renaud du Lieu Maslin m’apporte à signer des pièces parce qu’il veut installer un concasseur électrique dans son domaine, à ses frais. Cela prouve qu’il fait ses affaires.

7 Orage, pluie. Je dors pendant 12 h, mais au réveil la cheville gauche est encore enflée et je m’appuie difficilement sur ma jambe. Mon métayer Roy de Calot va à la Ferté chercher des pommes de terre de semence 500 K à 300, coût 1500 F. Si on ne change pas de variétés tous les ans on ne peut pas en récolter. Les Le Sueur emmènent Miette à un gouter à la Belouze où ils trouvent nombreuse assistance, les Massias, du Part, de Barrau, de Sansal, 4 enfants Damas, Henriette de Ganay, Férol, buffet somptueux, rien des restrictions.

8 J’ai bien dormi mais ma jambe est toujours très sensible quand je suis debout. Avant-hier, Jean Le Sueur est allé à un bal au Salay chez les Gromolart où on a dansé toute la nuit, il y avait un buffet encore plus beau qu’à la Belouze. Les filles d’Antoine Robert viennent chercher un sac que l’ainée avait oublié ici lundi. Elles me disent que lors de l’achat de l’île verte, elles avaient pris chacune une action de huit cent francs qui venait de leur être remboursée pour sept mille. J’ai la visite de Madame Le Sueur.

9 Bonne nuit. Jambe sans amélioration. Robet dit de remplacer les enveloppements humides par des secs. Ça peut durer longtemps. Lettre de Marcelle, ravie de son séjour à Rennes. Cécile est heureuse de la promener chez toutes ses amies à la campagne d’où elles raportent des provisions comme des sœurs quêteuses, chez les Freslon, les Farcy, les Saint-Germain, etc. Desfossé - Mornay, m’envoie des griffes d’asperges.

10 Jambe sans changement. Le colonel d’Assigny est à la clinique Rollin depuis huit jours à cause de sa prostate, il ne veut pas qu’on le sache et désire voir personne. Guite Le Sueur déjeune avec nous et sa sœur vient la rejoindre après midi pour écrire les programmes de la comédie que les scouts doivent jouer dimanche à Moiry. Paulette nous fait entendre une jolie voix accompagnée par Miette. Je ne lui connaissais pas ce joli talent. A trois heures, j’ai la joie de voir revenir Marcelle et Kiki, celle-ci sur le guidon de mon jardinier. Leur voyage s’est passé sans accroc et Cécile a été heureuse de présenter sa sœur à toutes ses bonnes amies à la campagne et à Vitré, à Lolotte d’Hélian et de la faire déjeuner avec Henriette de La Villarmois (née de Bouillé) qui habite près du mont Saint Michel. Les La Brosse les ont hébergées à l’aller et au retour. C’est Joséfa qui fait tout le boulot, car ils n’ont pas le moindre domestique. Miette dîne à Villars et rentre à nuit noire, trop noire à mon gré, comme si la paix était revenue.

11 Jambe peut être un peu moins rouge. Les Le Sueur emmènent Miette à Nevers de bonne heure et en revient à une heure par le car, accompagnée par Edme et Odet de Villaines avec lesquels elle repart à trois heures et demie pour aller goûter à Chevenon. Elle en revient avec Paule qui reste dîner et coucher avec Miette dans la chambre au dessus de la mienne, et à minuit, elles causaient encore. Paule a un corsage rouge sang et dans les cheveux un turban même couleur, telle une carmagnole. Cécile partant pour Paris, le mois dernier le docteur Patey, commissaire général à Rennes pour le Secours National, lui donne à porter la lettre suivante : « M. le Commissaire Général, je vous serais reconnaissant, s’il vous était possible, de recevoir le porteur de cette lettre, Madame Banéat, veuve d’un officier tué en 1914, trésorière de la L.P.D.F. d’Ille et Vilaine qui apporte au Secours National un immense dévouement, une compétence sans égale et un doigté précieux. Mme Banéat dirige bénévolement le vestiaire du Secours National depuis deux ans et je serais heureux que M. le Président Pichat veuille bien l’agréer comme sous-déléguée pour l’arrondissement de Rennes, ce qui en lui donnant officiellement le rôle que je lui demande d’accomplir officieusement à mes côtés, soulagerait très sensiblement le délégué départemental. »
Cette fonction de sous-déléguée est la plus élevée qu’une femme puisse avoir au S.N. Je suis très fier de l’honneur que l’on fait à ma fille, dont j’admire le dévouement car sa fonction est très astreignante et pas du tout lucrative. Son président à Rennes, M. Huguet touche trente mille francs par an.
Une heure avant le coucher du soleil, une dizaine de scouts nous arrivent et couchent les uns sous la tente dans le parc, les autres dans le bureau sur de la paille.

12 Jambe un peu moins rouge mais toujours enflée. Branle bas de bonne heure, tout le monde va à la première messe, pour avoir le temps d’organiser le théâtre dans l’école de Moiry où les scouts doivent jouer la comédie. Présence de douze scouts, cinq déjeunent chez les Le Sueur, et les sept autres ici. A trois heures, la réunion commence et les acteurs obtiennent un plein succès. Les enchères américaines un non moins grand, aussi la recette totale se monte à trois mille six cent francs. On pourra gâter les prisonniers de Moiry.

13 Robet venu me voir, trouve que ma jambe ne va pas plus mal, mais que j’en ai bien encore pour quinze jours. Cela s’appelle du purpura rhumatoïde. Après lui, j’ai le ménage Pierre de Rouville. Ils sont bien aimables. Ils vont partir samedi pour passer quelques jours dans la capitale. Je dîne dans la salle à manger.

14 Ma jambe va un peu mieux et me permet d’aller à pied jusqu’aux wc. J’ai la visite de Melle Thonnier et ensuite des Antoine Robert. Je mange un plat de morilles ramassées par Marcelle dans le Clou, angle Nord Est.

15 Miette et Kiki nous quittent, elles prennent le train à Saint Pierre à 12h43 direction de Vichy. Cela va faire un grand vide dans la maison. Yvonne doit rentrer le dix sept à la clinique de Clermont. Miette l’accompagnera. Dufour m’apporte nos sous-seings de ventes de bois, il est accompagné de Chassagnon de Chantenay qui est son commis. Je lui dis que je prendrais dans le bois de Tassin une grand corde de plus que les six petites retenues et que je la lui paierai. Il fera abattre à l’automne l’orme du Pré de la Joie.

16 Marcelle déjeune à Planchevienne. J’ai une carte de Jean de Valence écrite de Tlemcen où il est allé passer quatre jours chez Hervé et une de Simone Jourdier qui rentre à Temara avec sa petite Solange qui a cruellement souffert de son opération à la jambe. Elle devra pendant quelque temps marcher avec des béquilles. Cheveux.

17 Gelée blanche. Yvonne entre aujourd’hui à la clinique de Clermont. Ma jambe toujours enflée sur les chevilles, mais moins rouge. Marie Thérèse Clayeux téléphone pour dire qu’hier soir Edith leur avait téléphoné pour dire que Miette et Kiki était bien arrivées et qu’Hervé n’aurait sa permission en juin, de le faire savoir à Mme de Sansal pour le cas où elle voudrait toujours aller les voir. Mme de Rolland du Lon envoi deux cents petites carpes miroirs à Marcelle. Vente aux enchères du cheptel Brissart à Mont. Les vaches à veaux moyennes s’adjugeaient à six mille cinq cents francs. J’en vends trois de Callot avec leurs veaux sept mille pièce, à Robinot, propriétaire de Mont. Brissart ne monte pas en grade, il devient métayer de Moreau au Bourg.

18 Je reçois trois photos d’Hubert de Riberolles dans les bras de ses parents, cela fait vibrer mon arrière grande paternité. Mais ce n’est pas joli joli.

(c'est la qualité des photos qui n'est pas jolie jolie...)
Jeanne de Mollins qui est toujours la femme agréable par excellence déjeune avec nous. J’ai aussi la visite des P. de Rouville. Jeanne a eu comme moi du purpura rhumatoïde.

19 Dimanche. On fait le recensement des poules pour avoir à livrer des œufs aux boches. Pour la maison Marcelle en déclare 25. (mention marginale : 25 poules, soulignées 2 fois !). Je me couche sans dîner, à cause d’un dérangement d’estomac qui dure une partie de la nuit. A neuf heures, coup de téléphone, Yvonne a accouché hier soir d’une troisième fille. Tout va bien. Jamais deux sans trois dit le proverbe.

20 Pluie. Marcelle va au Veurdre d’où elle revient trempée, elle a pu téléphoner aux Gouttes, d’où elle a su qu’Yvonne allait bien.

21 Marcelle a tari l’étang américain des Chaumes Vieilles. Elle y prend dix kilos de carpes mises par Crotat et dix kilos des carpes provenant de chez d’Aramon l’année dernière. Elle envoie les grosses à Cécile, Monnier, Rouville, Le Sueur. Il faut les vendre chères pour retrouver l’argent que coûte l’empoissonnement venu de chez les Rolland. Deux cents petites carpes pesant dix sept kilos à trente cinq francs le kilo, soit six cent francs, ce qui fait ressortir chaque carpe de quatre-vingt cinq grammes à trois francs. A ce prix là, les étangs peuvent rapporter. Edith nous envoie des pommes comte. On plante mes pommes de terre dans la Varenne.

22 Je fais une promenade avec mon âne. Je n’avais pas mis le nez dehors depuis trois semaines. Mariage Candolle- de Lécluze.

23 D’où nous arrive, amené à Nevers par Nadaillac, Roger de La Brosse qui prend l’autobus et débarque ici pour déjeuner. Je suis bien aise de voir ce vieux germain, nous avons tant de choses à nous dire. Visite de Gabriel Mathieu, Roger le trouve très bien.

24 Mathieu emmène Marcelle à Nevers en auto. Elle en revient à bicyclette pour déjeuner. Je promène Roger dans ma voiture à âne.

25 Saint Marc. Anniversaire de Marcelle qui atteint aujourd’hui son demi-siècle. Je ne peux y croire. Hier, Roy a pris dans un aqueduc du pré de la Fontaine, trois petits renardeaux. Je le téléphone à Couturier qui arrive avec quatre bons chiens, lance la mère, et a la chance de la tuer. Mais combien restent-ils de ces mangeurs de volailles dans le pays ? et des sangliers ? on voit des pieds partout. Une carte d’Yvonne m’apprend que ma dernière petite fille s’appelle Aliette et qu’elle est superbe. Nadaillac envoie son auto chercher Roger que je vois partir avec regret. Ces trois jours passés ensemble m’ont été bien agréables.

26 Dimanche. Je vais à la première messe et je fais mes Pâques. Renaud du Lieu Maslin vient me voir pour une question d’électricité et il me paye d’avance son terme du 11 mai. Mon jardinier est malade. C’est Marcelle qui attelle mon âne, accouche la bretonne, rentre le veau, soigne les poules et les lapins, etc. J’admire son courage, c’est une campagnarde cent pour cent. Je demande à mon curé quel saint il faut invoquer quand je pense à Aliette, il n’en sait rien, moi non plus. J’ai la visite d’Antonin Moreau qui me dit que son neveu Livaut, fermier du Colombier, a vendu deux pouliches de trois ans cent mille francs, elles ne sont pas dressées.

27 Marcelle va faire une visite à Mme Barrière qui vit bien seule à Limoux. Je reprends un peu du poil de la bête.

28 Pluie bienfaisante. J’ai la visite de Chabret, électricien à Saint Pierre, qui me parle de se servir du ruisseau des Petites Granges pour produire l’électricité, c’est à voir. Lettre de Cécile qui nous annonce sa venue pour le 2 mai. Etienne Faulquier meurt à Avallon et est enterré ce jour à Cervon. C’était un charmant homme très dévoué aux bonnes œuvres. Il laisse trois filles et un fils fait prisonnier quelques jours après son mariage. Il avait soixante dix neuf ans.

29 Les Petites Sœurs des Pauvres passent, je leur donne un sac d’avoine et un billet. Je leur fait emporter cinquante kilos de blé à remettre à l’évêché, je l’avais mis de côté pour faire des hosties un jour où on en réclamait dans la semaine religieuse. Mes métayers me rentrent du bois d’orme. J’en ai une grosse provision. « Je suis partout » envoyé par Mollins m’a amusé un instant. Jean Le Sueur emmène Marcelle à Nevers avec son gazo. Elle passe au génie rural, où elle n’obtient pas beaucoup de consolation.

30 Jeudi. Massias allant à Moulins, nous laisse en passant sa femme et son amie Mme de Boissou, une jeune grand-mère très agréable. Nous faisons un long bridge et ces dames se régalent avec une galette à la farine de maïs. Il souffle un vent glacial.